LA PINTADE
sphère et toutes les fois que quelque chose d'insolite inquiète et tourmente cet oiseau. Elle sait se faire respecter des hôtes de la basse-cour et n'hésite jamais à soutenir la lutte, même quand elle est attaquée par plus fort qu'elle; sa manière de combattre rappelle celle des cavaliers numides : elle charge à fond, brusquement, sans méthode régulière ; se sent-elle près d'être vaincue, elle tourne subitement le dos, mais pour fondre, l'instant d'après, sur son adversaire : le courage ne lui manque pas. Ainsi que la plupart des Gallinacés, la Pintade aime à poudrer;
Fig. 132. PinUde.
elle se débarrasse de cette façon, en se vautrant dans la poussière, des parasites qui l'incommodent ; peut-être aussi, dans ses bains de sable, savoure-t-elle davantage la chaleur solaire dont elle aime à s'envelopper. A l'exemple des Poules, elle gratte la terre pour y chercher les vermisseaux et les insectes dont elle est très-friande; elle vit en troupes nombreuses; quoique ses ailes soient courtes, elle perche volontiers ; son vol est lourd et sans grande portée; en revanche, elle court avec une extrême célérité.
La Pintade est douée d'une grande fécondité; ses pontes se suc-
cèdent pendant des mois entiers, presque sans interruption; elle n'accepte le poulailler que comme retraite de nuit, et s'en va, par instinct, cacher ses œufs loin des lieux habités. Il n'est pas rare de la voir vagabonder pendant le jour à travers les prairies ou dans les bois : aussi paye-t-elle parfois fort cher ces velléités d'indépendance.
A part les hasards que lui fait courir le Renard, la Pintade ne niche jamais mieux que dans les bois; dès la sortie de l'œuf, les Pintadeaux se mettent à marcher et mangent tout seuls sous la conduite de leur mère. Lorsqu'ils commencent à prendre plume, ils ont un certain air de ressemblance avec les petits Perdreaux rouges; leur développement est rapide; leur sauvagerie se dénote dès le bas âge : ils font constamment bande à part, vivent entre eux et ne se séparent jamais, quoique renfermés dans la même basse-cour avec les autres oiseaux domestiques.
La chair de la Pintade, légèrement faisandée, vaut le meilleur gibier; elle descend au rang de simple volaille peu savoureuse lorsqu'on ne sait pas l'attendre à point.
LE FAISAN {Phasianus cokhicus).
L'introduction déjà séculaire en France de cet oiseau complètement naturalisé dans nos bois permet de le considérer aujourd'hui comme une espèce presque indigène, quoiqu'il soit originaire d'Asie.
Le plumage du Faisan mâle est très-remarquable; sa tête et son cou brillent d'un beau vert avec des reflets métalliques bleu foncé ; sa poitrine, ses flancs et la région du ventre ont leurs plumes bordées de noir sur un fond brun-chàtain; des taches blanches demi-circulaires émaillent le manteau ; les longues plumes du croupion, de couleur rouge-cendré, présentent des teintes purpurines; le gris olivâtre des pennes de la queue est relevé de raies noires et de bordures blanches; l'œil enfin s'entoure d'un cercle nu, d'un rouge vif (fig. 123).
La taille de la femelle est plus petite; le gris terreux, maculé de noir et de roux, domine dans sa livrée, dont les teintes sont plus foncées sur le dos.
Le Faisan, d'un naturel farouche, vit solitaire dans les bois