NÉE
Fig. 72. — Les gerboises.
Ces gentilles petites bêtes sont très propres, et se contorsionnent de mille manières pour faire leur toilette et atteindre toutes les parties de leur corps.
être privée depuis longtemps, car elle se roula avec volupté dans celui que je lui procurai, le fouilla, le creusa, ne voulant plus le quitter. Pour se nettoyer, elle prend les postures les plus diverses. D’ordinaire elle s’assied sur le bout de ses pattes de derrière et sur sa queue, Elle élève les talons à quatre centimètres du sol, plie sa queue en arc, le dernier quart appuyant sur le sol, porte le corps un peu en avant, joint ses pattes de devant de manière que les ongles se touchent, et les projette en avant, de telle sorte qu’elles paraissent être des appendices de sa bouche. Elle se sert très habilement de ses membres pour se nettoyer. Après avoir fait un petit creux dans le sable, elle se penche, y place ses pattes et son museau, et pousse en avant; si quelque obstacle s'oppose à ce qu’elle puisse chasser le sable devant elle, elle le rejette de côté avec ses pattes. Elle se fait ainsi une sorte de sillon dans lequel elle se couche et promène la tête en commençant par la partié supérieure, puis par la partie inférieure, ensuite par le côté droit, enfin par le côté gauche. Cela fait, elle s’y couche tout au long, se
retourne, s'étend, portant ses pattes tantôt directement en arrière, tantôt directement en haut, en avant, ou les ramenant à son museau. Enfin elle reste immobile, ferme les yeux à moitié et passe de temps à autre une de ses pattes sur sa face. Alors commence le nettoyage successif de chaque partie : la bouche, les joues, les moustaches lui donnent beaucoup de peine, emploient plusieurs minutes. Après la toilette de ces parties, elle se relève, s’assied et nettoie le reste du corps. Les pattes de devant saisissent les poils par mèches, et ses dents les peignent, les lissent. Quand elle arrive plus bas, elle courbe son corps, qui prend alors l'apparence d’une boule. Les postures qu’elle affecte, quand elle nettoie ses membres postérieurs, sont des plus curieuses. Elle laisse l’un d’eux dans la position ordinaire qu'il a quand elle est assise, et étend l’autre, la queue lui servant toujours à se maintenir en équilibre. Les pattes de derrière, quand elle s’en sert pour se gratter, se meuvent avec une telle rapidité qu’on ne voit guère qu'uneombre qui s’agite. Les pattes de devant, dont elle se sert pour se gratter la face, ont des mouvements moins vifs. C’est sur une de ces pattes qu’elle s'appuie, quand elle se penche de côté.
Les cas de propreté corporelle abondent aussi chez les insectivores, les tardigrades et les marsupiaux. Quoy et Gaimard en ont observé un très net chez un dasyure d'Australie qu'ils avaient pu conserver vivant.
Quand il avait achevé de manger, il s’asseyait sur son train de derrière, et frottait longtemps et avec prestesse ses deux pattes l’une contre l’autre, absolument comme nous nous frotterions les deux mains, les passant sans cesse sur l’extrémité de son museau toujours très lisse, très humecté et couleur de laque, quelquefois sur les oreilles et la tête, comme pour en enlever les parcelles d'aliments qui auraient pu s’y accrocher. Ces soins d’une excessive propreté ne manquaient jamais d’avoir lieu après qu'il s'était repu.
Les grands quadrupèdes herbivores offrent quelques particularités remarquables au point de vue de la propreté du corps ; le D° Ballion les énumère d’une manière parfaite :.
Les solipèdes sont sans contredit mieux organisés pour la course que pour la toilette. Ils se servent cependant sans difficulté de la langue, des dents, et surtout de leurs lèvres charnues et mobiles. Avec les pieds de derrière, ils peuvent tant bien que mal se gratter la face et la nuque. Le muscle peaussier, très développé chez ces animaux, leur permet de secouer toutes les parties de leur tégument, soit pour faire égoutter l’eau, soit pour mettre en fuite les mouches. Enfin la queue, terminée habituellement par une touffe de longs crins, leur est d’une incontestable utilité. Destiné à protéger la région anale et à abriter les jarrets de la pluie, cet organe est aussi une époussette naturellé, à l’aide de laquelle ces animaux nettôient leur robe ; il est surtout pour eux un excellent émouchoir, dont ils font, l'été, un usage continuel. Aussi doit-on déplorer l'absurde mutilation qui, en réduisant cet appendice à des proportions infimes, prive ainsi les chevaux d’un organe extrèmement utile, en même temps qu'elle leur enlève un de leurs plus beaux ornements. Le cheval aime à se baigner, ce qu'il ne fait jamais sans avoir au préalable tâté l’eau avec son sabot. On sait d’ailleurs combien le pansage lui est agréable. Souvent fatigué par des démangeaisons, surtout à la crinière et à la queue, il frotte énergiquement ces régions,
Le. Cd ue EE
soit contre un arbre ou un pan de muraille, quand il est en liberté, soit dans son box, où il lui arrive parfois de mettre à mal sa queue, dont les crins peu à peu se hérissent et s’embroussaillent, au grand déplaisir des gens d’écurie chargés du pansage.
L’éléphant n’a pour se nettoyer que sa trompe ; il s’en sert pour s’administrer des douches copieuses, lesquelles lui procurent un sensible plaisir. Il recherche toujours de l'eau claire pour ses ablutions et n’emploie de l'eau boueuse que lorsqu'il n'en a pas d'autre à sa disposition. On assure que lorsqu'il voyage l'éléphant tient en réserve dans sa trompe une certaine quantité d’eau, avec laquelle il s’arrose de temps en temps, soit pour se rafraichir, soit pour débarrasser sa peau rugueuse de la poussière des chemins. La chose nous paraît douteuse. Quant à l’hippopotame, on sait qu'il est encore plus amoureux de l’eau que l'éléphant.
La plupart des ruminants n’ont guère que leur langue pour se nettoyer etils n'y manquent pas. Il leur arrive aussi souvent de se frotter contre un pan de muraille ou un tronc d'arbre rugueux, qui constituent d’excellentes étrilles.
Les oiseaux sont encore plus soigneux que les mammifères de leur personne. Tout le monde a remarqué qu'ils sont toujours proprets et bien lustrés. C’est qu'ils ont à leur disposition un pot de pommade inépuisable dont la nature, dans sa bonté, les a pourvus presque tous. Ce pot de pommade se trouve tout près du croupion ; c’est une poche interne, s’ouvrant au dehors par un orifice assez petit que le liquide intérieur vient imbiber au fur et à mesure de sa sécrétion. L'oiseau recueille cette liqueur onctueuse avec le bec et l’étale sur ses plumes, ce qui les fait luire et, de plus, les met à l'abri de l'eau. C'est grâce à ce cosmétique que les oiseaux nageurs ou plongeurs, — cygnes, canards, goélands, etc., — ne sont jamais mouillés et conservent la blancheur de leur plumage même dans les eaux les plus vaseuses.
A part cet onguent, la table à toilette des petits oiseaux est assez mal garnie. Heureusement pour eux, leur cou est très mobile et permet au bec de se porter à tous les endroits où son intervention est nécessaire. Ce bec corné est, d’ailleurs, un excellent grattoir dont l'extrémité pointue peut happer les moindres poussières introduites entre les plumes ou les écailles des pattes. Celles-ci, à leur tour, peuvent nettoyer, plus grossièrement, les plumes et le bec, car elles constituent, grâce à leurs griffes acérées, un peigne très efficace. Chez beaucoup d’échassiers et de palmipèdes, ce rôle est encore rendu plus facile par la fine dentelure en forme de peigne que présente le bord interne du doigt intermédiaire. Les griffes sont très utiles aux martinets et autres oiseaux analogues qui sont rongés de vermine : si on les regarde au télescope pendant qu'ils volent, on les voit presque toujours s’arrêter dans leur vol pour se gratter le front.
Quiconque a élevé des oiseaux en cage a remarqué combien les oiseaux aiment se baigner. Au moment où j'écris ces lignes, j'ai précisément à mes côtés deux serins qui se battent comme plâtre pour avoir la priorité de la baignoire qu’on vient de
“fe Re
leur apporter. À côté d'eux, il y a une serine qui ne s’est jamais baignée ; on voit que chez les oïseaux, il y a des différences individuelles comme chez nous.
Il-est rare que les oiseaux prennent des bains complets. Habituellement, ils ne plongent que les pattes et le ventre. Puis, en agitant leurs ailes et leur tête, ils font gicler de toute part l’eau, qui leur retombe en gouttelettes sur le dos. En même
Fig. 76. — Hirondelles folätrant à la surface de l’eau. Une manière élégante et distinguée de prendre un bain.
temps, les plumes se hérissent et l’eau peut s’infiltrer entre elles pour venir humecter la peau. :
Certains oiseaux ne se baignent pas, mais se mouillent simplement à la pluie. D’autres se baignent tout en volant : c’est le cas des hirondelles (Jig.76)qui, rasant la surface des étangs et des rivières, se laissent souvent tenter par le liquide et y plongent soit leur bec largement ouvert, soit les plumes largement étalées de leur queue qu’elles ramènent ensuite sous le ventre, par un mouvement brusque, afin de s’asperger le corps.
Lorsque les oiseaux vivent en société, il n’est pas rare de les voir prendre leur
bain en commun. Levaillant a signalé ce fait chez des perroquets du cap de Bonne- Espérance. Dans les jardins zoologiques, on peut voir aussi les mouettes se précipiter souvent à plusieurs dans leur bassin en poussant des cris assourdissants.
Au sortir du bain, les oiseaux se secouent pour rejeter au loin l’eau en excès, puis se mettent en devoir de nettoyer leurs pattes et l'intervalle de leurs plumes.
Dans l’état de captivité, certaines espèces poussent à l'excès ces soins corporels. Les
cacatoès, par exemple, sont tellement assidus à cette besogne, qu'ils finissent par s’arracher toutes les plumes, de sorte qu'ils sont dans une mue continuelle. J'ai dit que le premier soin des oiseaux, après le bain, est de se secouer et d’étâler leurs pennes et leurs rémiges. Ils marquent ainsi l'intention de faire sécher leurs plumes. Je reviens sur ce point pour signaler certaines espèces qui mettent à cette opération du séchage une application toute particulière. A cet effet, ces oiseaux restent longtemps au repos, tête basse, plumes hérissées, ailes pendantes, jusqu’à ce que l’eau se soit évaporée. Ce n’est qu’alors qu’ils commencent leur toilette. J'ai constaté le fait chez des oiseaux captifs: les becsfins, qui, montés sur leur perchoir, y passent quelques minutes tout transis à secouer leurs ailes alourdies ; les hérons, qui s’en vont gravement sur une pelouse exposer leur corps à l’action desséchante de l’air et du soleil. On comprend que ce besoin soit surtout pressant chez les rapaces, qui, généralement, n’aiment pas l’eau. C’est ainsi que l’urubu, mouillé par la pluie, va se poser sur la cime d’un arbre et s’y tient immobile, les ailes étendues, pendant des heures entières. Alcide d’Orbigny dit que rien n’est plus singulier que de voir, après un orage, un grand nombre d’urubus rangés en ligne, sur une maison, avec les ailes ouvertes, pour les faire sécher. (D' Ballion.)
Parmi les autres animaux les plus propres de la création, il faut citer les insectes. Pour maintenir l'intégrité de leur tégument, ils ont à leur disposition six paires de pattes adaptées en partie à ce rôle. Ces pattes sont, en effet, presque toujours garnies de brosses de poils, de dentelures en peigne, de soies hérissées. Les pattes antérieures servent surfout à nettoyer la tête et les antennes. Les pattes postérieures sont très souvent occupées à lisser les ailes et à les débarrasser de leur poussière.
Cette coutume de se nettoyer le corps est devenue pour eux une véritable habitude, presque une manie. Observez une mouche posée : presque toujours elle se nettoie : d'abord elle frotte ses pattes antérieures l’une contre l’autre, puis elle se brosse dans tous les sens la tête, qui pivote autour de son mince pédicule comme si elle allait tomber. C’est ensuite aux membres postérieurs à se frotter l’un contre l’autre, puis à passer sur les ailes pour les approprier.
Chose curieuse, ces mouvements de nettoyage continuent même lorsque l’animal est décapité et cela pendant plusieurs heures de suite. L'insecte nettoie même l'endroit où la tête a été détachée !
Les bêtes ne sont pas toujours des égoïstes. Elles ne se bornent pas à nettoyer leur propre corps ; elles se rendent aussi entre elles des services pour l’entretien de la propreté corporelle. C’est un fait bien connu et presque général que les père et mère netioient eux-mêmes ceux de leurs enfants qui ne sont pas assez vigoureux pour vaquer à ce soin. Il est aussi fréquent de voir mâle et femelle se lécher mutuellement ou se débarrasser de leurs parasites. Mais il n’est pas toujours nécessaire
qu'il y ait entre eux des liens de parenté pour que ces bons offices s’effectueñt. Chez les mammifères et les oiseaux captifs, la chose est facile à vérifier. Qui n’a vu des singes s’épouiller réciproquement ou des serins s’éplucher les uns les autres avec le bec ? Des faits analogues se rencontrent un peu dans tout le règne animal, même chez les tortues. On sait que certaines d’entre elles, qui vivent dans la mer, sont couvertes de toute une flore et une faune spéciales. Ainsi que l’ont constaté MM. Chevreux et de Guerne, quand plusieurs de ces tortues ainsi habitées viennent à s’échouer sur le sable au moment de la marée, il n’est pas rare de les voir se rendant le service mutuel de se débarrasser de ces parasites gênants ; elles broutent alors la végétation qui les recouvre jusqu’à toilette parfaite de leur carapace, ce qu’elles ne pourraient faire par elles-mêmes.
PR RES Re A AE OPEN PR An ET eu