‹ Les animaux excentriquesChapitre 5 sur 102 · NN RS NES · texte numérisé non relu

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Fig. 6, — Un oiseau des Indes : l’anomalocorax, un voleur qui vit des débris de la cuisine, et a recours à la ruse pour les disputer aux chiens.

aliments en abondance : les restes humains confiés aux eaux du fleuve sacré, les cadavres des animaux domestiques. Ils pillent les bananiers et les autres arbres fruitiers; et quand, à la fraicheur du soir ou du matin, s'élève un essaim de termites aïlés, ils sont là, avec les guépiers, les milans; les chauves-souris, et leur font une chasse acharnée.

Tennent, de son côté, a rapporté des faits vraiment curieux au sujet des anomalocorax.

« Les indigènes, raconte-t-il, sont tellement habitués à ia présence de ces oiseaux que,

comme les Grecs et les Romains, ils tirent des présages de leurs allures, de la direction de leur vol, de leurs cris plus ou moins rauques, des arbres sur lesquels ils se perchent, de leur nombre, etc. Pendant le temps de leur domination à Ceylan. les Hollandais les respectèrent beaucoup et défendirent, sous des peines très sévères, de les tuer ; ils avaient d’autres raisons, il est vrai, que lesindigènes. Ils croyaient que ces oiseaux se chargeaient de la dispersion de la cannelle ; qu’ils mangeaient les fruits du cannellier, mais que, ne pouvant en digérer les grains, ils les transportaient partout, mélés à leurs excréments.

Auprès de chaque village, de chaque maison même, à Ceylan, on trouve des quantités |

d’anomalocorax, attendant une occasion favorable de piller. Rien n’est en süreté devant eux. Laissés près d’une fenêtre ouverte, le contenu d’un sac à ouvrage, les gants, les mouchoirs, disparaissent instantanément. Les anomalocorax ouvrent les paquets, même ceux qui sont noués (?), pour voir ce qu’ils contiennent et si quelque comestible n’y est pas renfermé ; pour exécuter leurs larcins, ils enlèvent même des clous. Une société, qui était réunie dans un jardin, ne fut pas peu effrayée un jour en voyant tomber du ciel au milieu d’elle un couteau tout sanglant Le mystère fut éclairci : c'était un anomalocorax qui, dans une maison voisine, avait épié le cuisinier, et profité d’un moment favorable pour lui dérober un couteau.

Un de ces audacieux voleurs rôdait en vain depuis longtemps autour d’un chien occupé à ronger un os; il cherchait à attirer l'attention de l’heureux propriétaire du trésor en dansant devant lui, N'ayant pu réussir, il s’envola, mais pour revenir avec un de ses compagnons, qui se percha sur une branche tout près du sol. La danse recommença sans plus de succès toutefois. Alors, le second individu se précipita violemment sur le chien et lui donna un vigoureux coup de bec; cette diversion réussit. Surpris et furieux, le chien se retourna contre son agresseur (fig. 6) ; mais celui-ci s'était déjà envolé, et au même instant l’os disparaissait .

Enfin pour terminer ce qui a trait aux oiseaux pique-assiette, il ne nous reste plus qu’à parler du plus étrange de nos commensaux, l'indicateur à bec blanc ou guide au miel (fig.

7), qui pousse l’amabilité jusqu’à venir chercher les habitants et les conduire aux endroits où se trouve du miel. Mais en réalité, comme le remarque Sparmann, c'est dans son propre intérêt que cet oiseau découvre aux hommes et aux ratels les nids d’abeiïlles : car il est lui-même très friand de leur miel, d | et surtout de leurs œufs ; et il sait que toutes les fois qu'on a détruit

Fig. 7. — Cet oiseau, l'indicateur à bec blanc, fait ; , £ connaître aux Holtentots les endroits où il y a du un de ces nids, il se répand tou-

miel à subtiliser aux abeilles. jours un peu dell fait son profit, ou que les destructeurs lui en laissent en récompense de ses services. Le moyen qu’il emploie pour communiquer sa découverte aux amateurs ce miel est aussi extraordinaire qu'il est merveilleusement adapté à ses vues.

Le soir et le matin sont probablement les heures où son appélit se réveille : du moins c'est alors qu'il sort plus ordinairement, et, par ses cris perçants: cherr, cherr, cherr, semble chercher à exciter l'attention des ratels, des Hottentots ou des colons. ILest rare que les uns ou les autres ne se présentent pas à l'endroit d’où part le cri : alors l'oiseau, tout en le répélant sans cesse, vole lentement et d'espace en espace vers l'endroit où l'essaim d'abeilles s’est établi, Il faut que ceux qui le suivent aient grand soin de ne pas effrayer leur guide par quelque bruit extraordinaire ou par une compagnie trop nombreuse ; il faut plutôt répondre à l'oiseau par un sifflement fort doux, comme pour lui faire connaître qu’on fait attention à son appel. Sparmann, à qui sont dus ces détails, a observé que si les nids d’abeilles sont peu éloignés, l'oiseau fait de longues volées et se repose par intervalles, attendant son compagnon de chasse et l’encourageant par de nouveaux cris à le suivre ; mais à mesure qu'il s'approche du nid il abrège l’espace des stations, rend son cri plus fréquent, et répète ses cherr avec plus de force. Sparmann a vu aussi avec étonnement — ce que plusieurs personnes lui avaient précédemment assuré — que si l'oiseau, impatient d'arriver, a laissé trop loin derrière lui son compagnon, retardé par l'inégalité et la difficulté du terrain, il revient au-devant de lui, et par ses cris redoublés, qui annoncent plus d’impatience encore, semble lui reprocher sa lenteur. Enfin, lorsqu'il est arrivé au nid des abeilles, bâti soit dans une fente de rocher, soit dans le creux d’un arbre, soit dans quelque trou souterrain, il plane immédiatement au-dessus pendant quelques secondes, après quoi il se pose en silence et ordinairement se tient caché sur quelque arbre ou buisson voisin dans l'attente de ce qui va arriver et dans l'espérance d’avoir sa part du butin. IlLest probable qu'il plane toujours plus ou moins longtemps au-dessus du nid des abeilles avant de s’aller cacher; mais on n’y fait pas toujours attention. On est au moins toujours assuré que le nid n’est pas loin lorsque, après vous avoir conduit un bout de chemin, l'oiseau s'arrête tout à coup et cesse son cri.

Après avoir ainsi déterré ou découvert, grâce à l'oiseau, les nids d’abeilles, et les avoir pillés, les Hottentots, en reconnaissance, lui laissent ordinairement une bonne portion de cette partie du rayon qui contient les œufs et les petits. Ce morceau, le pire à nos yeux, est probablement pour lui le plus délicat, et les Hottentots mème ne le dédaignent pas. Lorsqu'un homme, assure-t-on, fait métier de chercher des essaims d’abeilles, il ne doit pas d’abord être trop libéral envers l’oiseau, mais seulement jui laisser une part suffisante pour aiguiser son appélit ; l'espérance d'obtenir une plus ample récompense l’excitera à conduire de nouveau son compagnon à un autre nid, s’il en connait la présence dans le voisinage.

Des pique-assiette, non moins bien caractérisés, se rencontrent chez les poissons. Si, pendant les vacances, vous allez faire une promenade en mer, vous rencontrerez probablement une de ces grandes méduses, si élégantes dans l'eau, auxquelles on a donné le nom de rhizostomes de Cuvier. On les voit nager lentement en contractant tout leur corps d’une manière si bizarre qu'on leur a attribué le nom de

«poumons de mer». Mais, si intéressants que soient cès animaux, portez Votre attention dans leur sillage, et vous ne tarderez pas à voir qu'ils sont entourés d’une véritable flottille de petits poissons de 2 à 9 millimètres de longueur, appartenant au genre saurel (fig. 8). Ainsi que l’a observé M. Gadeau de Kerville, chaque bande est composée, soit de quelques-uns seulement, soit d’un pelit nombre, soit, parfois, de plusieurs douzaines d'individus. Les flottilles nombreuses accompagnent les gros rhizostomes, tandis que les petits groupes de saurels sontindifféremment associés à des

Fig. 8. — Les jeunes poissons du genre saurel habitent — comme le sage — une maison transparente, représentée par les cavités d’une large méduse. Ils n’en sortent que pour aller prendre un peu leurs ébats dans les environs, mais ils s’y réfugient dès qu’un danger les menace.

exemplaires gros ou de taille moyenne. Ces jeunes poissons nagent parallèlement au rhizostome et dans la même direction que lui. Ils se tiennent au-dessus, au-dessous, sur les côtés et en arrière de lui, mais ne s’avancent pas au delà du sommet de son « ombrelle », ainsi qu’on désigne assez justement la partie supérieure du corps de la méduse. Par moments, la flottille s’écarte de quelques mètres ; mais à la moindre alerte, immédiatement et avec une très grande vitesse, elle revient occuper auprès du rhizostome sa situation précédente. On voit alors souvent quelques-uns des poissons, plus effrayés que les autres sans doute, se réfugier sous la méduse et pénétrer même dans les cavités dont elle est creusée. Il est très facile de les y voir par transparence, attendant un moment d’accalmie pour en sortir.

Les jeunes saurels accompagnent les méduses non pour les manger, mais pour se faire protéger par elles. En effet, celles-ci ne sont la proie d'à peu près aucun animal, à cause de leur consistance gélalineuse et de leurs propriétés urticantes.. Par ce double fait, elles créent autour d’elles, et cela d’une manière absolument passive, une zone de protection où les jeunes de certaines espèces de poissons et quelques autres pelites espèces animales, viennent se mettre à l’abri de leurs ennemis. Mais

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