LA POULE D'EAU
La Poule d'eau {Gallinula chloropus^ fig. 148) habite le plus souvent le bord des rivières et des étangs; on la trouve aussi quelquefois dans les marais et dans les vieux fossés où séjournent les eaux pluviales, et qui foisonnent de joncs et de roseaux. Bien qu'elle nage avec facilité, elle ne se sert de ses rames que pour ses promenades sur l'eau le soir .et pour passer d'une rive à l'autre. Pendant la plus grande partie du jour, elle reste cachée, comme le Rdle, dans les herbes, ou sous quelques racines d'arbre aquatique; elle tient ferme sous l'arrêt du Chien; mais dès qu'il fait mine de vouloir la piller, elle disparaît sous l'eau. C'est aussi le moyen qu'elle emploie pour échapper au plomb du chasseur, en ayant soin, à chaque plongeon, de se montrer bien loin de l'endroit où elle a été tirée et de ne laisser passer que sa tête hors de l'eau : dans cette position, elle regarde fixement son ennemi sans faire le moindre mouvement, et ne sort de son immobilité que lorsque tout danger est passé. Sa nourriture consiste en graines, en herbes, en petits poissons et aussi en mollusques et reptiles aquatiques; quand elle navigue, elle bat l'eau avec sa queue chaque fois qu'elle se déplace, et accélère ainsi, par un troisième aviron, l'impulsion que lui ont imprimée ses deux rames naturelles.
Son nid, toujours placé près du bord, n'est qu'un amas informe de joncs et de roseaux desséchés, mais entrelacés les uns aux autres et amarrés par de longs brins à quelques plantes du voisinage; grâce à cette ingénieuse précaution, il ne craint pas les inondations, il monte ou descend avec la crue ou la baisse des eaux. Chaque ponte comprend de cinq à huit œufs d'un blanc jaunâtre, irrégulièrement tachetés de brun; la femelle, avant
d'aller chercher sa nourriture, ne les quitte jamais sans les avoir préalablement recouverts avec les matériaux du nid. Les petits naissent garnis de duvet; ils désertent leurs berceaux dès qu'ils sont éclos et suivent immédiatement leur mère; leur éducation n'est pas longue : en moins de quinze jours, ils apprennent à se suffire à eux-mêmes et à se dérober à toutes les recherches en se cachant parmi les grandes herbes du bord de Teau.
La Poule d'eau n'émigre pas, elle se borne à changer de résidence à l'automne pour passer la mauvaise saison près des eaux vives et des sources qui ne gèlent pas; les individus qui habitent la montagne en été, descendent, l'hiver, au bas pays : dans ces
Fig. 148. Poale d*eau.
déplacements annuels, ils suivent constamment la môme roule et reviennent toujours nicher aux mêmes endroits.
La Poule d'eau est très-facile à tirer lorsqu'elle rase Teau les pattes pendantes et d'un vol qui n'est jamais rapide : aussi ne s'y risque-t-elle qu'à la dernière extrémité; sa chair est un morceau fort médiocre et mérite à peine le nom de gibier. Son plumage épais, serré et doublé d'un duvet imperméable, est gris de fer, orné de blanc sous le corps; le dessus, plus sombre, est brunverdâtre; le front porte une plaque membraneuse analogue* celle de la Morelle; un cercle étroit, de couleur rouge, orne le bas de la jambe; les pieds sont verdàtres. La femelle est un peu plus petite que le mâle et sa livrée offre une teinte générale plus claire.
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LE FLAMMANT.
Le Flammant [Phcenicopterm ruber^ ûg. 149), ainsi nommé de son plumage couleur de feu, confine aux Palmipèdes par ses trois doigts de devant engagés dans une membrane qui s*échancre au milieu; mais ses jambes, absolument nues et d'une longueur démesurée, l'ont fait retenir parmi les Échassiers,dont il a, en outre, les habitudes. Il ne se distingue pas seulement par les riches teintes rouges de ses couvertures et par ses pennes d'un beau noir tranchant sur le fond blanc du corps, son long cou grêle est surmonté d'une petite tête ronde à laquelle est attaché un grand bec moitié rouge, moitié noir, dentelé sur ses bords et recourbé en forme de cuiller : sa structure est tout à fait étrange. Laman dibule supérieure, convexe à son origine, se brise brusquement au milieu par une forte courbure, pour devenir ensuite une lame plate qui s'infléchit à son tour vers la pointe; la mandibule inférieure se plie à proportion et présente l'aspect d'une large gouttière.
Le Flammant appartient aux oiseaux de rivage ; mais éminemment voyageur et ne fréquentant que les climats chauds et tempérés, il débarque tout à coup sans qu'on sache précisément d'où il vient, se tient d'ordinaire près de la mer, dans les lagunes, les lacs et les marais salés et près de l'embouchure des fleuves; chez nous, il ne se voit que sur certains points des côtes de Provence, particulièrement à l'étang du Valcarès, dans la partie Bud-ouest la plus déserte de la Camargue; quand on en rencontre par hasard quelqu'un dans l'intérieur des terres, c'est qu'il y a été jeté par la tourmente, et dans ce cas il ne fait que passer. Us arrivent dans la basse Camargue en avril et mai, par grandes troupes, et nous quittent dans les premiers jours d'octobre ; il en reste cependant toujours quelques-uns, soit qu'ils aient été trop jeunes au moment du départ, ou que des blessures les aient empêchés de suivre l'émigration; selon toute probabilité, ils vont passer l'hiver dans le sud de l'Espagne et en Afrique.
Bien que Sonnini assure qu'en Egypte les Flammants sont souvent isolés, ils vivent le plus ordinairement en troupes, s'allongent en files pour pêcher ou pour se reposer sur le rivage : clans cet alignement régulier, on les prendrait volontiers pour
des escadrons rouges rangés en bataille; d'après rinslinct commun à tous les oiseaux qui vivent réunis en grandes bandes, ils placent des sentinelles pour se garder contre toute surprise, et, tandis qu'ils enfoncent leur tête dans Teau pour fouiller la vase, des vedettes veillent, la tête haute, à la sûreté générale; à la moindre alerte, elles jettent un cri retentissant, semblable au son d'une trompette, s'envolent les premières et sont immédiate-
Fig. 149. Flammant.
ment suivies de toute la troupe dans son vol, qui observe le même ordre que les Grues.
Les Flammants ont Touïe et Todorat d'une Gnesse exti-ême : aussi est-il fort difficile de les approcher; on ne peut guère espérer les tuer au fusil qu'en les surprenant à l'abreuvoir. Tout le jour, ils sont occupés à barboter dans les relais de mer ou dans les étangs couverts d'une petite couche d'eau. Leur nourriture se compose de mollusques, d'annélides, d'œufs de poissons et d'insectes aquatiques qu'ils cherchent dans la vase molle, en y plongeant une partie de leur tête et en remuant en même temps les pieds de haut en bas, pour amener la proie avec le limon à leur
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bec. Quand le Flammant veut maûger, il tourne son cou et sa tête de manière que la partie plate de la mandibule supérieure soit en contact avec la vase; il saisit son butin en tournant la tête de côté et d'autre. Pour dormir, il retire une de ses pattes sous lui, se tient debout sur Tautre, pose son cou sur son dos, et cache sa tête entre son corps et le bout de son aile, toujours du côté opposé à la jambe qui se trouve pliée.
Cet oiseau niche dans les marais fangeux et dans les replis des dunes avoisinant les étangs ; il ramasse le limon avec ses pattes, en fait comme de petits îlots émergeant de 18 à 20 centimètres au-dessus de Teau, et leur donne la forme de cônes assez larges à la base, et allant sans cesse en diminuant jusqu'au sommet, où il laisse un étroit passage pour Tintroduction des œufs. Sa position lorsqu'il pond ou qu'il couve, ne laisse pas d'être curieuse; elle témoigne surtout d'un admirable instinct. Ne pouvant s'accroupir à cause de l'excessive longueur de ses jambes, il se tient non sur l'ouverture nid, mais tout auprès, les jambes à terre et dans l'eau, se reposant contre le nid et le couvrant du bas ventre et de la queue. Chaque ponte ne contient jamais plus de deux œufs; ils sont blancs, d'un tiers plus gros que ceux de l'Oie et recouverts d'une coquille épaisse, grossière et comme enduite de plâtre. Les petits courent avec une grande vitesse peu de jours après leur naissance, mais ils ne peuvent voler qu'après avoir pris toutes leurs plumes. Leur première livrée est d'abord d'un gris clair; à mesure qu'ils croissent, elle s'empourpre, mais ne brille d'un bel éclat que vers un an, alors que le développement est complet : ses teintes de feu sont d'autant plus vives, que l'oiseau est plus âgé.
ORDRE DES PALMIPEDES.
MOUETTES ET GOELANDS.
Malgré leur dénomination différente, ces oiseaux appartiennent au même genre Larus; les petites espèces portent le nom de Mouettes, les grandes sont désignées sous celui de Goélands lorsqu'elles excèdent la grosseur du Canard sauvage; à la taille près, les uns et les autres présentent les mômes caractères et les mêmes mœurs. Leur bec, nu à la base et percé de narines linéaires vers le milieu, est aplati sur les côtés; la mandibule supérieure se courbe en crochet à la pointe ; l'inférieure est renflée et anguleuse en dessous ; leur pouce ne touche point à terre, et leur queue est pleine.
Par leurs longues pennes aiguës qui dépassent la queue quand elles sont pliées, ils font partie des grands voiliers de mer, se jouent dans Tair avec autant d'aisance qu'à la surface des flots, s'y bercent, s'y balancent avec grâce, rasent élégamment la lame, s'abaissant et se relevant tour à tour avec elle, et s'emportant aussi d'un vol rapide à de grandes dis^nces, loin du rivage. Comme tous les Palmipèdes, ils nagent avec facilité; néanmoins ils ne profitent pas de leurs rames pour faire de longs trajets, ils s'en servent le plus souvent pour se maintenir et se reposer sur les flots.
Mouettes et Goélands (fig. 150et 151)ontreçu de la Providence une mission spéciale; ils sont chargés de débarrasser les mers de tout ce qui pourrait en compromettre la pureté, et s'acquittent à merveille de leurs fonctions : tous les cadavres, toutes les inmiondices^ les débris de toutes sortes, qu'ils proviennent du fond ou qu'ils soient charriés par les fleuves, ces expurgateurs précieux consomment tout ; les plus gros cadavres sont par eux disséqués^ avalés et digérés en un clin d'œil, sans que leur appétit soit
jamais assouvi. Leur salutaire voracité ne laisse rien passer d'inaperçu; de leur œil vitreux et morne ils inspectent chaque lame, enlèvent avec une dextérité surprenante le poisson qu'elle entraîne, s'abattent subitement entre deux vagues, saisissent avec leur crochet Harengs, ^Maquereaux, Anchois et Sardines, tout ce qui vogue près de la surface, ils poussent môme l'audace jusqu'à poursuivre leur proie dans les mailles des filets. Qu'une flottille de bateaux pécheurs sorte du port par un temps calme et radieux, les Goélands sont bien loin, on n'en voit pas un seul; mais à peine la pèche a-t-elle commencé, à peine les filets sontils jetés, ils apparaissent un à un, échelonnés de distance en distance, en éclaireurs; dès que les pécheurs relèvent leurs filets, une nuée de corsaires ailés accourt de tous les points de l'hori-
Fig. 150. Mouettes.
zon; ils se précipitent avec une hardiesse farouche sur les poissons hors de l'eau et en prélèvent leur part sans aucun souci des coups de fusil qu'on peut leur tirer à bord; un instant après, ils reviennent à la curée encore plus nombreux et plus effrontés qu'auparavant. Ce qui se passe sur une barque, se répète sur toutes les autres, et se renouvelle chaque jour et même plusieurs fois pendant la journée. Les gros temps ne leur font rien perdre de leurs habitudes pillardes, ils s'y livrent avec la même insouciance du danger; la vague, du reste, si furieuse qu'elle soit, ne les met point en péril, ils n'en pèchent qu'avec plus d'entrain et de profit. Tantôt ils s'embarquent à la suite du vent, tantôt ils en remontent le courant, ou bien ils planent dans l'espace d'une aile presque immobile pour s'abattre tout à coup sur la proie lancée à la pointe des vagues. Les grandes tempêtes
elles-môraes n'ébranlent pas leur sang-froid; elles les exposent seulement à jeûner quelque temps; mais, grâce à leur admirable organisation, ils supportent parfaitement la faim : les Goélands peuvent rester près d'une semaine sans manger; on les voit alors s'enfoncer dans l'intérieur des terres, vivant de ce qu'ils peuvent trouver, piratant sur les fleuves et sur les rivières, et cherchant pâture le long des grèves ou des étangs salés. Leurs apparitions au milieu des terres étaient regardées par les anciens comme un signe avant-coureur de tempêtes, témoin ces vers de Cicéron :
— Fugiens e gurgite ponti, Nuntiat horribiles, damans, 'mstare procellas ^
Beaucoup de personnes croient encore aujourd'hui à ces indices prophétiques; mais ce ne sont pas des présages, ils ne sont que la conséquence des perturbations de l'atmosphère.
La voracité des Goélands est extrême. Sur le rivage, ils sont . sans cesse à s'épier mutuellement pour se voler le butin. L'un d'eux a-t-il rencontré quelque tripaille ou quelque animal à demi décomposé, à l'instant il est entouré, poursuivi, assailli de cris, jusqu'à ce qu'il ait lâché prise; tout ce qui peut se manger, vif ou mort, les tente ; ils se jettent dessus avec une violence sans égale, au risque de se briser la tête contre les corps durs sur lesquels on a cloué des appâts. Il ne faut pas une grande industrie pour attirer ces oiseaux dans le piège. Leur pêche est un des amusements favoris des matelots désœuvrés en rade; ils attachent un morceau de chair ou de poisson à un hameçon placé au bout d'une longue ficelle; plusieurs de ces engins sont échelonnés à certaines distances en mer, tous aboutissent à un câble unique qu'on tient à portée; dès qu'un Goéland, avalant amorce et hameçon, s'est enferré, on tire la ficelle, l'oiseau s'envole, se débat en l'air, on le ramène comme un cerf-volant qui a fini son ascension, aux grands éclats de rire des matelots.
La chair des Mouettes, aussi bien que celle des Goélands, est coriace, de mauvais goût et peu abondante, malgré la quantité de plumes qui en dissimulent l'exiguïté; cependant elle est quelquefois une ressource à bord des bâtiments où se fait sentir la disette de vivres. Pour rendre ces oiseaux à peu près mangeables, on les écorche, on les expose pendant quelques jours à