‹ Les animaux excentriquesChapitre 27 sur 102 · PS · texte numérisé non relu

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nants, ils chantaient mieux. Tout le monde, depuis les plus grands jusqu'aux plus petits, s’adonnait à l'éducation des pinsons et les concours des dimanches étaient très courus. On faisait parfois plusieurs lieues pour entendre un bon virtuose. Les oiseaux étaient rangés en ligne dans leur cage et le concours durait une heure. On notait combien de fois chaque pinson répétait sa chanson pendant ce laps de temps et, d’après ce relevé, le plus fort remportait le prix.

La farlouse des bois a aussi ses fanatiques forcenés, surtout en Angleterre.

L'enthousiasme pour le rossignol date de fort loin. L'empereur Claude offrit à Agrippine un de ces oiseaux qui valait six mille sesterces, soit 1350 francs. La plupart des rossignols coûtaient plus cher qu’une pierre précieuse. Plus tard, cet amour dégénéra d’une façon barbare : les riches prenaient plaisir à les faire servir à leur sensualité gastronomique. L'histoire nous a rapporté que Lucullus savoura avec délices un plat de langues de rossignols rôties sur des tranches de pain étendues de confiture. Quel détail pourrait mieux faire sentir l'état de décadence de cette époque? Aujourd'hui on se contente d'aller entendre le rossignol dans les bois. En captivité, il meurt en effet presque toujours et, en tout cas, y chante moins bien qu'en liberté. Il est vrai, dit M. Sabin Berthelot, que deux rossignols captifs et qu'on tient séparés paraissent s’a-

dresser des défis par des tirades lancées avec une extrême bravoure, et

Fig. 69. — Les serins hollandais,

En somme, ils sont vilains en diable, mais ils chantent QU'ON en à vu s’exciter au point que si bien et ils coûtent si cher :...

l’un d'eux a succombé souvent dans cette lutte de prouesse. Il expire en vainqueur et ses dernières notes s’échappent avec son souffle : Victa morte finit sæpe vitam, spiritu prius deficiente quam canlu. (Puxe, lib. X. $ xzvim.)

Mais le véritable virtuose pour amateurs est le serin, malgré la réputation de bêtise qu'on lui a faite, je ne sais vraiment pas pourquoi. Ce « rossignol des concierges » a eu une vogue immense en France sous les règnes de Louis XIII, Louis XIVet Louis XV. Depuis, la passion serinophile s'est étendue aux pays voisins. Aujourd'hui, les principaux centres sont surtout Saint-Andreasberg, qui a la spécialité des serins du Hartz; le pays de Liège, où on élève particulièrement les serins longs, les serins de Liège, les bossus belges, les hollandais frisés (fig. 69)et les jabotés hauts sur pattes. C’est dans les comtés d’York, de Derby et de Norfolk qu'il faut aller chercher les serins de Norwich et les cinnamons. En France, l'élevage comprend de nombreux petits amateurs. Il paraît néanmoins que les pays du Nord ne réclament, par an, pas moins de quatre cent mille serins dont la valeur varie de 3 à 500 francs pièce. À Paris, on produit environ tous les ans deux mille serins :

on y organise souvent des concours, à la suite desquels le premier prix se vend environ 5oo francs, le second 200 francs, le troisième 100 francs, le quatrième 7 francs, etc. Les mentions honorables trouvent acquéreur à 50 ou 25 francs la paire. On a calculé que tous les serins de Paris réunis mangent 10 000 francs de mouron par jour. Sous toutes réserves.

Les prix élevés des bons chanteurs tiennent à ce qu’ils sont difficiles à conduire à bien. Il faut « tâter » de plusieurs avant d’en trouver un susceptible d’une excellente éducation musicale. Quand on en découvre un arrivant à exécuter le coulé, le trille, la roulade, le fleuretis, la reprise et le cantabile, c’est presque la fortune.

Pour l'éducation des serins ordinaires, — ceux qui se vendent au plus 25 francs la paire au marché aux oiseaux, — on se contente de les placer dans le voisinage de virtuoses appelés professeurs pour jeunes.

Voici maintenant, d'après M. Devaux, comment on procède pour former les grands artistes :

Deux semaines environ après que le jeune serin s’est émancipé, aussitôt qu'il essaye d'émettre des sons, on le renferme seul dans une cage de taille moyenne, couverte d’une housse en tissu clair, et la cage est accrochée au fond d’une salle tranquille, éloignée de tout bruit, de tout mouvement et du passage des voitures. IL faut, pour que l’éducation soit parfaite, que l'élève n’entende aucun ramage. Pendant huit jours, il reste dans la solitude et le recueillement. La semaine écoulée, on commence à jouer deux fois par jour, à intervalles fixes, d’un petit flageolct dont les sons ne soient pas trop élevés, toujours le mème air, afin que l'oiseau l’'approfondisse et parvienne à le traduire à sa manière. Au bout de huit jours, on change la housse claire pour une autre de serge verte, ou d'autre étoffe qui assombrisse complètement la cage, ceci pour lui éviter les distractions, et l'on continue le même régime musical, en ayant la précaution de ne changer la nourriture et la boisson que le soir. On peut se servir d’une serinette ; l'important, pour l'éducateur, est de ne pas abuser des tenues, des points d'orgue et de ne pas jouer trop vite; livré à lui-mème, le serin accélérera toujours assez le mouvement. L'éducation dure deux mois au minimum et six au maximum, suivant les aptitudes de l'oiseau.

En général, on peut apprendre à chaque petit élève un air et un prélude; avec un peu de patience, on parvient à lui faire retenir trois airs choisis. Quelques amateurs entraînent leurs serins à chanter en employant le violon ou le piano ; ils sont parvenus à inculquer à leurs élèves des modulations très curieuses :

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