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CHAPITRE XV

Une bête dontonfaittoutce que l’on veut.

Les hydres d’eau douce, seulement citées au chapitre précédent, maïs méritant une élude spéciale, se rencontrent au-dessous de nombreuses plantes aquatiques, telles que les lentilles d’eau et surtout sous les feuilles de la veronica beccabunga, bien connue par ses fleurs bleues à deux étamines. En regardant attentivement la face inférieure des feuilles de cette plante, on voit souvent une toute petite masse verdâtre à l’aspect gélatineux, et paraissant d’une immobilité absolue. Qu'est-ce ? Un animal, une plante ? Il serait bien difficile de le dire à un simple coup d'œil.

Plaçons notre plante dans un aquarium et attendons dix minutes, un quart d'heure, une demi-heure s’il le faut, et nous ne regretterons certainement pas notre temps. La masse verdâtre immobile commence à s’agiter, puis elle s’allonge avec prudence, enfin elle prend une forme élancée, et l’on voit pendre de longs bras très fins, fort jolis, qui s’agitent avec élégance dans l’eau ; c’est une hydre d’eau douce, appelée aussi hydre verte, à cause de sa couleur ou encore hydre de Trembley, en souvenir des expériences que ce naturaliste a faites sur cet organisme, expériences que nous allons décrire et que nous pourrons effectuer à nouveau.

Avec une paire de ciseaux bien aiguisés, une bonne loupe et une soie de porc, nous aurons tous les objets nécessaires.

Les hydres d’eau douce ont été découvertes par Leuwenhæck, l’un des inventeurs du microscope. Mais elles ne furent étudiées que beaucoup plus tard par Trembley -en 1744 et, depuis cette époque, elles devinrent très célèbres dans la science. Trembley était à cette époque précepteur des enfants du comte de Bentinck et avait trouvé dans les bassins du château de Songuliet de petit polypes qu’il prit d’abord, à cause de leur couleur verte, pour des plantes. Les ayant mis dans l’eau, il les vit s’agiter, se contracter : c’est pour déterminer la nature, soit végétale, soit animale, de ces pelits organismes qu'il entreprit ses merveilleuses recherches.

Mais laissons-lui narrer sa découverte ; ce récit montrera comment les observations patientes et consciencieuses peuvent mener parfois à de belles découvertes.

Dès le premier été, dit-il, que j'ai passé dans les propriétés du comte de Bentinck, à un quart de lieue de La Haye, j'y ai trouvé des polypes. Ayant remarqué divers petits animaux sur certaines des plantes retirées d’un fossé, je mis quelques-unes de ces plantes dans un grand verre empli d’eau que je plaçai sur la planchette d’une croisée, à l’intérieur de la maison, et je me mis à étudier de plus près les insectes contenus dans ce vase.

J'en trouvai tout de suite beaucoup qui sont très communs, il est vrai, mais qui m’étaient en grande partie inconnus. Un spectacle aussi nouveau que celui que m'offrirent ces ani-

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malcules excita ma curiosité. En parcourant alors du regard ce verre peuplé d'insectes, j'aperçus pour la première fois un polype qui adhérait à la tige d’une plante aquatique; je n’y fis pas grande attention tout d'abord et je poursuivis de petits insectes, lesquels, en raison de leur vivacité, attiraient plus mon attention qu’un objet immobile qui, vu pour ainsi dire en passant, pouvait être pris tout simplement pour une plante, surtout lorsqu'on n’a encore aucune idée de ces êtres dont la figure se rapproche de celle des polypes de mer. Les polypes que j'ai découverts en premier lieu sont d’une très belle couleur verte. Les premières fois que j'ai observé ces corpuscules, je les ai pris pour des végétaux parasites poussés sur les autres plantes. C’est aussi la première pensée qui vient à l'esprit de bien des personnes lorsqu'elles voient pour la première fois ces êtres dans leur attitude la plus commune.

Le premier phénomène que j'ai constaté sur ces polypes consiste dans le mouvement des bras; ils les courbaient et les contournaient lentement en différents sens. Par suite de l’idée préconçue que je m'étais mise en tête et qui me faisait prendre ces polypes pour des végétaux, je ne pouvais me figurer que ces mouvements que je constatais à l’extrémité supérieure des minces filaments leur fût propre. Toutefois ils en avaient l’apparence, et plus j'observais dans la suite les mouvements de ces bras, plus ils me semblèrent dépendre d’une cause interne et non pas d’une force impulsive étrangère à ces créatures. Une fois, je remuai le verre qui les contenait, avec beaucoup de douceur, pour voir quelle influence le mouvement de l’eau pourrait avoir sur ces bras. Je ne m'attendais pas le moins du monde au résultat de mon expérience, lorsque je l’exécutai. Contrairement à mes prévisions, au lieu de voir les bras et les corps des polypes participer tout simplement au mouvement de l'eau et par conséquent suivre ses déplacements, je les vis se contracter tout à coup à ce point que le corps de ces polypes ne ressembla plus qu’à un granule verdâtre et que les bras disparurent complètement à mes regards. Ce phénomène me surprit. Ma curiosité fut d'autant surexcitée et je redoublai d'attention. En parcourant, avec l’œil armé d’une loupe, divers polypes que j'avais vu se contracter, je les vis bientôt commencer à s'étendre de nouveau. Leurs bras reparurent à mes regards et les polypes reprirent leur premier aspect. Cette contraction des polypes jointe à tous les mouvements que je leur avais vu exécuter lorsqu'ils s’'étendaient à nouveau, éveilla vivement en moi cette idée, qu’il s'agissait là de véritables animaux.

Les expériences ultérieures de Trembley le confirmèrent de plus en plus dans celle manière de voir. On raconte que Lyonnet en fut tellement enthousiasmé qu'il apprit à graver pour exécuter lui-même les figures qui devaient accompagner le travail de Trembleÿ sur l'hydre verte (On s’enthousiasmait encore dans ce temps là !).

On trouve dans nos eaux douces trois espèces d’hydres : l’hydre verte, l'hydre brune et l'hydre aux longs bras. Le corps de chacune de ces espèces affecte la forme d’un long cornet dont l'extrémité fermée s’étale en une sorte de ventouse au moyen de laquelle l'animal s'accroche aux corps étrangers, tandis que l’autre extrémité est ouverte et se prolonge par des bras au nombre de six à dix-huit, longs, flexibles, mobiles. L’orifice limité par la base de ces tentacules est l'ouverture par laquelle pénètrent les matières alimentaires, en même temps qu’elle sert à l'expulsion des résidus de la digestion ; c’est à la fois une bouche et un anus.

Les bras ou tenjacules sont des filaments extrêmement grêles et parfois remarquablement longs ; on en a vu qui atteignaient plusieurs décimètres, alors que le corps n'avait pas plus de 2 à 3 millimètres. L'animal les étend de toutes parts, les accrochant aux objets environnants ou les promenant lentement dans l’eau. Si un petit animal, un petit crustacé, une daphnie par exemple, vient à heurter l’un de ces

bras, aussitôt on voit la bestiole rester immobile, comme paralysée, pendart que le bras l'entoure petit à petit, puis se rétracte pour l’amener jusqu'à la bouche où il la fait pénétrer. Chaque bras est en effet pourvu d’une multitude, de milliers de petites capsules que l’on appelle des nématocystes. Ce sont des cellules renfermant à l'état de repos un long filament enroulé sur lui-même à la manière d’un ressort à boudin; ce filament est garni de barbules sur les bords. Lorsque la cellule subit une excitation quelconque, le filament se déroulant brusquement est projeté au dehors, en devenant rigide et emportant sans doute avec lui un peu deliquide vénéneux contenu dans la capsule. Aussi, dès qu’un animal vient toucher un bras, tous les némato-

Fig. 100.— L’hydre d’eau douce exécutant un mouvement de reptation en quatre temps (1, 2, 3,4 et une pirouette pleine de grâce (5, 6, 7, 8, 9).

cystes excités dardent leurs flèches sur la bestiole qui est paralysée et ne tarde pas à mourir. D'ailleurs, quand on prend une hydre avecla main, on s'aperçoit qu'elle colle aux doigts; cette adhérence est produite par les filaments des nématocystes qui pénètrent dans l’épiderme de la main. Ici les nématocystes n’ont pas une puissance très grande, mais chez d’autes cœlentérés marins tels que les anémones de mer, les méduses, etc., leurs propriétés nocives sont très développées; le contact de la main avec un de ces animaux produit une rougeur intense et même une. fièvre parfois assez forte. Chez l'hydre, une puissance pareille serait bien inutile; ses faibles nématocystes suffisent à paralyser les bestioles dont elle fait sa nourriture.

L'hydre peut se déplacer facilement et son mode de locomotion est fort curieux.

On la voit, dit M. Ed. Perrier, courber son corps en arc, se fixer par la bouche, détacher son pied et le ramener vers la bouche, puis détacher celle-ci, la fixer de nouveau et ramener vers elle comme précédemment sa partie postérieure ; l’hydre marche alors exactement comme le font les chenilles arpenteuses qui ont l’air de mesurer le terrain

sur lequel elles se meuvent (fig. 100, 1, 2, 3, 4). Mais l'animal procède quelquefois d’une façon plus expéditive, Il fait son premier pas comme précédemment, se fixe par la bou-

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che, puis se dresse verticalement, recourbe son corps du côté opposé, fixe son pied et se remet debout exactement comme un gymnaste exécutant une culbute (fig. 100, 5, 6, 7, 8, 9). C’est ordinairement pour aller vers la lumière qu’elles aiment beaucoup, bien qu’elles n'aient pas d’yeux, que les hydres exécutent tous ces mouvements; mais elles se déplacent aussi pour chercher leur proie.

Les hydres sont, on le voit, des animaux à structure extrêmement simple et pouvant en somme se résumer en un Sac dont le côté le plus extérieur serait la peau, tandis que le côté le plus interne serait la paroi digestive. À l’état normal, l'une sert à protéger l'animal contre les actions extérieures, l’autre sert à digérer les aliments. Il semble donc y avoir, au point

Fig. 101. — Hydres soumises à des expériences cruelles par des physiologistes sans cœur. de vue fonctionnel, 1,2. Comment on retourne une hydre. ° pp 3. Hydre à demi retournée. une différence pro-

4, 5, 6,7. Soudure d'hydres. fonde entre ces deux

parois; en réalité cette différence n’est pas aussi grande qu’il y paraît au premier abord.

Trembley a, en effet, montré que la peau pouvait aussi bien digérer que la paroi interne. Voici comment il s’y est pris (fig. 101) :

Je commence, dit-il, par donner à manger au polype que je veux retourner un ver du genre des naïdes. Dès qu'il l’a englouti, je me dispose à faire l'opération. Je n’ai pas besoin d'attendre que le ver soit complètement digéré; je place le polype, dès que son estomac est rempli, dans le creux de ma main gauche, avec un peu d’eau, puis je comprime le corps à l’aide d'un pinceau, un peu plus fortement à la partie antérieure qu’en arrière. De la sorte, je pousse le ver de l'estomac vers la bouche du polype; c’est dans ce but que j'agis, et tandis que je presse de nouveau sur le polype avec mon pinceau, une portion du ver émerge hors de la bouche; ainsi, à mesure que l'estomac se vide, le ver émerge davantage. Il faut pousser cette manœuvre assez loin pour que le ver se trouve amené hors de la bouche du polype. Je l'oblige alors à se contracter de plus en plus, ce qui dilate de plus en plus la bouche et l'estomac. Je prends ensuite dans ma main droite une soie de porc, asez épaisse et tronquée, que d’autres ont remplacée par une épingle fine, et que je tiens comme une lancette au moment de saigner une veine. Je maintiens le bout le plus épais dans l'extrémité postérieure du polype que je repousse ainsi jusque aans l'estomac; cette manœuvre s'effectue d'autant plus aisément que cet organe se trouve vide et très dilaté. Je continue alors à pousser la soie de plus en plus loin. Plus celle-ci pénètre profondément et plus le polype se retourne. Bref, le polype se trouve fixé finalement en cette soie comme l’ours de Münchhausen sur son pieu, seulement sa paroi externe est devenue interne, et l'animal, maintenu dans l’eau, est repoussé au-delà de la soie au moyen du pinceau. e

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Enfin, comme il arrivait souvent que l’hydre se détournait pour reprendre sa position naturelle, Trembley embrochait la bouche avec une soie de porc.

L'animal ne paraît pas très incommodé de ce traitement; au bout de deux jours, il est complètement remis et se reprend à manger comme si de rien n’était, mais il digère avec sa peau.

La même expérience permet aussi de faire une autre observation. Il arrive parfois que l'animal ne se retourne qu'en partie en appliquant ainsi peau contre peau ; on voit alors ces deux parties se souder intimement l’une à l’autre. Mais si la peau peut se souder à elle-même chez un même animal, en est-il de même quand on s'adresse à deux individus différents ? Oui, on peut lier deux hydres ensemble et les voir se souder intimement. La paroi digestive agit de la même façon. Si on lie une hydre, les deux parois opposées de sa cavité digestive viennent en contact et se soudent. Ainsi la peau se soude à la peau et la paroi digestive à la paroi digestive.

Mais peut-il y avoir accolement de la peau avec la paroi digestive ? Trembley montre que non. En effet, tandis qu’une hydre est bien épanouïie, tâchons de lui faire avaler une autre hydre. Nous pourrons arriver facilement à faire pénétrer cette dernière dans la première ; mais l’hydre que l’on a donnée en pâture est bientôt rejetée sans avoir subi d’avaries. Nous pourrons empêcher ce rejet en profitant du moment où les deux hydres sont emboîtées l’une dans l’autre pour les embrocher toutes deux avec une soie de porc; encore ici, nous verrons les deux animaux faire tous les efforts possibles pour se séparer. Finalement, l’hydre externe se fendra longitudinalement pour se débarrasser de son hôte intérieur ; cela fait, elle se refermera, la fente s’oblitérera peu à peu; et les deux hydres seront séparées. Ainsi, quoi qu'on fasse, on ne pourra jamais obtenir la soudure entre le feuillet digestif et la peau. Au contraire, nous avons vu que chaque paroi pouvait se souder à elle-même. Il arrive parfois que l’on trouve des hydres toutes déformées, monstrueuses, qui ne ressemblent presque plus à des hydres normales. Ce sont des hydres attaquées par un parasite. Nous trouvons dans Brehm les renseignements suivants, empruntés à Ræsel, sur ce parasite, le érichodina pediculus :

Quant au parasite en question, qui peut harceler jusqu’à la mort ces polypes, et qu’on trouve en tout temps avec des dimensions variables, il est clair et transparent; mais on découvre néanmoins dans son corps des points sombres. Lorsque ces parasites nagent dans l’eau, leur forme est ovalaire, et ils se meuvent tantôt suivant une ligne sinueuse, tantôt suivant une ligne spiralée. Leurs mouvements sont très rapides, car ils se meuvent rapidement en tous sens à travers l’eau.

Lorsqu'ils s'installent sur un polype ou sur quelqu’autre corps, leur forme ovalaire s’altère et ils s’effilent en avant ainsi qu’en arrière. À l’aide du microscope on constate non sans étonnement la rapidité avec laquelle ils courent çà et là sur le polype sans qu’on puisse distinguer les nombreuses pattes d’un seul et même individu. (Ici le microscope de Ræsel a été insuffisant.) Au début, le polype se donne beaucoup de mal pour chasser cet hôte importun; il cherche à s’en débarrasser, non seulement à l’aide de ses bras, mais encore en se contractant et en s’étirant à plusieurs reprises; mais il n’y réussit guère, car le parasite se fixe immédiatement au bras à l’aide duquel le polype veut le chasser et se met à grimper le long de ce bras. J'ai même vu souvent le parasite s’échap-

per avec la rapidité de l'éclair de la place qu'il occupait, pour nager dans l’eau en suivant une ligne courbe et revenir bientôt sur le polype avec la même rapidité. Il semble enfin que le polype se lasse de lui résister, il est fréquemment si couvert de ces parasites qu’on peut à peine reconnaitre en lui une hydre; tantôt ses bras disparaissent et il perd en

même temps la vie.

Quelles sont les merveilles que l'hydre peut encore nous offrir ? Profitons du moment où elle est en état d'extension pour la sectionner transversalement en deux parties d’un coup de ciseaux ; nous nous attendons à la voir périr par suite de cette terrible opération ; pas du tout, nous dirions même au contraire. La partie supérieure détachée qui porte les bras se met à nager avec ses tentacules jusqu’à ce qu’elle rencontre la paroi de l'aquarium ; arrivée là, l'ouverture que les ciseaux ont pratiquée se referme, se cicatrise, puis se soude au substratum : une nouvelle hydre est constituée. Quant à la portion reslée adhérente, après le moment de stupeur causée par la section, on la voit de nouveau s’étaler, s'épanouir, en présentant une large ouverture béante qui va devenir la bouche, tandis que sur tout son pourtour vont apparaître des mamelons qui en s’allongeant beaucoup redonnent des bras: nous avons ainsi une seconde hydre. Si, au lieu de la couper transversalement nous la coupons longitudinalement, les choses se passeront de même. Bien plus, nous pouvons couper une hydre autant de fois que nous voudrons : Trembley en a sectionné une en cinquante parties, et chacun de ces lambeaux reconstitua un nouvel animal.

La multiplication des hydres par section est, en somme, artificielle ; elle ne se

rencontre que rarement à l'état naturel. Mais ici il y a un mode de reproduction qui

n’est pas moins curieux. Lorsqu'une hydre est bien nourrie, et c’est là une condition essentielle pour que l'expérience réussisse, on voit apparaître à la surface de son corps des petites bosselures qui grandissent lentement et qui sont creusées d’une cavité en communication avec la cavité digestive de l’hydre que l’on examine. Ces bosses grandissent et finalement se percent à ieur sommet chacune d’une bouche, laquelle s’entoure d’une couronne de tentacules : il s’est formé des hydres filles, dont l'estomac est encore en communication avec celui de la mère. Les choses en restent à cet état pendant quelques jours ; mais si l’on a soin de ne pas laisser les animaux sans nourriture, chaque petite hydre nouvelle se sépare de sa mère pour aller se fixer ailleurs. Rœsel a fort bien décrit cette séparation :

Avant que le jeune polype ait acquis ses bras et qu'il puisse s’en servir pour capturer des proies, il reçoit sa nourriture du corps de la mère, à laquelle il se trouve relié comme la ramification d’un vaisseau sanguin à son tronc, de telle sorte qu’il s'ouvre dans le conduit creux de cette cavité. Mais quand il peut se servir de ses bras et les étirer bien qu'il soit encore fixé à sa mère, il cherche à l’aide de ses bras à se procurer lui-même sa nourriture en saisissant et en avalant, grâce à leur intermédiaire, de petits insectes de temps à autre, ainsi que je l’ai vu plusieurs fois. Lorsque le jeune polype atteint sa maturité, on peut constater, à l’aide d’un léger grossissement, qu'il ne tarde pas à se détacher. Le canal obscur du jeune polype devient de plus en plus mince à son extrémité postérieure, celle qui le relie visiblement à sa mère : ce canal devient enfin tellement grêle qu'on ne peut plus constater aucune communication entre le jeune polype et sa mère, même à l'aide des plus forts grossissements, bien qu'il lui soit encore attaché par son tégument

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externe qui est transparent, mais qui ne persiste pas longtemps. Une fois arrivé à ce point, le jeune polype commence à étirer fortement son corps aussi bien que ses bras, jusqu’à ce qu’enfin, grâce à ses mouvements, il se détache; quand ce fait s’est produit, il se fixe solidement en un point quelconque par sa partie postérieure, à l'instar de sa mère, et il pourvoit lui-même à ses besoins.

Parfois, souvent même, les hydres filles bourgeonnent à leur tour, tout en restant fixées sur l'hydre mère: il n’est pas rare de trouver trois ou quatre générations fixées les unes sur les autres ; Trembley a pu obtenir une hydre qui portait dixneuf petites hydres appartenant à trois générations successives ; c'était un véritable

arbre généalogique vivant.

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