‹ Les animaux excentriquesChapitre 25 sur 102 · LA · texte numérisé non relu

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LES CHANTEURS EN PLEIN AIR at

arme avec laquelle il veut éclipser ses rivaux. Les uns chantent surtout la nuit; les autres ne se font entendre que le jour. Pendant les premières ivresses de l'amour, avant que la femelle ait pondu, on entend ce chant délicieux à toutes les heures de la nuit; plus tard l'oiseau se tait ; il semble avoir trouvé le repos et recommencé sa vie ordinaire.

Le grand rossignol diffère du rossignol philomèle par sa voix. Son cri d'appel peut se rendre par gloek-arrr, au lieu de wüd-kaer. Dans son chant, les notes sont plus basses, plus lentes, plus soutenues, les pauses plus longues ; le chant est plus fort, plus tremblolant, mais moins varié que celui de la première espèce. Il vaut cependant le chant de celle-ci, et quelques amateurs le préfèrent même.

Il arrive assez souvent que ces deux espèces vivent ensemble ; elles mêlent alors les chants de l’une et de l’autre, et c’est ainsi que se produisent les doubles chanteurs, comme on les appelle.

Les vrais amateurs en font peu de cas ; ils préfèrent entendre l'un ou l’autre chant, dans toute sa pureté.

Brehm a fait des études, au

Fig. 66, — Le bec-croisé. 4 3 Malgré sa bouche de travers (quelle drôle de figure celalui Même point de vue, sur les becs-

fait), c'est un chanteur délicieux. Pee (fig. 66):

Le cri d'appel du bec-croisé des sapins, du mäle comme de la femelle, est goep, goep Ou guip, guip, ou {zoc, {zoc goep, dit mon père, auquel nous devons la description la plus exacte des mœurs des becs-croisés. Goep se fait entendre lorsqu'ils volent ou qu'ils sont perchés ; c’est le signal du départ, un appel, un cri destiné à réunir les membres de la” société ; aussi est-il toujours fort. Guip, guip, est le cri de tendresse dont les deux époux se saluent au repos; il est prononcé à demi-voix, et il faut être au pied de l'arbre pour l'entendre. Souvent, on dirait que l'oiseau qui pousse ce cri est très loin, et on l’aperçoit au-dessus de sa tête. Tzoc est le cri par lequel le bec-croisé perché appelle ceux qui passent près de lui, pour les inviter à s'arrêter ; quelquefois cependant, on l'entend d’un oiseau qui vole. C’est un cri plein et fort, et ce doit être le cri d’appel principal.

Les jeunes crient presque comme la jeune linotte, mais bientôt ils acquièrent la voix et les divers coups de gosier des vieux.

Le bec-croisé des pins pousse son cri d’appel quand il perche ou quand il vole. C’est un guip, guip, plus faible que celui du bec-croisé des sapins. Quand on a une fois entendu ces deux cris, on ne peut les confondre ; je les reconnais dans la forêt, et de loin. Ce guip est un signal à la fois de départ, d’avertissement et de ralliement. Lorsque ces oiseaux sont perchés, et que l’un pousse ce cri fortement, aussitôt tous les autres deviennent attentifs, et s’envolent dès que l’un d’eux en donne le signal. Quand ils mangent, et que quelquesuns de leurs semblables passent près d'eux en poussant ce cri, ils ne se dérangent pas ;

rarement ils leur répondent par un /zoc, {z0c, les invitant à prendre part au festin. Ce tzoc, tzoc, est plus haut et plus clair que celui du bec-croisé des sapins. Si l’un est perché au sommet d’un arbre et veut inviter toute une bande à venir y prendre place, il pousse très fortement ce cri, que l’on entend rarement quand ils volent. Un bon appeau doit surtout crier {zoc; s’il crie guip plus souvent que {z0c, il n’est d'aucune utilité. Quand ces becs-croisés perchent, ils font entendre un autre petit cri, très'bas, qui ressemble assez au pépiement des poussins. Les jeunes ont, outre ce pépiement, presque la même voix que les jeunes becs-croisés des sapins.

Le chant du mâle est ravissant. D’ordinaire, le bec-croisé des sapins chante mieux que celui des pins, mais les deux chants se ressemblent beaucoup. C’est un thème, lancé à pleine voix, suivi de quelques notes sifflantes faibles. En liberté, ils chantent surtout quand le temps est beau, clair, tranquille, pas trop froid; ils se taisent les jours de vent et de tempête. Pour chanter, ils se perchent toujours sur les plus hautes branches : ce n’est que pendant la période sentimentale qu'ils chantent en volant. La femelle chante aussi, mais plus bas et d’une manière moins soutenue que le mâle. En cage, ils chantent toute l’année, ex-

Fig. 67. — Le pinson.

L4 4 ar Un des virtuoses les plus ardents de nos bois et de nos jardins, un gentil cepié à l'époque de la camarade que l'on est toujours joyeux de rencontrer, même quand il picore un peu les produits de notre jardin. mue.

La voix la plus harmonieuse — c’est là un fait général dans la gent emplumée — est celle de la période des amours. Celle qui lui succède est beaucoup plus douce: c'est le moment où les parents font leur nid. Bientôt arrivent les petits, pour lesquels les parents trouvent des modulations encore plus délicates pour leur apprendre à manger et à voler. Si un ennemi survient, les chants se changent en cris de terreur.

La variété d’allure et d’expression qui a été départie aux oiseaux, dit Champfleury, est un des prodiges les plus étonnants de la création. Dans chaque espèce l’allure de la mélopée concorde avec la nature même de l'oiseau, ou plutôt n’en est que le reflet fidèle. Ainsi, l’ardent pinson (fig. 67), l’agile fauvette ne chante qu’en preslo, ou tout au moins en allegro. Le largo, l'adagio, l'andante sont, au contraire, l’allure favorite de la draine ou grosse grive, cantatrice épaisse et sentimentale, du merle mélancolique et de l’élégiaque rouge-gorge. D’autres, d'expression plus variée, offrent dans leur chant la transition fré-

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quente du joyeux allegretlo au smorzando voluptueux ; tels sont les charmants fitis de la tendre alouette des bois. Il est des fantaisistes qui ne s’astreignent à aucune mesure et dont les récitatifs capricieux, multipliés par l'écho des forêts, ressemblent à des cris d'appel. En regard de ces romantiques emplumés se présente l’importante phalange classique des virtuoses, véritable élite des artistes, Ceux-là sont, entre tous, les favoris du ciel ; ils ont reçu en partage, au degré le plus élevé, les qualités dont l’ensemble constitue le charme suprême du chant, et qui se trouvent si rarement réunies chez l’homme: l’agilité, la grace et le pathétique. Le chant dominateur du rossignol parcourt toute l'échelle des sentiments que la musique peut exprimer, depuis l’ode jusqu’au drame ; tandis que la grive va sans effet du simple cri d'appel au dithyrambe, l’alouette passe de l’idylle champêtre aux plus vifs élans du lyrisme.

On a donné aux différents chants des oiseaux des noms particuliers qui, presque tous,sont des onomatopées. Ainsi on dit: cacaber pour la perdrix, cacarder pour l'oie, caqueter pour le canard, caqueler et glousser pour la poule, caracouler pour le pigeon, roucouler pour la tourterelle, coucailler pour la caille, coqueliner pour le coq, croasser pour le corbeau, coucouler pour le coucou, crailler pour la corneille, gazouiller pour les petits oiseaux, piauler pour le moïneau et les poulets, pupuler. pour la huppe, tintiner pour la mésange et turluter pour l’alouette.

Beaucoup de noms d'oiseaux viennent de leur chant.

Ainsi cacatoës vient des cacadou que ces oiseaux prononcent avec douceur (à moins qu'ils ne soient excités). La lulu des bois doit son nom à son loulou si agréable. A citer aussi le coucou, le courlis, la huppe (de son houp houp), le toucan (de foucano), etc.

Quelques poètes ont essayé d’imiter le chant des oiseaux. Une des poésies le mieux réussies à cet égard est certainement la suivante, due à Du Bartas :

La gentille alouette avec son tire-lire Tire-lire à l’iré et tirelirant tire

Vers la voûte du ciel; puis son vol vers ce lieu Vire et désire dire : adieu, adieu, adieu |

Dupont de Nemours a traduit ainsi le chant du rossignol pendant la couvée :

Dors, dors, dors, dors, dors, ma douce amie,

Amie, amie,

Si belle et si chérie, Dors en aimant, Dors en aimant, Ma belle amie, Ma belle amie,

‘ Nos jolis enfants

Nos jolis, jolis, jolis, jolis Petits enfants.

Le même chant a été ainsi noté par Dureau dela Malle :

RL à 5), I

Tinù, tinû, tinû, tin Spretiü, z-qua,

Querrec, pi, pi,

Tio, tio, tio, tix,

Qutio, qutio, qutio, qu-tio, Zquo, zquo, zquo, zquo,

Zi, zi, Zi, zi, zi, zi, zi,

Querrec, tiu, zquia, pi, pi, quil

Il n°y a pas qu'en France que l’on ait tenté de pareilles imitations. Ainsi, au Kamts-

r é f - LA CRUE

Fig. 68. — Le ménure lyre.

Un oiseau lyrique par son chant et par.. sa queue.

chatka, on a adapté au chant du roselin cramoisi un texte russe très approprié, ayant pour titre Tschewitschou widael, ce qui veut dire : j'ai vu la tschewitscha. Pour comprendre ce titre, il faut savoir que la tschewitscha est le nom de 14 plus grande espèce de saumons, la plus recherchée des pêcheurs par conséquent, et qui arrive au Kamtschatka à la même époque que le roselin cramoisi. Le chant de ce dernier annonce donc réellement l’arrivée du saumon, et dans un pays où les habitants ne se nourrissent que de poissons, il est messager et de la belle saison et de l'abondance. Ce chant est d’ailleurs très agréable, clair et trainant, d’une nature tellement particulière qu'on ne l’oublie pas une fois qu'on l'a entendu.

Le chant de l'oiseau-lyre (fig. 68), composé de phrases

décousues et rapides terminées par une note basse, ressemble à la voix d’un ventriloque. Il vient s’y ajouter en outre des sons imités des bruits environnants. Becker raconte que, dans la province de Sipp, sur le versant des Alpes australiennes, se trouvait une scierie mécanique. Là, les dimanches, quand tout travail était suspendu, on entendait au loin, dans la forêt, l’aboiement d’un chien, le rire d’un homme, le chant de divers oiseaux, les pleurs des enfants, le bruit de la scie; et tous ces bruits, tous ces sons provenaient d’un seul oiseau-lyre qui avait établi sn domicile

non loin de la scierie.

Une curieuse observation sur la faculté d'imitation des oiseaux a été commu-

niquée récemment à la Société des sciences naturelles de Nimes par M. Louis Mingaud.

Je possède, dit-il, depuis le mois d’avril 1893, un vulgaire moineau qui, pris au nid, a été nourri à la becquée; dès que le passereau a pu se suffire à lui-même, je l’ai mis dans une cage où se trouvaient déjà un pinson, un chardonneret et deux serins. Au bout de quelque temps le moineau s’est approprié le chant de ses compagnons, à tel point que l’on s’y méprend. Il ramage comme le pinson, chante avec finesse comme le chardonneret et, avec des roulades, contrefait les serins. Il n’y aurait peut-être là encore rien d'étonnant, car beaucoup d'oiseaux possèdent la faculté de s'approprier le chant des oiseaux chanteurs ; mais où je trouve que le moineau est véritablement polyphone, si je puis lui appliquer ce terme, c'est dans le fait suivant : au printemps, j'ai l'habitude de capturer des grillons des champs et de les garder vivants dans de petites cages ad hoc. Jusqu'à ce jour, ces petites cages étaient pendues à côté de celles de mes oiseaux, et aucun de ceux-ci, même le moineau, n'avait eu la prétention d’imiter le chant du cricri. Cette année, j'ai pris de nouveaux grillons, et j'ai mis leurs cages à côté de celles de

mes oiseaux. Quel n'a pas été mon étonnement, deux jours après, d'entendre le moineau imiter avec sa voix le chant du grillon!

Aujourd'hui, les grillons sont morts depuis longtemps et le pierrot ne cesse d’imiter le chant de ces orthoptères, qu'il entremêle à celui des autres oiseaux. Chose curieuse à mentionner, ce moineau ne sait pas du tout chanter ou mieux piailler comme un moineau. Fort jeune, il a été pris au nid; sa mémoire n’a pas su conserver le piaillement

de ses parents.

On a aussi cité des linots qui, recueillis jeunes et mis dans le voisinage de rossignols, avaient pris le chant de ces oiseaux.

Le chant d’une même espèce d'oiseau peut différer suivant la contrée qu'il habite. Chez eux comme chez nous, il y a des dialectes et des patois: le fond reste le même, mais les détails varient. Le fait est surtout très net pour les serins : ceux de la Thuringe, par exemple, chantent beaucoup mieux que ceux du Hartz. Mais ces différences tendent à s’atténuer par suite des migrations des oiseaux. Leur chant est, en effet, susceptible de se modifier sous l’influence d’un autre chant qu'ils entendent. Ils ont heureusement une tendance à copier un chant plus harmonieux que le leur. Ainsi, dans une région, s’il se manifeste une année un virtuose émérite, il n’est pas rare de voir d’autres représentants de la même espèce perfectionner leur voix d’une manière très sensible.

Ces faits sont bien connus des éleveurs qui ne manquent pas de mettre un bon chanteur dans chaque volière pour améliorer le chant de ses camarades de captivité. Il est intéressant de noter à ce propos que les progrès acquis se transmettent parfois à la progéniture. Ainsi, un menuisier parisien, célèbre à ce point de vue, avait élevé des alouettes pendant plus de 26 ans en leur inculquant les « bons principes » du chant : il avait amélioré et transformé tellement leur chant que la voix des dernières alouettes, en tant que mélodie et timbre, ne rappelait en rien celle de leurs ancêtres.

Chez certaines espèces, cette facilité d'imitation est poussée à l’extrème. La plus

curieuse est la fameuse grive persifleuse du Mexique, qui imite tous les oiseaux du voisinage. L'oiseau-flûte d'Australie imite en outre les cris et les parolés. Quant à l'oiseau moqueur des États-Unis, c'est une véritable merveille ! Voici, par exemple, ce qu'a raconté Gerhardt à son propos :

J'observais, dit-il, un moqueur polyglotte mâle qui faisait entendre sa voix non loin de moi. Comme d'ordinaire, le cri d’appel et le chant du roitelet d'Amérique formaient bien le quart de sa chanson.

Il commença par le chant de cet oiseau, continua par celui de l’hirondelle pourprée, cria tout à coup comme le rhyncodon, puis, s’envolant de dessus la branche où il s’était posé, il imita le cri de la mésange tricolore et celui de la grive voyageuse. Il se mit ensuite à courir autour d’une haie, les ailes pendantes, la queue en l’air, et reproduisit les chants du gobe-mouches, du carrouge, du tangara, le cri d’appel de la mésange charbonnière ; il vola sur un buisson de framboisiers, y picota quelques fruits et poussa des cris semblables à ceux du pic doré et de la caille de Virginie.

Audubon a trouvé une bien jolie expression pour synthétiser le chant du moqueur :

Ce ne sont pas, dit-il, les doux sons de la flûte ou de quelque autre instrument de musique que l’on entend, mais c’est la voix bien plus mélodieuse, de la nature elle-même!

C’est au moqueur qu’il est fait allusion dans la chanson, ci-dessous, du troisième acte de Si j'étais roi.

Entends-tu sous les bambous L'oiseau moqueur qui bavarde?

On dirait qu’il est jaloux, Jaloux de nos chants si doux.

Ne montrons pas de courroux, Feignons de n’y prendre garde, C’est le moyen le meilleur

De nous moquer du moqueur.

Cet oiseau,

Vil moineau,

Est vraiment

Ignorant.

Il n’entend

Rien au chant.

Raïllons-nous

Du jaloux,

Et sans peur

Du moqueur,

Poursuivons

Nos chansons Ah! Ah! Ah! Ah! etc,

Pour nous venger du jaloux

Que notre chant toujours choque, Mon fiancé, taisons-nous ;

Dans le silence aimons-nous.

Mais, hélas! sous les bambous,

De nos baisers il se moque;

Ah! puisqu'il raille toujours

Il n’entend rien aux amours,

Ce moqueur Est sans cœur.

Il ne sait Ce que c’est Que d'aimer Et charmer.

Au mépris De ses cris Aimons-nous, C'est si doux ; Et chantons Nos chansons.

Ah! Ah! Ah! Ah l! etc.

Le geai est un des oiseaux de nos contrées chez lequel l'esprit d'imitation phonétique est poussé à l'extrême. Son cri personnel est raelsch ou raeh, se transformant en kaeh ou kraeh par la douleur, mais toujours rauque et désagréable. Parfois, il lui prend la fantaisie de miauler comme un chat. Mais, plus souvent encore, il imite tous les bruits qu'il entend, par exemple le bruit de la scie, le hennissement d'un poulain, le cri du coq, le gloussement de la poule, etc. |

Un jour d'automne, fatigué de la chasse, raconte Rosenheyn, je m'’assis au pied d’un haut bouleau et m’abandonnai au cours de mes pensées. Ma réverie fut agréablement troublée par le babil d’un oiseau. Dans cette saison avancée, pouvait-il y avoir encore des chants d’oiseaux ? Mais qui donc chantait ainsi ? J’examinais tous les arbres, l'artiste était invisible, et son chant s'élevait toujours plus fort. Il ressemblait tout à fait à celui de la grive : c’est une grive, me disais-je ; mais, tout à coup, des sons moins mélodieux et entrecoupés venaient frapper mon oreille ; tout un cercle musical semblait s'être formé à deux pas de moi. Je reconnaissais les cris du pic et ceux de la pie; puis c’étaient ceux de la pie-grieche, de la grive, de l’étourneau, du rollier. Enfin, sur une branche des plus élevées, j'aperçus. .. un geai. C'était lui qui avait imité et reproduit tous ces chants.

Le geai est un imitateur, c’est vrai, mais c’est un artiste dans son genre.

Il arrive parfois que la faculté d'imitation n’est que partielle, c’est-à-dire que l'oiseau ne se souvient que de bribes de chants et les intercale dans sa propre chanson. Le cas est même très fréquent ; on le rencontre par exemple chez la piegrièche d'Italie.

Sa voix, dit Naumann, qu’elle ne cesse de faire entendre, attire sur elle l'attention, et ne contribue pas peu à animer un paysage. Son vol est léger et facile; elle fend les airs sans mouvoir les ailes, comme les rapaces. Quand elle a à franchir un grand espace, elle se pose souvent, et décrit des lignes longuement ondulées. Sa voix peut se rendre par : kiaek, kiaek, ou schaek, schaeck ; son cri d'appel, par : kwiae kwi-ell-kwi-ell ou perlelsch-hrollelsch, ou encore : scharreck, scharreck. On dit qu’elle est douée à un degré surprenant de la faculté d'apprendre et de répéter sans faute le chant des. autres oiseaux ; jamais je n’ai pu m'’en- convaincre complètement. Souvent je l’ai entendue imiter le cri d’appel du verdier, du moineau, de l’hirondelle, du chardonneret, répéter quelques phrases de leur chant; mais toujours elle confondait ces divers airs, en y mélant son cri d'appel : du tout il résultait un chant assez agréable. Jamais je ne l'ai entendue redire toute la chanson d’un autre oiseau. Elle en commençait une, mais la

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terminait par une autre ; souvent je l’ai entendue répéter le chant de l’alouetté ou de la caille. Elle imite tout son qui vient frapper son oreille, et cependant je ne me suis jamais aperçu qu’elle imitàt le chant du rossignol, bien qu'il y en eùt bon nombre aux environs de ma maison, qu'habitaient aussi plusieurs pies-grièches à front noir.

Les mêmes faits se rencontrent chez un oiseau voisin, l’ennéoctone ou pie-grièche écorcheur qui mélange des phrases entières du chant des autres oiseaux avec les siennes.

Si un oiseau, dit le comte Gouray, mérite l’épithète de moqueur, c’est certes l’écorcheur. À part quelques notes rauques, ilne possède pas de chant qui lui soit particulier ; aussi, lorsqu'il ne vit pas au milieu d’autres oiseaux bons chanteurs, sa voix reste désagréable. Ceux que l’on prend s’apprivoisent rarement ; mais s’ils ont eu pour voisins des oiseaux chanteurs, ils n’en deviennent pas moins des compagnons d'appartement très agréables : ils répètent, en effet, avec une ardeur toujours nouvelle les chants qui les ont frappés. Malheureusement ils y mêlent de temps à autre quelques sons peu harmonieux. Je possède un individu qui imite à la perfection le chant du rossignol, de l’alouette, de l'hirondelle, de la fauvette, du loriot, le cri d'appel du merle, de la perdrix et aboiïe comme un chien. Souvent il chante encore au mois de septembre et recommence à se faire entendre dès le 16 novembre.

Le gorge-bleue imite si bien le chant des oiseaux, que les Lapons lui ont donné le nom de chanteur aux cent voix. Jouissent aussi de la même propriété: le rougequeue tithys et le pétrosincle saxatile.

Au nombre des oiseaux imitateurs, il faut aussi compter notre calandre ordinaire.

Son cri d'appel, dit en effet le comte Gouray, ressemble assez à celui de l’alouette huppée. Son chant est délicieux, surprenant, tant il est varié. Elle a un talent d'imitation qui lui permet de changer sa voix à volonté, de pousser tantôt un cri aigu et perçant, tantôt une note harmonieuse. Après avoir répété quelque temps son cri d'appel, elle chante quelques airs de la chanson de l’hypolais polyglotte; puis vient le cri bas et longuement traîné du merle, qui est suivi de notes, ou même du chant entier de l’hirondelle de cheminée, de la grive chantante (Turdus musicus), de la caille, de la mésange, du verdier, de l’alouette des champs, de l’alouette huppée, du pinson, du moineau, du cri de la pie, du héron; et à chacun de ces sons est donnée l’intonation convenable. La calandre ronfle comme un homme endormi; elle répète les sons les plus singuliers, sons qu'elle a certainement entendu pousser par d’autres animaux ; elle imite chaque chant avec tant de justesse que le connaisseur le reconnaît immédiatement. J’ai une calandre qui, lorsque je la reçus, ne connaissait pas encore le chant de l’alouette, ni le cri de la mésange à longue queue ; mais bientôt elle les apprit et les répéta admirablement. Souvent elle chante d’une façon fort curieuse ; elle semble ne pas remuer la gorge et ne produire les sons qu'avec le bec.

Malheureusement, sa voix est trop perçante pour qu’on puisse Mar la supporter dans une chambre. Pour cette raison j'ai dû me défaire de ma calandre. L’oiseleur la revendit plusieurs fois : personne ne put la conserver, et cela toujours pour le même motif.

Plusieurs oiseaux imitent fort bien la voix humaine. Les plus habiles sous ce rapport sont les perroquets et les perruches, — non pas toutes les espèces, mais certaines seulement. On peut dire que ces oiseaux arrivent à répéter tous les mots et même, — jusqu’à un certain point — à en comprendre la signification, ou tout

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