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LE PLUVIER DORÉ

cun alors gîte à sa guise, dans le voisinage; mais, dès le point du jour, le premier éveillé fait entendre le cri de réclame, hui, hieu, huit ; à son appel, la troupe se reforme, et ainsi tous les matins, jusqu'au temps de la pariade où les couples s'isolent temporairement. Suivant les saisons, le Pluvier doré se pare de différentes livrées. Dans son habit de noces, le dessus de son corps est d'un beau noir tacheté de jaune doré ; les côtés du cou sont agréablement mélangés de blanc, de jaune et de noir; les parties inférieures sont entièrement noires ; en hiver, le noir devient fuligineux, tout en conservant ses taches jaunes : chez la

Fig 137. Pluvier doré.

femelle, les teintes, en tout temps, sont moins vives que dans le mâle.

Les pluies de l'arrière-saison amènent les Pluviers en France : de là leur nom générique. Ainsi que les Vanneaux, les Courlis, les Bécasses, ils cherchent leur vie dans les plaines humides ou limoneuses; ils s'y nourrissent surtout de Vers de terre, qu'ils ont l'adresse de faire sortir en piétinant le sol ; avant même que l'animal rampant soit sorti de son trou, les Pluviers en ont déjà fait curée. Pâturant toujours en troupes nombreuses, ces oiseaux ont bien vite épuisé leurs vivres souterrains ; il leur faut, de toute nécessité, se pourvoir ailleurs des Lombrics et des petits mollusques qui forment le fond de leur nourriture : aussi ne restent-ils guère plus de vingt-quatre heures dans le même canton ; ils sont constamment en mouvement, et s'abattent par vo-

lées souvent considérables, jamais moindres d'une cinquantaine d'individus. Pendant qu'ils sont à picorer, ils se gardent comme en pays ennemi ; plusieurs d'entre eux, préposés au salut général, sont chargés de donner l'éveil au moindre soupçon de danger : aussitôt que les vigies ont jeté leur note aiguë, toute la troupe s'envole d'un même essor.

Le vol des Pluviers n'est pas élevé; ils louvoient presque toujours à peu de dislance de terre, embrassent un espace trèsétendu, rangés sur une seule ligne transversale, et faisant face au vent. Leur démarche à terre est empreinte de légèreté et de coquetterie ; ils courent très-vite, sans cesse à la recherche de leur proie ; et comme ils sont obligés, pour l'atteindre, de battre la vase de leurs pieds et d'y enfoncer le bec, ils vont à diverses heures de la journée se les laver dans l'eau.

Ils nous quittent aux premières neiges et dès que le froid rend les vivres rares et difficiles. Leurs bandes considérables se transportent alors, à petites journées, dans les contrées méridionales. On trouve le Pluvier doré jusqu'aux Antilles, et on le retrouve encore à Gayenne ainsi qu'à Saint-Domingue. Il passe en automne dans la Picardie, la Ghampagne et la Beauce, et sV montre de nouveau à la fin de l'hiver ou dans les premiers jours du printemps; mais dans ce dernier passage il ne s'arrête pour ainsi dire pas; il se dirige vers le fond de l'Europe et va nicher en Suède, en Norvège, en Laponie et en Islande : les pays tempérés ne le gardent jamais longtemps.

Son nid, si toutefois on peut donner ce nom au simple enfoncement qui reçoit ses œufs, quand il ne les dépose pas à plat sur le sol, n'est pas même garni d'herbes sèches ; ses pontes sont peu nombreuses, elles ne dépassent pas quatre ou cinq œufs; ceux-ci sont tachetés de noir sur un fond cendré-vert clair.

Le Pluvier est un assez bon gibier, mais à la condition d'être gras ; sans cela, il est sec, coriace et perd beaucoup de son fumet particulier. Tout défiant qu'il soit, on le prend en grande quantité au filet. Le moment le plus favorable pour faire cette chasse est celui où les Pluviers se rassemblent le matin, après avoir passé la nuit dans le voisinage les uns des autres; on remarque le lieu où ils se sont abattus, et l'on a soin de tendre, avant le jour, de grandes nappes en face de cet endroit ; au premier cri de l'appelant, on se couche ventre à terre; puis, lorsque toute la bande des Pluviers est réunie, on se relève en poussant des cris et en jetant des bâtons en l'air ; les Pluviers, effarou-

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