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LA GRUE CENDRÉE

nouvelées ; la troupe entière répète sur le même ton : « Bonne route, nous suivons. »

A terre, ces oiseaux ne montrent pas moins de circonspection et de prudence. En s'abattant, ils forment toujours de nombreux rassemblements; mais, la nuit comme le jour, des sentinelles sont posées de distance en distance pour veiller à la sûreté générale ; confiants dans leur vigilance qu'on surprend bien rarement en défaut, ils pâturent ou s'endorment en toute sécurité, la tète sous Taile, sachant qu'au moindre danger le cri d'alarme ne se fera pas attendre.

L'esprit de sociabilité ne les quitte jamais ; ils aiment à se réunir, à mêler leurs familles ensemble ; le printemps seul les sépare par couples ; mais dès que les pontes sont terminées, que l'éducation des petits est achevée, mâles et femelles, jeunes et vieux, se remettent en association : c'est, chez eux, un instinct de nature, on le retrouve jusque dans leurs jeux.

A voir les Grues s'ébattre entre elles, on dirait qu'elles ne savent pas se distraire isolément, et qu'il leur faut de la compagnie pour se livrer à leur gaieté. Il leur en prend quelquefois de singuliers accès : le matin, il leur arrive de se mettre en danse de la façon la plus bizarre et la plus folle, malgré leur gravité majestueuse. Gerbe a fort exactement décrit leurs valses improvisées. « Placées, dit-il, en cercle et rangées sur plqsieurs lignes, quelquefois confusément, elles gambadent, dansent les unes autour des autres, tournent sur elles-mêmes, s'avancent en sautant l'une vers l'autre, s'arrêtent brusquement, convulsivement, tendent le cou, le relèvent, le baissent, déploient les ailes, font des espèces de salutations, se livrent, en un mot, à la mimique la plus burlesque qu'il soit possible d'imaginer. D'autre fois, plusieurs d'entre elles s'élancent rapidement dans une direction, sans qu'on puisse dire quel est le but vers lequel elles tendent; ces divertissements extraordmaires des Grues vivant en famille sont presque toujours suivis d'autres ébats pris dans les airs. »

La Grue n'a pas qu'un seul régime alimentaire ; ainsi que la plupart des oiseaux voyageurs, elle est organisée pour supporter de longs jeûnes. Elle se nourrit de grains, gâture les céréales en herbe et chasse aussi aux insectes, mais elle vit surtout de Vers, de mollusques aquatiques, de Batraciens, de petits Poissons et de Serpents : voilà pourquoi elle descend de préférence dans les plaines marécageuses; on ne la rencontre qu'accidentellement

au milieu des terres arides ou des sables brûlants : quelles ressources y trouverait-elle? Les lieux humides ont pour elle un autre avantage : elle y niche et y puise une nourriture abondante et facile pour ses petits. Son nid , très-primitif, se compose de brins de joncs grossièrement entrelacés, elle le place au milieu des marais, dans un flot herbeux et y dépose deux œufs. Le père et la mère couvent alternativement et nourrissent leurs petits avec un grand dévouement, quoique ceux-ci restent fort longtemps dans le nid. A peine sont-ils élevés, qu'arrive Theure du départ; selon toute probabilité, ils font, avec les vétérans, partie des bataillons du centre, à l'intérieur du triangle : cette position est celle qui convient le mieux à leurs forces. Les adultes, plus vigoureux, se chargent, comme de juste, des évolutions les plus hardies et les plus difficiles.

La Grue cendrée est répandue dans toute l'Europe; elle était autrefois assez commune dans les lies Britanniques, elle y est devenue très-rare sans que la cause en soit bien connue.

LE HÉRON COMMUN (Ardea cinerea),

La livrée du. Héron commun, indigène et sédentaire en France, est une livrée de deuil, en harmonie avec la triste existence de cet oiseau; son plumage blancr-grisâtre, mêlé de noir, n'offre d'autre parure qu'un faisceau de longues plumes très-étroites, qui se balancent k l'arrière du cou. Ses longues échasses, son long bec, emmanché d'un long cou, le prédestinaient à habiter les lacs et les rivières ou à vivre dans les marais. Le Héron y fait métier d'anachorète et de pêcheur. On l'y rencontre presque toujours seul, rarement par couple, quoiqu'il niche souvent en famille sur les arbres. Suivant BufTon, cet oiseau présente l'exemple d'une vie de souffrance, d'anxiété, d'indigence. Chez lui, point de joyeux ébats, nul chant pour charmer ses loisirs. Immobile à la même place pendant des heures entières, il se tient silencieux sur un seul pied, le cou replié le long de la poitrine et du ventre, la tête çt le bec couchés entre les épaules qui excèdent de beaucoup la poitrine ; il fait sentinelle tout le long du jour, et semble n'avoir d'autre ressource que l'embuscade pour pourvoir à sa subsistance (fig. 139). Quiconque chasse à l'affût doit faire provision de patience, dit le proverbe; le Héron, & cet

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