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CHAPITRE XI

Poissons singuliers.

Les poissons que l'on mange ou ceux que l'on élève dans les aquariums ont tous à peu près la même forme, ce qui fait que l’on s’imagine aisément aue le groupe auquel ils appartiennent est des plus monotones : c’est une erreur profonde,

Fig. 77. — Exocet ou poisson volant.

Un original qui ne veut pas faire comme les autres poissons, peut-être un poète qui ne rève qu’aux longues envolées dans l'infini et l’azur des cieux.

car chez eux, on trouve une multitude de particularités et de bizarreries comme on n’en voit pas ailleurs. Ce chapitre va nous le montrer.

D'abord la locomotion. On dit : « nager comme un poisson », expression qui pourrait faire croire que la natation est le seul mode de déplacement des poissons. C’est vrai dans la majorité des cas, mais non dans tous, car il est un certain nombre d’espèces qui peuvent se déplacer autrement que par la natation. Il en est, par exemple, qui peuvent voler.

L'exemple le plus net est celui des exocets (Jig. 77), qui, en raison de leur mode de vie, sont bien connus sous le nom de poissons volants. Ces singuliers poissons des mers tropicales ont des nageoires transformées en larges membranes planes. On les voit s’élancer tout d’un coup de la mer, se précipiter dans l'air avec une grande rapidité et parcourir cinq à six mètres et même plus. Au bout de leur course, ils

replongent dans l’eau, ou plus souvent s’abattent simplement à sa surface pour rebondir et parcourir un nouvel espace : ils font le ricochet. Leur trajectoire n’est pas, comme on pourrait le croire, régulière : en étendant ou en rétractant leurs nageoires soit d’un côté, soit de l’autre, ils peuvent faire subir un crochet à leur course ou bien suivre les ondulations des vagues dont ils s’écartent d’un mètre environ.

On est loin d’être d’accord sur l’espace que peut parcourir un exocet d'un seul bond. Certains voyageurs ont été jusqu’à dire qu’il pouvait franchir des arcs surbaissés de cent à cent vingt mètres : ces chiffres sont sans doute exagérés. Comme les exocets sont toujours réunis par troupes, on confond le vol de plusieurs exocets en un seul. Souvent on voit des troupes de cent à mille poissons s’élancer tous er même temps hors de l’eau et dans une direction constamment opposée à celle de la lame.

Le vol des exocets s’observe surtout quand la mer est agitée, violente même. Leur progression, d’abord rapide, va bientôt en diminuant; on en a vu dépasser un navire dont la marche était de dix milles à l’heure.

« Les poissons volants, dit le naturaliste Môbius, tombent souvent à bord des bateaux en marche; mais cela n'arrive jamais pendant un temps calme ou du côté de dessous le vent, mais seulement avec une bonne brise et dans la direction du vent. Pendant la journée, les exocets évitent les navires, volant loin d’eux; mais pendant la nuit ils volent fréquemment contre les bordages, contre lesquels ils sont portés par le vent, soulevés à une hauteur de parfois vingt pieds au-dessus de la surface de la mer. »

Les exocets ne sont pas les seuls poissons susceptibles de s'élever dans le milieu aérien. Les dactyloptères volants de la Méditerranée font de même et, au dire des voyageurs qui les ont observés, peuvent parcourir jusqu'à cent mètres ; mais il est bien probable que, comme pour les exocets, ils ont confondu plusieurs vols en un seul.

On n’est pas non plus d’accord sur les raisons qui forcent les poissons à agir ainsi; la plupart des naturalistes pensent qu’ils sortent de l'eau quand ils sont poursuivis par des requins ou autres forbans des mers. Ils ne quittent d’ailleurs un danger que pour retomber dans un autre au moins aussi grand, car les mouettes et les pétrels leur font une chasse acharnée.

Lacépède nous a laissé un joli tableau de la vie des dactyloptères, également appelés hirondelles de mer.

Lorsque les circonstances favorables, dit-il, éloignent de la partie de l’atmosphère que les hirondelles de mer traversent les ennemis dangereux, on les voit offrir au-dessus de la mer un spectacle assez agréable. Ayant quelquefois un demi-mètre de longueur, agitant vivement dans l'air de larges et longues nageoires, elles attirent d’ailleurs l’attention par leur nombre, qui souvent est de plus de mille. Mues par la même crainte, cédant au même besoin de se soustraire à une mort inévitable dans l'Océan, elles s’envolent en grandes troupes; et lorsqu'elles se sont confiées ainsi à leurs ailes au milieu d’une auit obscure, on les a vues briller d’une lueur phosphorique semblable à celle dont resplendissent plusieurs autres poissons, et à l'éclat que jettent pendant les belles nuits des

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