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LA GRUE CENDRÉE

chés, s'envolent sans s'écarter beaucoup de terre, et vont donner dans le filet : il tombe, et souvent de toute cette multitude pas un seul n'échappe au salmis ou à la broche qui l'attend.

LA GRUE CENDREE {Grus cinerea).

Depuis longtemps la Grue cendrée n'est plus que de passage en France; elle s'y montre de mars en avril, quand elle va faire villégiature en Allemagne, en Suède , en Norvège, en Pologne, dans tout le nord de l'Europe; d'octobre en novembre, lorsqu'elle quitte les pays froids d'où elle est originaire, pour aller dans les pays chauds : elle vient y chercher de doux hivers, et nullement les chaleurs brûlantes de la zone torride. BufTon croit, en effet, qu'elle ne passe pas la ligne, et qu'elle s'arrête en Egypte, en Abyssinie, au Sénégal, dans l'Inde : elle traverse ainsi chaque année huit mille kilomètres. Ses premières apparitions chez nous annoncent le printemps, comme elles sont aussi plus tard les avant-courrières de la mauvaise saison.

Cette espèce, qui nous visite régulièrement, était connue des anciens. La nudité du sommet de sa tête, sa gorge noire, son manteau gris-cendré, ses longues plumes redressées en panache et retombant avec grâce, la font aisément distinguer; elle ne manque pas d'une certaine prestance; on retrouve dans son port deux qualités qui souvent s'excluent : la force unie à la légèreté d'allure; sa démarche est cadencée (fig. 138).

Avant de prendre son essor, la Grue fait quelques pas en courant; elle ouvre ensuite les ailes, serre de près la terre, étend son vol et se porte rapidement dans le haut des airs. Elle ne s'y tient pas toujours dans les mêmes régions, elle se règle sur l'état de l'atmosphère: lorsque le temps est calme, elle s'élève à perte de vue, et ne paraît plus alors que comme un point dans l'espace ; au contraire, s'il y a apparence d'orage, elle baisse considérablement son vol, et s'abat sur terre comme les Oies, les Cygnes, les Canards : son passage est ordinairement annoncé par des clameurs plus ou moins bruyantes.

A l'approche de leurs migrations périodiques, les Grues sont plus agitées que de coutume, elles se réclament plus souvent par des cris d'appel, et obéissent évidemment à l'instinct mysté-

rieux qui leur révèle Theure du départ. Ce moment venu, elles se réunissent en troupes plus ou moins considérables, mais toujours nombreuses, dans un ordre parfaitement régulier, quoiqu'il n'affecte pas constamment la même forme. Quelquefois elles s'échelonnent sur une seule ligne, à la file les unes des autres; d'habitude cependant elles se rangent en deux séries parallèles, décrivant un angle au sommet, disposition ingénieuse, à l'aide de laquelle elles fendent l'air plus facilement. Indépendamment de ces deux manières de voyager, elles en ont une troisième qu'elles emploient lorsque le vent est sur le point de souffler en tempête, ou quand elles sont menacées par roiseau de proie; elles se groupent alors en cercle : preuve évidente qu'elles n'agissent pas uniquement sous l'impulsion d'un instinct aveugle, puisqu'elles savent modifier leur marche d'après les circonstances.

Pline croyait que , pour le départ, elles se choisissaient un chef auquel toutes obéissaient ponctuellement. L'oiseau placé en tête occupe Fig. 138. Grue cendrée. le poste le pIus dif-

ficile; il est chargé de rompre le courant d'air, de frayer le passage à travers l'atmosphère; il sent donc naturellement plus vite la fatigue que le reste de la phalange : aussi, dès que la lassitude s'empare de lui, il passe à l'arrière-garde; une autre Grue prend immédiatement sa place, et ainsi de suite : grâce à cette habile combinaison, les forces de chacun se trouvent suffisamment ménagées, sans que la marche générale soit ralentie.

Les passages ont ordinairement lieu la nuit; les Grues qui tiennent le sommet de l'angle ont soin de signaler la direction aux bataillons subséquents par des réclames fréquemment rc-

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