LES MÉSANGES
ques espèces débiles ne sont-elles pas destinées & servir de pâture aux plus fortes, sans que l'harmonie générale en soit troublée? La nourriture des Mésanges varie selon les saisons* Tant qu'elles trouvent à se repattre de substances animales, elles négligent les graines et les réservent comme ressource pour Tarrière-saison; à celte époque, elles trouvent amplement à vivre aux dépens des semences du tilleul, du charme, du sycomore, de l'érable; elles savent mettre encore à profit les Trui ts à noyau, quelque durs qu'ils soient : après les avoir assujettis sous leurs pattes, qui dans ce cas font TofQce de petites serres, elles attaquent à coups de bec l'enveloppe extérieure et en tirent habilement l'amande qui s'y trouve renfermée : cette manière de saisir et de déchiqueter leur nourriture n'est pas sans quelque analogie avec le procédé des Pies et des Corbeaux. Comme ces oiseaux, les Mésanges sont omnivores; elles ne dédaignent pas la chair, et n'hésitent pas à attaquer, pour leur manger la cervelle, les petits oiseaux, et à achever ceux qui sont blessés ou qui se sont laissé 'prendre aux pièges ; elles ont aussi l'habitude de faire des provisions.
Malgré leurs penchants sanguinaires, les Mésanges ont des goûts de famille très-prononcés; elles recherchent la société de leurs semblables, vivent par petites troupes, furètent en commun, et se transportent ensemble d'un point à un autre. Elles ont un tel besoin de se réunir, qu'elles ne se perdent jamais de vue; si l'une d'elles s'écarte momentanément de la bande, elles se rappellent aussitôt mutuellement par de petits cris multipliés, conune si leur existence était mise en péril par la moindre séparation. C'est ainsi qu'elles parcourent les bois à l'aventure, se ralliant à la première voix qui signale le danger ou qui, simplement, invite à se transporter ailleurs ; toutefois il est à remarquer qu'elles ne s'approchent que médiocrement les unes des autres, sans doute parce qu'étant naturellement pillardes et querelleuses par caractère, la guerre civile, par un contact plus immédiat, ne tarderait pas à éclater entre elles.
De même que tous les faibles, elles ont de nombreux ennemis ; les Pies-Grièches, l'Émerillon, le Hobereau, la Chouette en immolent plus d'une à leur appétit; cette dernière, particulièrement, a le don d'exciter toute la colère des Mésanges. Nul oiseau ne l'attaque avec plus de résolution ; dès qu'elles l'entendent, elles fondent sur elle les plumes ébouriffées, en jetant mille cris furieux et en appelant à leur aide les autres oiseaux
de leur espèce : les généreuses créatures ne manquent jamais d'accourir à l'assaut de l'ennemi commun : aussi tombent-elles en foule dans les pièges que leur a tendus le pipeur; toutes, du reste, sont peu défiantes.
Les Mésanges n'émigrent pas ; on en voit pendant toute l'année en France : telle est notamment la Mésange charbonnière (Parus major j fig. 100); elles se montrent tantôt plus rares, tantôt en grand nombre, selon la pénurie ou l'abondance des vivres ; à rentrée de l'automne cependant, quand ces oiseaux voyagent
Fig. 100. Mésange charbonnière.
en familles, leurs troupes, grossies par les nichées, égayent davantage les bois.
Leur fécondité est en raison inverse de leur petite taille ; les moindres pontes sont de six ou sept œufs et il en est qui vont jusqu'à dix-huit et vingt. Le nid est diversement placé : les unes le cachent dans des trous d'arbres qu'elles façonnent avec leur bec; les autres le logent à la bifurcation de branches peu élevées : certaines espèces l'appuient contre le tronc d'un peuplier ou d'un saule, ou bien le suspendent, par de longs câbles, aux ramifications d'une plante. Le chef-d'œuvre du genre est, sans contredit, le nid de la Mésange à longxxe queue (Parus caudaiuSj fig. 101] et de la Mésange rémiz. Non-seulement elles le construisent avec les substances les plus souples, les plus fines et les