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au moins à savoir les répéter à propos. Le perroquet cendré ou jaco est un habile parleur. Brehm nous a conservé l'histoire de l’un d'eux qui, en raison de son parler très varié, fut vendu près de mille francs.
Jaco, raconte-t-il, était attentif à tout, savait juger de tout, répondait pertinemment aux questions, obéissait au commandement, saluait les arrivants et les partants, ne disait bonjour que le matin et le soir bonsoir, demandait à manger quand il avait faim. 11 donnait son nom à chaque membre de la famille, et avait parmi eux ses préférences. Voulait-il voir le président Kleimayn, il appelait: « Viens ici ». Il parlait, chantait, sifflait comme un homme. Parfois, il semblait un improvisateur transporté d'enthousiasme, et l’on aurait dit la voix d’un orateur que l’on entend de loin.
Voici es paroles qu’il prononçait : « Monsieur l’abbé, bonjour. — Monsieur l’abbé, une amande, je vous prie. — Veux-tu une amande ? — Veux-tu une noix? — Tu auras quelque chose. — Tiens, voici. — Mon capitaine, bonjour, mon capitaine. — Votre serviteur, madame la surintendante. — Paysan, voleur, polisson, braconnier ; passe au large ; rentre ; veux-tu rentrer ! prends garde à toil — Polisson, vaurien, garnement | — Brave Jaco, bon Jaco. — Tu es un bon garçon, un bien bon garçon. — Tu vas recevoir un bonbon, tu vas le recevoir. — Nenni, nenni. — Permettez, voisin, permettez. »
Quelqu'un frappait-il à la porte, il criait tout haut et d’une voix d'homme : « Entrez; je suis votre serviteur ; j'ai plaisir à vous voir ; j'ai l'honneur de vous saluer. » Parfois, il frappait lui-même à sa cage et tenait ce même discours et imitait parfaitement le coucou. « Donne un baiser, un baiser, tu auras une amande. — Voilà. — Sors, monte. — Viens ici. — Mon cher Jaco. — Bravo, bravissimo. — Prions, allons prier, — Mangeons. — Allons à la fenêtre. — Jérôme, debout. — Je m'en vais, Dieu vous garde. — Vive l’empereur ! vive l'empereur ! — D'où viens-tu, coquin ? — Oh! pardonnez-moi, monsieur ; je croyais que vous étiez un oiseau. »
Quand il avait rongé ou détruit quelque chose : « Ne mords pas ! Tranquille ! — Qu'as-tu fait ? qu'as-tu fait ? Attends, polisson ! gare ! je te fouette. — Jaco, comment
vas-tu, Jaco ? — As-tu à manger ? — Bon appétit. — Pst, pst, bonne nuit. — Jaco peut sortir, allons, viens. — Garde à vous, joue, feu !.., poum ! — Va à la maison; veux-tu rentrer ! de suite ; gare ! je te fouette. » Il agitait une sonnette suspendue dans sa cage et criait : « Qui sonne ? qui sonne ? c’est Jaco. — Le chien est là, un joli petit chien! »
Et il sifflait. — « Comment parle le chien ? » disait-il, et il aboyait. — « Appelez le chien. » Et il sifflait. Quand on lui commandait « feu », il criait « poum »! Il connaissait les commandements militaires: « Halte ! garde à vous ! portez arme ! apprêtez arme ! joue | feu ! poum ! bravo, bravissimo ! » Quelquefois, il oubliait le commandement de feu, il criait poum | et de suite après, « apprètlez arme ! » mais alors, il n’ajoutait pas bravo, bravissimo | il avait conscience d’avoir fait une faute. « Dieu vous garde, addio, Dieu vous garde! » Ainsi saluait-il les gens qui partaient. « Quoil me frapper, moi! me frapper ! » et il poussait un cri d’effroi, comme s’il était réellement battu, et continuait: « Me frapper, moi ! attends, vaurien ! Me frapper ! Oui, oui, c’est ainsi que va le monde », et il riait très distinctement. « Jaco est malade ; il est malade, pauvre Jaco. — Attends, je vais te secouer, toi. »
Quand il voyait couvrir la table, ou qu'il entendait d’une autre pièce mettre le couvert : « Allons manger ; allons à table. » Lorsque son maître déjeunait dans une autre chambre, il criait : « Chocolat ! tu auras du chocolat, tu en auras! »
Quand la cloche de la cathédrale sonnait l'heure de l'office, il criait : «Je viens, Dieu vous garde ! je viens. » Quand son maître sortait à une autre heure, le perroquet lui criait dès que la porte s’ouvrait : « Dieu vous garde ! » Son maitre était-il accompagné, il ajoutait : « Dieu vous garde tous ! » S'il passait la nuit dans la chambre de son maitre, il restait silencieux tant que celui-ci dormait ; mais, dans une autre chambre, il commençait dès l’auroré à chanter, à siffler et à parler.
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Le possesseur de Jaco avait uvre perdrix. Lorsqu’ellé fit entendre son chant pour la première fois, le perroquet se tourna vers elle et cria : « Bravo ! petit ! bravo! » Pour voir si l’on arriverait à lui faire chanter quelque chose, on choisit d’abord des mots qu’il savait déjà, comme ceux-ci : « Le beau Jaco est-il là ? le bon Jaco est-il !à ? oui, oui, oui. » Plus tard, on lui apprit quelques petites chansons. Il donnait des accords, sifflait une gamme montante et descendante, des trilles, etc., mais ne chantait ni ne sifflait toujours dans le même ton ; il montait ou baissait d’un ton ou d’un demi-ton, sans jamais cependant faire de fausses notes. A Vienne, on lui apprit à siffler un air de Martha; son maître dansa en mesure devant lui, Jaco l’imita, soulevant une patte après l’autre, et remuant son corps de la façon la plus comique.
Le président de Kleimayn mourut en 1853, Jaco tomba malade de chagrin ; en 1854, on dut le mettre sur une petite couchette, on le soigna avec tendresse, il parlait encore, répétant souvent d’une voix triste : «Jaco est malade, il est malade, le pauvre Jaco», et il mourut.
L’étourneau, qui imite fort bien les bruits les plus divers, arrive aussi, quoique difficilement. à répéter la voix humaine. On peut, avec beaucoup de patience, lui apprendre des mots isolés : Polisson ! par exemple.
. Le chant varie presque toujours d’un sexe à l’autre; il change aussi suivant l’âge. Les jeunes gélinottes, selon Legeu, changent cinq fois leur cri d'appel jusqu’au mois de septembre de leur première année. Il est très difficile de noter ce cri. Il commence par une voix de dessus montant et descendant, et se termine dans le même ton, par un trille plus ou moirs court. Les gélinottes des bois, d’un an, les
iäies comme les femelles, tant qu’elles restent ensemble appellent simplement : pipi pi pi. Une fois qu’elles ont atteint l’âge de puberté, mais avant qu'elles se soient séparées, elles crient : 4 ou tihli; plus tard, leur cri est &ih tih-titi ou tih tih-tite. Le mâle adulte a un véritable chant qu’on a essayé de rendre par tih tih-titi diri. I] “change souvent cette phrase au début, aussi bien qu’à la fin. La femelle produit des tons tout différents. Lorsqu'elle s'envole, elle fait particulièrement entendre un cri bas, qui augmente de force et d’ampleur et se termine par des notes précipitées. chasseurs de la haute Bavière le traduisaient par la phrase allemande : zieb, zieb, zieb, bei der Hitz in die Hühe (va, va, va, par la chaleur vers les hauteurs). Quand le mäle est très excilé, il chante toute la nuit, depuis le coucher du soleil jusqu’au matin ; il se tient alors généralement sur un arbre, à une hauteur moyenne; la femelle est sur un arbre voisin. (Brehm.)
Il ya peu de relation entre la classification des oiseaux et leur chant. Tout ce que l’on peut dire, c’est que le plus grand nombre d'oiseaux chanteurs se rencontrent chez les passercaux, tandis que les rapaces sont criards, elc.
Mais ce sont là des règles où il y a de nombreuses exceptions, car il est des pas-
sereaux chantant mal ou ne chantant pas du tout, tandis qu’on peut trouver des chanteurs — assez bons même — chez les rapaces. Le chant varie d’ailleurs beaucoup entre deux espèces quelquefois très voisines : même quand il est très analogue, les naturalistes à l'oreille fine y découvrent des nuances permettant de les reconnaître. Le fait est bien connu, par exemple, chez les grives et les merles dont nous allons dire quelques mots, d’après Brehm.
Les cris des différentes grives ont beaucoup d’analogie; on peut cependant reconnaître celui de chaque espèce. La draine a pour cri d’appel la syllabe schnerr : on l’imite parfaitement en frottant avec une baguette les dents d’un peigne; quand elle est excitée, elle y ajoute les syllabes : ra, fa, ta. Son cri d'angoisse est difficile, sinon impossible à décrire. Le cri d'appel de la grive musicienne est un sifflement rauque, {zip, que suit d'ordinaire la syllabe : tack ou tock ; quand l'oiseau est excité, son cri exprime : styæ, styr, styæ. Celui de la litorne est tschack, tschack, tschack, dit plusieurs fois de suite et très rapidement ; quand elle appelle ses compagnes, elle y ajoute: gri, gri. La grive mauvis a comme cri d’appel une note très haute et traïnante, {zi, que suit une note plus basse, gack ; son cri d'angoisse est scherr ou tscherr. Le merle à collier crie toec, toeck; il y mêle la syllabe tack prononcée sur un ton beaucoup plus bas. Le merle noir lance un trille: sri ou traenk. Quelque chose de suspect l'a-t-il frappé, il crie avec force: dix, dix, et s’il se voit obligé de fuir, il y ajoute: gri, gich, gich. Tous ces cris que nous ne pouvons noter que d’une manière fort imparfaite sont très variés ; mais toutes les grives les comprennen!. On les voit prêter toute leur attention aux cris des autres espèces, surtout au cri d’avertissement.
Les grives peuvent être rangées parmi les oiseaux bons chanteurs. La première place appartient à la grive musicienne ; à côté d'elle vient le merle, puis la draine et la litorne.
Les Norvégiens appellent la grive musicienne le rossignol du Nord, et le poète Welcher lui a donné le nom de rossignol des forêts. À ses notes, qui rappellent les sons de la flûte, s’en mêlent malheureusement d’autres, criardes, peu agréables ; néanmoins la grâce de ce chant en est peu altérée.
Le chant du merle est à peine inférieur à celui de la grive commune. Il se compose de plusieurs phrases admirablement belles ; toutefois ce chant est plus triste que le précédent. La draine n’a que cinq ou six phrases au plus, peu différentes les unes des autres, mais composées à peu près exclusivement de notes pleines et flütées. Il en est de même de la grive mauvis et du merle à collier. « Leur chant n'a pas, il est vrai, tout le fondu de celui du rossignol, dit Tschudi, mais des centaines d'individus le font retentir dans la forèt comme un chœur mélodieux, et il anime les paysages déserts de hautes montagnes. »
Les espèces exotiques ne sont pas moins remarquables sous ce rapport. « Le chant de la grive chochi ou à ventre rouge du Brésil, dit le prince de Wied, est fort harmonieux ; les sons en sont flûtés ; les variations en sont riches quoique moins nombreuses que chez les grives d'Europe. Comme ses congénères de l’ancien monde, celte grive est un des plus beaux ornements des gigantesques forêts vierges, et la
messagère du printemps. » C’est en termes enthousiastes que les naturalistes américains célèbrent les grives de leur patrie. « Le chant de la grive solitaire, dit Audubon, quoique composé de quelques notes seulement, est si fort, si clair, si harmonieux, si limpide, qu’on ne peut l'entendre sans se sentir ému jusqu’au plus profond de son être. Je ne sais à quel instrument de musique le comparer; je n’en connais aucun qui soit aussi harmonieux. » Sans être tout à fait aussi enthousiaste que ces auteurs, nous n’hésitons pas à mettre les grives parmi les bons oiseaux chanteurs.
Tandis que la plupart des oiseaux accompagnent leurs chansons de mouvements d'ailes, de queue, de tout le corps, les grives restent tranquilles, solennelles, quand elles font entendre leur chant. Chacune de leurs phrases est arrondie, chacune de leurs notes nettement prononcée. Ce chant s’approprie tout à fait aux forêts ; pour les appartements, il est beaucoup trop fort. Les grives commencent à chanter de bonne heure, et ne cessent que vers la fin de l’été. Le merle fait entendre ses chansons dès le mois de février, quand toute la forêt est encore couverte de neige et de glace. La grive musicienne, réfugiée à l'étranger, pense à sa patrie et semble vouloir lui consacrer ses chants. Il en est de même de la grive voyageuse de l'Amérique du Nord, et probablement de toutes les espèces qui émigrent plus ou moins loin. Comme chez les autres oiseaux chanteurs, les mâles rivalisent entre eux : une grive se perche-telle sur la cime d’un arbre et fait-elle entendre sa voix ? toutes les autres se hâtent de lui répondre. Cet oiseau sait, dirait-on, combien son chant est excellent ; il a une certaine vanité à cet égard. Autant il se tient caché d’ordinaire, autant il se montre quand il se met à chanter. Il se perche alors sur un arbre élevé, à l’extrémité d’une branche et lance ses notes argentines, qui retentissent dans la forêt.
A côté des grives et des merles, il faut placer, comme bons chanteurs, les diverses espèces de fauvettes et, parmi elles, la fauvette orphée qui mérite bien son nom.
Son chant, dit Homeyer, est particulier. Ce n’est bien évidemment qu’un chant de fauvette, mais les phrases en sont mélodieuses et douces comme celles des moqueurs ; seulement il y figure quelques sons particuliers aux fauvettes. Les notes en sont pleines et lancées de la même façon que celles de la fauvette des jardins, mais tout le chant est plus clair, plus varié que celui de cette espèce. Tandis que celle-ci n’a qu’une manière, qu’elle ne sort pas de ses notes pleines et régulières, l’orphée pousse des sons tantôt ronflants, tantôt gazouillants, tantôt tremblotants, tantôt lancés, au contraire, avec une ardeur vraiment étonnante. En même temps, elle prononce chaque mot, chaque phrase si distinctement qu’on peut les écrire comme à la dictée. Son cri d’appel est jiet, tscherr et trou rarara ; son cri d'angoisse : wiechl, wiechl (prononcer à l’allemande), répété à plusieurs reprises. Quelques orphées imitent en outre les chants des autres oiseaux.
Homeyer est sévère pour la fauvette des jardins. Naumann est plus indulgent :
Au printemps, dès que le mâle arrive, on entend retentir son chant, aux notes douces, flütées, très variées, dont les longues mélodies se suivent lentement et sans
interruption ; il chante depuis son arrivée jusque vers la Saint-Jean. Ce n’est qu’au milieu de la journée, alors qu'il relaye sa femelle et couve, qu'il se tait ; tout le reste du temps il fait retentir la forêt de sa voix. Le matin, à l'aurore, il chante en se tenant immobile sur une haie ou sur un arbre. Le reste de la journée, c’est en fouillant les arbres, en sautant de branche en branche pour chercher sa nourriture, qu’il se fait entendre. Son chant est de tous les chants de fauvettes que je connais celui dont la mélodie est la plus longue ; il a quelque analogie avec celui de la fauvette à tête noire, et plus encore avec celui de la fauvette épervière, dont il ne diffère que par quelques notes plus douces, moins mélodieuses.
Souvent, dans les descriptions des auteurs, on trouve de grandes variations dans l'estimation du chant, les uns le trouvant agréable, les autres médiocre ou même mauvais. Ainsi, pour certains, le roucoulement de la tourterelle, qui ne se compose que d’une note, tour, tour, assez haute, est d’une grande douceur ; pour d’autres, aux nerfs sensibles sans doute, cette répétition de note est horripilante et bien faite pour engager à la mélancolie. Ge roucoulement est d'autant plus désagréable qu’il commence dès le lever du soleil et, quand il fait beau, ne cesse pas de la journée.
Beaucoup d'oiseaux chantent toute leur vie. D’autres ne se livrent à la chanson qu’à cerlaines époques, par exemple, comme le plectrophane des neiges, au moment de la ponte. Le chardonneret en liberté se tait à l’époque de la mue et par le mauvais temps.
La plupart d’entre eux se taisent en hiver. Le froid le plus intense ne rend point muet cependant le cincle aquatique, dont le mâle, même au milieu de la neige, égrène ses {zerr ou {zerb ; ses notes sont ronflantes comme celles du gorge-bleue et sont suivies par d'autres plus fortes, comme celles du traquet motteux. « C’est une charmante apparition, dit Schinz, au mois de janvier, quand le froid est vif et pénétrant, quand toute la nature paraît engourdie, que celle de cet oiseau, perché sur un pieu, sur une pierre, sur un glaçon, lançant dans l’air ses notes harmonieuses. » Le troglodyte mignon chante aussi en hiver.
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Les uns restent immobiles en chantant, les autres agitent la queue ou les ailes, d’autres ne chantent guère qu’en volant (pipi des prés, vanneau huppé). Certains enfin chantent indifféremment au vol ou au repos (hochequeue grise). Plusieurs accompagnent leur chanson, surtout au moment des amours, d’attitudes bizarres. Ainsi fait le lyrure des bouleaux. Voici ce qu’en dit Brehm :
L’amour du lyrure de bouleau se traduit par des chants et des danses. Au premier sifflement ou pépiement succède le remoulage : c’est un sifflement singulier, à timbre creux que Nilsson a assez exactement rendu par {schiio-y ; puis vient le roulement que Bechstein note : golgolgolgolrei ; et Nilsson avec plus de justesse à mon avis : roullourouroutlou-rouiki-ourr-ourr-ourr-rrroutlourou-roultou-rouiki. Lorsque le lyrure est fort excité, ces diverses phrases se suivent, se lient si bien, qu’on ne peut reconnaitre ni la fin de l’une, ni le commencement de l’autre. Il est rare que le lyrure arrive, comme le tétras
urogolle, à oublier dans ses transports tout ce qui l'entoure, à devenir sourd et aveugle. Je connais cependant des cas où quelques-uns de ces oiseaux, sur lesquels on avait tiré pendant qu'ils rémoulaient, n’ont pas quitté la place, ce qui laisserait supposer qu'ils n'avaient pas entendu le bruit de la détonation. En même temps le lyrure mâle se comporte de la façon la plus comique: avant de chanter, il lève la queue, l’ouvre en éventail, dresse la tête et le cou, en hérisse toutes les plumes, écarte les ailes et les laisse pendre ; il saute un peu à droite et à gauche, décrit quelques ronds, puis applique son bec à terre, frottant et usant les plumes du menton. En même temps, il bat des ailes et tourne sur lui-même. Plus il est excité, plus ses mouvements deviennent vifs; à la fin, on croit voir en lui un animal complètement fou.
A citer au même point de vue, les érythrospizes githagines qui, en captivité, sont de charmants oiseaux.
Sans cesse, dit Bolle, ils s’appellent et se répondent. Ils paraissent plus vifs et plus éveillés le soir à la lumière que pendant le jour. Dès que la lampe est allumée, ils saluent leur maître par leurs cris, sans voleter, à en devenir génants, comme certains insectivores. C’est le concert le plus réjouissant que l’on puisse imaginer. Tantôt ce sont des sons de trompette, nets et clairs; tantôt des notes basses et trainantes ; puis des grognements, des intonations très variables ressemblant au miaulement d’un chat. Parfois ils commencent par quelques notes pures et argentines comme le tintement d’une clochette, et les font suivre immédiatement d’un second grognement. Aux ae, kae, kae, qu’ils répètent le plus souvent, répond presque toujours une note plus basse et très brève. Ces sons, tantôt rauques, tantôt harmonieux, mais toujours éminemment expressifs, traduisent parfaitement tous les sentiments de l'oiseau. Quelquefois on entend un babil long bien que décousu, comme celui des petits perroquets; parfois aussi, ils crient comme les poules : kekek, kekek, trois ou quatre fois de suite: chac, chac, est leur cri de surprise ou de défiance.
Lorsqu'on les pourchasse et qu’on va les prendre, ils poussent de petits cris de détresse. Maïs tous leurs cris sont si expressifs et si harmonieux, qu'on est stupéfait de les entendre chez un si petit animal. On pourrait sûrement perfectionner leur voix, comme on le fait pour le bouvreuil.
C’est au printemps que les mâles (les femelles n’ont pas ce genre de cri) trompettent le plus. Ils renversent alors la tête en arrière, ouvrent largement le bec et le dirigent directement en haut. Les notes plus douces sont prononcées le bec fermé. En chantant, ces oiseaux prennent les postures les plus comiques. Ils dansent l’un autour de l’autre, et sont dans une agitation continuelle. Lorsque le mâle poursuit sa femelle, il redresse le corps, ouvre largement les ailes, et ressemble à un écusson : on dirait qu'il veut serrer dans ses bras l’objet de son amour.
Bolle appelle l’érythrospize la «trompette du désert» à cause des sons très spéciaux qu'il émet :
Le naturaliste aurait bientôt perdu sa trace, dit cet auteur, si sa voix ne venait le guider. Un son perce l’air, semblable à celui de la trompette ; il est strident, vibrant, et si l’on a l’orcille fine, on entend qu'il est suivi de quelques notes douces, argentines, comme les derniers accords d’une lyre touchée par des mains invisibles. Ou bien, ce sont des sons singuliers, bas, analogues aux coassements de la grenouille des Canaries ; les sons se suivent, répétés à courts intervalles et l'oiseau lui-même y répond par quelques notes presque semblables, mais plus faibles : on dirait un ventriloque. Rien n’est plus embarrassant que de vouloir écrire le chant des oiseaux; pour l’érythrospize githagine, ce serait chose impossible. Ce sont des sons tout particuliers, appartenant à un monde idéal, et qu'il faut avoir entendus, pour pouvoir s’en faire une idée. Personne
ve s'attend sans doute à trouver un véritable oiseau chanteur dans ces contrées désolées; et, en effet, ces sons singuliers, romanesques, si j'ose m’exprimer ainsi, suivis de quelques notes particulièrement rauques, constituent seuls la chanson du githagine. Elle cadre parfaitement avec la physionomie du paysage, on l'écoute avec plaisir, on est triste quand le silence se fait. Ces sons de trompettes sont comme la voix mélancolique du désert ; les esprits de la solitude semblent parler par eux.
La très grande majorité des oiseaux ne chantent que lorsqu'il fait jour. A peine le soleil est-il levé qu’ils commencent à égrener leur joyeuse chanson, pour ne la terminer qu'à la nuit : chacun sait, d’ailleurs, que pour faire cesser le chant des Jiseaux en cage, il suffit de recouvrir leur prison d’une serviette.
Mais tous ne commencent pas à chanter à la même heure : on a même fait à ce propos une curieuse horloge des oiseaux. On a, en effet, remarqué que le pinson commence sa chanson de une heure et demie à deux heures du matin ; la mésange, de deux heures à deux heures et demie ; la caille, de deux heures et demie à trois heures ; le rouge-queue, de trois heures à trois heures et demie ; le merle, de trois heures et demie à quatre heures; le bec-fin, de quatre heures à quatre heures et demie ; la mésange des marais, de quatre heures et demie à cinq heures. Quant au moineau, le paresseux, il ne commence à chanter qu'après cinq heures du matin.
De très rares oiseaux chantent la nuit. À citer cependant le dur-bec vulgaire que l’on entend surtout par les belles nuits d'été, ce qui lui a fait donner par les naturalistes suédois le nom de veilleur de nuit. D'autres, comme le plectrophane lapon, mâle, ne chantent qu'en volant. La lulu chante surtout la nuit et envoie entre les bruyères ses trilles harmonieux. Nocturne aussi est la locustelle tachetée, dont le chant peut se noter par sirrrr.
Il est singulier, dit Naumann, que ce bruit, qui est très faible quand on l'entend de près, soit perçu de très loin. Par une soirée bien calme, une bonne oreille l’entend encore à plus de mille pas. D'ordinaire, le mâle lance son trille d’une seule haleine, pendant une minute entière; s'ilest très ardent, il le soutient pendant deux minutes et demie, comme j'ai pu le constater en l’écoutant montre en main. Il s'arrête quelques secondes puis recommence, et ainsi de suite pendant plusieurs heures. Près de l’endroit où est établi un nid, on ne l'entend que rarement le jour, et seulement quelques instants. Il ne se met à chanter qu'après le coucher du soleil, et avec une ardeur qui va croissant jusque vers minuit; puis il se tait, et à une heure, il se fait de nouveau entendre jusqu’au lever du soleil, Une fois que la femelle a pondu, le mâle reste muet toute la journée ; il ne chante plus que vers minuit et aux premières heures de l’aurore.
Tant que son nid n’est pas encore construit, la locustelle chante tout en se glissant au travers des branches et d'ordinaire, lorsqu'elle finit son trille, elle se trouve à cinquante ou soixante pas de l'endroit où elle l'a commencé. Plus tard, elle reste des heures entières au même endroit; au plus monte-t-elle ou descend-el!e le long d’une tige ou d’une branche.
Bien des fois, et à toute heure, continue Naumann, j'ai cherché à surprendre cet oiseau ; j'ai passé des nuits entières dans la forêt et, chaque fois, son chant me faisait une
profonde impression ; plusieurs heures après avoir quitté la forêt, je croyais encore l’entendre; une branche qui se cassait, un zéphyr qui froissait les feuilles, tout me le rappelait.
Les oiseaux sont essentiellement des solistes. Mais il en est quelques-uns aussi qui ne peuvent chanter que des duos. Comme on pourrait croire que j'invente pour « corser » ce chapitre, je préfère citer le passage suivant de Brehm, relatif aux gonoleks d’Éthiopie.
Ce que ces oiseaux ont de plus singulier, c’est leur chant, qui n’a rien de commun avec celui des autres oiseaux : le mâle et la femelle lancent tous deux dans les airs quelques notes sonores. Le cri du gonolek écarlate rappelle le sifflement du loriot; celui du gonolek d'Éthiopie est formé de trois notes, rarement de deux, très pures, argentines, embrassant environ une octave. Il commence par une note moyenne, que suit une plus basse, puis une troisième bien plus haute. Les deux premières notes forment généralement la tierce; les deux dernières l’octave. Le mâle seul fait ainsi entendre sa voix ; immédiatement après, la femelle lui répond en poussant une sorte de grincement rauque et désagréable, difficile à décrire. :
La femelle du gonolek écarlate attend pour lancer son cri que le mâle ait terminé le sien; celle du gonolek d’Éthiopie commence à crier au moment où le mäle fait enteridre sa seconde note; mais chez l’une comme chez l’autre espèce, elle montre toujours un juste sentiment de la mesure, qu’on ne retrouve guère chez les autres oiseaux. Parfois c’est la femelle qui commence; elle crie trois, quatre, six fois de suite avant que le mâle se fasse entendre, puis les cris recommencent, avec la même régularité. Je me suis parfaitement convaincu que le mâle et la femelle étaient nécessaires pour produire ces notes alternantes; tue-t-on la femelle, le mâle pousse encore des sifflements, maïs on n'entend plus de grincements, le contraire arrive si c’est le mâle qui a péri.
Dans le principe, ces oiseaux ravissent l'observateur; mais au bout de quelque temps, quelque pures et singulières que soient leurs notes, quelque remarquable que soit leur chant, il y a là une monotonie, une uniformité qui finit par lasser, et par les rendre tout à fait insupportables.
On trouve quelque chose d’analogue chez le bucorax abyssinien ; le mâle fait entendre un cri sourd, mais retentissant, auquel la femelle répond par un cri analogue, mais d’une octave plus élevé. Cette conversation dure plus d’un quart d'heure sans interruption. C’est toujours le mâle qui commence à crier : on l'entend souvent à près de deux milles anglais de distance.
Nombre d'amateurs sont passionnés pour le chant des oiseaux. Il fut un temps où, en Belgique et dans une partie de l'Allemagne, la passion pour le chant des pinsons était une véritable monomanie. On allait — on va mème encore — jusqu’à commettre ce crime, que je trouve plus qu'abominable, de crever les yeux des meilleurs élèves sous le prétexte que, n’étant pas distraits par les objets environ=