‹ Les animaux excentriquesChapitre 34 sur 102 · PES · texte numérisé non relu

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pays méridionaux les insectes auxquels le vulgaire a donné le nom de vers luisants. Si la mer est alors calme et silencieuse, on entend le petit bruit que font naître le mouvement rapide de leurs ailes et le choc de ces instruments contre les couches de l’air; et on distingue aussi quelquefois un bruissement d’une autre nature, produit au travers des ouvertures branchiales par la sortie accélérée du gaz que l'animal exprime, pour ainsi dire, de diverses cavités intérieures de son corps. Le bruissement a lieu d'autant plus facilement que ses ouvertures branchiales, étant très étroites, donnent lieu à un frôlement plus considérable; et c’est parce que ces orifices sont très petits que les dactyloptères, moins exposés à un dessèchement subit de leurs organes respiratoires, peuvent vivre assez longtemps hors de l’eau.

Au point de vue de la locomotion, on pourrait, d’ailleurs, écrire un volume entier, même sur les espèces les plus vulgaires. :

Depuis un certain nombre d'années, les citadins ont pris l'habitude de fuir pendant un mois ou deux l'endroit où ils résident pour aller faire un «voyage circulaire », qui à la mer, qui à la montagne. Mais il ne faudrait pas croire que l’espèce humaine, sous ce rapport, fût d’une essence supérieure à celle des autres êtres de la création. Il ya beau temps, en effet, que les animaux — du moins certains d’entre eux — pratiquent ce genre de sport. La plupart même sont bien connus de tout le monde quant à leur nom et à leur aspect extérieur, mais non au point de vue de leurs mœurs. Le saumon, par exemple, est bien plus intéressant vivant qu'à la sauce aux câpres, car C’est un voyageur enragé qui rendrait des points aux plus fidèles amis du Baedeker ou du Guide Joanne.Ses œufs, on le sait, sont déposés dans l'eau douce, et donnent naissance à de petits poissons pas bien jolis, d’une teinte gris terne sur le dos, avec des bandes transversales sur les côtés. À un moment donné, ces jeunes saumons se transforment et deviennent smolts, comme prononcent les Anglais, c’est-à-dire qu’ils prennent leur costume de voyage : tout leur corps prend un magnifique éclat métallique. Jusqu'à ce moment ils vivaient chacun de leur côté ; mais devenus smolts, — tel une caravane de l’agence Cook, — ils se rapprochent et se forment en troupes. Pendant tout le printemps, les bandes de saumonneaux descendent les rivières pour gagner la mer. Le voyage ne se fait pas d’ailleurs sans péripéties : ici, c’est la dent du vorace brochet qu'il faut éviter ; là, danger terrible, ce sont les filets des pêcheurs qui, insidieusement, les menacent; ailleurs, c'est un remous violent qui les oblige momentanément à rebrousser chemin. Mais, comme dit la chanson, ce sont les plaisirs du voyage. Enfin, les bandes, un peu décimées, arrivent dans l'embouchure du fleuve ; loin de se plonger dare-dare dans l'onde amère, milieu qui, abordé sans transition, leur serait peut-être fatal, les jeunes saumons restent dans l’eau saumâtre pendant deux ou trois jours. Enfin, l'accoutumance est faite et les bandes disparaissent dans la mer. Qu’y deviennent-elles ? Je dois avouer à la honte des ichthyologistes que l'on n’en sait absolument rien. Tout au plus est-on à peu près certain que les saumons disparaissent dans les profondeurs de l'océan, où le filet des pêcheurs ne peut les atteindre. L'eau salée paraît leur être nécessaire pour leur fournir une nourriture

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abondante. De plus, elle leur donne sans doute ce « coup de fouet » que les villégiateurs vont chercher sur les plages du littoral et qui facilite grandement ii | nutrition. La preuve en est que, si on les retient captifs dans l’eau douce, malgré l'abondance de la nourriture qu’on leur donne, ils ne « profitent » pas beaucoup et leur chair, décolorée, devient molle et sans saveur. ci Toujours est-il qu'au bout de sept à huit semaines de leur fugue non” saumons reparaissent à l'embouchure du même fleuve d’où ils étaient sortis. Mais

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Fig. 78. — L’anabas.

Poisson d'humeur vagabonde qui sort de l'eau et monte jusqu'au haut des palmiers.

ils sont tellement changés qu'on ne les reconnaît nullement et qu’autrefois on les

prenait pour des poissons tout à fait différents. On fit un très grand nombre d'expériences en attachant un fil à la queue des smolts et en les lâchant dans la

rivière. Deux mois après, on les voyait revenir saumons toujours avec leur marque

distinctive. Avant le départ, chaque smolt ne pesait pas plus de deux à trois cents

grammes ; au retour, ils pèsent un kilogramme et demi à deux kilogrammes :

cette rapidité de croissance, très remarquable, montre que, si les voyages forment

la jeunesse moralement, ils ne leur sont pas non plus inutiles physiquement.

De même qu’à l'aller, les saumons s'arrêtent un instant dans l’eau saumâtre avant de s'engager dans l’eau douce. Puis les bandes se mettent à remonter le courant, les vieux individus en tête, les jeunes en arrière. Ces colonnes, d’ailleurs, ne sont pas toutes du même âge ; celles qui reviennent les premières sont les plus vieilles ; puis arrivent celles qui ont déjà effectué le voyage, et enfin les plus jeunes.

Dans cette montée, rien ne les arrête. S'ils donnent contre un filet, écrit Baudrillart, ils le déchirent ou cherchent à s'échapper par dessous ou par les côtés; ct dès qu’un de ces poissons a trouvé une issue, les autres le suivent et leur

premier ordre se rétablit. Ils nagent au milieu du fleuve et près de la surface de l'eau : et comme ils sont souvent très nombreux et qu’ils agitent l’eau violemment, ils font un bruit qu’on entend de loin. Lorsque le temps est chaud et à l'orage, ils rasent le fond de l’eau ou se réfugient dans les endroits les plus profonds, où ils peuvent jouir de la fraîcheur qu'ils recherchent ; et c'est par une suite de ce besoin de fraicheur qu’ils aiment les eaux douces dont les bords sont ombragés par des arbres touffus. Les corps flottants sur l’eau et les couleurs les effraient et les forcent quelquefois à rétrograder. Si la température de la rivière et la qualité de l’eau leur

NX conviennent, ils YOyagent lentement ; mais s’ils veulent se dérober à quelque sensation incommode ou à quelque danger, ils s’élan-

cent avec tant de rapidité, que l'œil a de la peine à les suivre.

On a remarqué qu'ils pouvaient parcourir en une heure un intervalle de dix lieues, et que lorsqu'ils ne sont Das forcés à des efforts

prolongés, ils peuvent Fig, 79. — Le périophtalme.

Poisson ami des promenades en plein air et des exercices acrobatiques sur les conde une étendue de racines des palétuviers.

franchir en une se-

vingt-quatre pieds.

Les saumons ont dans leur queue une rame très puissante, et c’est également par son secours qu’ils franchissent des cataractes assez élevées. Ils s'appuient contre de grosses pierres, rapprochent de leur bouche l'extrémité de leur queue, en serrent le bout avec les dents, en font par là une sorte de ressort fortement tendu, lui donnent avec promptitude sa première fonction, débandent avec vitesse l'arc qu’elle forme, frappent avec violence contre l'eau, s’élancent à une hauteur de plus de quatre à cinq mètres, et franchissent la cataracte. Ils retombent quelquefois sans avoir pu s’élancer au delà des roches, ou l'emporter sur la chute de l’eau ; mais ils recommencent bientôt leurs manœuvres, ne cessent de redoubler d'efforts après des tentatives très multipliées ; et c’est surtout lorsque le plus gros individu de leur troupe, celui que l'on a nommé le conducteur, a sauté avec succès, qu'ils s’élancent avec une nouvelle ardeur.

Quand les barrages sont trop hauts, on a soin de mettre des « échelles à saumons » pour leur permettre de les franchir.

Les aloses ne le cèdent en rien pour le goût du tourisme aux saumons, avec cette différence que leur cure marine dure plus longtemps. Elles ne remontent guère les rivières que pour aller frayer, et pour cela elles vont à une très grande

distance de leur embouchure. C’est ainsi qu'elles pénètrent dans l'Isère jusqu’au-

Malgré tous ses ornements, il n'est pas joli, joli...

dessus de Grenoble, et dans la Saône jusqu'à Gray.

Les éperlans, eux, n'’agissent pas tous de la même façon.

Les uns sont d’une humeur voyageuse, les autres préfèrent la vie sédentaire. Les premiers vont aux bains de mer une fois l’an, tandis que les seconds restent dans l’eau douce pendant toute leur vie.

Les esturgeons, les mulets,

les dorades, les lamproïes passent aussi leur vie à aller de l’eau douce à l’eau de

mer et réciproquement. Les anguilles sont plus téméraires; pour passer d’un étang dans un autre qui leur convient mieux, elles n'hésitent pas à se rendre sur la terre et à y parcourir, en rampant, de vastes espaces. Elles ne se pressent d’ailleurs pas énor-

Fig. 81, — Le malthée, mément ; et, quand elles ren-

Poisson horrible, être hideux, malgré les « grâces » qu'il contrent une culture de leur essaie de faire avec ses nageoires.

choix, elles y font l'école buis-

sonnière : c'est ainsi que récemment on citait toute une plantation de petits pois

Fig. 82.— L'hippocampe, bien nommé cheval marin par sa tète sinon par le reste de son corps.

qui avait été ravagée par des bandes d’anguilles. Citons aussi les anabas (fig. 78), poissons de l’'Indo-Chine, qui sont de véritables globe-trotters. Ils vont se promener dans les rizières, dans les champs et même, grâce aux fortes dentelures dont leurs opercules sont armés, grimpent sur les arbres pour aller prendre l'air dans les branches. Les périophtalmes ( fig. 79) agissent à peu près de même, et, en Sénégambie, si l’on vient à monter sur des palétuviers, il n’est pas rare de trouver au sommet de l'arbre quelques-uns de ces poissons, se chauffant au soleil.

Comme poissons à formes singulières, il faut citer le marteau dont la tête semble étirée sur les côtés pour porter les yeux; le pélor (Jig. 80), véritable chimère monstrueuse ; les rémoras, avec leur ventouse

sur la tête, et dont nous nous sommes occupés au chapitre premier; le malthée

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(fig. 81), dont l'aspect est horrible; les soles et les turbots, un côté du corps et dont la tête s’est toute déformée pour même côté de la face ; les esturgeons, au corps garni de rang

À, Rè lire

Fig. 83, — Phyllopteryx,

Un malin qui, avec les banderolles dont son corps est garni, se confond avec les algues au milieu desquelles il vit.

qui sont couchés sur ramener les yeux du

ées de solides plaques

en émail; les lamproies, à la bouche en ventouse, qui sucent le sang des poissons ; les hippocampes (Jig. 82), dont la queue est prenante et dont la tête ressemble étrangement à celle d’un cheval minuscule; le phyllopteryx chevalier (jig.

83), sorte d’hippocampe au corps garni de banderoles de manière à se confondre

avec les algues au milieu desquelles il vit; le hérisson de mer (fig. 84), au corps

Fig. 84, — Hérisson de mer.

Qui s'y frotte s'y pique.

couvert d’épines, et pouvant se gonfler pour effrayer ses ennemis ; l'énorme poisson lune, au corps très aplati latéralement, flottant au voisinage de la surface de l’eau et sur le dos duquel les oiseaux de mer viennent se poser et chercher des parasites; le coffre (Jig.

85), au corps barricadé de plaques très dures, le « diable de mer » (Jig. 86), pois-

son large comme une table et à la tête pourvue de deux cornes recourbées sur

elles-mêmes en forme d’oublies.

Quant aux teintes que peuvent avoir les poissons, elles sont véritablement

inouïes et souvent d’une nature sui generis. Les plus beaux de tous sont peut-être

les squammipennes, des mers tropicales.

Leur parure, dit H. E. Sauvage, rivalise en beauté avec celle des oiseaux les plus

Fig. 85. — Le coffre.

Un poissoa dont le corps est barricadé d'une manière très solide, ce qui lui permet de se promener au sein de la mer sans craindre les malandrins.

éclatants, avec celle des papillons aux couleurs les plus variées ; ils sont l’ornement de la

mer, comme les colibris et les paradisiers sont l’ornement des forêts vierges ; leurs cou-

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Fig. 86. — Poisson de taille gigantesque bien nommé « diable de mer ».

leurs sont peut-être encore plus pures, plus éclatantes, et dans leur agencement règne une admirable harmonie. Des taches, des bandes, des zébrures, des raies, des anneaux, de couleur bleue, azurée, verte, purpurine, noir velouté, se détachent avec éclat sur un fond tout resplendissant d’or et d’argent ; le bleu du ciel, le vert des flots se reflètent sur leurs brillantes écailles ; des plus délicates nuances de l’arc-en-ciel resplendit leur corps, qui réfléchit la splendeur des métaux les plus précieux, l’éclat des pierreries, la couleur délicate des plus belles fleurs, le tout relevé par des nuances plus foncées. Ces animaux sont

de ceux que la nature semble avoir pris à plaisir d’habiller de la manière la plus brillante ; elle n’a certes épargné ni l'or, ni l'argent, ni la topaze, ni le rubis, ni l’améthysle, ni le corail, ni toutes les pierres précieuses. À la beauté, à l'éclat des couleurs, à la délicatesse, à l’infinie variété du dessin, s'ajoute encore une forme tout à fait particulière, et qui nous est tout à fait étrangère, à nous habitants du Nord. Sauf quelques rares

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exceptions, les squammipennes séjournent à peu de profondeur et dans le voisinage immédiat des côtes ; quelques-uns remontent les rivières, d'autres émigrent accidentelle ment vers la haute mer. Les espèces le plus brillamment colorées se trouvent presque toujours dans le voisinage des récifs de coraux ; c'est alors que sous les rayons d'un brillant soleil les squammipennes aiment à prendre deurs ébats; on dirait vraiment qu'ils cherchent à se faire voir et à étaler tous les ornements qu'ils ont reçus de la nature; ils sont sans cesse en mouvement, aussi tous les observateurs parlent-ils de leurs ébats dans les termes les plus enthousiastes, Dans la mer Rouge, on voit les squammipennes jouer dans les profondes crevasses qui découpent les récifs de coraux et dans lesquelles l’eau est calme et transparente, Lorsque le navire est à l'ancre entre les récifs pendant les nuits obscures, on reconnaît la présence de ces poissons à la lumière qui émane de la mer; souvent on aperçoit à de grandes profondeurs des taches jetant une vague lueur, qui soudain se dispersent comme des étincelles jaillissantes, errent lentement çà et là, se rassemblent peu à peu de nouveau, forment des groupes, puis se séparent et vont dans toutes les directions.

Certains poissons sont remarquables par leur grande taille. On en rencontre

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Fig, 87. — L'arapaima,

Un poisson que l'on chasse plutôt qu'on ne le pêche, une magnifique pièce à servir sur la table des grands, ses collègues,

surtout chez les poissons au squelette cartilagineux, les requins par exemple. Mais il y en a aussi chez les espèces plus élevées en organisation, c’est-à-dire les « téléostéens » ou « poissons osseux ». Parmi ceux-là, nous ne citerons que l'arapaima ( fig. 87) qui habite les grands cours d'eau des Guyanes et du nord du Brésil : c’est le plus grand des poissons des eaux douces, car il peut atteindre 15 pieds de long et peser plus de 400 livres.

On doit à Schomburgk les meilleurs renseignements sur l’arapaima.

Les Indiens nous apportèrent parmi une quantité d’autres poissons, le géant des eaux douces des Guyanes, l’arapaima ; nous regardions avec étonnement l’animal qui remplis-

sait à peu prés toute l’'embarcation, mesurant près de trois mètres et pesant certainement 100 kilogrammes. Le Rupununi, seul de toutes les rivières de la Guyane anglaise, nourrit ce

COUPIN, — ANIM, EXCENTR. 10

poisson ; mais cette rivière le renferme en quantité considérable. L’arapaima serait également assez commun dans le Rio Banco, le Rio Négro et le fleuve des Amazones.

L'arapaima se prend à l’hameçon aussi bien qu’on le tue avec l’arc et la flèche. Sa chasse est sans conteste une des plus attrayantes et des plus animées, car elle rassemble le plus souvent plusieurs corials (embarcations), qui se, distribuent sur la rivière. Dès qu’un poisson est aperçu, on fait un signe; sans faire de bruit, le corial s'approche armé du meilleur tireur jusqu’à portée de l’arme ; la flèche s’élance de sa corde et disparait avec le poisson. C’est alors que commence la chasse générale. A peine les barbes de la flèche se montrent-elles au-dessus de l’eau que tous les bras sont prêts à tendre l’arc; le poisson remonte, et piqué par une quantité de nouveaux traits, il disparaît pour se faire voir encore une fois après un court intervalle et recevoir une nouvelle décharge de flèches jusqu’à ce qu'il finisse par devenir la proie des chasseurs. Ceux-ci le tirent sur un endroit plat, poussent le corial sous lui, retirent l’eau qui s’est introduite dans la barque et regagnent leurs demeures au milieu des cris de joie.

Parmi nos matelots de couleur se trouvait un muet, pêcheur passionné. A peine avions-nous établi notre camp qu'il saisit sa ligne et se dirigea dans un des bateaux vers un petit banc de sable situé sur la rive opposée. Le camp dormait d’un profond sommeil quand tout à coup il fut mis sur pied par un bruit singulier et effrayant. Tout d’abord personne ne savait quelle conduite tenir en face de cris terribles jusqu’à ce qu’un des gens s’écria : « ce doit être le muet. » Armés de couteaux de chasse et de carabines, nous sautâmes dans le bateau pour voler à son secours ; ses cris effrayants n’indiquaient que trop clairement qu'il en avait besoin. Lorsque nous abordâmes sur le banc de sable, nous remarquâmes autant que nous le permit l'obscurité, que le pêcheur était tiraillé à droite et à gauche par une puissance invisible contre laquelle il cherchait à résister de toutes ses forces et en même temps il poussait des cris terribles. Nous fûmes bientôt auprès de lui ; mais nous ne pouvions encore découvrir cette force qui le jetait et le secouait par saccades jusqu’à ce qu’enfin nous remarquâmes qu'il avait enroulé la corde de sa ligne 5 à 6 fois autour du poignet.

Un monstre puissant devait donc être suspendu à l’hameçon. Un arapaima énorme s'était laissé prendre à l’appât ; mais immédiatement après, il avait tendu la ligne avec une telle rigidité que les forces du muetétaient bienloin de suffire pour dérouler sa ligne enlacée autour de sa main ou à tirer le géant à terre.

Quelques minutes encore et l’homme épuisé n’auraït pu résister davantage à la force prodigieuse du poisson. Ce fut au milieu de bruyants éclats de rire que tous se jetèrent sur la ligne et bientôt après le monstre, pesant plus de 100 kilogrammes, gisait sur le sable. Notre muet, dont la ligne avait pénétré dans la chair du poignet, chercha par une mimique des plus expressives à nous faire comprendre ce qui était arrivé, sa détresse et son extrême anxiété.

Bien que la nuit füt déjà profonde, on dépeça la proie aussitôt après le retour au camp. Maint feu sur le point de s’éteindre fut rallamé et ravivé; on fit la cuisine pendant toute la nuit, car la certitude de posséder dans le camp un poisson.qui aurait déjà été gàté le lendemain matin ne laissa pas aux Indiens et aux nègres le temps de songer au sommeil.

A l’état frais, la chair de l’arapaima est savoureuse, bien qu’elle ne soit pas mangée par quelques peuplades.

Les moyens de défense des poissons sont très variés. Les uns ont recours à la force, d'autres à la ruse. Certains fabriquent des poisons dangereux, même pour l'homme.

Les plus connus des poissons venimeux sont les vives, que l’on rencontre malheureusement sur la plupart de nos plages. Il y en a deux espèces principales : la vive commune, qui a quarante centimètres de longueur, et la petite vive, dont la taille ne dépasse guère douze centimètres. Toutes deux possèdent des épines très acérées, placées sur la région dorsale de la tête, et aussi sur les opercules qui recouvrent les ouïes. A l’état de repos, ces épines sont appliquées sur le corps; mais, à la moindre excitation, le poisson les redresse, et elles se présentent alors sous un aspect menaçant.

Ce qu'il y a de fâcheux chez ces poissons, c’est qu’ils vivent le plus habituellement presque entièrement cachés dans le sable, d’où ils ne laissent passer que la tête. Il arrive par suite souvent qu’un baïgneur ou un pêcheur mette le pied sur l'un d'eux. Les piquants se dressent aussitôt et pénètrent dans le pied. Or chaque épine est en rapport avec une glande à venin, dont le contenu se déverse de suite dans la plaie.

On connaît depuis très longtemps ces propriétés venimeuses des vives. Élien, Oppien et Pline en parlent dans leurs écrits.

Belon dit que la vive est un poisson moult bien armé de forts aiguillons, desquels la poincture est si venimeuse, principalement quand ils sont en vie, qu'ils font périr la main si l’on n’y remédie bien tost. la en avons veu en fiebvre et resverie, avec grande inflammation de tout le brachs d’une seule petite poincture au doigt. Le commun bruit est entre les mariniers, qu'il s'engendre des petits poissons en la playe : de laquelle chose jen a ay veu plus de cent, qui m'ont affermé l'avoir veu; et que le souverain remède est de repoindre la playe plusieurs fois avec ledict aiguillon.

De son côté, Rondelet écrit que

.. l’araignée de mer, ou la vive, est nommée dragon, comme très bien dist OEllian, à cause de sa teste, des ieux, des éguillons venimeux.., Nature n’ha point desprouvé les homes de remède contre le venin de ce poisson; car il est lui-même remède à son venin; la chair du surmulet appliquée prouficte autant. J'ai veu autrefois partie piquée de ce poisson devenir fort enflée et enflammée, avec grandissimes doleurs; que si on n’en tient conte, la partie se gangrène. Les pescheurs é poissonniers en maniant ce poisson se prennent bien garde. En France, on ne les sert à table que la teste coupée.

Voici maintenant ce que dit Lacépède sur la vive :

Cet animal a tant de facilité de creuser son asile dans lelimon, que lorsqu'on le prend et qu’on le laisse échapper, il disparaît en un clin d’œil et s’enfonce dans la vase.

Lorsque la vive est ainsi retirée dans le sable humide, elle n’en conserve pas moins la faculté de frapper autour d’elle avec force et promptitude par le moyen de ses aiguillons, et particulièrement de ceux qui composent sa première nageoire dorsale. La vive n’emploie pas seulement contre les marins qui la pêchent et les grands poissons qui l’attaquent l'énergie, l’agilité et les armes dangereuses dont elle est armée; elle s’en sert aussi pour se procurer plus facilement sa nourriture, lorsque, ne se contentant pas d’animaux à coquilles, de mollusques ou de crabes, elle cherche à dévorer des poissons d’une taille presque égale à la sienne. Si plusieurs marins vont sans cesse à la recherche des vives, la crainte fondée d’être cruellement blessé par les piquants de ces animaux, et surtout par les aiguillons de la première nageoire dorsale, leur fait prendre de grandes précautions. Les accidents occasionnés par ces dards ont été regardés comme assez graves pour que

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dans le temps l'autorité publique ait cru, en France, devoir donner à ce sujet des ordres très sévères.

Les pêcheurs s’attachent surtout à briser ou arracher les aiguillons des vives qu'ils tirent de l’eau. Lorsque malgré leur attention, ils ne peuvent pas parvenir à éviter la blessure qu'ils redoutent, ceux de leurs membres qui sont piqués présentent une tumeur accompagnée de douleurs très cuisantes et quelquefois de fièvre. La violence de cessymptômes dure ordinairement pendant douze heures, et comme cet intervalle de temps est celui qui sépare une haute marée de celle qui la suit, les pêcheurs de l'Océan n’ont pas manqué de dire que la durée des accidents occasionnés par les piquants des vives avait un rapport très marqué avec les phénomènes de flux et de reflux, auxquels ils sont forcés de faire une attention continuelle, à cause de l'influence des mouvements de la mer sur toutes leurs opérations. Au reste, les moyens dont les marins de l'Océan et de la Méditerranée se servent pour calmer leurs souffrances, lorsqu'ils ont été piqués par les trachines vives, ne sont pas très nombreux; et plusieurs de ces remèdes sont très anciennement connus. Les uns se contentent d’appliquer sur la partie malade le foie ou le cerveau encore frais du poisson; les autres, après avoir lavé la plaie avec beaucoup de soin, emploient une décoction de lentisque, ou les feuilles de ce végétal, ou des joncs de marais. Sur quelques côtes septentrionales, on a recours quelquefois à l'urine chaude; le plus souvent on y substitue du sable mouillé, dont on enveloppe la tumeur, en tâchant d'empêcher tout contact de l’air avec les membres blessés par la trachine.

Au sujet du même poisson, Émile Moreau rapporte ce qui suit: « J'ai connu un peintre d’histoire naturelle qui, en pêchant en 1874 à Veules (Seine-Inférieure), fut blessé au pouce par l’épine operculaire d’une petite vive. Une douleur atroce se fit sentir à l'instant ; la main et l’avant-bras furent le siège d’un gonflement considérable qui dura vingt-quatre heures environ. »

Le venin de la vive est liquide et légèrement bleuâtre pendant la vie, opalescent et un peu épaissi après la mort. Il est coagulable par la chaleur, les acides forts et les bases caustiques. Son action physiologique a été étudiée par Schmidt, puis par Gressin. A la dose d’une demi-goutte ou d’une goutte, il cause rapidement la mort chez les poissons et le rat, plus lentement chez la grenouille. Une première période de contracture est suivie d'une phase de paralysie avec abaissement de la température. On connaît un grand nombre d'observations de piqüres de vives. La douleur est excessive, mais les accidents se bornent le plus souvent à une forte inflammation locale avec fièvre et tuméfaction étendue : des phlegmons, des panaris, des eschares peuvent en résulter. Ambroise Paré cite le cas d’une femme dont le bras tomba promptement en mortification, ce qui causa la mort; mais c’est là une terminaison exceptionnelle. (R. Blanchard.)

Les vives se nourrissent de petits calmars et de petits poissons. Elles se rapprochent des côtes au mois de juin pour frayer. On les pêche au moyen de nasses ou de filets.

Les pastenagues (fig. 88), appelées aussi trygons ou turturs, sont des sortes de raies qui diffèrent des espèces ordinaires en ce queles nageoires latérales se réunissent au-dessous de l'extrémité du museau. Leur queue, en forme de fouet, est pointue

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POISSONS SINGULIERS 149 EEE mm et présente de chaque côté, non loin de la base, un ou plusieurs aiguillons barbelés, dont la piqüre est très redoutable. Voici un récit qui le prouve :

Parmi les nombreux poissons qui sont propres à Takutu, raconte Schomburgk, les pastenagues occupent une des premières places par leur qualité. Elles enfouissent leurs corps aplatis dans le sable ou la vase, de manière à ne laisser que les yeux de libres, et se soustrayent ainsi, même dans l’eau la plus limpide, aux regards des promeneurs.

Si quelqu'un a le malheur de marcher sur un de ces insidieux animaux, le poisson inquiété lance sa queue avec une telle force contre le perturbateur de son repos, que l’aiguillon cause les blessures les plus redoutables, qui ont pour conséquence non seulement les convulsions les plus dangereuses, mais encore la mort.

Comme nos Indiens connaissaient ce dangereux animal, ils examinaient toujours la route avec une rame ou un bâton, sitôt que l’embarcation était glissée ou poussée sur les bancs. Malgré cette pré- - Caution, un de nos bateliers fut cependant blessé deux fois au coude-pied par un de ces : poissons. Sitôt que le ie TT malheureux reçut les

Fig. 88. — La pastenague. blessures, il chancela Ne vous avisez pas d'y toucher. Avec l'épine qui garnit la base de sa queue, vers le banc de sable,

elle vous inoculerait un poison très dangereux. , s'abattit et se roula, se mordant les lèvres de la douleur atroce qu'il ressentait, bien qu'aucune larme ne s’échappt de ses yeux et que sa bouche ne proférât aucune plainte. Nous étions encore occupés à soulager autant que possible le pauvre garçon, lorsque notre attention fut attirée par un cri perçant, et dirigée sur un autre Indien, qui avait également été piqué. Ce garçon ne possédait pas encore la fermeté de caractère nécessaire pour supprimer comme celui-là l'expression de la douleur. Il se jeta sur le sol au milieu de cris retentissants, cacha sa figure et sa têle dans le sable et y mordit même. Je n’ai jamais vu un épileptique être atteint à ce point de convulsions.

Bien que les deux Indiens eussent été blessés seulement, l’un au cou-de-pied, l’autre à la plante du pied, tous deux cependant ressentaient les plus violentes douleurs dans les flancs, la région du cœur et sous les bras. Les convulsions survinrent assez fortes chez le vieil Indien, mais elles prirent chez le garçon un Caractère si intense, que nous crûmes devoir tout redouter. Après avoir fait sucer les blessures, nous les pansâmes, les lavämes, et nous placämes alors en permanence des calaplasmes de « pain de Kassava. » Ces symptômes avaient beaucoup de ressemblance avec ceux qui accompagnent la morsure des serpents. Un vigoureux et robuste ouvrier, qui, peu avant notre départ de Bemerara, avait été blessé par une pastenague, mourut au milieu des convulsions les plus terribles.

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Les anciens, qui appelaient la pastenague « tourterelle », à cause de son aspect en nageant, redoutaient beaucoup sa piqûre. Rondelet nous apprend que son épine

.. est plus venimeuse que les flèches envenimées des Perses, laquelle garde son venin

encore que le poisson soit mort, estant pernicieux non seulement aux bestes, mais aussi aux herbes et arbres, car ils sèchent et meurent étant touchés d’icelui-ci. Circé en donna à Télégone pour en user contre ses ennemis; toutefois, il en tua son père sans y mal penser. Du venin de cet aiguillon, autant en disent OElien et Pline. Estant brülé, mis en cendres, appliqué sur la plaie, avec vinaigre, est remède à son venin mesme. Le poisson, ouvert et appliqué sur la plaie, guesrit le mal qu’il a fait. Pline escrit que la présure du lièvre ou du chevreau ou de l’agneau, prise du poids d’une drachme, proufite contre la piqueure de la pastenague et contre la piqueure et morsure de tous autres poissons marins.

En Europe, on trouve une espèce de pastenague qui se tient sur les fonds de sable au voisinage des côtes. Elle mange des petits poissons, des mollusques, des crustacés qu’en été elle vient chercher dans les bas-fonds formés à marée basse. Lorsqu'on cherche à s’en emparer, sa queue s’enroule immédiatement autour du bras, et de telle sorte que l’aiguillon fasse une large plaie. Aussi les pêcheurs cherchent-ils toujours à éviter cette queue, que la pastenague lance avec la rapidité d’un fouet, et ont-ils soin de la lui couper dès qu'ils l’ont prise.

Les murènes (fig. 89) sont également très venimeuses. Ce sont des poissons parfois d’assez grande taille, ayant la même forme que les congres ou les anguilles, c’est-à-dire qu’elles ressemblent à des serpents, dont elles se rapprochent un peu par les mœurs.

Leur bouche est garnie de dents bien déve-

loppées et en rapport avec un appareil à venin

Fig. 89. — Murène, qui contient à peu près Excellent à manger, mais pas à caresser : quoique poisson, DE c'est un véritable serpent venimeux. un centimètre cube de

liquide. Elles sont essentiellement voraces et carnassières, s’attaquant à de gros poissons et à de volumineux crustacés. Certaines arrivent à une grande taille. Dans toutes les îles de l'océan Pacifique, les murènes sont extrêmement redoutées.

La murène hélène habite la Méditerranée ; on la pêche souvent sur les côtes de France. Voici quelques renseignements que donne Brehm sur cette espèce, qui a un certain intérêt biologique.

La murène vit dans les eaux profondes et se tient sur le fond. On la trouve parfois dans les eaux douces des contrées chaudes du pourtour de la Méditerranée ; elle se rapproche au printemps des côtes pour frayer. Sa nourriture se compose de

poissons, de crustacés, de coquillages et surtout de seiches. Les anciens connaissaient bien la murène. Pline rapporte que la blessure de ce poisson est dangereuse, mais qu’on peut la guérir avec de la cendre de cheveux; que la murène va assez souvent à terre. Il rapporte également que le principe vital de l’animal se trouve dans la queue, ce qui fait que la murène meurt rapidement si on lui brise cette partie. Pline dit qu’on voit rarement les murènes pendant l'hiver.

La chair de la murène, bien que grasse, est de fort bon goût; aussi ce poisson est-il généralement très estimé. Les Romains faisaient un grand cas de la murène; pour la nourrir et l’engraisser, ils formaient à grands frais des parcs dans la mer. D’après Pline, ce fut Hirius qui le premier construisit ces étangs, dans lesquels il nourrissait une telle quantité de murènes, qu’au triomphe de César, son ami, il put faire servir six mille murènes sur les tables.

La passion des Romains pour la murène prit à un certain moment des proportions inouïes. On sait que Cassius avait de ces animaux apprivoisés à ce point qu'ils venaient à la voix. Cassius, dit Pline, a possédé dans son vivier une très belle et très grosse murène qu'il aimait beaucoup ; il l’avait parée de bijoux en or. La murène reconnaissait la voix de son maître, et venait prendre la nourriture de sa main. Lorsque ce poisson mourut, Cassius en éprouva le plus vif chagrin ; il la pleura et lui fit faire des obsèques magnifiques. Dedius Pollio, ayant remarqué que la murène avait un goût prononcé pour la chair humaine, eut la cruauté de sacrifier plusieurs de ses esclaves pour nourrir ses poissons,

D’après Baudrillard,

.. la murène se tient cachée pendant le froid dans les rochers, ce qui fait qu’on ne la pêche que dans certains temps. On prend ce poisson sur les bords caillouteux de ces rochers, et pour cet effet on tire plusieurs cailloux pour faire une fosse jusqu’à l’eau, ou bien on y jette un peu de sang, et à l'instant on voit venir la murène, qui avance sa tête entre deux rochers. Aussitôt qu’on lui présente un hameçon amorcé de crabe ou de quelque poisson, elle se jette dessus et l’entraîne dans son trou. Il faut alors avoir l'adresse de la tirer tout d’un coup; car si on lui donnait le temps de s’attacher par la queue, on lui arracherait plutôt la mâchoire que de la prendre. Quoique la murène soit hors de l’eau, on ne la fait pas mourir sans beaucoup de peine, à moins qu’on ne lui coupe ou écrase le bout de la queue.

La synancée mérite aussi une mention spéciale. Longue de quarante-cinq centimètres, elle habite les parties chaudes de l’océan Indien et de l'océan Pacifique, et notamment à la Réunion, à l'ile Maurice, aux Seychelles, à Java, à Bornéo, aux Moluques, à Taïti, à la Nouvelle-Calédonie, Les épines qu’elle porte sur son dos sont très aiguës ; leur piqûre est très venimeuse. La synancée se tient près du rivage, cachée dans les rochers ou sous les bancs de coraux, ou enfouie dans le sable. Elle prend la couleur même du fond et devient difficilement perceptible. Qu’un pêcheur ou un baigneur appuie le pied sur sa nageoire dorsale, les épines acérées pénètrent dans les tissus et le pied fait pression sur le réservoir ; celui-ci éclate et le venin

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s'écoule le long des cannelures des épines jusque dans la plaie. Sans cette pression, l'animal est incapable de nuire. Il peut redresser volontairement les rayons épineux de sa nageoire, d'ordinaire couché le long du dos, mais le venin renfermé dans ses treize paires de sacs clos n’est pas rejeté au dehors. L'appareil à venin constitue donc une arme défensive. Cet animal est le plus dangereux de tous les poissons venimeux.

D'après Nadeaud, « sa piqûre détermine une vive douleur, qui suit le trajet des vaisseaux, s’irradie à la poitrine et cause une anxiété subite. Autour de la petite plaie se dessine une auréole d’un blanc mat, puis noirâtre ; toute la peau sous-

jacente se morlifie, - == gt il se forme une

eschare large de douze à quinze millimètres.

Les tissus ambiants

sont le siège d’une inflammation ordinai-

rement légère, mais qui se termine assez souvent par un phlegmon. Dans quelques cas, le malade est pris de lipothymie et de vomissements qui du-

rent une ou deux

Re Te due heures. D'ordinaire, Poisson toujours affamé qu'il tue RON CADRES nez à nez quandon les douleurs vont en diminuant après la première heure, et il ne reste plus qu’un peu de céphalalgie et de faiblesse des membres. » La piqûre de la synancée n’est que rarement mortelle. Les scorpènes, et parmi elles la rascasse, dont on fait la bouillabaisse, seraient également venimeuses.

Tous les animaux dont nous venons de parler habitent la mer. Dans les eaux douces, les poissons dangereux sont beaucoup plus rares. Le plus intéressant à signaler est le silure glanis (/ig. 90), non qu’il soit venimeux, mais parce qu’il paraît avoirun faible pour la chair humaine. C’est un gros poisson serpentiforme qui peut atteindre jusqu’à trois mètres de long, et peser de deux cents à deux cent cinquante kilogrammes. Il est surtout abondant dans le Bas-Danube et dans divers lacs ou fleuves de l’Europe centrale ou orientale.

Le glanis, dit Brehm, est un animal aux allures lentes et paresseuses; il se tient de préférence dans les endroits vaseux, s’enfonçant parfois même dans la boue. Il

se tient sous les rochers, sous les troncs d’arbres. Il est averti de l'approche de sa proie par le moyen de ses barbillons. Extrêmement vorace, il s'emparedes poissons, des grenouilles et même des oiseaux aquatiques. On peut dire, écrit Gesner, que cet animal est vorace, tellement qu’une fois on a trouvé dans l’un deux une tête humaine et une main portant deux anneaux d'or. Il dévore tout ce qu'il peut atteindre, oies, canards, n’épargnant pas même le bétail quand on le mène paitre, et le noyant. Ces faits ont été confirmés par plusieurs observateurs, tout exagérés qu'ils paraissent être. D'après Valenciennes, on assure que le silure n’épargne même pas l'espèce humaine. En 1700, le 3 juillet, un paysan en prit un auprès de Thorn, qui avait un enfant entier dans l'estomac. On parle en Hongrie de jeunes filles et d’enfants dévorés en allant puiser de l’eau, et l’on raconte même que, sur les frontières de la Turquie, un pauvre pêcheur en prit un jour un qui avait dans l'estomac le corps d’une femme, sa bourse pleine d'or et ses anneaux. Heckel et Kner rapportent également qu’on trouva dans l'estomac d’un glanis, capturé à Presbourg, les restes d’un jeune garçon; dans celui d’un autre, un caniche; dans celui d’un troisième, une oie que l'animal avait noyée avant de la dévorer.

Les habitants du Danube et de ses affluents, écrivent les ichthyologistes dont nous venons de citer les noms, redoutent le silure. D’après Gmelin, le silure secoue avec sa queue, lors des inondations, les arbustes sur lesquels se sont réfugiés les animaux terrestres, de manière à les faire tomber et à s’en emparer. La femelle pond environ dix-sept mille œufs, qui heureusement n'arrivent pas tous à leur complet développement. C'est le mâle qui veille sur sa progéniture.

Mais les plus dangereux de tous les poissons sont certainement les requins, dont la voracité est toujours inassouvie. Dans les mers chaudes, ils constituent un véritable fléau, au point que les indigènes ne peuvent se baigner sur la plage sans être saisis par l’un d'eux et dévorés. Ils ont la coutume de suivre les navires pour récolter tout ce qui en est jeté, aussi bien les objets comestibles que les autres. Mais malheur au matelot qui viendrait à tomber à la mer. Si bon nageur qu'il soit, il serait saisi par un requin, puis dévoré en un clin d’œil.

Lacépède a laissé une peinture pittoresque des mœurs des requins :

Ce sont les plus grands animaux que le requin recherche avec ardeur ; et, par une suite de la perfection de son odorat, ainsi que de la préférence qu’elle lui donne pour les substances dont l’odeur est la plus exaltée, il est surtout très empressé de courir partout où l’attirent des corps morts de poissons ou de quadrupèdes, et des cadavres humains.

Il s'attache, par exemple, aux vaisseaux négriers, qui, malgré la lumière de la philosophie, la voix du véritable intérêt et le cri plaintif de l'humanité outragée, partent encore des côtes de la malheureuse Afrique. Digne compagnon de tant de cruels conducteurs de ces funestes embarcations, il les escorte avec constance, il les suit avec acharnement jusque dans les ports des colonies américaines, et, se montrant sans cesse autour des bâtiments, s’agitant à la surface de l’eau, et pour ainsi dire sa gueule toujours ouverte, il y attend, pour les engloutir, les cadavres des noirs qui succombent sous le poids de l’escla-

vage ou aux fatigues d’une dure traversée. On a vu de ces cadavres de noirs pendus au bout d’une vergue élevée de six mètres, vingt pieds au-dessus de l’eau de mer, et un requin s’élancer à plusieurs reprises vers cette dépouille et y atteindre enfin, et la dépecer sans crainte, membre par membre.

Quelle énergie dans les muscles de la queue et de la partie postérieure du corps ne doit-on pas supposer, pour qu'un animal aussi gros et aussi pesant puisse s'élever comme une flèche à une aussi grande hauteur ? Comment étresurpris maintenant des autres traits de l’histoire de la voracité des requins ? Et tous les navigateurs ne savent-ils pas quel danger court un passager qui tombe à la mer auprès des endroits les plus infestés par ces animaux ? S'il s'efforce de se sauver à la nage, bientôt il se sent saisi par un de ces squales, qui l’entraine au fond des ondes.

Si l’on parvient à jeter jusqu’à lui une corde secourable et à l’élever au-dessus des flots, le requin s’élance et se retourne avec tant de promptitude, que malgré la position de l'ouverture de sa bouche au-dessous du museau, il arrête le malheureux qui se croyait près de lui échapper, le déchire en lambeaux, et le dévore aux yeux de ses compagnons effrayés. Oh ! quels périls environnent donc la vie de l’homme, et sur la terre et sur les ondes! et pourquoi faut-il que ses passions aveugles ajoutent à chaque instant à ceux qui le menacent !

On a vu quelquefois, cependant, des marins surpris par le requin au milieu de l’eau profiter, pour s'échapper, des effets de cette situation de la bouche de ce squale dans la partie inférieure de sa tête, et de la nécessité de se retourner, à laquelle cet animal est condamné par cette conformation, lorsqu'il veut saisir les objets qui ne sont pas placés au-dessous de lui. |

C’est par une suite de cette même nécessité que, lorsque les requins s’attaquent mutuellement (car comment des êtres aussi atroces, comment les tigres de la mer pourraient-ils conserver la paix entre eux?), ils élèvent au-dessus de l’eau et leur tête et la partie antérieure de leur corps: et c’est alors que, faisant briller leurs yeux sanguinolents et enflammés de colère, ils se portent des coups si terribles que, suivant plusieurs voyageurs, la surface des ondes en retentit au loin.

Les récits de voyageurs concernant le requin abondent. En voici un, dû à ITeuglin, qui raconte que le pilote du navire avait été chercher un oïseau tué tombé à la mer, et que, revenant avec la barque, il était suivi de très près par un requin :

Raschid, le pilote, était mort de frayeur, et par signe me montrait la bête; puis un second et un troisième requin apparurent rapides comme des flèches. A l’unanimité, nous résolümes de nous débarrasser de ces « hyènes de mer ». Un croc long d’environ trente centimètres fut solidement fixé à une chaîne de fer et amorcé avec un poisson à demi fumé. L’appât n’était pas descendu d’une demi-brasse dans l’eau que le plus petit des requins nagea vers lui en ligne droite et se jeta dessus. Le matelot qui tenait le câble tira trop vite, de sorte que le squale lâcha prise; mais ce fut pour mordre à nouveau et mieux cette fois. Le câble fut alors remonté autour d’un cylindre, et à grand renfort de pras, le requin fut hissé par-dessus bord, et à son arrivée dans le bateau accueilli à coups de bâtons, de haches et de harpons. On mit un nouvel appât à l’hameçon; cinq minutes ne s'étaient pas écoulées que l’on capturait un second squale. Cependant le plus gros requin n’était plus visible, bien que nous fussions convaincus qu'il n’était pas bien loin de nous ; nous le revimes quelque temps après, et c’est en vain que nous lui offrimes un morceau de mouton. Il nageait tranquillement près de nous sans paraître se soucier de l'appät qui lui était offert.

On descendit l’appât à une plus grande profondeur ; le requin s’approcha avec défiance et se fit capturer. Nous n'osions nous hasarder à le prendre vivant dans l’embarcation, car il était réellement effrayant. Pendant qu'ilse balançait entre ciel et terre, nous lui envoyà-

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