LE BOUVREUIL
gemment liées. La ponte varie entre quatre ou six œufs, d*un blanc-bleuâtre, tiquetés de rouge, et marqués de taches plus foncées et plus nombreuses vers le gros bout. L'éducation des petits se prolonge pendant longtemps, après môme qu'ils sont en état de se suffire à eux-mêmes; la vie de famille paraît un besoin pour eux, puisqu'ils restent groupés autour des père et mère jusqu'à la fin de l'hiver qui suit leur naissance.
Les Bouvreuils ne sont pas défiants : aussi se prennent-ils facilement à tous les pièges; on ne leur fait pas la chasse pour leur chair qui n'a rien de bien délicat, et qui contracte souvent un goût d'amertume à la suite de leurs repas de bourgeons ; mais ces oiseaux, pris jeunes, s'apprivoisent aisément, et les adultes eux-mêmes s'accoutument sans trop de difficultés à leur prison qu'ils savent égayer de leur bonne humeur : leur jolie robe leur est également fatale. On les prend de diverses manières, au trébuchet, avec les pinsonnières tendues le long des haies, et aussi au rets saillant, avec des appelants : cette chasse peut avoir lieu en tout temps, cependant elle se fait surtout au printemps et à l'automne. Tout doit être préparé avant le soleil levé. Pour placer les engins, on choisit une clairière, un passage communiquant d'un verger ou d'un bois à un autre, ou bien encore un sentier entre deux chènevières : le rets saillant est ce qui réussit le mieux. Dans les premiers temps de leur captivité, on ne doit pas épargner la nourriture aux Bouvreuils, il faut qu'ils en trouvent partout : aux barreaux, sur les perchoirs, dans les augettes, et que le plancher de la cage en soit en quelque sorte inondé ; noyés dans cette abondance, ils perdent peu à peu le souvenir de leurs forêts, et les jouissances stomachiques finissent à la longue par triompher du regret de leur liberté perdue.
En cage, les Bouvreuils se prennent souvent d'un véritable attachement pour les personnes qui les soignent. Si l'on en croit Gueneau de Montbeillard, « on en a vu d'apprivoisés s'échapper de la volière, vivre en liberté dans les bois pendant une année entière, et, au bout de ce temps, reconnaître la voix de la personne qui les avait élevés, et revenir à elle pour ne la plus abandonner; d'autres, ayant été forcés de quitter leur premier maître, se sont laissés mourir de faim. » Chez eux, comme chez nous, il y a sans doute des natures d'élite, plus susceptibles que d'autres d'une affection durable, et chez lesquelles le sentiment de la gratitude est plus ou moins exalté. Les Bouvreuils mis
en expérience par Vieillot n'ont pas porté la reconnaissance jusqu'à en perdre la vie, mais ils en ont montré plus que tous les autres oiseaux. Ils savent très-bien distinguer l'étranger de celui qui a soin d'eux. « Depuis la mue jusqu'au printemps suivant, dit cet habile observateur, mes nourrissons ne quittaient pas les vergers et habitaient les bosquets les plus proches de ma demeure; familiarisés avec ma voix, ils venaient à moi dès que je les appelais, et très-souvent, lorsqu'ils ne trouvaient pas d'aliments, ou plutôt lorsqu'ils négligeaient d'en chercher, ils ne manquaient pas de se poser sur moi aussitôt qu'ils me voyaient, et par leur familiarité et leurs cris, quoique d'âge à se sufQre à eux-mêmes, ils ne cessaient de me demander pâture. D'autres fois, la reconnaissance seule paraissait les guider, car ils ne venaient que pour me caresser. Il est certain que peu d'oiseaux montrent un aussi grand attachement pour ceux qui les ont élevés, et je n'ai pas de peine à croire qu'il en soit mort pour avoir changé de maître, car il arrive souvent que ceux qu'on a soignés pendant un certain temps, et surtout ceux qu'on a élevés pris dans le nid, prouvent leur chagrin par l'inquiétude, le silence et môme par une certaine abstinence, lorsqu'ils passent en d'autres mains.»
La prédilection de certains amateurs pour le Bouvreuil se trouve donc pleinement justifiée; c'est un des oiseaux de France ou, pour parler plus exactement, un des oiseaux d'Europe les mieux doués : joli plumage, belle voix, gosier flexible, mémoire heureuse, docilité à s'instruire, et, par-dessus tous ces avantages, les qualités du cœur, une familiarité charmante, et un attachement aussi vif que constant : on aimerait à moins de titres, alors môme qu'il ne s'agirait pas de botes.
L'ÉTOURNEAU {Stum'us vulgarls).
Nos oiseaux les plus vulgaires ne sont pas ceux qui présentenl le moins d'intérôt; pour peu qu'on étudie leurs mœurs, on y découvre plus d'un trait curieux qui les élève au-dessus des espèces dont tout le mérite consiste dans un brillant plumage : l'histoire de l'Élourneau vient à l'appui de cette vérité. Bien que virtuose distingué, il n'est guère prisé que dans l'échoppe de l'artisan. Sterne, dans son Voyage sentimental j n'a vu en lui