CARNASSIERS INSECTIVORES
Ce genre renferme les animaux les plus petits de toute la classe des mammifères, y compris même la Souris, confondue quelquefois avec les Musaraignes, quoique son organisation et sa physionomie soient tout à fait différentes.
Les Musaraignes, examinées avec un peu d'attention, se laissent aisément reconnaître à certains caractères spéciaux. Leurs incisives se terminent en pointe ; les supérieures sont crochues et dentées postérieurement à la base; les inférieures, de même forme, également fortifiées, sont couchées et se prolongent en avant. Leurs pieds, nus en dessous, sont garnis de tubercules, et chacun des doigts est armé d'un ongle crochu. Comme chez la Taupe, les narines s'étendent bien au delà des mâchoires; le mufle est divisé, dans sa partie médiane, par un sillon profond ; les yeux, d'une extrême petitesse et perdus au milieu du poil, montrent à peine leurs pupilles. Le pelage, généralement doux et épais, excepté sur le museau, les pattes et la queue où il est trèscourt, se compose de deux sortes de poils, les uns soyeux et les autres laineux : ces derniers dominent. Les moustaches sont longues, mais faibles ; enfin, trait caractéristique, la région des flancs recèle, sous une petite bande de poils raides et serrés, une glande particulière, d'où suinte , à une certaine époque, une humeur odorante qui rappelle le parfum du musc; elle répugne sans doute fortement aux Chats, aux Renards, aux Belettes, car ils chassent et tuent les Musaraignes, mais ne les mangent jamais. Les Musaraignes, sans être nocturnes, sortent peu le jour, et jamais pendant la grande chaleur; elles vivent solitaires et se tiennent presque continuellement renfermées dans les fentes des vieilles murailles, dans des trous de Taupe ou de Mulot restés libres, ou dans les petits terriers qu'elles se creusent elles-mêmes en fouillant et déchirant le sol avec leur museau et leurs ongles. L'été, on les rencontre, tantôt près des ruisseaux ou des sources, tantôt dans les bois, cachées sous les feuilles, sous la
mousse ou dans le creux des arbres. L'hiver, certaines espèces se rapprochent de nos habitations ; on les trouve alors dans les granges, les greniers, les écuries et aussi parmi les fumiers; elles se nourrissent de Vers, d'insectes, de matières animales en décomposition, et mangent aussi du grain.
Malgré leur apparence souriquoise , elles sont loin d'avoir la prestesse et l'agilité de la Souris; leurs mouvements sont lents et embarrassés, à cause de la brièveté de leurs pattes qui les soulèvent à peine au-<lessus du sol. Elles sortent principalement le matin et le soir pour aller à la pâture. Leur cri ressemble à un petit siiflement aigu. Les femelles font leur nid avec de la mousse, des feuilles, de l'herbe, et le placent dans un trou de
Fig. 4. Musaraigne des sables.
mur ou sous des racines; elles mettent bas au printemps un nombre variable de petits, qui viennent au jour nus, les yeux et les oreilles fermés ; mais les plus fortes portées ne dépassent pas neuf petits, et ne se renouvellent pas plus de deux fois
par an.
La couleur générale des Musaraignes est brun-noir, relevé de roussàtre en dessus, et blanc grisâtre en dessous. Tous leurs poils ont une teinte ardoisée à la base, et deviennent plus ou moins bruns vers la pointe : le pelage, du reste, change avec l'âge la saison et les sexes. Les sens de l'ouïe et de l'odorat sont très-développés chez ces animaux, et leur servent de guide principal; ils ont pour habitude d'appliquer leur long museau.
très- mobile, sur tous les corps qu'ils explorent, comme s'ils voulaient non-seulement les flairer, mais aussi les palper tour à tour.
Toutes les espèces ont un air de famille si prononcé, qu'il est difGcile de les bien distinguer, les nuances qui les séparent étant extrêmement légères. Nous en avons deux en France dont les caractères ne sont pas douteux; ce sont: la Musaraigne des sables ou Musette, et la Musaraigne cTeau.
La première [Sorex araneus), grise en dessus, cendrée en dessous, à queue carrée et d'un tiers moins longue que le corps, a les
Fig. S. Musaraigne d'eau.
dents blanches, l'oreille nue et découverte (fig. 4). C'est la plus; commune; on l'accuse, bien à tort, dans les campagnes, d'avoir la morsure venimeuse et d'occasionner des . maladies aux Chevaux; elleneleurcause aucun mal, et est parfaitement inofl'cnsive, en dehors des insectes et des Vers de terre dont elle se nourrit. La seconde (Sorex fodiens)^ découverte par Daubenton, plus> grande que la Musette, est brun-noir en dessus et brun-gris rous-sâtre en dessous. Sa queue, d'un quart moindre que le corps, porte une ligne blanche à la face inférieure; ses dents sont rousses à leurs extrémités (fig. 5). Ses oreilles, en partie cachées.
dans le poil, se ferment presque hermétiquement par des opercules quand elle plonge; les cils raides qui bordent ses doigts en font des espèces de rames et lui rendent la natation facile; ils peuvent s'écarter à volonté, et se rabattre ensuite les uns sur les autres, de manière à s'effacer presque entièrement; dans la marche à terre, ils se relèvent et sont préservés ainsi de toute usure. La Musaraigne d'eau fréquente les ruisseaux et les eaux de source à fond sableux; elle se nourrit de Grenouilles et d'insectes aquatiques auxquels elle donne habilement la chasse. Elle fréquente aussi le voisinage des moulins; il n'est pas rare de la voir courir sur la rive ; elle plonge avec dextérité, mais ne reste pas longtemps submergée ; elle reparaît bientôt à la surface, d'où elle s'élance pour attraper les insectes qui voltigent à fleur d'eau. Ces deux espèces se rencontrent aux environs de Paris.