LE BUTOR
prendre quand il est blessé, il se défend en habile stratégiste ; son cou, effacé et perdu dans ses épaules, se développe tout à coup dans toute sa longueur, son bec se redresse brusquement et se projette comme un javelot en visant Tœil du chasseur; il faut donc rapprocher avec précaution, car son cou débandé peut atteindre d'assez loin.
Le Héron, isolé pendant le jour, se réunit volontiers en troupes sur les arbres pour passer la nuit et pour nicher. Au temps de l'accouplement, il choisit les plus grands arbres de la forêt, au voisinage de cours d'eau ou de marais. 11 n'est pas rare de rencontrer plusieurs nids de Hérons sur le même arbre; la famille rend cet oiseau momentanément sociable; mais dès que les petits sont en état de se suffire à eux-mêmes, l'anachorète retourne à ses habitudes de solitude austère. Son nid est un assemblage d'herbes et de bûchettes liées entre elles par des brins de jonc, et garnies, à l'intérieur, de mousse et de duvet. La ponte consiste en quatre ou cinq œufs d'un bleu verdâtre uniforme ; pendant tout le temps de l'incubation , le mâle pêche pour sa femelle et lui porte le produit de ses prises ; les petits ne quittent le nid que lorsqu'ils sont en état de voler.
Tant qu'ils sont jeunes, les Hérons s'apprivoisent facilement; on les nourrit sans peine d'entrailles de poisson et de viande crue ; lorsqu'on leur donne des Grenouilles, ils les avalent en entier, et ils en rejettent les os, non broyés, enveloppés d'un mucilage visqueux, de couleur verte, qui n'est autre que la peau du Batracien réduite en une sorte de bouillie. Les adultes sont absolument rebelles à la domestication; ils ne supportent pas la perte de leur liberté, se refusent à toute nourriture et finissent par périr de consomption : au bout de quinze jours d'une diète radicale, ils s'éteignent tristement, sans se plaindre, mais non sans souffrir; seulement leurs souffrances ne sont pas apparentes : c'est la fin de bien des malheureux.
LE BUTOR {Ardea sUllaris).
Cette espèce, très- voisine du Héron commun, le rappelle par son port, sa taille et ses habitudes de pêche ; elle s'en distingue toutefois par ses pattes plus courtes, son plumage brunfauve, varié de raies, de mouchetures et de lignes en zigzag.
par sa léte dont le sommet est noir et par son cou bien fourni de plumes (fig. 140).
Le Butor, en dépit de son nom synonyme de stupidité brulalCy est plus avisé que le Héron, et se montre encore plus sauvage; il habite presque exclusivement les lacs, les étangs et les marais où les roseaux abondent ; on le rencontre aussi près des eaux entourées de bois ; à part le temps de ses migrations, il quitte rarement les bas-fonds de la plaine. Éminemment solitaire comme plusieurs de sa* race, il demeure des journées entières immobile et en silence, enfoui dans ses forêts de roseaux, les
Fig. 140. Butor.
pieds dans Teau , se bornant, dans cette attitude, au rôle de sentinelle ou pour mieux dire de chasseur à Taffût, levant de loin en loin la tête, pour inspecter les environs. Son inaction n'est qu'apparente; il surveille attentivement le gibier qui passe à ses pieds : poissons, mollusques aquatiques, Grenouilles ^ Tritons, et les perce d'un coup de bec dès qu'ils sont à portée ; il les avale tout entiers et reprend aussitôt son poste d*obser\'ation. A part quelques rares échappées dont il proflte pour raser lentement la pointe des roseaux, il ne vole qu'à la nuit tombante en changeant de résidence ; mais quoiqu'il batte noncha-