LE TÉTRAS
Cinq ou six semaines après ses noces, le Tétras, polygame comme le Faisan, se retire à l'écart et reprend ses habitudes solitaires. La femelle improvise, derrière quelque souche, une espèce de nid en forme de cuvette, à fleur de terre, où elle dépose une douzaine d'œufs grisâtres, tachetés de brun; elle les couve avec une persévérance remarquable. Les petits courent dès qu'ils sont sortis de la coquille; la mère les mène avec une grande sollicitude, et leur apprend à trouver leur nourriture; elle gratte devant eux le sol, met à sac les nids de Fourmis pour en extraire les œufs dont ses nourrissons sont très-friands, et elle leur enseigne à chercher les insectes destinés à leur première alimentation; elle les initie ensuite, par degrés, à la nourriture végétale qui inaugure le régime des adultes.
Ses soins ne se bornent pas à leur procurer des vivres : elle ne les perd pas un instant de vue, leur donne le signal de se cacher à l'approche du danger; et si quelque bête de proie la surprend pendant qu'elle conduit sa troupe, elle se jette en voletant à quelques pas au-devant du Rapace, comme si elle était blessée, et, par ce stratagème ingénieux, l'éloigné de sa couvée toute dressée à se disperser au fond des broussailles; quand la mère la sait en sûreté, elle pique une pointe en l'air, et rallie ensuite ses nourrissons par un glou glou particulièrement accentué.
La croissance des jeunes Tétras s'opère assez vite, quoique leur éducation soit longue; au bout de quelques semaines, ils ont déjà assez de plumes pour essayer de se percher, mais ce n'est qu'après plusieurs mues que leur plumage se complète et prend sa livrée définitive. A la fin de l'automne, la famille se partage en deux bandes : les jeunes femelles ne quittent pas leur mère et vivent tout l'hiver en compagnie avec elle; les jeunes m&les, d'humeur plus turbulente, éprouvent instinctivement le besoin d'aller vivre ailleurs; au moment de se séparer, ils donnent déjà quelques éclats de voix; au retour de la belle saison, ils se comportent tout à fait comme les adultes qui les ont pré cédés dans la vie.
LA GELINOTTE {Tetmo bonasia).
Encore un de nos meilleurs gibiers qui devient de plus en plus rare, même dans les Vosges où il était autrefois commun ; la chasse active qu'on lui fait achèvera bientôt de nous l'enlever complètement.
Belon, avec son style pittoresquement naïf, a fait, en quelques mots, le portrait de la Gelinotte : « Qui se feindra, dit-il, voir quelques pièces de Perdrix métive, entre la rouge et la grise, et tenir je ne sais quoy des plumes du Faisan, aura la perspective de la Gelinotte des bois (fig. 125). »
Cet oiseau, un peu plus gros qu'une Perdrix, habite les grandes forêts accidentées, à essences de chênes, de bouleaux, de sapins, etc., où les dômes de feuillage épais alternent avec des clairières plus ou moins parsemées de roches, et où croissent la fougère, lemyrtile, le genévrier et le sureau à grappes rouges; il en sort de temps à autre, à des époques réglées. En juin et juillet, les Gelinottes se tiennent de préférence à la lisière des bois; vers la fin de l'été, elles rentrent dans l'intérieur de la forêt et s'approchent des clairières où se trouvent des arbrisseaux à baies; dans les mois de septembre et d'octobre, on les rencontre de nouveau au bord des bois, dans les bruyères longeant des taillis serrés propres à servir de refuge; l'hiver, elles séjournent constamment au beau milieu des forêts : la zone intermédiaire des montagnes forme leur station ordinaire; elles recherchent les versants du midi où se trouvent des eaux de source.
Les Gelinottes ont certaines allures qui leur sont communes avec la Perdrix, et d'autres qui leur appartiennent spécialement. Quand rien ne trouble leur sécurité, elles sont fréquemment accroupies, marchent à la façon des Perdrix inquiétées, mais en relevant un peu plus le cou ; elles s'allongent en avant dans leur course qui est rapide; la femelle rabat alors les plumes de sa tête; le mâle, au contraire, les étale. Lorsqu'on fait lever à terre les Gelinottes, elles partent avec un grand bruit d'ailes, et se réfugient dans le plus épais d'un arbre, à la base d'une grosse branche, et s'y tiennent immobiles, collées dans le sens de la longueur du rameau et profondément silencieuses; celui-ci ne leur
paraît-il pas suffisanunent large pour les cacher entièrement,