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LES ANIMAUX PIQUE-ASSIETTE 3 RL 7, RE ou remontent du poitrail sur le cou, Les mammifères de la région, ceux qui les connaissent par conséquent, ne s'inquiètent nullement de leur présence; ils les traitent même avec amitié et ne les chassent même pasavec leur queue. Mais ceux qui les voient pour la première fois
sont très effrayés
quand ils s'abat-
tent sur leur dos.
Anderson raconte,
parexemple, qu'un matin les bœufs Fig. 2. — Deux amis de taille plu!ôt disproportionnée. de son attelage se
Le pique-bœuf débarrasse le buffle de la vermine qui le chatouille désagréablement. sauvèrent, en fai-
sant les bonds les plus désordonnés, parce qu’une bande de pique-bœuf s'était abattue sur eux.
Les Abyssins n'aiment guère ces oiseaux parce qu'ils ont l'habitude de s’abattre de préférence sur les animaux blessés et dont, disent-ils, ils enveniment les plaies. Les pique-bœuf agissent ainsi parce que dans le voisinage des parties à vif ils sont certains de rencontrer des larves de mouches qu'ils s’empressent d’avaler. Quand, — et c'est l'habitude — ces larves sont cachées dans une tumeur, sous la peau, les oiseaux savent fort bien l'ouvrir et en énucléer le parasite. De ce fait. ils opèrent comme de vrais chirurgiens et rendent beaucoup de services aux mammifères. Ils leur servent également d’avertisseurs car, dès qu'ils aperçoivent un homme, ils se sauvent et les préviennent ainsi de sa présence.
Le garde-bœuf ibis agit à peu près de même ; il vit sur le dos des buffles, des éléphants, des bestiaux, voire même des chiens, et se nourrit des divers insectes qui grouillent dans leur toison ou sous leur peau. Mais contrairement à l'espèce précédente, il vit en parfaite intimité avec l’homme, qui le regarde toujours avec plaisir et le laisse parfaitement en repos; aussi le voit-on se promener dans le voisinage des indigènes labourant la terre, avec le mème sans-gène qu'un animal domestique.
Les alectos, si remarquables par leur nid gigantesque, qui atteint 1”,50 à 2°,50 de diamètre, vivent aussi sur le dos des buffles, en compagnie des stournes et de l’ani des savanes qui ont les mêmes mœurs; ils se nourrissent surtout des tiques si abondantes sur la peau des mammifères dans les pays chauds.
Les molothres des troupeaux, habitants del’ Amérique du Nord, agissent de même et vivent aux dépens des bêtes à cornes. Mais ils sont encore commensaux à un autre
4 LES ANIMAUX PIQUE-ASSIETTE Emo
point de vue. Comme le coucou de nos régions, ils pondent leurs œufs dans les nids des autres oiseaux (!).
Dans ces conditions, le commensalisme confine au parasitisme. Celui-ci est atteint avec le kéa, sorte de perroquet qui se précipite sur les moutons, s'attache à leur toison et dévore les masses charnues et graisseuses de leur région dorsale, ce qui amène généralement leur mort.
C'est aussi un fait biologique voisin du parasitisme, mais plus bénin que celui de l'exemple précédent, que l'on rencontre chez les stercoraires. Ceux-ci se précipitent sur les autres oiseaux de mer qui viennent de capturer une proie, et, leur frappant sur la tête, les forcent à l’abandonner : ce sont eux qui mangent les marrons tirés du feu. Nous reverrons plus tard ces intéressants animaux, à propos des « oiseaux amis des tempêtes ».
Tous les oiseaux que nous venons de passer en revue étaient commensaux d’autres animaux. Il en est quelques-uns aussi qui pratiquent le commensalisme 7 avec l'homme sans parler F7 des espèces trop connues comme tous les oiseaux des villes, pierrots, cigognes, etc. De ce nombre sont les caracaras (fig. 3) qui accompagnent les caravanes
pour se saisir de tous les
Fig. 3. — Le caracara s'empare des animaux tués et les dévore , 0 = UE CR ET cadavres qu'elles laissent
sur leur chemin.
Le voyageur, dit d’Orbigny, a pu se croire entièrement seul au sein des vastes solitudes.... erreur ; des hôtes cachés l’y accompagnent. Qu'il suspende sa marche, et soudain il verra plusieurs caracaras paraître aux environs, se percher sur les arbres voisins, ou attendre, auprès, les restes de son repas. Eux repus, et le voyageur endormi, plus de caracaras, jusqu'au lendemain. Mais ils partent avec lui, le suivent toujours sans se montrer, et ne reparaîtront de nouveau qu'à sa halte prochaine. Met-on enfin le feu à la campagne pour renouveler les pâturages ? Le caracara, le premier, plane sur ce théâtre de destruction, et vient y saisir au passage tous les pauvres animaux qu’une fuite rapide alizit dérober à leur perte.
Ces caracaras sont même très désagréables quand on se livre au plaisir de la
chasse : ils enlèvent les proies aussitôt tuées, avant même que le chasseur ou son chien ait eu le temps d'arriver.
(1) Voir notre ouvrage : Les Arts el Métiers chez les animaux, un vol. 28/19, 3: édition.
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Un autre rapace, le néophron moine (/ig. 4), loin d’être nuisible comme le précédent, est, au contraire, très utile. Voici, d’ailleurs, ce qu’en dit Brehm :
On peut regarder le néophron moine comme un animal à moitié domestique. Il est aussi hardi que la corneille, et presque autant que le moineau. On le voit se promener sans crainte devant les portes, s’avancer jusqu’à l’entrée des cuisines, et, pour se reposer, chercher simplement un refuge sur l'arbre le plus voisin. Il enlève toutes les ordures à mesure qu'elles sont déposées, et aide ainsi le percnoptère à assurer la salubrité des endroits. Sa présence dans tous les abattoirs devient même génante pour le boucher,
Fig. 4. — Un ramasseur d'immondices : le néophron moine.
L'homme nourrit le moine, et celui-ci lui témoigne sa reconnaissance par les pelits
services qu'il lui rend. Jamais il ne dérobe rien, jamais il n’enlève un poulet ou quelque
autre petit animal domestique ; il ne se nourrit presque exclusivement que d’ordures et des débris des cuisines. Il lui arrive souvent de ne manger que des excréments pendant des semaines entières ; c’est aussi la nourriture qu'il donne à ses petits. Un cadavre est-il jeté à la voirie, il accourt ; mais il ne peut l'entamer que quand la décomposition en est déjà avancée et en a altéré la peau. C’est tout au plus s’il est capable d’arracher l'œil d’un animal récemment mort ; son bec est trop faible pour entamer le cuir. D'ordinaire les grands vautours se chargent de lui préparer la nourriture, et il se tient près d’eux, mendiant, guettant l’occasion de s'emparer de quelque bouchée.
Le moine apparaît aux regards comme un bel oiseau et un véritable vautour. Lorsqu'il vole il est même parfois difficile de le distinguer d'avec les grandes espèces, tandis que le percnoptère se reconnaît de loin à ses ailes pointues et à sa queue conique. Les parties nues de la tête et du cou contribuent à sa beauté, car, lorsque l'oiseau est vivant, ces parties présentent toutes les variations de couleurs que nous observons à la crête du dindon. Le moine est si hardi que le naturaliste peut l’observer facilement : il suffit de lui jeter quelque morceau de viande et de rester tranquille pour le voir arriver et s'approcher autant qu’on peut le désirer. Le matin de très bonne heure le moine est déjà en quête de nourriture. Il quitte sa demeure au lever du soleil pour ÿ retourner à son coucher. il passe la nuit sur des arbres éloignés des habitations. Près de Massaouabh, il se tient sur des
/ mimosas isolés dans les vallées désertes du Samhara ou dans les buissons de schoras les
plus épais, au milieu des îles. Avant de s’abattre, il vole de côté et d'autre, puis, férmant les ailes, il se laisse tomber obliquement et se perche, en compagnie de ses semblables, sur l'arbre qu’il s’est choisi.
*# Les percnoptères ( fig. 5), auxquels il vient d’être fait allusion, sont aussi utiles que les précédents : ce sont eux qui, dans le sud de l'Espagne, sont chargés de la salubrité publique, en mangeant les excréments humains qui sont déposés un peu
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ne K DA Te me OS — À SES NN 22
Fig. 5. — Un oiseau chargé de la salubrité publique : le percnoptère stercoraire.
partout et les immondices de toutes sortes qui sont rejetés purement et simplement dans les rues. Aussi, dans ces localités, aussi bien qu'aux Indes et dans la Basse-Egypte, les prolège-t-on comme des animaux utiles.
Les percnoptères sont souvent accompagnés, surtout dans les Indes, d’une sorte de corbeau, l’anomalocorax, qui peut être aussi considéré comme notre commensal avec une pointe de parasitisme : c’est le type du pique-assiette. Jerdon nous a donné d'’intéressants détails sur ses mœurs :
L’anomalocorax splendide, dit-il, sans vivre en grandes bandes, est cependant très sociable. II passe la nuit en compagnie de ses semblables et au voisinage des villes et des lieux habités. Il est certains endroits où ces oiseaux, au coucher du soleil, arrivent en grand nombre, de trois à six milles à la ronde. C’est alors un bruit assourdissant, jusqu’à ce que chaque individu ait trouvé sa place. Ils se‘querellent, se battent, et le trouble est encore auginenlé par l’arrivée de bandes non moins nombreuses de perroquets, de mainates et d’autres oiseaux qui viennent aussi chercher un asile pour la nuit.
Le matin, souvent même avant le lever du soleil, les anomalocorax se réveillent, se divisent en petites troupes de vingt, trente, quarante individus, non sans avoir auparavant beaucoup crié, beauco 1p volé de côté et d'autre, comme pour se communiquer leurs impressions de la veille, leurs projets pour la journée qui commence. Ceux qui doivent
aller au loin s’envolent rapidement ; ceux dont le territoire est le plus rapproché prennent leur temps, babillent avec leurs voisins, lissent et peignent leur plumage.
Quelque variée que soit la nourriture des anomalocorax, on peut dire que ces oiseaux vivent des miettes qui tombent de la table de l’homme. Beaucoup d’Indiens mangent en plein air, à la porte de leurs cabanes, et jettent les débris de leur repas ; ceux qui mangent dans l’intérieur de leurs maisons jettent aussi les débris, et ils le font à certaines heures bien connues des anomalocorax. Dès que quelque chose est ainsi abandonné, un individu en sentinelle avertit ses camarades. Ces oiseaux savent ce que c’est que la cuisine ; dès qu'ils voient du feu ou de la fumée, ils accourent et attendent patiemment leur pâture. Dans l'intervalle de ces repas, les anomalocorax ne sont pas d’ailleurs à court d'aliments ; ils trouvent tantôt une écrevisse, tantôt une grenouille, un poisson, un insecte. Les uns cherchent les vers blancs dans les terres labourées ; les autres chassent les insectes dans les pâturages, au milieu des troupeaux, et jusque sur le dos du bétail ; quelques-uns pêchent au bord d’un ruisseau ou d’un étang; il en est même qui s’approchent des fleuves, suivent les canots, disputent aux mouettes et aux hirondelles de mer leur nourriture. Aux environs de Celcutta et des autres grandes villes, ils trouvent des