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LE VANNEAU

tiédeurs du printemps rapprochent instinctivement de la surface.

C'est toujours par troupes nombreuses que les Vanneaux s'abattent; ils couvrent de grandes étendues de terrain et se groupent très-près les uns des autres; au moment où ils s'enlèvent, tous agitent leurs ailes d'un même mouvement, et comme elles sont doublées de blanc, on ne voit plus qu'une masse éclatante à travers l'espace; en partant, ces oiseaux jettent un ou deux cris et répètent à plusieurs reprises, dans leur vol, les deux syllabes dix-^uity plus ou moins accentuées.

Leurs sociétés, remarquables par leur permanence de nuit et de jour, s'interrompent à l'époque de la pariade. La race, d'ordinaire si pacifique, commence à se séparer au printemps, et célèbre l'arrivée de la nouvelle saison par de violents combats ; c'est par la guerre, en effet, que les mâles préludent à leur entrée en ménage ; mais aussitôt qu'un certain nombre de coups de bec ont été échangés, et que le sort a décidé de la victoire, les couples se forment, toute querelle disparaît, les Vanneaux ne sont plus occupés que de la nichée.

La ponte s'effectue dans le mois d'avril. La femelle fait choix, dans les marais, d'une petite butte ou d'une motte de terre pour y placer son nid, mais sans grande dépense de matériaux; elle se borne à tondre l'herbe circulairement, dépose trois ou quatre œufs d'un vert sombre et tachetés de noir dans cette coupe végétale dont la couleur se flétrit bientôt par l'incubation : la mère couve avec persévérance. D'après les observations de Bâillon, quand la crainte l'oblige à quitter son nid, elle piète pendant un certain espace, en se traînant dans l'herbe, et ne s'envole que lorsqu'elle est. assez loin pour que son départ ne révèle pas la place où les œufs sont déposés. Au bout de trois semaines, les petits sont éclos ; dès le second jour de leur naissance, ils courent parmi les herbes et accompagnent leurs père et mère ; leur corps est couvert d'un duvet noirâtre que cachent de longs poils blancs ; à deux mois, ils prennent la livrée des adultes. C'est vers cette époque, c'est-à-dire dans le courant de juillet, que jeunes et vieux se réunissent ; chaque marais envoie son contingent à la grande armée : aussi en quelques jours les troupes comptentelles cinq et six cents individus, d'abord errants dans les prairies, mais qui, aux premières pluies de l'automne, se répandent de toutes parts dans les terres labourées où la table est somptueusement dressée : les Vers y abondent à remplir le jabot.

Les Vanneaux demeurent avec nous jusqu'à ce que le firoid force les Lombrics à s'enfoncer profondément en terre; les vivres manquant, ils nous quittent et s'en vont chercher fortune dans des climats plus doux, dans ceux où la saison des pluies coïncide avec leur départ automnal : la même cause, la nécessité de se procurer de quoi se nourrir, nous les renvoie au printemps ; mais dans les contrées méridionales où ils sont allés chercher pâture, ce n'est plus le froid, mais bien la sécheresse qui les fait partir : sans humidité, point de Vanneaux.

Ces oiseaux peuvent être considérés comme cosmopolites, puisqu'on les voit dans toute l'Europe, qu'ils habitent aussi les Antilles, et se montrent encore en grande abondance dans le centre et les extrémités de l'Asie. Ils sont gras en automne, maigres au printemps : petit gibier, plus vanté qu'il ne mérite, d'agréable saveur pourtant, et qu'on peut mettre de pair à la broche avec le pluvier; il* ne diffère génériquement de ce dernier que par la présence d'un pouce : encore est-il si petit qu'il ne touche pas à terre.

Le Vanneau se chasse rarement au fusil : il n'est, dans ce cas, qu'un but d'adresse; il se laisse difficilement approcher d'assez près pour qu'on puisse le tirer : c'est pourquoi on a recours généralement au filet, pour en prendre à la fois de grandes quantités. Il est facile de le faire donner dans le piège; on tend le filet dans les prairies basses; on place entre les nappes deux ou trois appelants, ou même tout simplement des Vanneaux empaillés : les innocents payent cher leur crédulité, c'est par centaines et par milliers qu'ils figurent chaque année, à l'automne et au printemps, chez tous les marchands de gibier; ils justifient une fois de plus le vieil adage : nimium ne ci^ede colori.

LE PLUVIER DORÉ {Charadrius pluvialis).

L'histoire du Pluvier doré (fig. 137) est, à peu de chose près, l'histoire de toutes les espèces de ce genre, il les représente dans leurs habitudes principales.

L'instinct social est développé au plus haut degré chez ces oiseaux; ensemble ils arrivent, ensemble ils repartent, et, dans le court séjour qu'ils font chez nous, ils prennent en commun leur nourriture et ne se séparent que pour passer la nuit ; cha-

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