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maient les unes en batraciens, les autres en reptiles. Et à l'époque permienne le règne de ces deux groupes commençait à être bien caractérisé. '
C'est au Permien qu'appartiennent diverses espèces de batraciens que l’on a réunies sous le nom de stégocéphales (fig. 217). C'étaient d'énormes salamandres, dont la tête atteignait parfois 3 ou 4 pieds de long et était recouverte de plaques osseuses rappelant celles des poissons de l’époque précédente. La bouche, énorme, était largement fendue et portait à l’intérieur une multitude de dents, aussi bien sur les mâchoires que sur les autres os, armes peu terribles d’ailleurs, qui ne leur servaient qu'à happer les animaux sans défense dont elles faisaient leur nourriture. Des recherches habilement conduites ont permis de retrouver les larves de ces stégocéphales ; elles étaient pourvues de branchies comme les jeunes têtards de nos grenouilles. Les stégocéphales présentaient donc des métamorphoses : aquatiques. dans leur jeune âge, ils ne devenaient terrestres qu'à l’état adulte. Certaines espèces avaient une taille infime : le protriton, par exemple, n'était pas plus gros que les tritons actuels, dont 1 était le précurseur. D’autres, au contraire, étaient allongés, comme passés à la filière, et leur corps serpentiforme ou, presque dépourvu de membres, avait — ou plutôt devait avoir, car on n’a pas retrouvé d'animaux entiers — plus de quinze mètres de long.
C'est dans ce mème groupe des batraciens qu'il faut ranger les labyrinthodontes, lesquels Fig. 218. — Section transversale d’une doivent leur nom à la curieuse forme de leurs
dent de labyrinthodonte,. :
A let oomohcationc les : dénto > deu dents (fig. 218) dont la surface était parcourue labyrinthodontes ne devaient pas être par des plis rayonnants et ondulés dont l’en-
des armes bien efficaces car ces ani-
maux ont disparu rapidement de la sur- semble simulait un véritable labyrinthe. Ces face du globe.
énormes bêtes se trainaient dans les marais et les lagunes et, de temps à autre, traversaient l’eau en nageant; leurs membres postérieurs, tournés en arrière, indiquent en effet des animaux nageurs. Leur peau était en partie lisse, en partie couverte d’écailles, surtout dans la région ventrale. Leur tête, avec ses orbites petites et ses narines terminales, rappelait assez bien celle des crocodiles. En examinant les terrains où ils avaient vécu, on a trouvé des empreintes rappelant celles produites par la main humaine et les géologues qui les virent pour la première fois eurent une émotion rappelant celle de Robinson Crusoé à la vue d’une empreinte du pas de Vendredi : mais il fallut bien vite déchanter ; ces empreintes aux doigts renflés au milieu — et accompagnées de gouttes de pluie — furent reconnues pour être celles des labyrinthodontes. On a retrouvé aussi l’empreinte de leur queue, qui vraisemblablement traînait sur le sable ou la vase.
L'apparition, encore assez timide, de ces vertébrés marque la fin de la période primaire. Dès le commencement de la période secondaire, on les voit s'épanouir avec une ampleur sans pareille, tant par le nombre des individus que par la variété des espèces. Maïs, avant de parler des « bêtes à quatre pattes », il convient de signaler en passant un poisson, le cératodus ( fig. 219), au corps couvert d’écailles. Par lui-même, il n’a en somme rien de particulièrement extravagant; mais ce qu'il présente de vraiment remarquable, c’est que contrairement aux autres animaux qui vivaient en même temps que lui et même de nombreux siècles après, il existe toujours : de nos jours, on Je retrouve presque identique à ce qu'il était au Trias. IL mène son existence paisible dans les rivières d'Australie. Peut-être doit-il cette longévité, unique sans doute, à ce qu’il est pourvu de branchies pour vivre dans l’eau et de poumons pour vivre dans l’air; que le temps soit humide comme les
Fig. 219. — Cératodus.
Ce poisson ne parait pas bien déluré, mais cela ne l'a pas empêché de traverser les temps primaire, secondaire, tertiaire et quaternaire sans subir de modification.
brouillards de Londres, qu’il soit sec comme au Sahara, que les inondations viennent envahir son domaine, il peut, de la sorte, s’en moquer, suivant l'expression populaire, comme un poisson d’une pomme. Ce qui prouve que lorsqu'on veut faire son chemin, il est bon d’avoir plusieurs cordes à son arc.
A l'époque triasique, nous retrouvons les énormes labyrinthodontes, qui s’y développent beaucoup, puis disparaissent sans qu’on sache ce qu'ils sont devenus : des gars aussi bien taillés cependant auraient dû, semble-t-il, durer plus longtemps. Mais c’est là un cas fréquent en paléontologie : on voit une espèce apparaître plus ou moins timidement, plus ou moins imparfaite. Peu à peu, on la voit se transformer, prendre de l’embonpoint, augmenter ses moyens de défense, et, comme preuve que tout cela est utile, pulluler en grand nombre. Puis, presque tout d’un coup, l'espèce disparaît : les évolutionnistes disent qu'elle s’est transformée ; les cause-finaliers — qui, en l'espèce, semblent avoir des atouts dans leur jeu, — disent qu'elle a été anéantie, puis remplacée, par le Créateur, par d’autres espèces de formations entièrement nouvelles. Cette dernière explication est évidemment très simple, mais les lacunes de celle des évolutionnistes tiennent plus vraisemblablement à l'insuffisance des documents paléontologiques recueillis jusqu'ici.
A côté des empreintes de pas à cinq doigts des labyrinthodontes, on trouve d’autres empreintes de pas à trois doigts (/ig. 220), toujours accompagnés de gouttes de pluie, — que d’eau ! que d’eau ! — On a cru longtemps que ces vestiges
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tridactyles appartenaient à quelques oiseaux gigantesques et le fait aurait été vraiment intéressant. Mais les illusions ne durèrent pas longtemps : M. Marsh reconnut qu'il y avait deux sortes de ces pas, les unes larges produites vraisemblablement par les pattes de derrière, les autres plus faibles représentant les pattes de devant : on avait donc à faire à un quadrupède et l'hypothèse ornithologique devait être abandonnée. Quant à savoir quel était ce quadrupède — un reptile, selon toute probabilité, — on n’a jamais pu savoir qui il était ni comment il était constitué.
Peut-être était-ce un descendant des labyrinthodontes. Comme consolation, on l’appela brontozoum et tout fut dit.
Les reptiles prennent ici une grande importance : ils pullulaient véritablement, surtout au bord des marécages, et il n’aurait pas fait bon vivre au milieu d’eux.
La plupart rappelaient beaucoup par leur mode d'existence les crocodiles, nos contemporains, c’est-à-dire qu'ils vivaient presque constamment dans l’eau, en nageant assez peu ainsi qu'en témoignent leurs pattes à peine palmées, mais plutôt en se traîïnant sur la vase du fond des marais.
Fig. 220, — Empreinte d'un pas de brontozoum et de gouttes de pluie. De temps à autre, ils venaient sur le bord L'infortuné n'avait pas de parapluie !
des étangs prendre un bain de soleil. De ce nombre sont les bélodons (fig. 221) dont le corps était revêtu de tubercules coriaces qui leur permettaient d'échapper à la dent des autres reptiles. La tête fort longue était garnie de "nombreuses dents coniques.
À citer à côté de lui le dicynodon (fig. 222) qui donne vaguement l'impression d’une tortue gigantesque qui serait sortie de sa carapace. Cette analogie est surtout produite par la tête énorme qui, à part deux grosses canines saillantes, portait une véritable armature cornée. Comme étrangeté, il faisait bien pendant au zanglodon (fig. 223) qui se promenait sur ses jambes de derrière, avec la lenteur d’un Parisien déambulant sur le boulevard. Parmi les «élégants» du Trias, le zanglodon devait occuper un bon rang, non pas qu’il eût l’air bien spirituel, mais parce qu’il était bien «taillé» et pouvait sans doute se livrer avec ses mains à toutes sortes de facéties.
Il faut remarquer que tous ces reptiles diffèrent profondément des espèces actuelles, non seulement par l'allure générale, mais encore et surtout par les moindres détails de leur anatomie. La plupart même ne peuvent rentrer dans la classification actuelle (sauriens, crocodiliens, ophidiens, chéloniens); on a été obligé de créer pour eux des' groupes spéciaux aux noms plus ou moins barbares que j'aime mieux ne pas vous répéter.
L'époque triasique présente encore un autre intérêt : c’est elle quia vu apparaître le premier maminifère, c’est-à-dire le premier chaînon qui, se continuant-dans les âges ultérieurs, devait constituer pour le paléontologiste une magnifique série d'études et aboutir enfin à l'humanité. Bête très modeste, d’ailleurs, que ce mam-
mifère, le dromathérium, sorte de petit rongeur marsupial, sarigue en miniature et encore imparfaite.
Les faunes que nous venons d'étudier étaient déjà bien curieuses, mais ce n’est encore rien à côté de celles de la période jurassique qui leur succèdent immédiatement. La nature semble avoir voulu en faire le repaire des êtres fantastiques,
Fig. 221. — Bélodon.
L'ancètre des crocodiles et aussi peu sympathique qu'eux.
inouïs, tels par exemple que des reptiles volants comme des chauves-souris ou pourvus de plumes comme des oiseaux.
Quelle faune bizarre et fantastique ! La sculpture et la peinture chez les Anciens et les modernes ont agrandi le monde réel en inventant des êtres qui n’ont jamais pu exister. Pense-t-on que les sphynx des Égyptiens, accroupis sur le sable, les centaures, les faunes, les satyres des Grecs, les griffons moitié hindous, moitié perses, les goules du moyen âge, les anges-serpents de Raphaël ne puissent trouver d'analogie dans les êtres vivants qui ont peuplé la terre en ces temps antiques ? Il semble, au contraire, dirons-nous avec Edgard Quinet, que les reptiles dinosauriens, les iguanodons, les plésiosaures, pourraient rivaliser avec les dragons à gueule enflammée de Médée, les serpents volants avec les serpents de Laocoon, les plus anciens ruminants et les grands édentés, mylodon, mégathérium avec les taureaux couronnés de Babel, les mammifères incertains, les mystérieux dromathériums et dinothériums avec les sphynx gigantesques de Thèbes, les ichthyosaures avec les hydres d'Hercule et les harpies d'Homère, le cheval hipparion aux pieds digités avec les chevaux de Neptune ou avec le monstre de Rubens à la crinière soulevée, à la croupe colossale. On aimerait à voir et entendre l'ancêtre des chiens, l'amphicyon, hurler au carrefour de la création des mammifères tertiaires. Si les artistes grecs et modernes étaient réduits à imaginer des alliances de formes impos-
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sibles, l'artiste n'aurait, au contraire, qu’à puiser dans le monde organisé ; il aurait l'avantage de trouver sous la main des formes toutes préparées dans l'atelier de la nature ; il pourrait ainsi être réaliste, tout en dépassant les limites du monde actuel, ce qui semble le but suprème de l'art.
Fig. 222. — Dycinodon.
Quels animaux étranges nous révèle la paléontologie ! Étres hideux, d'ailleurs, et qui ont bien fait de disparaitre...
Tout être a son cadre naturel. De même que, de nos jours, il est difficile de se représenter le chameau sans l’associer au désert, il est également difficile de ne pas associer les crocodiliens de l’âge jurassique à la forme de la terre jurassique dont ils étaient les seuls habitants. Ils s’aventurèrent sur la plage. Mais quelles terres trouvèrent-ils devant eux ? Basse, marécageuse, étroite, la petite île liasique ne sollicitait d'aucun être un effort puissant pour en prendre possession, Quand le troupeau des sauriens s'était traîné sur la vase, aucune proie ne l’attirait, il s’arrêtait. Une patte informe, courte, palmée, l’arrière-bras serré au corps, suffisait pour occuper et visiter le banc de terre, informe, étroit, qui tour à tour noyé etémergeant, offraitun
sol amphibie à une vie amphibie. Et comme, sur cette vase desséchée, où chacun se trainait lentement, il n’y avait pas de péril à éviter, il n’y avait aussi ni nécessité ni désir de fuir et de se hâter. C’est dans ce sens que l’on peut dire que cette antique figure du globe impose sa forme et ses habitants.
Cette forme fut celle des reptiles. Là où le sol manquait, le mode de progression terrestre ne pouvait se développer. Il n’était besoin ni de marcher, ni de courir, ni de voler ; il suffisait de ramper. Avec les sauriens, se hasardaïent les tortues ; comme il s’agissait pour elles de se poser à terre, et que cette terre n’était qu’un point, elles
Fig. 223. — Zanglodon,
Par sa station verticale, ce monstre est peut-être un de nos ancêtres. Malgré la lourdeur de son corps, il a « de l’allure », et, s’il existait encore, aurait un succès fou dans les jardins zoologiques.
n'eurent pas besoin de se hâter ; sur cette terre rampante, elles n’eurent qu’à ramper pour conquérir leur domaine ; elles reçurent là comme un sceau d’immobilité.
Sur cette langue de terre, si la patte, le pied ne pouvaient se développer par le mouvement et la rapidité, comment l'aile aurait-elle pu acquérir sa puissance ? La nécessité de l'aile ne se comprend que lorsque de grands espaces terrestres s’ouvrent à l'horizon, qu'il faut les traverser pour atteindre une proie visible de loin, où pour changer de climat par les migrations vers une autre contrée.
Mais sur les plages perdues des temps jurassiques, quel être avait besoin de prendre l'essor pour parcourir un si étroit domaine ? Aussi les oiseaux manquent encore. Lorsqu'un premier vestige d’aile paraît, c’est l’aile d’un reptile, le ptérodactyle, avec sa gueule dentée d’un saurien, et deux ailes membraneuses. C’est assez
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pour l'ii car il ne s’agit pas de traverser de vastes océans pour aborder des continents qui n'existent pas encore; il ne s’agit pas de plonger en un clin d'œil du haut d’un roc inaccessible dans une vallée béante. Il n'y a encore ni montagnes ni vallées, mais un sol uni, rare, rampant, échancré, où tous les objets sont rapprochés. Que le reptile, caché dans le marécage puisse happer au vol un essaim de libellules ou quelque grand scarabée, cela suffit à son premier instinct de mouvement.
Le temps du vol véritable n’est pas encore venu ; l'aile ne se déploiera, dans sa grande envergure, qu'avec le déploiement et l’envergure des terres fermes, avec le soulèvement des montagnes, l'approfondissement des vallées, le changement des cl'mats, des températures, l’émersion des archipels et des continents qui offriront des lieux de repos pour les vastes traversées et un but aux migrations lointaines.
Ainsi les âges du monde ne s’écoulent pas sans laisser une figure vivante d’euxmêmes. Ils s’impriment d’une manière ineffaçable dans les créatures qui se succèdent. Ils revivent en elles. Chaque moment de la durée s’est pour ainsi dire fixé dans un type, dans une espèce, une famille, qui le représente. Si le désert disparaissait, il serait encore figuré dans le chameau. A ce point de vue, la série des êtres organisés reproduit, de nos jours, la série des grandes époques écoulées. Chaque végétal, chaque animal, ramené à son type, est comme üne date fixe dans la succession des événements qui forment l’histoire du globe. (C. Flammarion).
Parmi les reptiles les plus communs de la période jurassique, il faut citer les ichthyosaures, dont le nom, assez bien choisi, veut dire « poisson-lézard » ; ils sonten effet aux lézards ce que les cétacés sont aux autres mammifères. Quand je dis « lézard » c’est une manière de parler, car les ichthyosaures ne rappellent que d'assez loin les gentilles petites bêtes que, le long du chemin, on voit s’étaler voluptueusement au soleil. Les ichthyosaures étaient en effet des animaux massifs, ayant parfois douze mètres de long. La tête, longue et pointue, rappelait un peu celle des brochets, avec des yeux énormes, — de la grosseur d’une tête humaine, — qui devaient leur donner un aspect terrifiant. La gueule était garnie de tout un bataillon de dents longues et pointues au milieu desquelles il n’aurait pas fait bon mettre la main.
C'était, dit Cuvier, un reptile à queue médiocre et à long museau pointu, armé de dents aiguës; deux yeux d’une grandeur énorme devaient donner à sa tête un aspect tout à fait extraordinaire, et lui faciliter la vision pendant la nuit. Il n’avait probablement aucune oreille externe, et la peau passait sur le tympanique, comme dans le caméléon, la salamandre et le pipa, sans même s’y amincir. Il respirait l'air en nature et non pas l’eau comme les poissons; ainsi il devait venir souvent à la surface de l’eau. Néanmoins ses membres courts, plats, non divisés, ne lui permettaient que de nager, et il y a grande apparence qu'il ne pouvait pas même ramper sur le rivage, autant que les phoques; mais s’il avait le malheur d’y échouer, il y demeurait comme les baleines et les dauphins. Il vivait dans une mer où habitaient avec lui les mollusques qui nous ont laissé les cornes d’Ammon, et qui, selon toutes les apparences, étaient des espèces de seiches ou de poulpes; des térébratules, diverses espèces d’huîtres abondaient aussi dans cette mer, et plusieurs sortes de crocodiles en fréquentaient les rivages, si même ils nel’habitaient conjointement avec les ichthyosaures.
On trouve souvent dans les terrains jurassiques les déjections fossilisées de ces
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animaux; ces « coprolithes », comme on les appelle, présentent à la surface une ligne en spirale, ce qui montre que l'intestin des ichthyosaures, comme celui de plusieurs reptiles actuels, possédait une « valvule spirale ». L'examen de ces coprolithes a permis d’avoir plusieurs renseignements sur les animaux dont ils faisaient leur nourriture.
Non moins curieux sont les plésiosaures qui donnent un peu l'impression d’un phoque, avec une queue assez longue, des pattes transformées en larges nageoires et, — ce qui leur donne un caractère bien particulier, — un cou d’une longueur extraordinaire, très mobile, et terminé par une tête de lézard, petite relativement
Fig, 224. — Le plésiosaure,
La terreur des mers secondaires, l'animal sournois qui se glisse dans les herbes et engloutit sa proie avant qu'elle ait le temps de s’en apercevoir.
au reste du corps et garnie de nombreuses dents. Un genre voisin, le pliosaure, avait un cou plus court.
De même que les ichthyosauriens, les plésiosauriens étaient essentiellement des animaux de haute mer; la forme et la disposition de leurs dents indiquent un régime exclusivement carnivore; il est probable que les espèces qui, comme le plésiosorus dolichodeirius (fig. 224) avaient le cou très allongé, pouvaient saisir leur proie à une grande distance, soit à la surface de l’eau, soit dans les basfonds où le reptile n'aurait guère pu aborder, dans la crainte d’échouer. Des mollusques de toute sorte devaient être la pâture des espèces faiblement armées, tandis que les pliosaures, au cou court, à la tête trapue, aux dents longues et fortes, donnaient la chasse aux poissons, cependant puissamment cuirassés, aux crustacés qui pullulaient dans les mers jurassiques et aux nombreuses ammo-
LES MONSTRES DISPARUS hot
nites qui flottaient à la surface de l’eau. Les plésiosauriens respiraient l'air en nature ; leurs poumons étaient très vastes, de telle sorte que l’animal pouvait certainement plonger pendant assez longtemps et rester un certain temps sous l’eau, avant que de venir à la surface. La peau était absolument nue; elle devait probablement être épaisse. Les plésiosaures proprement dits étaient généralement des animaux de grande taille; Cuvier estime à 3 mètres la longueur du plésiosaure du Lias d'Angleterre qu'il a été à même de décrire. Ce sont les pliosaures qui, eux, arrivent à une taille vraiment gigantesque. D’après Richard Owen, la mâchoire du pliosaurus grandis n'avait pas moins de 5 pieds 8 pouces anglais; le crâne avait 4 pieds 9 pouces, sa largeur la plus grande était de 2 pieds et r pouce; certaines dents ont jusqu’à o",30 de long, et nous connaissons des mâchoires qui ont au moins 2 mètres de long, ce qui doit faire supposer une taille vraiment colossale. Tout géant que soit le pliosaurus grandis, il existait à l’époque jurassique supérieure des espèces plus grandes encore. Le fémur du pliosaurus trochanterius avait 0",55 de haut, ce qui fait supposer une patte longue d'environ 1*,40 ; nous avons la même dimension pour le pliosaurus brachyderus.Si la longueur de la patte est dans les mêmes proportions, ce membre auraiteu 1°,60 chez le pliosaurus œqualis, 1,78 chez le pliosaurus brachyderus, 2",20 chez le pliosaurus macromerus, et chez une espèce signalée par P. Gervais dans le terrain kimeridjien du Havre. Chez cette dernière espèce, le fémur mesure, en effet, plus de 0",85 de longueur. (E. Sauvage).
C’étaient de vraies baleines!
Pour faire pendant aux gigantesques plésiosaures de haute mer, on trouvait sur les terres émergées des êtres non moins monstrueux ; ce sont les dinosauriens, dont le nom a précisément été choisi pour indiquer que l’on avait à faire à de prodigieux reptiles. Au point de vue anatomique, ils sont d’ailleurs remarquables en ce qu'ils présentent un curieux mélange de l’anatomie des reptiles et des oiseaux, ainsi que, jusqu’à un certain point, des mammifères. Déjà existants au Trias, ils ne prennent leur véritable extension qu’au jurassique, et, conjointement aux espèces dont nous parlons dans ce chapitre, ont valu à cette période le nom bien choisi de «règne des reptiles ». À ce moment, il régnait par toute la terre une grande chaleur, comme le prouvent bien les formations coralliennes si vastes qui ont augmenté la couche terrestre. Cette chaleur semblait indispensable à la vie des dinosauriens : on les voit disparaître, en effet, presque totalement, dès l’époque crétacée, précisément où tout concorde à montrer que le froid commençait à devenir vif, surtout en hiver.
C'est parmi les dinosauriens que doit prendre place le plus grand animal qui ait jamais paru sur la terre, l’atlantosaure (fig. 225), auprès duquel les éléphants ne seraient que des pygmées, puisqu'on en connaît qui atteignaient près de 3» mètres de long. Il marchait sur ses quatre pattes volumineuses, en laissant trainer une queue assez longue. Le cou était très allongé et mobile, terminé par une tête remarquablement petite, comme cela se voit souvent chez les reptiles jurassiques. C'était sans doute une bête lente et stupide, se promenant à la façon des ours actuels : chaque empreinte de ses pas n’avait pas moins de 90°" de diamètre, — excusez du peu.
A cé des hypsilophodons, des cératosaures, des cétiosaures, que nous ne citons
COUPIN. — ANIM. EXCENT. 26
ho2 LES MONSTRES DISPARUS
que pour mémoire, il nous faut donner une attention spéciale aux fameux iguano dons (Jig. 226), qui sont les plus « populaires » des reptiles fossiles. :
Non loin de la frontière française, entre Mons et Tournay, dit E. Sauvage, se trouve, en Belgique, le charbonnage de Bernissart. Pour atteindre les couches de houille, il faut, dans ce pays plat, creuser le sol à une certaine profondeur et traverser des terrains qui se sont déposés postérieurement à la formation du précieux combustible. En faisant à Bernissart des recherches pour l'extraction de la houille, on était tombé sur des couches uraldiennes, sur une vallée datant du commencement de l’époque crétacée et remplie après coup par suite des mouvements du sol. Des poissons par centaines, des crocodiles de types inconnus, de gigantesques rep-
Fig. 225, — L’atlantosaure.
L'animal qui bat le record pour la longueur (homologué par le... Paléontological-Club). Pour faire apprécier sa grande taille comme elle le mérite, on a figuré à côté de lui un éléphant, un pygmée!
tiles étaient restés enfouis, à près de 350 mètres de profondeur, presque à l'endroit où ils avaient autrefois vécu ; ils étaient ensevelis dans la boue, gisant pêle-mêle avec les plantes qui croissaient sur le sol qu'ils avaient foulé à une époque si reculée qu'elle dépasse toute imagination.
Les animaux géants, rendus ainsi à la lumière, grâce aux admirables et persévérantes recherches de de Paux et de Sohier, étaient des dinosauriens appartenant au genre iguanodon, dont Gédéon Mantell avait, dès 1822, trouvé les premiers ossements dans l’île de Whigt, en Angleterre. C’est aux travaux de Boulenger, de Van Beneden et surtout à ceux de Dollo que nous devons la connaissance de l'un des êtres les plus étranges qui aient vécu dans les anciens temps. La découverte de l'iguanodon de Bernissart, animal dont on connaît aujourd'hui le squelette complet, a jeté un jour absolument nouveau sur là constitution de tout un groupe de dinosauriens herbivores.
Tout est étrange, en effet, chez l’iguanodon ; sa taille, de même que ses allures, sont bien faites pour étonner le naturaliste qui ne connaîtrait que les reptiles actuels, êtres bien chétifs si on les compare aux animaux qui ont vécu autrefois et qui semblent avoir joué le rôle qui est dévolu aux plus grands des mammifères, terrestres actuels.
A Ne ce
L'iguanodon de Bernissart mesurait près de dix mètres du bout du museau à l'extrémité de la queue et debout sur ses membres de derrière, attitude qu'il avait en marchant, il s'élevait à plus de quatre mètres au-dessus du niveau du sol.
La tête est relativement petite, très comprimée; les narines sont spacieuses et comme cloisonnées. La fosse temporale est limitée par une arcade osseuse, aussi bien en haut qu’en bas, ce qui est un caractère tout à fait exceptionnel chez les reptiles actuels. L’extrémité des mächoires devait être vraisemblablement pourvue d'un bec destiné à couper les grandes fougères et les cycadées qui poussaient sur les
Fig. 226. — Iguanodon de Bernissart.
Cet animal qui, sur notre gravure, semble danser le rigodon, n'avait cependant rien de folâtre et possédait une taille gigantesque : 10 mètres de longueur!
bords des lagunes et des marécages dont le sol était entrecoupé ; les dents, qui sont crénelées aux bords, indiquent un régime essentiellement herbivore et se rempla-
çaient aussitôt qu’elles venaient à être usées. Le cou devait être très mobile. Les
côtes, qui sont fortes, indiquent de vastes poumons. Les membres antérieurs, bien plus courts que les postérieurs, se terminent par une main garnie de cinq doigts ; le pouce est terminé par un énorme éperon qui, revêtu de sa griffe, devait être une arme extrêmement redoutable, Le membre postérieur, qui est digitigrade, est
hok LES MONSTRES DISPARUS
muni de trois doigts seulement, probablement réunis par une palmure; le bassin ressemble plus à celui des oiseaux qu’à celui des reptiles actuels. La queue, un peu plus longue que le reste du corps, a jusqu’à 5 mètres et se compose de près de 50 vertèbres : elle est très comprimée latéralement, comme celle des crocodiles, et devait servir de rapide et puissant moyen de propulsion.