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LA FOULQUE NOIRE

La Foulque noire (Fulica atra, fig. 147), connue aussi sous le nom de Morelle^ fait pressentir, par la configuration de ses pattes bordées de festons, la membrane qui remplit Tintervalle des doigts chez les Palmipèdes, et conduit ainsi les Ëchassiers à cet ordre, en laissant toutefois cette transition immédiate au Flammant dont les pieds sont encore plus enveloppés d'appendices membraneux. La Foulque se reconnaît tout d*abord à sa plaque frontale de couleur blanche la plus grande partie de Tannée,

Fig. 147. Foulque noire.

et qui se teint en rouge vif à Fépoque du printemps. Son plumage est sombre, généralement noirâtre, à l'exception du bord de Taile marqué de cendré noirâtre ; une jarretière rougeâtre décore le bas de la jambe ; les pieds, les doigts et les festons tirent sur le cendré verdâtre ; la tête et le cou sont d'un noir profond.

Bien plus aquatique que la Poule d'eau, la Foulque est aussi plus sauvage; elle va rarement à terre, se tient presque tout le jour cachée dans les joncs et les roseaux, vole lourdement et semble ne vouloir se servir de ses ailes qu'à la dernière extrémité, quand elle est inquiétée dans sa retraite, ou qu'il s'agit d'émigrer à un autre étang.

Sa vie se passe tout entière sur les eaux dormantes. Ses pâlies sont d'excellentes rames qu'elle manœuvre habilement; elle possède la faculté de descendre sous l'eau à une grande profondeur, et échappe aux poursuites du chasseur par des plongeons répétés, son principal moyen de défense. Circonspecte et toujours sur le qui-vive, elle ne prend son vol qu'à la nuit tombante; au moindre danger elle disparaît; les jeunes, encore sans expérience, se montrent moins prudents; on les voit assez souvent s'ébattre à la surface des étangs à toute heure du jour; à l'aspect de l'ennemi, cependant, ils le fixent d'un regard effronté, et plongent aussitôt par instinct pour ne plus reparaître que bien au delà de l'endroit où ils s'étaient d'abord montrés : quelques alertes de ce genre suffisent pour leur inoculer bientôt la méfiance propre à la race. .

La nourriture de ces oiseaux consiste en petits animaux et en végétaux aquatiques ; ils nichent de bonne heure au printemps et sont très-féconds : la ponte comprend au moins une douzaine d'œufs. Chaque couple s'adjuge un territoire d'une certaine étendue et ne souffre pas d'autre ménage près de lui. En cas d'usurpation de domaine, un combat acharné s'engage; le corps ramassé, frappant l'eau avec force de leur bec, les Foulques s'avancent en nageant l'une contre l'autre, se dressent tout à coup et se portent de violents coups d'ailes et de bec, jusqu'à ce que l'un des adversaires se résigne à la fuite. Le nid est bâti au bord de l'eau, dans un endroit noyé, couvert de roseaux desséchés; une touffe en fait la base; l'oiseau y amasse plusieurs couches de débris les unes sur les autres, de manière à former monticule, et il en garnit l'intérieur d'herbes sèches. La femelle couve pendant trois semaines ; à peine la nichée est-elle éclose, qu'elle saute hors du nid et se jette à l'eau ; elle couche sous les joncs, autour de la mère, sans jamais chercher à se réchauffer sous ses ailes. Dès leur naissance, les petits nagent très-bien et sont déjà d'habiles plongeurs. Dans ce premier âge, ils sont couverts d'un duvet enfumé et ne montrent que les rudiments de leur plaque frontale ; c'est l'époque à laquelle ils sont le plus exposés ; les Busards n'en laissent pas un dixième, ils dévastent les nichées jusque dans leurs œufs : aussi les vieilles Foulques, averties par une cruelle expérience, cachent-elles avec soin leurs nids dans les fourrés les plus épais des glaïeuls et des grandes herbes ; en cas de malheur, elles font une seconde ponte.

L'espèce, toute sauvage* qu'elle soit, se réunit à l'automne en

grandes troupes; les Foulques abandonnent alors les petites mares pour aller sur les grands étangs, où elles établissent leurs quartiers d'hiver; elles couvrent souvent des surfaces très-étendues. Dans certaines contrées maritimes, comme en basse Picardie, elles restent pendant toute la mauvaise saison dans ces retraites que protège, par une température plus douce, le voisinage de la mer ; les fortes gelées seules les en chassent temporairement, lorsque les eaux viennent à être complètement fermées.

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