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MOLLUSQUES CÉPHALOPODES

Les romanciers et les voyageurs étrangers à l'histoire naturelle se sont complu à faire de ce Céphalopode un être formidable ; mais, à vrai dire, il n'est terrible qu'aux Crustacés, aux Mollusques et aux Poissons dont il se nourrit : aussi, malgré les récits fantastfques dont il a été souvent le héros, peuiron affirmer que l'homme n'a rien à redouter, à son sujet, que la peur d'un mal imaginaire dont le Poulpe est parfaitement innocent.

Sa structure offre quelque analogie avec celle de certains Polypes. Son corps nu, séparé de la tête par un étranglement bien prononcé, est renfermé, en partie, dans un manteau, espèce de sac à parois molles et flexibles, que ne soutient aucune pièce solide, et qui s'ouvre en avant par une fente triansversale ; il en

sort une tète relativement très-forte et couronnée par huit grands bras ou tentacules formant eux-mêmes une sorte d'entonnoir; au fond, se trouve la bouche. Elle se compose de deux mandibules cornées, très-dures, courbées en manière de bec de Perroquet qui, dans leur jeu vertical, se rapprochent Tune de Tautre par leur bord tranchant, et déchirent la proie à Taide des crochets dont elles sont terminées. De chaque côté des tentacules, se montre un œil saillant que la peau environnante peut recouvrir entièrement.

Entre le manteau et le corps proprement dit, sont logées deux branchies, semblables à des feuilles de fougère. La cavité où elles se recèlent est susceptible de contractions et de dilatations alternatives; elles communiquent avec l'intérieur par deux ouvertures : Tune, figurée par une fente, donne entrée à Teau; la seconde, prolongée en tube, est Torifice de sortie; il en résulte que l'inspiration s'opère par la fente du manteau, et l'expiration par le tube : le renouvellement du liquide respirable s'effectue au moyen d'une sorte de i ig. i89. Pouipe.

pompe aspirante et foulante

à la surface des lamelles branchiales. Chacune des branchies est accompagnée, à sa base, d'un cœur qui y pousse le sang amené de toutes les parties du corps ; dès que ce sang a été vivifié par la respiration, les veines le portent à un troisième cœur situé sur la ligne médiane, et de là il se répand dans le rcsle de l'organisme. Enfin, à peu de distance de l'anus, dans l'intestin môme et accolé au foie, s'ouvre le canal du sac à encre, sécrétion spéciale que le Poulpe répand dans l'eau sous la figure d'un nuage épais, pour se dérober à la poursuite de ses ennemis; ce stratagème s'observe avec plus d'intensité encore chez les Seiches et les Calmars.

Les tentacules du Poulpe remplissent plus d'une fonction; ils lui servent pour se fixer, pour saisir et retenir sa proie, et aussi pour nager et marcher. Leur face interne présente une multitude de ventouses disposées sur deux rangs ; chacune d'elles ressemble à une capsule demi-sphérique, au fond de laquelle s'élève un tubercule susceptible de se porter en avant et de se retirer €n arrière; l'animal peut donc, à son gré, s'appliquer à plat sur ■un corps étranger et y adhérer fortement en faisant le vide au milieu du disque de la ventouse, par la contraction deson piston ^rentrai.

Les procédés de locomotion du Poulpe sont marqués d'originalité : il nage en tourbillonnant d'une façon assez irrégulière, la tète ordinairement en bas, et en usant de ses longs appendices tentaculaires en guise de rames. Au fond de l'eau, sur un sol résistant, ainsi que sur le sable affermi de la plage et dans les ^nfractuosités des rochers, il marche ou plutôt il se traîne en s'aidant de ses bras: il commence par en étendre fortement «n ou deux qu'il fixe à un point d'appui, et profite de ces aaiarres pour attirer le reste de son corps en contractant et en repliant les bras opposés. Les tentacules ne sont pas seulement <les moyens de déplacement et de progression, ils agissent encore ■comme organes de préhension ; le Poulpe s'en sert pour enlacer sa proie; quand il l'a complètement enveloppée, l'animal s'y cramponne au moyen des ventouses, et comme ces dernières sont très-nombreuses, l'adhérence est si forte, qu'on ne peut la rompre qu'en coupant les bras du Poulpe: même après sa mort, ^elle persiste encore quelque temps.

Les Poulpes habitent exclusivement la mer; ils fréquentent de préférence les côtes, et sont bien plus répandus dans les climats chauds que dans les pays froids ; nous en avons plusieurs espèices dans la Méditerranée et dans l'Océan. Tant qu'ils sont jeunes, ils aiment à se réunir en troupes; mais, à mesure qu'ils prenaient de l'âge, ils deviennent moins sociables et finissent par vivre tout à fait solitaires; ils se confinent alors près des rochers, A une petite profondeur au-dessous de la surface de Teau; il est facile de reconnaître leur gîte aux débris de Poissons, de Crustacés et de Coquillages qui y sont accumulés tout autour. Leur voracité est extrême; pour la satisfaire, ils se tiennent ordinairement «en embuscade, prêts à happer, avec leurs tentacules, toute proie passant à portée; ils en veulent surtout aux Homards et aux Langoustes qu'ils broient entre leurs mâchoires, malgré la résis-

tance de leur test : les ravages qu'ils exercent parmi ces utiles Crustacés sont d'autant plus considérables, que ceux-là mômes qui leur ont échappé sont saisis de terreur au point de déserter à jamais leurs parages habituels. Les baigneurs redoutent leur présence, mais cette crainte n'est pas raisonnée ; au pis aller, on en est quitte pour la sensation d'un contact désagréable, €xempt de toute conséquence dangereuse; il suffit, en tout cas, pour se débarrasser de l'animal, de le retourner comme un gant ; à l'instant même, il l&che prise, s'affaisse et ne tarde pas à mourir si on le tient hors de l'eau.

A l'instar des Salamandres aquatiques et surtout des Polypes, le Poulpe jouit de la propriété de reproduire spontanément les bras qu'il vient à perdre par quelque accident ; sa peau change, en outre, de couleur, sous l'influence de certaines émotions et elle se couvre momentanément de petites verrues : les unes et les autres disparaissent avec la cause qui les a produites.

La femelle fait sa ponte au printemps; ses œufs, plus ou moins nombreux, suivant l'âge de l'individu, forment une masse unique qui, en s'échappant au dehors, devient bientôt plus volumineuse que l'animal lui-même : les pêcheurs la désignent sous le nom pittoresque de Raisins de mer.

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