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CHAPITRE VI

La faune d'une goutte d’eau de mer.

Dans le chapitre précédent, nous avons étudié les animaux gigantesques qui habitent la mer. Par antithèse — après les infiniment grands, les infiniment petits — jetons un coup d’œil sur les êtres microscopiques qui la peuplent et qui sont tous des merveilles de délicatesse. Jeux de lumière dignes du plus beau diamant, finesse de dessin pouvant rivaliser avec des bijoux minutieusement ciselés, dentelles admirables, couleurs chatoyantes, mouvements excentriques à rendre des points aux danses exotiques, costumes extraordinaires, tout y abonde et avec une luxuriance sans pareille.

A tout seigneur, tout honneur.

: Voici d’abord la noctiluque miliaire

Fig. 44. — La noctiluque. (fig. 44) dont le nom ne vous dit Le petit animal auquel est due la phosphorescence de la peut-être rien, mais que vous regar-

mer, rêve du poète, ébahissement du « villégiateur». P à En A, il est tranquille comme un Sage. derez certainement avec respect lors-

En B, il émet de toutes petites noctiluques. : à En C, il se multiplie d'une autre façon en se cou- que vous saurez que C est à elle que Rene l'on doit la phosphorescence de la mer, en compagnie de microbes et d’autres personnages de moindre importance. C’est une boule gélatineuse, transparente comme le cristal et n'ayant pas plus de un demimillimètre de diamètre. En un point, on remarque un orifice, servant aussi bien pour l'absorption que pour le rejet des aliments, et surmonté d’une sorte de queue striée en travers, et à laquelle on a donné le nom de flagellum. La noctiluque se laisse déplacer passivement par le flot, peu lui important l'endroit où il la conduit. Son flagellum est animé de mouvements lents et est incapable de la diriger d’une manière efficace ; tout au plus lui est-il utile en ramenant en quelque sorte vers la bouche les petites particules alimentaires dont l'animal se nourrit. Pour en avoir fini avec la description de celui-ci, il nous suffira de signaler à l'intérieur du corps, tout près de la bouche, une masse granuleuse qui émet à la périphérie des prolonge-

ments divisés, anastomés, venant se fixer à la coque extérieure par l'intermédiaire d’une couche semi-fluide.

Les noctiluques ne sont pas toujours lumineuses. Pour déterminer leur phosphorescence, il faut différentes conditions encore mal connues, les uns dépendants des conditions du milieu, les autres de « l’état d’âme » des petits organismes. En attendant que ce dernier point ait élé élucidé par nos psychologues modernes qui, on le sait, ne reculent devant aucune difficulté, on peut dire que le meilleur moyen de les faire briller consiste à les. secouer. En agitant légèrement un vase d’eau de mer contenant beaucoup de noctiluques, on voit la surface du liquide — c’est-àdire l'endroit où ces pelits êtres aiment particulièrement vivre — présenter une légère phosphorescence bleuâtre. En remuant un peu plus, la lumière en question se propage de proche en proche jusqu’au fond. Si enfin l'agitation est extrème, la lumière devient à la fois plus intense et plus blanche, plus laiteuse, semblable dès lors à celle des vagues un soir de belle phosphorescence.

En examinant une noctiluque au microscope, on se rend compte que la lumière ne prend pas naissance uniformément à l'intérieur de son corps, mais apparaît en un certain nombre de points lumineux semblables à des étoiles brillant dans la nuit. Chaque point envoie un éclair, mais s'éteint bientôt après.

Fig. 45. — Le cératium longicorne, Animal qui dépense toute son activité à « faire Maintenant que vous avez fait connais-

les cornes » aux autres êtres de la création. AMEL A sance avec l'animal adulte, peut-être ne

serez-vous pas fâchés de savoir commentil se reproduit. En deux mots, voici la chose. Dans la plupart des cas, la noctiluque perd son flagellum et passe par une phase de repos. Bientôt la masse s’étrangle en son milieu et ressemble à deux noctiluques accolées : chaque partie s’isole lentement et arrive à se séparer, donnant ainsi naissance à deux organismes là où il n’y en avait qu’un.

D’autres fois, après une phase de repos analogue à la précédente, la surface se met à bourgeonner. Chaque bourgeon se garnit d’un cil, s’isole et va tournoyer dans la mer. Ce sont des sortes de spores qui, en peu de temps, se transforment en noctiluques adultes, multipliant ainsi l'individu dans des proportions énormes. Les noctiluques habitent surtout la surface de la mer. C’est là aussi que vivent les céraüum (Jig. 45), animaux très communs qui, au lieu d’être nus comme les précédents, sont revêtus d’une coquille.de forme triangulaire dont les angles se prolongent en cornes démesurément longues et plus ou moins recourbées. Des cils vibratiles, dont un très long, leur permettent de nager. Si l’on veut trouver ces cératium presque à coup sûr, il faut examiner au microscope le contenu de l'estomac des

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