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LE BOUVREUIL

On les approche facilement quand ils sont en train de picorer; mais si quelque chose vient à les inquiéter, ils jettent tous à la fois le cri d'alarme, plongent d'une même volée dans les buissons environnants, et s'y tiennent tapis, en gardant pendant quelque temps le plus profond silence : le danger passé, ils reprennent leur poste en haut lieu et recommencent leurs chansonnettes.

Le Bouvreuil a de grandes dispositions musicales. Ce n'est pas qu'à l'état de nature son ramage soit brillant; d'après Gueneau de Montbeillard, son chant ne se compose que de trois cris peu agréables: il débute par un coup de sifllet; il en jette ensuite deux coup sur coup, et bientôt il en fait entendre un plus grand nombre. Le son en est pur ; à mesure que l'oiseau s'anime, ses tui^ lui sont plus accentués ; ils se terminent par une sorte de ramage que des amateurs ont ainsi noté : si^ ut^ ut^ uty m/, si^ ré, u^, ut, ut, uty ut, ut, si, réy ut; il le débite d'un ton de plus en plus grave, presque étouffé et dégénérant en fausset : dans les pauses ou intervalles, il a un petit cri intérieur, sec et coupé, fort aigu, et pourtant très-doux, si doux môme, qu'à peine se laisse-t-il ouïr ; le bec et le gosier semblent étrangers à cette exécution, les muscles de l'abdomen en font les principaux frais, en d'autres termes, le Bouvreuil joue le ventriloque. Par une singularité fort étrange dans la gent ailée, son chant acquis artificiellement surpasse le chant naturel ; entre les mains d'un maître habile, le Bouvreuil devient réellement harmonieux ; lorsque la serinette ou bouvrette lui fait entendre avec méthode des sons plus moelleux, plus beaux et mieux filés, non-seulement l'oiseau, docile à ces leçons de goût, les imite avec justesse, mais quelquefois il donne un cachet de perfection aux airs qu'on lui siffle, sans renoncer pour cela à son ramage inné; par contre, s'il a affaire à un méchant professeur, il redit sa leçon avec une exactitude déplorable ; chez lui la mémoire joue un grand rôle, et le don d'imitation semblerait l'emporter sur le goût musical proprement dit. La femelle, chose non moins extraordinaire, partage avec le mâle le privilège du chant, et ne se montre pas moins que lui susceptible de ce genre d'éducation ; elle apprend sans peine à siffler et à parler, et sa voix, dit-on, se fait remarquer par plus de douceur: on sait que dans la classe des oiseaux, mais là presque uniquement et chez les insectes, la plupart des femelles sont vouées au silence.

L'arrivée du printemps met fin aux sociétés de Bouvreuils;

les familles alors se dispersent, les jeunes mâles choisissent leurs compagnes, et chaque couple s'en va faire bande à part, jusqu'à ce que les familles se reforment avec de nouvelles générations. Ainsi que le fait observer Vieillot, ce n'est plus au haut des arbres qu'il faut chercher les Bouvreuils dans cette saison ; ils sont retirés au plus épais des buissons, et il serait impossible d'y soupçonner leur présence, s'ils ne la révélaient par leurs cris continuels de ralliement. Quelques-uns restent dans les vergers et les charmilles où ils font leurs nids, mais c'est le petit nombre ; la plupart gagnent les montagnes et passent tout l'été dans les hautes forêts; ceux qui demeurent en plaine, nichent, vers la fin d'avril, dans les buissons isolés de prunelliers, lorsque ces arbrisseaux se sont couverts de feuilles. Au premier abord, leur entrée en ménage parait bien tardive pour des oiseaux qui n'ont pas émigré, mais ce retard est tout instinctif; les Bouvreuils ne construisent leur nid qu'à l'époque oîi les graines qui doivent nourrir leur, progéniture ont acquis leur maturité ; beaucoup d'autres Passereaux nichent de meilleure heure, parce que les insectes dont ils alimentent leurs petits font plus tôt leur apparition : par une disposition toute providentielle, l'époque de la nidification des Bouvreuils se règle sur les vivres destinés aux nichées : on sait déjà que ces oiseaux ne sont pas insectivores.

Les Bouvreuils se servent adroitement de leur bec robuste pour décortiquer et briser les graines les plus dures; ils dégorgent la nourriture à leurs petits, à l'instar des Serins, des Chardonnerets, des Linotes; le mâle en fait autant à la femelle pendant tout le temps qu'elle reste sur ses œufs; chaque couple est étroitement uni d'affection ; le petit manège du mâle qui aspire au titre d'époux ne laisse pas d'être curieux. Il se tient d'abord à une dislance respectueuse de la femelle ; bientôt les plumes de sa tête se relèvent en forme de huppe, sa queue s'épanouit, et s'agite de mouvements de haut en bas; à mesure qu'il s'approche de sa future, il la salue profondément, à la manière des Pigeons, et se relève tour à tour en chantant ; arrivé auprès d'elle, il lui dégorge les grains dont son jabot est rempli à cette intention : ils sont reçus avec un battement d'ailes, exactement comme chez la Serine. Ces avances une fois agréées, le nid ne tarde pas à se construire ; il est souvent placé dans Tenfourchure d'une branche, et se compose, à l'intérieur, de petites racines entremêlées de crins ; au dehors, il est revêtu d'herbes sèches, négli-

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