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LES LÉZARDS

chent à mordre qu'à la dernière extrémité ; leurs morsures n'ont rien de venimeux : les dents dont ils sont armés, disposées en séries linéaires, agissent à la manière d'une scie, elles entament à peine la peau et ne la coupent jamais du moins chez les petites espèces.

Leur gîte ordinaire consiste en un simple cul-de-sac de trente centimètres de longueur; tantôt ils le creusent en teiTe ou dans le sable, tantôt ils ne prennent même pas la peine de se faire une habitation ; le premier trou de rocher ou de muraille bien exposé au soleil leur sert de refuge, ou bien ils se logent entre les racines des vieilles souches. Quel que soit du reste leur terrier, ils s'y attachent étroitement, s'y retirent en cas de danger, y vivent isolés pendant toute l'année, excepté au printemps où chaque paire fait ménage commun : à toute autre époque, le domicile appartient au premier occupant et est formellement interdit à tout étranger. En dehors de la possession exclusive de leur trou, les Lézards ne sont nullement agressifs ou sauvages ; on les voit s'étaler, de concert, à proximité les uns des autres, sur les pentes gazon nées ou sur les murs qu'échaufTe un beau soleil, savourant ses rayons, et guettant la proie qu'attire une vive lumière.

Plus la chaleur est intense, plus ils déploient de vie; leur agilité se règle en quelque sorte sur la température : à peine les premiers froids se font-ils sentir, leur vivacité disparaît, les organes de la respiration et de la circulation cessent de fonctionner, ils tombent dans l'engourdissement, et leur sommeil léthargique est alors si profond, qu'ils ne ressentent aucune des mutilations qu'on leur fait subir; ils passent tout l'hiver dans cette torpeur, se réveillent aux premières 4ueurs du printemps, font peau neuve, et reviennent à la vie, parés de couleurs plus brillantes : cette mue printanière se renouvelle chaque année.

Les Lézards ne se nourrissent que de gibier vivant : Diptères, Sauterelles, Grillons, petits Mollusques et Lombrics. Leur manière de chasser est assez originale et implique une sorte de réflexion. Une Mouche a-t-elle mis pied à terre ou sur un mur» un Ver se montre-t-il à proximité, le Lézard ne fond pas immédiatement sur la proie ; le cou tendu, silencieux et immobile, il la fixe, la suit dans tous ses mouvements, allonge la tête ou la retire, selon que le gibier avance ou recule; il ne la perd pas un seul instant de vue. Quand il a bien mesuré la distance qui l'en sépare, et qu'il se croit à portée, brusquement il s'élance

sur elle, gueule béante, Tengloulil d'un seul coup ou la retient emprisonnée entre ses nombreuses petites dents.

Patient et rusé, le Lézard ne se jette pas à Tétourdie dans les aventures. Le moindre bruit Tinquiète, le trouble, l'agite; tout objet nouveau lui est suspect. Quoique la peur circule au fond de ses entrailles, sa première idée n'est pas de fuir, mais bien d'examiner. Qu'une feuille vienne à se détacher, le voilà tout en émoi; il s'arrête, se dresse sur ses pattes, relève la tête, écoute et promène ses regards inquiets autour de lui. Si le bruit recommence, vite il décampe ; mais si rien n'a bougé, cette immobilité le rassure; il allonge le cou, risque un pas, puis deux, arrive ainsi en tapinois auprès de la feuille tombée, en fait minutieusement le tour, l'explore dans tous les sens, et, après s'être bien confirmé que ce n'est pas un ennemi, qu'il ne court aucun danger, il revient, non sans précautions, à sa place première, s'étendre au soleil qu'il recherche toujours avec volupté.

Les Lézards boivent à la manière des Chiens, en lappant; leur voix ne consiste qu'en un léger murmure.

Ainsi que tous les Reptiles, ils sont capables de longs jeûnes. On les accuse de se glisser dans le nid des petits oiseaux pour manger leurs œufs; cette assertion aurait besoin d'être contrôlée par de nouvelles observations, car de leur nature les Lézards ne sont nullement voraces, quoiqu'ils n'épargnent pas leurs propres œufs quand la faim les presse ; mais à quelle extrémité la faim désordonnée ne pousse-t-elle pas?

Le mâle ne se distingue pas aisément, à l'extérieur, de la femelle; leur livrée est à peu près semblable, sauf que la coloration est plus accentuée chez le premier. La queue néanmoins peut aider aies reconnaître : dans le mâle, elle est Urge, aplatie à sa base, et sillonnée, en outre, d'une gouttière longitudinale, tandis que chez la femelle elle est longue, étroite et sans aucun sillon.

Les pontes sont de six à huit œufs. Chaque femelle les dépose en général séparément; quelquefois cependant on en trouve jusqu'à trente réunis dans le même trou. Quelle est la cause de cette mise en commun de la part d'animaux qui, sans être farouches, sont peu sociables entre eux? On l'ignore. Ces œufs, enveloppés d'une membrane mince et poreuse, ne subissent aucune incubation, la chaleur atmosphérique seule les fait éclore.

Les Lézards arrivent lentement à leur développement com-

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