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CHAPITRE I

Les animaux pique-assiette.

- Les oiseaux sont presque toujours des indépendants, vivant à leur guise et ne " demandant aux animaux qui les entourent, — sauf ceux dont ils se nourrissent, — 3 que de les laisser en paix. Il en est quelques-uns cependant qui ne vivent que ù dans le voisinage d’autres êtres vivants et qui, se nourrissant à leurs dépens, à A . Pr .

er trouvent de grands avantages à cette promiscuilé : ces oiseaux commensaux — cg de vrais pique-assiette — ne sont pas très nombreux et ce que nous allons en dire suffira à esquisser l’histoire de tous ceux que l’on connaît.

Le plus singulier d’entre eux est certainement le pluvian, cet oiseau que les j: ‘ Arabes, dans leur langage imagé, désignent sous le nom d’avertisseur du crocodile *4 et que l'on pourrait tout aussi bien appeler l'oiseau cure-dents (fig. 1). Tous ceux 4 =

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1 Fig. 1. — Une manière peu recommandable de déjeuner.

L'oiseau appelé pluvian va curer les dents du crocodile pour y trouver les éléments de son repas. Le LE malin replile se laisse faire avec plaisir, ainsi qu'en témoigne l'œil guilleret que le dessinateur lui a prêté dans cette gravure.

E qui ont parcouru l'Égypte le connaissent à cause de sa vivacité, de sa légèreté, de son agilité et de l'élégance de sa démarche, rehaussée par celle de ses belles ailes rayées de blanc et de noir.

Quand le crocodile, disait déjà Pline, est couché sur le sable, la gueule ouverte, un oiseau arrive, entre dans sa gueule et la nettoie. Cela est agréable au crocodile ; aussi

COUPIN. — ANIM. EXCENTR. [

ménage-t-il cet oiseau, et ouvre-t-il sa gueule plus grandement encore pour qu’il ne s’y blesse pas. Cet oiseau est petit, de la taille d’une grive ; il se tient près de l’eau; ik vole à lui, l’éveille en criant, en lui becquetant le museau.

Pour une fois, Pline ne s’est pas trompé — il est vrai qu'il parle d’après Hérodote — et, malgré son apparence fabuleuse, l'histoire est parfaitement exacte. Les naturalistes contemporains, Brehm, par exemple, la confirment :

Ce que les anciens avaient vu, dit-il, on peut le constater encore, et c’est à juste titre que l’on a donné à cet oiseau le nom d’avertisseur ; il avertit bien réellement le crocodile et tous les autres animaux. Rien ne le trouve indifférent. Un bateau qui sillonne le fleuve, un homme, un mammifère, un grand oiseau qui s’approchent, tout l’effraye, et il le témoigne par ses cris. Il est rusé ; il a de l'intelligence et du jugement ; sa mémoire est surprenante. S'il ne paraît pas craindre le danger, c’est qu’il le connaît et l’apprécie à sa juste valeur. Il vit en amitié avec le crocodile : ce n’est pas que celui-ci soit animé à son égard des meilleurs sentiments, mais grâce à sa prudence et à son agilité, il sait se mettre à l'abri des attaques du reptile. Habitant des lieux où le crocodile vient dormir et se chauffer au soleil, il le connaît, il sait comment il doit se comporter vis-à-vis de lui. Il court sur sa carapace comme il le ferait sur le gazon ; il mange les sangsues et les vers qui y sont demeurés attachés. Il lui nettoie la gueule, il enlève les débris d’aliments qui sont restés entre ses dents, les animaux qui sont fixés à ses gencives et à ses mâchoires.

Les cris qu'il pousse quand il aperçoit quelque chose d'insolite avertissent le crocodile qu'il est temps de se réfugier au sein des flots. Ils se rendent ainsi service mutuellement, mais certainement sans le vouloir. Le pluvian d’ailleurs ne se nourrit pas seulement de ce qu’il trouve dans la gueule des crocodiles ; il mange aussi des vers, des mollusques, des insectes et même des morceaux de chair de grands vertébrés, comme en témoigne l’histoire suivante :

Un jour, raconte Brehm, j’aperçus un pygargue vocifer femelle qui, après avoir pêché un grand poisson, était en train de le dévorer sur un banc de sable, au bord du Nil Bleu. A l’aide d’une bonne lunette d'approche, je pouvais suivre tous ses mouvements. IL enleva la peau de son poisson et se mit à le dépecer très soigneusement. Pendant qu'il était ainsi occupé, parut un avertisseur du crocodile / Hyas ægyptiacus), qui s’'approcha de l'oiseau de proie et commença à partager son repas. IL était très intéressant d’observer les gestes de ce petit et courageux parasite. Il arrivait comme une flèche, prenait rapidement quelques morceaux, et s’en allait les manger à une petite distance. De temps à autre, le pygargue jetait sur lui un regard d’une certaine bienveillance, et ne faisait nullement mine de l’attaquer. Je ne doute pas néanmoins que l’avertisseur du crocodile n'ait dû son salut qu’à la rapidité de ses mouvements. Les fonctions qu'il remplit auprès du crocodile lui avaient sans doute appris comment on doit se comporter à la table des grands.

Les pique-bœuf (fig. 2) ont des mœurs tout aussi curieuses. Dans l'Afrique centrale eten Abyssinie, on les rencontre en petites troupes de sept à huit individus, et toujours dans le voisinage des grands mammifères, aussi bien les troupeaux de bœufs et de chameaux que les éléphants, les rhinocéros, les buffles, etc... Ils s’abattent sur leur dos et grimpent sur eux comme des pics sur les arbres. Sans cesse en mouvement, ils descendent du dos sur les flancs, du ventre sur les pattes

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