LE BUTOR
lamment l'air avec ses grandes ailes, il se porte & perte de vue dans l'espace, en décrivant une longue spirale ; au moment ou il s'enlève, il jette un son grave, kôb^ kôh^ espèce de croassement bien différent de la voix ronflante, hi-rhând^ qu'il fait entendre, matin et soir, à l'époque de la pariade : c'est son cri d'appel. On Ta comparé au mugissement du Taureau : de là son nom latin de Botaurus (quasi boatus taurn). Cette trompe retentissante, qu'on entend de deux kilomètres dans le silence de la nuit, rassemble bientôt un certain nombre de femelles ; le Butor se met alors à piaffer en leur présence; quelque rival survient-il pendant cette représentation galante, il est reçu à coups de bec; la lutte ne cesse que par la fuite de l'un des deux préten* dants.
Le nid est ordinairement placé dans un fourré de roseaux de diflicile accès, presque toujours au-dessus de l'eau, sur un petit Ilot; quelquefois cependant il flotte à la surface. Son enveloppe extérieure consiste en un volumineux paquet de végétaux brisés, et présente, au dedans, un matelas grossier d'herbes sèches ; la femelle y pond, au printemps, de trois à cinq œufs d'une teinte verdâtre. L'incubation dure environ vingt-cinq jours ; tant que la mère couve, le mâle se charge de la nourrir. Les petits ne quittent le nid que trois semaines après leur naissance ; cette longue éducation les exposerait à plus d'un danger, si les père et mère ne veillaient constamment à leur sûreté et ne les défendaient vaillamment contre les bêtes de proie. Peu d'entre elles, du reste, osent les attaquer. D'après Bâillon, le Butor déploie autant de sang-froid que de courage pour sauver sa nichée. Il n'attaque jamais ; mais, attaqué, il tient ferme jusqu'à la dernière extrémité, sans se donner beaucoup de mouvements; aucune espèce, quelle que soit sa grande taille, ne lui fait peur; il l'attend debout, lui oppose la pointe aigué de son bec, et par de cruelles blessures la force à battre en retraite. Le Faucon, malgré son intrépidité bien connue, ne l'attaque que par derrière et encore dans le vol; les Busards, si redoutables à tous les oiseaux d'eau, n'ont garde de croiser le fer avec le Butor, tant il joue dextrement de son poignard. Cet écbassier vient-il à être blessé, sa défense n'en est que plus énergique et plus désespérée : s'il a affaire à un Chien, il se renverse sur le dos, et s'escrime du bec et des ongles, de manière à tenir eu respect son ennemi ; l'homme lui-même ne l'approche pas sans risque dans cet état; l'oiseau tâche, tout d'abord, de lui sauter à la figure en visant
les yeux ; faute de mieux, il se jette sur ses jambes et leur livre de redoutables assauts.
Le Butor ne passe qu'une partie de Tannée en France; il nous quitte à l'automne, et se dirige vers les contrées où les lacs et les étangs ne gèlent pas.
LA CIGOGNE BLANCHE {Cxconia alba).
Cet oiseau n'est pas moins célèbre par ses voyages annuels que par les services qu'il rend en détruisant une foule d'animaux incommodes ou dangereux. Fidèle aux traditions de l'antiquité, tout l'Orient lui a gardé l'hospitalité qu'il recevait autrefois; partout il est le bienvenu, et, dans plus d'une contrée, la maison dont il fait choix pour y établir son domicile passe pour être privilégiée : on croit qu'il lui apporte le bonheur.
La Gigogne blanche tient la tête parmi les oiseaux de rivage. Haut perchée sur ses jambes, comme la Grue et le Héron, et pourvue aussi généreusement d'un long bec, elle se distingue de ces deux Échassiers principalement parla membrane qui unit la base de ses doigts antérieurs; son bec et ses pieds sont couleur de chair; ses rémiges, d'un beau noir, ne font que mieux ressortir la blancheur de la teinte du reste de son corps (flg. 141).
La Gigogne est admirablement organisée pour le vol. Tous ses membres sont creux, et, partant, se laissent aisément pénétrer par l'air; ses ailes, amples et concaves, ont une envergure trèsgrande; en quelques sauts, elle quitte terre, se lance le cou allongé en avant, les jambes tendues en arrière, et se porte dans les hautes régions en décrivant des orbes de plus en plus considérables ; l'œil la perd aux dernières limites de l'atmosphère ; pour redescendre, elle forme également une série de spires, et vient prendre pied en tournoyant.
Cet oiseau a la vertu du silence. A part quelques circonstances solepnelles, telles que la pariade, les migrations ou bien une émotion vive, il ne se fait pas entendre ; mais lorsqu'il s'agite ou s'inquiète, il renverse sa tête et couche son bec presque perpendiculairement sur son dos; ses mandibules, en claquetant l'une contre l'autre, produisent un bruit sec et saccadé, espèce de crépitation rapide qui s'affaiblit et cesse lorsque le cou reprend sa position naturelle.