LES BÊTES A L’ATTITUDE BIZARRE
Cette larve, qui semble faite pour marcher sur ses pattes comme les autres insectes, a pris la singulière habitude de progresser sur le dos (fig. 25), le ventre en l'air, et par suite, les pattes gigotant dans le vide. Elle marche par des mouvements de contraction de ses anneaux, mouvements qui deviennent ambulatoires par suite des cils qui prennent appui sur le sol. Rien de plus étrange que cette gymnastique à rebours quand on la voit pour la première fois : on croit la larve atteinte de démence momentanée, mais si on la met sur le ventre, elle se retourne immédiatement sur le dos et se met à fuir de toute la vitesse non de ses pattes, mais de ses cils.
Ce renversement du mode ambulatoire, dit J.-H. Fabre, lui est tellement particulier qu'il suffit à lui seul, aux yeux les plus inexperts, pour reconnaitre aussitôt la larve de cétoine. Fouillez l’humus que forme le bois décomposé dans les troncs caverneux des vieux saules, cherchez au pied des souches pourries ou dans les amas de terreau, s’il vous tombe sous la main quelque ver grassouillet qui marche sur le dos, l'affaire est sûre : votre trouvaille est une larve de cétoine. Cette progression à l'envers est assez rapide et ne le cède pas en vitesse à celle d’une larve de même obésité cheminant sur des pattes. Elle lui serait même supérieure sur une surface polie, où la marche pédestre est entravée par de continuels glissements, tandis que les nombreux cils des bourrelets dorsaux y trouvent appui nécessaire en multipliant les points de contact. Sur le bois raboté, sur une feuille de papier et jusque sur une lame de verre, je vois mes larves se déplacer avec la même aisance que sur une nappe de terreau. En une minute, sur le bois de ma table, elles parcourent une longueur de deux décimètres. Sur une feuille de papier cloche, deux décimètres encore. La vitesse n’est pas plus grande sur un lit horizontal de terreau tamisé. Avec une lame de verre, la distance parcourue se réduit de moitié. La glissante surface ne-paralyse qu’à demi l'étrange locomotion.
Le monde aquatique eût été jaloux si, lui aussi, n'avait eu son insecte condamné à vivre le ventre en l'air. La nature ne l’a pas voulu et lui a donné les notonectes ( fig. 26), jolis hémiptères aux couleurs fraiches et brillantes, tout de velours habillés, que l’on rencontre dans toutes les mares. Ces notonectes, dont la forme rappelle un peu celle d'une barque, nagent toujours le ventre en l'air et le dos en bas.
Fig. 26. — Drôle d’idée de nager — toute la vie — le ventre en l'air ! Une région dorsale Les notonectes semblent cependant s’y complaire.., relevée en dos d’âne ou
de carène arrondie, et A » à Là . 6 , .
revêtue d’un velouté qui la rend imperméable, des franges fines et nombreuses qui gar- COUPIN. — ANIM, EXCEN\TR, 3