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TROISIÈME CLASSE

Alexandre Brongniart a divisé la classe des Reptiles en quatre ordres : les Chéloniens, les Sauriens, les Ophidiens et les Batraciens ; ces animaux peuvent être considérés comme les intermédiaires réunissant la seconde et la quatrième classe des vertébrés; en effet, si la structure anatomique des Chéloniens rappelle l'organisation des Oiseaux, les Batraciens conduisent, par degrés, aux Poissons.

Chez la plupart des Reptiles connus, les organes de tous les sens existent, mais déjà plus simples, plus obtus que chez les Oiseaux ; ils nous montrent comment, réduits à leurs éléments indispensables, ils doivent se perdre peu à peu dans la série animale et disparaître successivement.

Les Reptiles manquent d'organes spéciaux assez délicats pour exercer le tact; ils jouissent seulement du toucher général: encore, chez eux, cette fonction est-elle imparfaite et grossière. Leur peau, quand elle est nue, est coriace, vasculaire et peu nerveuse. Dans le plus grand nombre, cette membrane se couvre d'écaillés ou de tubercules épidermiques, soit plus ou moins cornés, soit plus ou moins encroûtés de substance calcaire.

La peau, chez les Reptiles écailleux, éprouve, à certaines époques, sans qu'on en connaisse bien la cause, une modification réparatrice analogue à la mue des Mammifères et des Oiseaux. La couche épidermique se détache des parties sous-posées,

en même temps qu'un nouvel épiderme est exsudé pour la remplacer. Cette séparation commence par l'extrémité orele du corps ; répiderme ancien se renverse sur lui-môme, et l'animal s'en débarrasse comme d'un vêtement retourné ; mais, après qu'il l'a traîné pendant quelque temps, l'épiderme se détache ordinairement d'une seule pièce, sans autres perforations que les trous correspondant aux orifices naturels : la portion afférente aux yeux ne présente aucun pertuis.

Les dents sont, en général, plus nombreuses chez les Reptiles que chez les Mammifères; elles sont implantées dans les os maxillaires, ou bien elles hérissent la surface des premières cavités digestives, circonstance plus commune encore chez les Poissons.

Le sens du goût est peu développé, la déglutition suit inmiédiatement la préhension.

Le sens de l'odorat manque de puissance; dans les espèces carnassières, il a plus d'intensité que dans les espèces herbivores.

Le sens de la vue est le plus développé chez les Reptiles. Les paupières, quand elles existent, ne sont jamais pourvues de cils. L'absence de voiles mobiles chez les Ophidiens explique en partie le phénomène remarquable de la fascination, car, pour fasciner, il ne suffit pas de regarder fixement, il faut que l'individu fasciné aperçoive le fascînateur et se croie lui-même aperçu : la fascination a donc aussi pour cause un empire exercé, une crainte subie ; on sait, en effet, que des Oiseaux se croyant vus par un serpent dont ils apercevaient l'œil immobile, sont tombés anéantis, réveillant par leur chute le fascînateur endormi.

Le sens de l'ouïe a moins de force chez les Reptiles que chez les Oiseaux. Dans tous les Reptiles écailleux, les sons, avant de pénétrer l'oreille interne, traversent le trou auditif; chez les Datraciens, la peau générale couvre entièrement l'oreille, qui est située à fleur de tête.

Les Chéloniens, les Sauriens et les Ophidiens respirent l'air atmosphérique à toutes les époques de leur vie. Tous les Chéloniens et tous les Sauriens ont deux poumons; les Ophidiens n'en ont qu'un seul apparent : l'autre poumon est figuré par un sac respiratoire que certains auteurs ont comparé à la vessie natatoire des Poissons. Chez tous les Batraciens anoures (Crapauds, Grenouilles, Rainettes), la respiration, d'abord exercée

par des branchies, s^effectue par des poumons avant môme que ces animaux aient acquis leur forme définitive, et qu'ils aient cessé d'être têtards; chez quelques Batraciens urodèles (Salamandres, Tritons), les organes respiratoires subissent de pareilles modifications, mais la forme primitive du corps ne change pas, les branchies seules disparaissent; certaines espèces, parmi ces derniers, conservent toujours leurs branchies, mais la respiralion n'est pas confiée uniquement à ces organes, les poumons concourent au môme but, coïncidence qui doit faire regarder ces animaux comme de véritables amphibies.

Chez tous les Reptiles, les poumons sont logés dans la même cavité que les intestins.

Presque tous les Reptiles sont carnassiers, cependant un grand nombre de Chéloniens se nourrissent de végétaux; les Batraciens anoures, tant qu'ils demeurent têtards, empruntent au règne végétal des aliments que, dans leur complet développement, ils prendront dans le règne animal; aussi le tube intestinal est-il long dans les têtards et devient-il court dans les adultes.

A partir des Reptiles, le cœur se simplifie. Cet organe, dans les Chéloniens et les Sauriens, est formé par deux oreillettes et deux ventricules mal isolés; on trouve encore chez les Ophidiens deux ventricules et deux oreillettes que séparent des cloisons moyennes incomplètes, mais le cœur des Batraciens n'ofi're plus qu'une seule oreillette et un seul ventricule, caractère de haute valeur, qui rapproche ces animaux des Poissons. Ainsi formé, le cœur des Reptiles n'envoie aux poumons qu'une partie de sang usé ramené par les veines; le reste du sang usé se môle au sang réparé qui sort des poumons, avant que les artères le distribuent aux organes.

La chaleur vitale des Reptiles est très-faible. La température propre à ces animaux est tellement subordonnée à la température atmosphérique, qu'ils hivernent dans nos climats quand ils sentent la mauvaise saison approcher et se préparent à s'engourdir par la suspension arbitraire de l'acte respiratoire : le froid achève de les plonger dans la torpeur. Dans cet état, immobiles, raides, semblables à des corps sans vie, ils attendent, cachés au sein de la terre ou des eaux, le retour du printemps pour se réveiller et quitter leurs retraites.

Les organes qui président au mouvement varient sous plusieurs rapports dans les Reptiles. Les Chéloniens, les Sauriens

et les Batraciens sont ordinairement pourvus de quatre membres dont la forme appropriée et le développement proportionnel expliquent comment ces animaux peuvent marcher, nager ou sauter. Les espèces qui marchent ont tous les membres égaux; leurs doigts sont ordinairement libres et terminés par des ongles; les espèces qui nagent ont les doigts accolés ou réunis par des membranes; celles qui sautent ont les membres postérieurs plus allongés que les membres antérieurs : certaines espèces réunissent ces différents genres de progression. Les Ophidiens manquent d'appendices locomoteurs proprement dits ; leurs écailles dressées et les replis mesurés de leur corps les aident à s'appuyer contre la terre où ils ne peuvent que ramper; quand ils nagent, leurs écailles ne sont pas relevées. Certains Reptiles se meuvent avec une facilité extrême, d'autres avec une excessive lenteur; tous aiment et recherchent le repos : leurs habitudes sont paresseuses. Aucun reptile ne couve ses œufs; presque toujours la femelle les abandonne après les avoir déposés dans les lieux que son instinct lui fait connaître. Quand la pellicule de Tœuf est mince, parcheminée, elle se rompt quelquefois dans le sein de la mère, et les petits viennent au jour dégagés des enveloppes fœtales : l'histoire de la Vipère est un exemple de cette singularité.

La vie, en général, se prolonge longtemps chez les Reptiles et surtout chez les Reptiles écailleux.

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