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LES LÉZARDS

plet ; leur queue, à cet égard, fait exception ; quand, par une cause quelconque, elle vient à se rompre, elle se reproduit avec une extrôme rapidité. On sait combien elle est fragile; à la moindre pression, ses vertèbres se séparent, et elle se brise comme verre. Peu de Lézards la conservent intacte; presque toujours ils en laissent un morceau entre les mains de celui qui les saisit, sans que cette perte paraisse leur causer beaucoup de souci ; il est vrai, elle se régénère si vite, que sans doute ils s'estiment heureux de racheter leur liberté par la perte d'un organe accessoire ; au moment même où ils s'en séparent, ils n'en courent pas avec moins de vitesse, tout mutilés qu'ils sont; ils chassent et mangent comme de coutume, assurés de voir leur queue reparaître au bout de quelques jours, surtout en été, lorsqu'il fait très-chaud. Les contractions répétées qui l'agitent dans les premiers moments où elle vient d'être détachée, attestent l'énergie vitale de ces animaux; elle est, en effet, trèsgrande : même après l'ablation de la tête, ils vivent encore quelques jours, et marchent même avec une certaine vivacité. Leur vue est excellente; ils ont, en revanche, Todorat peu développé.

Les Lézards varient parfois tellement dans leur coloration, que d'habiles naturalistes ont souvent élevé au rang d'espèces de simples variétés ; la forme et la position des écailles et des plaques offrent de bien meilleurs caractères que des teintes fugitives pour les distinguer les uns des autres.

Toutes les espèces de France peuvent être rapportées à deux divisions : la première comprend les espèces à écailles dorsales oblongues et imbriquées : tels sont le Lézard des souches et le Lézard vert; la seconde renferme les espèces à écailles dorsales granuleuses, juxtaposées, tels que le Lézard ocellé et le Lézard des murailles.

Lézard des souches [Lacerta sepium). Le mâle a le dessus du corps de couleur brune ou brun-rougeâtre, tantôt uniforme, tantôt tacheté de noirâtre, les côtés verts, ocellés de brun, le ventre blanc. La femelle a le dessus et les côtés du corps d'un brun clair ou fauve, le dos tacheté de noir, les flancs pointillés d'une double série de taches noires, égayées de blanc. Ce Lézard atteint vingt centimètres de longueur; sa queue en prend un peu plus de la moitié. La lisière des bois est son habitation favorite ; on le trouve aussi dans les haies et les jardins. 11 se creuse un trou assez étroit sous une touffe d'herbe, ou entre les racines des cépées ; au moment de s'engourdir, il ferme l'entrée de son sou-

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terrain avec de la terre et des feuilles. Il est très-agile, s'échappe lestement à travers les feuilles sèches; très-commun dans le centre et le nord de la France.

Le Lézard vert {Lacerta viridis, (îg. 162) se présente sous plusieurs livrées. Quelquefois il est entièrement vert en dessus; d'autres fois il est brun piqueté de vert ou vert pointillé de jaune; on en voit aussi de bruns avec des taches vertes ou blanches ondées de noir, ou marqués de deux & cinq raies longitudinales blanches, lisérées de noir; le ventre est jaune. L'espèce atteint

Fig. 162. Lézard Tert et Lésard ocelle.

près de quarante centimètres de long; la queue en forme les deux tiers. Dans les endroits peu élevés, boisés, mais bien soleillés, la vue de l'homme ne lui cause aucune crainte; l'aspect d'un Serpent, au contraire, le remplit de frayeur; il s'agite, souffle avec force et cherche à se cacher; la fuite lui est-elle impossible, il tient tête bravement à son ennemi et le combat avec courage. Dans les climats chauds, tout son corps brille de fort belles teintes.

Lézard ocellé (Lacerta ocellata^ flg. 162). De toutes nos eslîèces indigènes, c'est la plus grande et la plus forte; elle a près

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de cinquante centimètres de long, la queue y entre pour moitié* Sa livrée est des plus remarquables. Son corps, sur un fond vert, est ocellé de noir et porte sur les flancs de grandes taches rondes bleu turquoise ; son ventre, blanc, est lustré de vert.

Le Lézard ocellé est propre au midi de la Fiance. Dans son jeune âge, il creuse son terrier près des terres cultivées; plus tard, il s'établit dans un sol plus dur, souvent entre des fissures rocheuses, presque toujours sur un talus à pente rapide, exposé au sud et au sud-est. Il tient parfaitement tête aux Chiens de chasse quand il se voit poursuivi de trop près, se jette sur leur museau et leur fait une forte entaille qui calme subitement leur ardeur meurtrière. On dit sa chair bonne à manger; pourquoi ne le serait-elle pas? Celle de l'Iguane est bien recherchée des Américains.

Le Lézard des murailles (Lacerta agilis) offre une foule de variétés, qui plus d'une fois ont jeté les naturalistes dans d'étranges confusions, en leur faisant attribuer à de simples nuances une importance de caractères qu'elles n'avaient pas« Le type est facile à reconnaître à la couleur gri« foncé de la tête et du dos, marqué régulièrement de points brunâtres ; une large bande brune dentelée sur les bords qui passent au blanc s'étend depuis les yeux jusqu'aux cuisses; le ventre et le dessous de la queue sont blanc-verdâlre , changeant en bleu. Toutes ses écailles, dit Lacépède, ont un reflet agréable, simple et riante parure que relève encore un collier d'écaillés de couleur dorée, miroitant coquettement sous le feu de la lumière.

Le Lézard des murailles est notre espèce la plus commune, comme elle est aussi la plus petite; elle n'excède guère douze à quinze centimètres ; sa queue dépasse toujours la longueur du corps ; on le rencontre fréquemment, au printemps et en été, sur les pentes gazonnées et sur les vieux murs exposés au midi. Qui de nous, dans son enfance, ne s'est amusé à suivre, pendani des heures entières, les manèges gracieux de ce joli Lézard, tantôt s'élançant sur sa proie avec la rapidité d'un Irait, tantôt se délectant au soleil, et traduisant cette sensation de plaisir par les molles ondulations de sa queue? Loin de fuir les regards de l'homme, il se livre, sous ses yeux, aune foule d'évolutions; pour qu'il songe à se cacher, il faut qu'on cherche & le prendre; il se roule alors sur lui-même, se laisse choir de son mur, et, après être resté un moment immobile, comme étourdi de sa chute volontaire, il s'échappe aussitôt par une course tortueuse,

glissant à travers les herbes, se dérobant, puis reparaissant et s'éclipsant de nouveau, jusqu'à ce que sa frayeur soit tout à fait passée. Le Lézard des murailles s'apprivoise facilement ; il rend caresse pour caresse aux enfants, boit avec avidité leur salive et se prête à leurs jeux. Cette familiarité l'expose souvent à des avaries; comme sa queue se termine en pointe extrêmement fine, il est rare qu'à de brusques contacts elle ne se brise pas en plusieurs morceaux ; sa régénération ne se fait pas attendre; parfois même, au lieu d'une queue unique, il en reparaît plusieurs, mais de ces nouvelles venues, une seule se trouve pourvue de vertèbres, les autres ne renferment que de simples tendons.

Le Lézard des murailles s'accouple au commencement du printemps ; le mâle et la femelle vivent, dit-on, pendant plusieurs'années, réunis par paire, procédant en commun à l'arrangement de leur habitation, s'occupant tour à tour du soin de préserver les œufs de toute humidité et de les porter au soleil pour les faire éclore. La longévité du Lézard des murailles paraît être assez grande; son énergie vitale n'est pas douteuse; renfermé dans une bouteille, et soumis à un jeûne rigoureux de six mois, il résiste très-bien à ce sévère traitement.

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