LA CAILLE
Minorque, à Malte, dans T Archipel, etc.; mais ces haltes sont bien courtes en comparaison de retendue à parcourir. Toutes aussi n'arrivent pas à bon port; lorsqu'elles sont surprises en mer par des vents contraires, elles n'ont d'autre ressource que de se réfugier sur les navires de passage : beaucoup se noient, qui n'ont pas eu la chance de rencontrer cette planche de salut. Ces longs trajets leur sont très-pénibles; il est facile de s'en convaincre : elles arrivent exténuées sur nos côtes. Dans les premiers jours de leur débarquement, c'est à peine si elles peuvent s'enlever de terre, elles se tiennent blotties dans les herbes marines, dans les buissons; le repos leur est absolument nécessaire avant de pouvoir se répandre dans l'intérieur. Les chasseurs des bords de la Méditerranée ne connaissent que trop leur extrême fatigue à ce moment; ils en prennent des milliers avec leurs filets. Leur capture, au départ, n'est pas moins fructueuse dans les lies où elles s'arrêtent temporairement, en se dirigeant vers l'Afrique; on en prend plus de cent cinquante mille à Capri, à l'époque où elles s'abattent sur cet îlot; sur certains points de l'Archipel et sur les côtes du Péloponnèse, toute la population, pendant les deux saisons de passage, n'est occupée qu'à préparer et saler des Cailles, tant elles pleuvent par milHers dans ces parages! La cause précise de leurs migrations est encore discutée. Les - uns l'attribuent au froid; cependant les gelées d'avril et de mai, qui saisissent parfois les Cailles & leur arrivée chez nous, ne les font pas partir, et celles qu'on garde en cage supportent trèsbien les rigueurs de l'hiver. D'autres, avec plus de raison, ce semble, pensent que leurs voyages sont déterminés principalement par le défaut de nourriture; lorsqu'elles ne trouvent plus & vivre dans nos pays, elles s'en vont dans les pays chauds, et vice versa : leur instinct les dirige toujours avec certitude vers les contrées où les provisions abondent. Le besoin de changer de climat au printemps et à l'automne tient peut-être encore à d'autres raisons qui ne sont pas connues; il est si impérieux, que rien ne détourne ces oiseaux quand l'époque du départ est venue; il se fait sentir même à ceux qu'on retient captifs, quand bien même ils ont été pris au sortir du nid, sans avoir eu de communication avec des Cailles en liberté; au temps de la passe, ils éprouvent une inquiétude et une agitation extraordinaires qui commencent chaque jour au coucher du soleil, continuent toute la nuit et ne cessent qu'avec la fin des passages : tout porte & croire que ceux-ci s'effectuent pendant la nuit. Ils n'ont pas lieu
à des dates mathématiquement flxes, ils varient suivant que la chaleur ou le froid est plus ou moins précoce ou se fait sentir tard, et aussi d'après la température de chaque pays. Dans le midi de la France, les Cailles arrivent ordinairement dans la première quinzaine d'avril, en mai dans le nord; elles nous quittent de la fin d'août à la mi-septembre. Quoique le départ soit général, il en reste toujours quelques-unes dans notre pays, les blessées, les infirmes, par exemple, ainsi que celles des dernières nichées, trop faibles pour suivre le gros de la troupe et affronter la vaste mer. Leur sort n'est guère enviabk : d'une part, elles demeurent plus longtemps exposées aux coups du chasseur; de l'autre, alors même qu'elles y échappent, la rareté croissante des vivres les fait bientôt périr de faim. Les jeunes mâles émigrés arrivent les premiers dans nos contrées méridionales : ils précèdent d'environ quinze jours le débarquement de leurs anciens.
Les Cailles ne sont pas plutôt descendues à terre, qu'elles songent à pondre. Slles ne se réunissent pas en couples ; la femelle fait entendre son clairon sonore, le cri de Paye tes dettes^ sans cesse répété, de jour comme de nuit; à cet appel, les mâles accourent de fort loin et à pied la plupart du temps; ils ont aussi un chant spécial ; ils jettent, dans les blés, leur note nasillarde et heurtée : Ouanrouan^ ouan-oxmn^ d'autant plus accentuée, que les femelles se trouvent plus éloignées : « Ces dernières, dit Selon, après l'esté, ne sonnent plus mot. » Leur nid est légèrement creusé en terre; quelques herbes sèches le garnissent à l'intérieur; il reçoit d'ordinaire de douze à quinze œufs mouchetés de brun sur un fond gris-verdâtre. Lorsque la première couvée n'a pas réussi, il y en a souvent une seconde, mais toujours moins riche que la précédente; l'incubation dure vingt et un jours.
Les Cailleteaux, au sortir de la coquille, courent et mangent tout seuls, comme les petits de la Perdrix, mais ils sont d'un tempérament plus robuste. Tant qu'ils ont besoin de la tutelle de leur mère, ils restent réunis auprès d'elle, la suivent dans ses courses et se rallient à son appel ; toutefois, hors le temps de Tenfance, ils ne vivent point en famille ; dès qu'ils peuvent se passer de soins, ils s'affranchissent de toute direction et se séparent les uns des autres pour vivre solitaires. Jamais ils ne se lèvent en compagnie; ils fuient d'abord, en courant à travers les herbes, et ce n'est que lorsque le chasseur ou le chien est tout à