‹ Les animaux de la FranceChapitre 82 sur 126 · Cicero, de Divinatione, lib, L · texte numérisé non relu

Cicero, de Divinatione, lib, L

l'air, pendus la tête en bas, afin de leur faire rejeter Thuile dont leur corps est imprégné; toutefois, malgré ces précautions, ils conservent toujours une saveur très-prononcée de poisson rance.

Les Goèlçinds sont répandus à profusion sous tous les climats; on les trouve par myriades dans les deux hémisphères; tous les rivages, surtout ceux du Nord, en fourmillent; il n'est plages ou îlots déserts qui n'en soient couverts; ils abondent principalement là où le poisson foisonne. Leurs nichées ne leur demandent pas grands frais; ils déposent leurs œufs, toujours en petit nombre, de deux à quatre, dans un trou de sable ou dans le creux des rochers; nos falaises à cette époque ont souvent leurs

Fig. Ibi. Goëland.

visites. Les petits naissent couverts de duvet et le gardent longtemps; leurs véritables plumes ne viennent que tard; leur couleur est très-sujette à varier pendant le jeune âge; elle change, pour ainsi dire, à chaque mue du printemps et de l'automne : aussi ces transformations ont-elles donné lieu & de nombreuses méprises de la part de quelques naturalistes, en leur faisant considérer comme caractères spécifiques de simples mutations d'habit; ils oubliaient, de plus, que Mouettes et Goélands ne prennent leur livrée définitive que lorsqu'ils sont adultes, entre deux ou trois ans, et que le vêtement d'hiver n'est pas le même que celui du printemps; en général, le fond de leur plumage est blanc, avec manteau noir, brun, gris ou cendré; les grandes

pennes des ailes, dans plusieurs espèces, sont marquées souvent de couleurs obscures.

La race entière est très-criarde et n'épargne pas ses clameurs aux rivages qu'elle fréquente : de là le nom à'émiaules et celui de grandes et petites miaules sous lesquels on désigne les grandes et les petites espèces en Picardie et en Normandie. La voix ordinaire chez plusieurs d'entre elles est tantôt rauque et enrouée, tantôt brève et aiguë, analogue à un coup de sifflet; les cris d'appel se font remarquer par leur note stridente, et se terminent en finales plaintives, auxquelles les intervalles de silence dont elles sont entrecoupées donnent un accent encore plus mélancolique et ajoutent à la tristesse naturelle des grèves.

D'après une observation de BufTon, les Goélands et les Mouettes dérogeraient aux habitudes des autres oiseaux : ils ne cachent pas leur tète sous Taile pour dormir ; ils se tournent seulement en arrière en plaçant leur bec entre le dessus de l'aile et le dos.

Les grandes espèces les plus communes sur nos côtes sont le Goéland à manteau bleu {Larmargeniatm)] le plumage d'un beau blanc, à l'exception du dos, du croupion, des scapulaires dont la teinte est cendré bleuâtre; les pennes de l'aile sont blanches, marquées d'une tache noirâtre à leur extrémité. D'après Vieillot, cette espèce n'ose pas disputer sa proie au Goéland à manteau noir, mais elle s'en dédommage sur les autres et sur les Mouettes qui lui sont inférieures en force, en les pillant et en leur faisant une guerre continuelle: elle habite nos côtes de l'Océan et de la Méditerranée; dans cette dernière région, on la connaît sous le nom de Gahîan,'

Le Goéland à manteau noir {Larus marimis), le plus gros de tous; le manteau noir ou noirâtre ardoisé; les pennes des ailes noires terminées de blanc; tout le reste du plumage, de cette dernière couleur. Son cri enroué s'exprime par une série de qtmy qua, qua prononcés très-viteet d'un ton rauque; il niche dans nos falaises de l'Ouest.

Parmi les Mouettes, les espèces les plus répandues sur nos côtes sont :

La grande Mouette à pieds bleus [Larus canus) ; le bec et les pieds bleuâtres; tout le plumage d'un blanc de neige, excepté le manteau qui est cendré clair, ainsi que les pennes des ailes dont plusieurs sont échancrées de noir. Suivant l'excellent ornithologiste Bâillon, cette Mouette appelée, grande Miaule sur les côtes de Picardie, est moins batailleuse que les autres; son

caractère est moins gai : pourtant elle s'apprivoise moins facilement.

La petite Mouette cendrée [Larus cinerarius)^ ou petite Miaule de Picardie; la tête, la gorge, le cou, la poitrine, toutes les parties postérieures et la queue d*un blanc de neige; le dos, le croupion, les couvertures supérieures et les ailes gi'is cendré. Sa grosseur ne dépasse pas celle d'un pigeon; très-vive et nullement méchante, elle fait une chasse active aux insectes qu'elle poursuit dans Tair; elle remonte les fleuves à marée montante, s'avance dans les terres à plus de deux cents kilomè-

Fig. 152. Hirondelle de mer.

très et s'apprivoise facilement; elle porte aussi le nom de Tat^ larety d'après son cri.

A la suite des Mouettes et des Goélands, le genre Sterne, trèsvoisin, renferme de jolis oiseaux qui fendent Tair dans tous les sens, tantôt dans les hautes régions, tantôt à la surface des eaux, décrivant mille arabesques gracieuses dans leur vol élégant et rapide, semblable à celui de l'Hirondelle : aussi portentils le nom d'Hirondelles de mer. Certaines espèces fréquentent nos fleuves et nos rivières; les gros temps nous en envoient souvent des volées jusqu'aux environs de Paris; on les retrouve encore sur le Rhin, la Saône, le Rhône, la Garonne et surtout sur la Loire qu'elles aff^ectionnent de préférence, probablement à cause de ses nombreux îlots de gravier; elles aiment, en effet, à prendre pied sur ces atlerrissements, où elles trouvent abondance de Yers et de petits mollusques.

L'espèce la plus commune chez nous est le Pierre-Garin (Sterna hirundOy fig. 152); cendré dessus, blanc dessous, la queue fourchue et les ailes longues et effilées ; sa tête est ornée d'une calotte noire; son bec et ses pieds sont rouges. Une sympathie toute fraternelle pour ceux de son espèce le rapproche encore des Hirondelles de terre. Lorsqu'un Pierre-Garin de môme troupe vient à être blessé d'un coup de fusil, tous ses compagnons de voyage accourent au bruit de la détonation pour porter secours à la victime, et le chasseur sans pitié de redoubler, comme s'il avait affaire à des oiseaux malfaisants! Le Pierre-Garin jette, en volant, des cris aigus, à l'instar du Martinet; il saisit avec prestesse les petits poissons qui se montrent à la surface de l'eau.

LE CORMORAN NOIR {Pelecanus carbo, fig. 163).

Cet oiseau pêcheur possède au grand complet l'outillage de sa profession. Indépendamment d'une rame vigoureuse dont il se sert avec élégance et rapidité, il a la faculté de cheminer entre deux eaux, les ailes ouvertes, ne laissant passer que sa tête, seul point de mire du chasseur, auquel il échappe souvent de cette manière, sans avoir besoin de plonger. Le domaine de l'air lui appartient aussi bien que celui des eaux; ses grandes ailes le parcourent sans peine, et, privilège presque exceptionnel chez les Palmipèdes, il perche sur les arbres comme un Passereau sylvicole, grâce aux ongles acérés qui garnissent ses doigts.

Le Cormoran, malgré son vol puissant, est loin d'égaler les fins voiliers dans leurs courses aériennes, mais il rachète cette infériorité par son talent extraordinaire de plongeur, et par la faculté qu'il possède de rester longtemps sous l'eau et d'y nager avec une extrême célérité. Sa taille se rapproche de celle de l'Oie, mais son corsage parait plus délié, à cause de la longueur de sa queue dont les pennes, étalées et rigides comme celles des Pics, lui servent, au besoin, de siège. Son plumage à fond noir égayé de vert varie avec l'âge et le sexe. Le mâle se distingue de la femelle par son occiput hérissé d'une petite huppe grisonnante, ainsi que par la gorgerette blanche qui orne son cou en guise de mentonnière. Tous deux ont le devant et les côtés de la tète dénudés; les jambes sont marquées de deux taches

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