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Fig. 227. — Iguanodon des Montagnes-Rocheuses.
Ah! la curieuse bête, et qu'il aurait été amusant de chasser à l'époque où elle vivait! Voyez-vous un Corps-à-corps avec c2 monstre? Pauvre de nous !...
L. Dollo a tracé de façon très exacte le genre de vie des iguanodons :
Etant donné que les iguanodons passaient une partie de leur existence dans l’eau, nous pouvons nous figurer, à l’aide d'observations faites sur le crododile et sur l’amblyrhynque (grand lézard marin des îles Galapagos), deux modes de progression très différentes de notre dinosaurien au sein de l'élément liquide.
Quand il nageait lentement, il se servait des quatre membres et de la queue. Voulait-il, au contraire, avancer rapidement pour échapper à ses ennemis, il ramenait les membres antérieurs, les plus courts, le long du corps et se servait exclusivement des membres postérieurs et de son appendice caudal. Dans ce dernier mode
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de srogression, il est clair que plus les pattes de devant sont petites, plus elles se dissimulent, et moins, par conséquent, elles causent de résistance au déplacement de l'animal dans l'eau. Comme confirmation de ceci, on observe que, parmi les formes ayant la manière de nager sus-indiquée, les membres antérieurs sont d’autant plus réduits que la bête est plus aquatique.
À terre, les Iguanodons marchaient à l’aide des membres postérieurs seuls ; en d’autres termes, ils étaient bipèdes à la manière de l'homme et d'un grand nombre d'oiseaux, et non sauteurs comme les kanguroos ; de plus, ils ne s’'appuyaient point sur la queue, mais la laissaient simplement trainer.
Mais, dira-t-on, vous avez comparé tout à l'heure, en parlant de la vie aquatique, les iguanodons aux crocodiles ; ceux-ci pourtant ne sont pas adaptés à la
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Fig. 228. — Le dimétrodon.
Le grand-oncle de nos lézards et, malgré son aspect, pas plus féroce qu'eux.
station droite. Qu'avaient donc besoin les iguanodons d’une marche bipède s'ils possédaient des mœurs analogues ? Il me paraît, au contraire, que se tenir debout a du être un grand progrès, et voici pourquoi :
Les iguanodons étant herbivores devaient servir de proie aux grands carnassiers de leur époque ; d’autre part ils séjournaient au milieu des marécages. Parmi les fougères qui les entouraient, ils auraient vu difficilement ou pas du tout arriver leurs ennemis ; debout, leur regard pouvait planer sur une étendue considérable. Debout encore ils étaient à même de saisir leur agresseur entre leurs bras courts mais puissants, et de lui enfoncer dans le corps les deux énormes éperons, vraisemblablement garnis d’une corne tranchante, éperons dont leurs mains étaient armées.
Enfin, la marche bipède devait certainement permettre aux iguanodons de regagner plus rapidement le fleuve ou le lac dans lequel ils prenaient leurs ébats, qu'une marche quadrupède continuellement contrariée par les nombreuses plantes aquatiques jouant, en quelque sorte, le rôle des broussailles.
A la même époque, vivaient dans les Montagnes-Rocheuses, des reptiles analogues aux iguanodons (fig. 227) mais couverts de plaques osseuses, d’épines énormes, qui leur constituaient, surtout dans les régions dorsale et caudale, une armature formidable. | |
Citons encore le dimétrodon (fig. 228), grand lézard de deux mètres de long, qui, malgré son aspect terrifiant, était un animal inoffensif. Son énorme crête, qui sans
Fig. 229. — Stégosaure.
Il paraît fortement armé. C'est un trompe-l'œil! Les autres animaux et les intempéries en ont eu rapidement raison.
doute pouvait se ployer et se déployer à volonté, ne servait probablement qu’à effrayer ses ennemis.
Peu méchant non plus le stégosaure (fig. 229), de 12 mètres de long, au corps formidablement armé de tubercules cornés et de crêtes osseuses. Il était iourd et ne se déplaçait sans doute pas plus que les paresseux d'aujourd'hui. Sa bouche petite et peu armée ne devait pas d’ailleurs lui être d’un grand secours pour se défendre de ses ennemis. k
Ces deux reptiles, comme tant d’autres, se protégeaient de l’attaque de ceux qui voulaient les détruire, plutôt par leur armature cutanée que par la fuite. Il n’en est pas de même des ptérosauriens qui mettaient une distance respectueuse entre eux et leurs ennemis en s’envolant dans les airs à tire d’ailes.
Chez les ptérodactyliens la disposition ,de l'aile ne ressemble en rien à ce que nous voyons chez les oiseaux, mais rappelle jusqu’à un certain point ce qui existe
chez les chauves-souris ; mais bien que tous les doigts prennent part à la formation de l’aïle, le petit doigt seul s’allonge démesurément pour soutenir une large mem-
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brane qui va s’insérer tout le long du bras, dans toute l'étendue du tronc et se continue jusqu’à la queue.
Les ptérodactyles proprement dits ont quatre doigts: le pouce porte deux phalanges, le doigt suivant est composé de trois phalanges, on compte quatre phalanges au troisième doigt, tandis que le doigt qui supporte l’aile a quatre phalanges très allongées. Ce grand doigt correspond au petit doigt de la main de l’homme chez les rhamphorynques (fig. 230) qui ont cinq doigts aux membres antérieurs.
On avait émis l’idée que la membrane du ptérodactyle était un organe de natation, non de vol; nous savons positivement aujourd'hui que le ptérodactyle volait et ne pouvait nullement nager.
Fig. 230. — Rhamphorynque.
Le premier pas vers la conquête de l'air; un « plus lourd que l'air »
Dans ces schistes lithographiques de la Bavière, qui nous ont fourni tant d’animaux intéressants, tant de spécimens remarquables par leur admirable état de conservation, il a été trouvé, en 1873, un rhamphorynque sur lequel l'aile est intacte. Cet échantillon, qui a été étudié par le professeur Marsh, montre que l'aile était une membrane semblable à celle des chauves-souris, lisse et finement réticulée. La membrane s’attachait, en dedans, dans toute l'étendue du bras ; le cinquième doigt, très allongé, soutenait une fort longue membrane qui se prolongeait jusqu’à la base de la queue. Celle-ci était très longue et les vertèbres en étaient retenues par des tendons ossifiés ; elle se terminait par une membrane de forme ovalaire soutenue par des tiges membraneuses s'appuyant sur les vertèbres ; bien que flexibles, ces tiges étaient cependant assez rigides pour ne pas être fléchies ; le singulier appareil que l’on voit à l'extrémité de la queue du rhamphorynque remplissait évidemment le rôle de gouvernail à l'animal et servait à prendre le vent.
Chez les ptérodactyles proprement dits le gouvernail faisait défaut ; la queue était très courte et toutes les vertèbres étaient mobiles les unes sur les autres.
On a fait remarquer que les os de la main sont plus allongés chez les ptérodactyliens qui ont la queue courte que chez ceux qui ont cet organe très long.
La disposition des os du poignet ressemble beaucoup plus à ce que l’on voit chez certains oiseaux, chez l’autruche, par l'exemple, que chez les reptiles.
Le nombre des vertèbres soudées pour former le bassin varie de 3 à 6 ; ce bassin
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est remarquablement peu développé : l'os iliaque est prolongé en avant et en arrière, comme celui des oiseaux, mais les autres parties rappellent plutôt ce que l’on voit chez les reptiles.
Chez certains ptérodactyliens le fémur a des affinités avec l'os de la cuisse de certains mammifères carnassiers, tandis que chez d’autres il rappelle le fémur des oiseaux. Il existe au pied, tantôt quatre, tantôt cinq doigts.
Les caractères que nous venons d'indiquer sont tellement particuliers qu'il n’est pas surprenant que les ptérodactyliens, qui ont été aussi désignés sous les noms d'ornithocélidiens et de ptérosauriens, aient été considérés tantôt comme des oiseaux, tantôt comme des reptiles, tantôt comme des animaux intermédiaires entre ces deux dernières classes. Cuvier, Oken, faisaient du ptérodactyle un reptile ; Sœæmering voyait dans cet animal un mammifere volant ; Hunter et Blumenbach le regardaient comme un oiseau ; pour Goldfuss et de Blainville, le ptérodactyle doit prendre place dans une classe intermédiaire entre celles des oiseaux et des reptiles.
La découverte des animaux fossiles a singulièrement modifié aujourd'hui la notion que nous nous faisions des divers groupes d'animaux ; nous connaissons des oiseaux ayant des dents comme les mammifères, des mammifères ayant un bec comme les oiseaux ; certains êtres sont si étranges qu'ils ont pu être alternativement regardés par les anatomistes les plus compétents comme des reptiles ayant des plumes, ou comme des oiseaux ressemblant à des reptiles par une grande partie de leur squelette. C’est que les groupements en classes, en ordres, en familles tels que nous les admettons dans nos classifications n'existent en réalité pas dans la nature ; il y a un enchainement continu, sinon réel, du moins virtuel des êtres, les uns par rapport aux autres ; chaînons d’une même chaine, ils se relient entre eux.
Pour le professeur Huxley, doivent être considérés comme oiseaux les vertébrés à sang chaud, ayant une valvule musculaire dans le ventricule de droite, un seui arc aortique, et présentant des modifications particulières des organes de la respiration.
Le professeur Seeley admet qu’il est grandement probable que ies ptérodactyliens étaient fort voisins des oiseaux. Ils avaient, comme ces derniers, ce fait est certain, de larges cavités dans les os longs et ces cavités communiquaient avec des trous pneumatiques. Pour voler et se soutenir longtemps dans l'air, ainsi que le faisait le ptérodactyle, cet animal devait faire de violents efforts musculaires et dès lors produire de la chaleur ; les ptérodactyles devaient, de même que les dinosauriens, être des animaux à sang chaud, à température constante ; leur circulation pouvait donc être celle des oiseaux. Si cependant, fait remarquer Huxley, on note que chez la chauve-souris, qui est cependant un animal qui vole, les organes de la circulation et ceux de la respiration ne sont pas ceux de l'oiseau, mais bien d'un mammifère, on accordera que le cœur et les gros vaisseaux ont pu ne pas être chez le ptérodactyle ce qu'ils sont chez l'oiseau, bien que le sang ait été chaud. On répond à cette objection que les ptérodactyles ne sont pas des reptiles modifiés au point de vue de la locomotion aérienne, puisqu'ils présentent un système pneumatique analogue à celui des oiseaux, tandis que les chauves-souris,-qui volent cependant, n’ont pas de système pneumatique, car ce ne sont pas des oiseaux, mais bien des mammifères organisés pour voler.
Pour Seeley, les ptérodactyliens sont des oiseaux, ce mot étant pris dans sa plus large acception, mais des oiseaux qui ont des caractères plus reptiliens qu'aucun des oiseaux actuellements vivants. Les ressemblances entre les ptérodactyliens et les reptiles existent cependant, et elles sont assez nombreuses. Hermann de Meyer plaçait les ptérodactyliens et les dinosauriens dans une classe particulière, celle des palæosaures, classe qui prenait rang entre celle des oiseaux et celle des reptiles. Si les
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