‹ Les animaux de la FranceChapitre 76 sur 126 · LE HÉRON COMMUN · texte numérisé non relu

LE HÉRON COMMUN

égard, est plein de résignation, il sait vivre de régime, son corps maigre et efflanqué en est la preuve, mais il ne mange pas toujours à ses heures, comme le prétend le bon la Fontaine ; Tanches et Goujons, n'en déplaise au poète, sont fort de son goût et constituent très-bien son dîner ; seulement il faut les tenir. En Tabsence du poisson, il se contente de Grenouilles, de Tritons, voire même de mollusques et dinsectes aquatiques ; mais grâce à son excellent estomac, quand la proie fait défaut, il jeûne et supporte admirablement les diètes les plus rigoureuses.

Le Héron a plusieurs manières de chasser. Quelquefois il arpente à grands pas les rives de son royaume, butinant, deci delà, Lézards et Limaçons rencontrés en chemin; le plus souvent -cependant il entre dans l'eau jusqu'au-dessus du ^enou, la tête entre les jambes, pour guetter sa proie ; Taperçoit-il à portée, il détend aussitôt son «cou, lance son bec comme un trait et happe au passage le promeneur imprudent. Si le gibier se fait par trop attendre, il Jbat la vase avec ses pieds «et la fouille de ses ongles pour en faire sortir les habitants qu'elle recèle :

<:'est la seule industrie du pauvre diable. Le vent, la pluie, la neige ne changent rien à son genre de vie. Né dans le dénûment, habitué de longue date aux privations, il a la vertu des indigents; il est dur à la peine et s'inquiète peu du temps qu'il fait; jamais il ne songe à se mettre à l'abri. Toujours à découvert sur un pieu , une butte ou une pierre au milieu des terrains inondés, il brave le froid au point de se laisser couvrir de verglas ; on en a pris qui étaient à demi gelés et n'en gardaient pas moins leur poste

Fig. 139. HéroQ cooimuo.

d'observation. Il faut qu'il gèle à pierre fendre et que Teau soit complètement fermée pour que le Héron se décide à changer de cantonnement; traqué alors par la faim, il n'émigre pas comme la plupart des oiseaux de rivage, il se rapproche seulement des sources chaudes ou des ruisseaux qui ne gèlent pas, aGn d'y chercher sa pitance accoutumée.

Le Héron est demi-nocturne; il dort peu; inquiet et d'une défiance extrême, il se tient constamment hors de la portée de l'homme et profite souvent de la nuit pour aller pêcher ; c'est alors qu'on l'entend jeter un cri rauque, sec et aigre; lorsque l'alarme le poursuit, ce cri se prolonge avec une intonation pleine de mélancolie. Les anciens consultaient son attitude et ses mouvements pour en tirer des pronostics; sa station solitaire au bord des rivières prédisait l'approche de l'hiver ; son vol à travers les airs et ses cris répétés annonçaient la pluie ; son bec tourné de tel ou tel côté signalait le point d'où le vent soufflait : inutile de dire, malgré tout le respect qu'on doit à l'antiquité, que c'était là l'enfance des observations météorologiques; nos instruments de physique sont plus précis que ces indices dont rinfaillibilité est loin d'être démontrée, quoiqu'ils puissent coïncider, par aventure, avec l'état vrai de l'atmosphère.

En dépit de ses goûts prononcés pour le repos et l'immobilité, le Héron est un des oiseaux dont le vol s'élève le plus haut; la conformation de ses grandes ailes concaves, frappant l'air avec régularité, et la légèreté de son corps mince et grêle, en font un excellent voilier; il se porte rapidement dans la région des nuages. Son procédé pour voler lui appartient en propre; il raidit et étend ses jambes en arrière, renverse son cou sur son dos, le plie en trois parties, y compris la tête et le bec qui, dans cette position, se montre seul et paraît sortir de la poitrine. Le Héron, par la puissance de son vol, était jadis l'objet de chasses spéciales que princes et rois suivaient avec passion. Cet amusement n'est plus de mode aujourd'hui que la fauconnerie n'est plus qu'un souvenir. C'est par le vol que le Héron cherche à se soustraire aux croisières de l'Aigle et des autres oiseaux de proie acharnés à sa poursuite; sa tactique pour leur échapper est d'avoir toujours le dessus sur eux. D'après Belon, lorsqu'il se voit serré de trop près, il passe la tête sous son aile et fait face au corsaire en lui présentant la pointe de son bec, ce dernier s'y enferre en fondant sur sa proie. Le Héron se sert encore avec avantage de son bec dans ses démêlés avec l'homme. Veut-on le

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