LA SITTELLE ET LE GRIMPEREAU
De même que les Pies-Grièches et les Corbeaux continuent le genre de vie des Rapaces, les Sittelles et les Grimpereaux se rapprochent, par leurs habitudes, de Tordre des Grimpeurs.
La Sittelle (Sitla Europœa, fig. 108) est à peu près de la grosseur du Rouge-Gorge. On la reconnaît à son bec droit, comprimé sur les côtés et terminé en forme de coin.
Son plumage est cendré -bleuâtre en dessus, roussdtre en dessous; une bande noirâtre lui descend derrière Toeil.
Ainsi que les Mésanges, elle se tient sur les arbres et sur ^. ,^ ^... „
% Fig. 109. Sittelle.
les branches dans
toutes les directions, grimpe avec facilité soit en montant, soit en descenaant, à la manière des Pics, frappe comme eux, avec son bec, le tronc des arbres, mais ne se sert pas de sa queue en guise d'arc-boutant, comme le font ces oiseaux : elle lui imprime seulement un mouvement alternatif de haut en bas, à la façon des Bergeronnettes et des Lavandières.
Non-seulement la Sittelle n'émigre pas, mais elle s'éloigne peu de la contrée où elle a pris naissance; Thiver, elle se rapproche des lieux habités, et se montre alors assez familière pour faire dans les jardins la chasse aux insectes, sous les yeux mêmes de Thomme. Elle niche dans les trous des arbres ; lorsqu'elle n'en trouve pas de tout faits, elle met à profit les branches cariées, y creuse son berceau, et ne lui donne qu'une ouverture extrêmement étroite; rencontre-t-elle une cavité à souhait, elle l'approprie à sa destination; et si l'entrée est trop grande,
elle la rétrécit avec une sorte de mortier fabriqué de terre grasse et de petites pierres, le tout si bien dissimulé, qu'on a peine à le découvrir. La femelle pond six ou sept œufs blanchâtres, pointillés de roux; ils sont à nu sur une simple couchette de sciure de bois : le mâle nourrit, dit-on, la couveuse pendant tout le temps de rincubation.
Outre les insectes qui forment le fond de leur subsistance, les Sittelles vivent encore de noisettes, de chènevis, et elles en font provision pour la mauvaise saison. Les petits éclosent dans le courant de mai; aussitôt qu'ils peuvent se passer des soins de leurs père et mère, ils se séparent, et chacun se retire dans les bois, où il reste solitaire jusqu'au printemps. Leur cri ordinaire
Fig. 110. Grimpereau.
est un tij ti^ H répété à plusieurs reprises et avec vivacité pendant quHls grimpent sur les arbres; ils marchent en sautillant. L'espèce d'Europe s'avance jusqu'en Sibérie et même jusqu'au Kamtschatka.
Le Grimpereau tire son nom de ses habitudes d'escalade. Sa vie est très-laborieuse; il ne cesse de grimper le long des arbres, y prend toutes les positions, voltige à chaque instant de branche en branche, et se tient ordinairement à la suite des Mésanges et de la Sittelle pour récolter les larves et les petits insectes qu'elles ont oubliés ; il ne frappe pas les écorces avec son bec pour en faire sortir le gibier, mais il saisit avec beaucoup d'adresse celui que ses compagnons de chasse ont fait lever. Les pennes de sa
LE MARTIN-PÈCHEUR. 34?
queue sont pointues et usées à Textrémité, comme celles des Pics.
Ce petit oiseau fait sa demeure dans les bois; pendant la nuit^ il se loge dans les trous des arbres; c'est là aussi que la femelle place son nid. Il se compose d'herbes et de mousse; la ponte est de six ou sept œufs d'un blanc grisâtre, parsemés de points et de traits plus foncés.
Notre espèce de France, le Grimpereau d'Europe [Certhia familiarisa fig. 110), a le plumage blanchâtre, tacheté de brun en dessus, teint de roux sur la queue et au croupion ; son bec est grêle et arqué.
LE MARTIN-PÊCHEUR {Akedo ispida).
C'est l'Alcyon des anciens, qui semblent avoir peu connu cet oiseau dont ils faisaient un être privilégié, presque fatidique, conjurant la foudre, rendant le calme à la mer, posant son nid sur les flots, apportant la paix à la maison, et communiquant le don des grâces et de la beauté. Malheureusement, de toutes ces vertus merveilleuses le Martin-Pêcheur de nos jours n'a rien gardé, pas même son premier nom, bien plus poétique, et qu'il eût été bon de lui conserver.
Cet oiseau, qu'on trouve un peu partout et qui n'est commun nulle part, a le corps épais, la tête grosse, coiffée vers l'occiput d'une espèce de chignon immobile, le bec gros et long, l^ jambes courtes, les ailes sans ampleur, et la queue d'une brièveté ridicule (fig. 111); mais s'il n'a pas pour lui l'élégance des formes, son plumage rachète largement sa structure quelque peu grotesque» « C'est, dit Buflon, le plus bel oiseau de nos climats, et il n'y en a aucun en Europe qu'on puisse comparer au Martin-Pêcheur pour la netteté, la richesse et l'éclat des couleurs ; elles ont les nuances de l'arc-en-ciel, le brillant de l'émail, le lustre de la soie : tout le milieu du dos avec le dessus de la queue est d'un bleu clair métallique, qui, aux rayons du soleil, a le jeu du saphir et l'œil de la turquoise; le vert se mêle, sur les ailes, au bleu, et la plupart des plumes y sont terminées et ponctuées par une teinte d'aigue-marine; la tête et le dessus du cou sont pointillés, de même, de taches plus claires sur un fond d'azur....; il semble, enfin, que le Martin-Pêcheur se soit échappé de cescli-
mais où le soleil verse avec les flots d'une lumière plus pure tous les trésors des plus riches couleurs. »
L'espèce est indigène en France, et on la retrouve en Asie ainsi qu'en Afrique avec les mêmes mœurs que nous lui connaissons ici, toujours solitaire, excepté pendant la pariade qui dure peu ; d'une défiance extrême ; fuyant la société de ses semblables, à plus forte raison celle de l'homme : aussi ne peut-en approcher le Martin-Pêcheur que par surprise, lorsqu'il se tienl au-dessous d'une berge ou d'une roche qui surplombe, ou lorsque, guettant sa proie, il est absorbé par une idée fixe de convoitise.
Il vit habituellement au bord des rivières et le long des petits
Fig. 111. MarUn-Pècheur.
cours d'eau ombragés. Sa nourriture consiste en insectes aquatiques et surtout en poissons qu'il saisit avec beaucoup de prestesse. Comme tous ses confrères les pêcheurs, il est doué d'une patience à toute épreuve dont la nécessité fait toute la vertu. Perché sur une branche avancée au-dessus de l'eau, il se tient immobile à la même place pendant des heures entières, à l'affût du moindre petit poisson qui passe; à peine l'a-t-il aperçu, il fond sur lui tête baissée; rarement il manque son coup; d'ordinaire, on le voit sortir de l'eau son butin au bec. S'il n'a attrapé qu'un menu fretin, il n'en fait qu'une bouchée: mais s'il s'agit d'une grosse capture, il procède autrement : il porte son poisson à terre, le bat contre un corps dur, et après l'avoir tué, le