‹ Les animaux excentriquesChapitre 20 sur 102 · NET VO · texte numérisé non relu

NET VO

poissons. Ceux-ci en font en effet une grande consommation et la coque des petits organismes, qui n’est pas plus digestive que les coquilles d’huîlres, pour nous, resle: pendant quelque temps dans leur estomac. À côté d’eux, citons le péridinium tabulé (/ig.46), ainsi nommé à cause de sa membrane d'enveloppe composée de petites pièces régulières

Fig. 46. — Le péridinium. Fig. 47. — L'héliosphère inerme. Si petit et déjà si cuirassé! Ce Un atome dans l'océan, mais un atome des plus élégants et dont petit chevalier méditerait-il la les Sirènes doivent se faire de jolis bijoux.

conquête du domaine de Neptune ?

comme celles d’une cuirasse; sa couleur varie du brun foncé au vert jaunâtre

Fig. 48. — L’acanthomètre pellucide, qui, malgré sa ténuité, n'oublie pas sa sécurité et s’arme de baïonnettes bien acérées. Si vis pacem, para bellum.

La surface de la mer, si transparente qu’elle soit, est d’ailleurs le lieu d'élection d’une multitude d'espèces des plus élégantes, que l’on peut, comme les précédentes, recueillir en promenant un filet en fine mousseline au niveau libre de l’eau. Si vous

0 TEA LCT Te’ à. L. : v

voulez vous livrer à ce genre de pêche, je vous assure que vous ne regrelterez pas votre temps. Voici par exemple l’héliosphère inerme (fig. 47) qui se compose d'une simple cellule arrondie, émettant par toute sa surface des filaments très déliés qui s’étalent autour d'elle comme les rayons du soleil. À une assez grande distance d’elle se trouve un squelette d’une délicatesse infinie formé d’une série d’hexagones ajourés par où passent les filaments pêcheurs. Une autre espèce voisine, l'hélio-

Fig. 49. — L'actinomme. Fig. 50. — La thalassicole pélagique.

Les boîtes chinoises de l'Océan. Ce n'est pas, comme on pourrait le croire, une bombe qui éclate, mais un des milliers d'êtres vivants qui flottent sur l'infini de la mer.

sphère élégante, rehausse cet ornement par des piquants qui rayonnent de son squelette, et d’autres petites pointes dont est garni le milieu des côtés de chacun de ses hexagones.

Chez les marchands de bibelots, vous avez certainement remarqué ces boules ajourées et emboîtées les unes dans les autres que des ouvriers patients — les Chinois excellent dans cet art — s’amusent à sculpter dans de l'ivoire. C’est tout à fait l'ouvrage auquel arrive l’actinomme (fig. 49), avec cette différence que les trois boules sont transpercées de part en part par trois grands spicules, des sortes de clous pointus aux deux bouts, et perpendiculaires les uns aux autres.

Quand on songe que tout cela ne se

Fig. 51. — Diverses coquilles de foraminifères. voit qu’au microscope, on Lu peus Elles sont microscopiques et doivent leur origine à qu'être émerveillé. Citons aussi à côté

une simple cellule. 1 1. Cornuspira. 9. Gaudryéna. d'eux les acanthomètres (Jig. 48), tra-

cules pointus, et les thalassicoles (fig. 50), formés d'une grande quantité de bulles dont le rôle n’est pas bien connu.

fl 1}

Fig. 52.— La rolalia. , Fig. 53. — Miliole.

Elle, cependant si menue, est obligée, pour capturer Comme on chante dans Æip : des organismes encore plus petits qu'elle, de C'est un rien, s'entourer de centaines de filaments pêcheurs. Un souffle, un rien.

Mais un rien qui respire, qui mange, qui se reproduit, — qui pense peut-être.

sig, 54. — La clathruline. 1 Fig. 55. — Codosiga. . Un myrmidon malin, qui s’est fabriqué une prison Colonie où chaque individu prend un faux col ajourée par où il passe ses filaments pêcheurs et qui ferait envie à l’elégant le plus raffiné.

où il se pelotonne frileusement quand, à l'extérieur, tout ne va pas comme il voudrait.

Les espèces précédentes, avons-nous dit, se trouvent à la surface des eaux marines. À tous les étages de la mer correspondent d’ailleurs des formes bien spéciales. C'est ainsi que dans les régions plutôt profondes abondent les foraminifères (fig. 51) dont il faudrait plusieurs volumes pour décrire toutes les formes. Notre gravure en représente quelques-unes dont certaines réduites à leur squelette. L'une d'elles, la rotalia ( fig. 52), montre l'animal intact ; on voit que la coquille est perforée d’une grande quantité de trous par lesquels passent ce qu'on appelle des pseudopodes, sorte de toile d’araignée vivante qui au passage happe les particules dont la foraminifère fait sa nourriture. Chez les milioles (fig. 53), les filaments pêcheurs restent en un seul point du corps, et, chez les globigérines (fig. 56), ils sont aidés dans leur rôle par de longues cordes destinées sans doute à capturer les proies volumineuses.

Certaines autres espèces microscopiques vivent fixées sur les algues et différents corps flottants. De ce nombre sont les clathrulines (fig. 54), bien dénommées « élégantes », dont le corps est enveloppé à distance d’une sphère ajourée et se prolonge à la base en un pédoncule assez solide, et les codosiga (fig. 55), espèce ramifiée qui, comme la précédente, se trouve aussi dans l’eau saumâtre, et dont chaque cellule possède un cil toujours en mouvement et une collerette transparente qui, peut-être, n’est pour elle qu’un vain ornement. Qui sait si la coquetterie n'existe pas aussi au sein des mers?

Page 1