CHAPITRE XVI
Les comédiens de la nature.
La vie des animaux peut se résumer en trois fonctions principales : 1° manger ; 2° se reproduire ; 3° se défendre de leurs ennemis. Cette dernière fonction est certai- nement celle qui leur donne le plus de peine, surtout quand elle doit se manifester d’une manière active, c'est-à-dire par des luttes sans relâche. Heureusement pourles animaux, la nature, toujours fidèle à ses tendances économiques, a donné à certains d’entre eux des moyens de défense passifs, bien faits par conséquent pour ménager leurs forces, et cependant des plus efficaces. Ces moyens passifs ont été réunis sous la dénomination de mimétisme (du mot grec piuos, comédien), mot qui veut dire que les animaux imitent le milieu dans lequel ils vivent ou copient la forme d’autres animaux ou d'objets extérieurs : tous ces procédés contribuent à dissimuler l'animal; on va voir par les exemples que nous allons citer qu’ils sont fort curieux.
L'un des exemples les plus connus de mimétisme nous est fourni par un insecte de l’ordre des orthoptères, la phyllie feuille sèche (Jig. 102), habitant les régions tropicales. Cet insecte, qui vit sur les arbres, a une forme aplatie et ovalaire. Les ailes, étalées à plat sur le dos, figurent absolument une feuille, portant comme celleci une nervure médiane longitudinale et des nervures latérales ramifiées et anastomosées, Lorsque l’animal est posé au milieu des feuilles, il est impossible de le distinguer du feuillage,
Fig. 102. — Phyllie.
Une feuille qui se déplace.
Non moins curieux que la phyllie est le callima ( fig. 103), papillon de Sumatra,
Sir J. Wallace, le savant voyageur naturaliste qui s'est occupé d'une manière toute spéciale du mimétisme, donne de cet insecte la description suivante :
Les ailes sont, en-dessus, d’une riche couleur pourprée variée de cendré. En travers des ailes supérieures s'étale une large bande d’un orangé éclatant, ce qui rend cette espèce très apparente quand elle vole. Elle n'est pas rare dans les bois secs et fourrés, et je me suis souvent efforcé de capturer un callima, mais sans succès, car après avoir parcouru en volant une courte distance, le papillon entrait dans un buisson, parmi les feuilles mortes, et, quel que füt mon soin à trouver sa place, je ne pouvais jamais la
: découvrir, à moins qu’il ne partit à nouveau pour disparaître bientôt dans un endroit semblable. A la fin, je fus assez heureux pour voir l’endroit exact où s’était posé
perdu de vue pendant quelque temps, je découvris qu'il s'était fermé devant mes yeux, mais que, dans cette position de repos, les ailes ainsi fermées, il ressemblait à une feuille morte attachée à une petite branche, de façon à tromper certainement même des yeux attentivement fixés sur lui, J'en ai capturé plusieurs spécimens au vol, et j'ai été à même de comprendre comment cette merveilleuse ressemblance se pro-
terminées à leur extrémité par une fine pointe, exactement comme celle des feuilles de beaucoup d'arbres et d’arbustes des
Fig. 103. — Callima.
Regardez bien la branche: il y a deux callimas posés, mais ils se confondent si bien avec les feuiiles qu'on a de la peine à tropiques ; les ailes inférieures,
les distinguer. (Nota: le dessin est d'une exactitude rigoureuse
et non « truqué ».) au contraire, sont plus larges et
terminées par une queue large et courte. Entre ces deux pointes court une ligne courbe et sombre, qui représente exactement la nervure médiane de la feuille, et d’où rayonnent de chaque côté des lignes légèrement obliques qui imitent fort bien les nervures latérales. Ces lignes se voient plus clairement sur la partie externe de la base des ailes et sur le côté interne vers le sommet et vers le milieu. Elles sont produites par des stries et des marques très communes chez des espèces voisines, mais qui sont modifiées et renforcées, de manière à imiter plus exactement la nervulation des feuilles. La teinte de la face intérieure varie beaucoup, mais elle est toujours de couleur grisàtre ou rouge comme celle des feuilles mortes. Cette espèce a l'habitude de rester toujours sur une petite branche, parmi des feuilles mortes ou serrées, et, dans cette position, les ailes fermées et pressées l’une contre l'autre, elle présente exactement l'aspect d’une feuille de grandeur ordinaire, légèrement arrondie et dentée. La queue des ailes forme une tige parfaite et touche la brancle, pendant que l’insecte est supporté par les pattes du milieu, que l’on ne peut remarquer parmi les brindilles qui l’entourent. La tête et les antennes sont disposées entre les ailes de façon à être cachées complètement ; et une petite entaille, pratiquée à la base des ailes, permet à la tête de se retirer suffisamment. Ces divers détails se combinent pour
le papillon ; et, bien que je l’eusse
duisait. Les ailes supérieures sont |,
produire un déguisement si complet et si merveilleux, que tous ceux qui l’observent en sont étonnés, et les habitudes de l’insecte sont telles, qu’elles utilisent toutes ces particularités en les rendant profitables, et cela de manière à ne laisser aucun doute sur ce singulier cas d'imitation, qui est certainement une protection pour l’insecte. La fuite rapide est suffisante pour le sauver des ennemis qu’il rencontre dans son vol, mais s’il était aussi visible lorsqu'il s'arrête, il n’échapperait pas longtemps à la destruction, à cause des attaques des reptiles et des oiseaux insectivores qui abondent dans les forêts des tropiques.
Personne ne pourra nier après cette description que le mimétisme du callima ne soit grandement favorable à sa conservation.
Cette ressemblance entre les ailes et les feuilles se rencontre aussi d’une manière très évidente chez les ptérochrozes et les lasiocampes.
Dans nos pays, l’on trouve fréquemment dans les buissons une chenille de couleur brune munie de pattes seulement à l'extrémité antérieure (vraies pattes) et à l'extrémité postérieure (pattes membraneuses). Lorsqu'elle marche, cette chenille se fixe par ses pattes de devant et, recourbant son corps, elle amène près de celles-ci ses pattes de derrière. Les pattes membraneuses s’accrochant au support, le corps s'allonge et va de nouveau fixer un peu plus loin ses’ pattes antérieures pour recommencer le même manège. La chenille a ainsi l’air de mesurer le terrain qu’elle parcourt ; c'est pour cela qu'on lui a donné le nom de chenille arpenteuse. Vient-on à secouer légèrement la branche où se trouve une de ces chenilles, aussitôt celle-ci se campe solidement sur ses pattes postérieures et, raidissant son corps, elle le dirige obliquement par rapport à la branche et reste immobile. À la voir ainsi dressée, on la prendrait absolument pour une petite branche ; ses ennemis s’y trompent certainement, car la ressemblance est si grande que, même en connaissant la présence de la chenille — je l'ai maintes fois constaté, — il est difficile de la découvrir.
Un grand nombre d'orthoptères sont très allongés et ressemblent à des morceaux de bois. Voici quelques renseignements donnés par M. L. Gérardin sur ces « bâtons qui marchent ».
Il y a des phasmides, les cyphocrânes par exemple, qui atteignent jusqu’à vingt-sept centimètres de longueur; aussi produisent-ils invariablement une très vive impression sur ceux qui les observent. Cette impression se trouve traduite dans le nom qui leur a été donné (o&suz signifie spectre ou fantôme). Les espèces du genre phasme qui représentent les types de la famille offrent des couleurs très bariolées. Elles vivent dans l'Amérique du Sud et dans les îles de la Sonde; celles du genre cyphocrâne sont aussi originaires des îles de la Sonde ; pourtant Westwood en signale une qui vivrait au Congo. Les bacilles (de bacillus, baguette) ont le corps sec, sans ailes ni épines, des antennes filiformes et des pattes courtes. Le spectre
de Rossi est une des rares espèces européennes. Ce « bâton qui marche » ‘habite l'Italie et le midi de la France. Les bactéries (Bzxrnpix, bâton), très voisines des bacilles comme forme, sont aussi des phasmides sans ailes. Leurs espèces extrèmement nombreuses se rencontrent sur tous les continents dans les parties chaudes. La bacteria arumatia a pour patrie la Guadeloupe et l'Amérique inter-tropicale ; elle simule avec la plus rare perfection une longue branche d'arbre. Le diapheromera femorala est très commun aux États- Unis. On l'appelle « cheval de la sorcière » dans le Massachusetts ; « alligator des prairies » dans d’autres États. Cet animal peut être exactement comparé à une paille animée.
Lorsqu’au repos son corps grêle est accolé à la tige d’un arbuste, lorsque ses paites serrées contre le corps s'étendent en avant de la tête, il est matériellement impossible de remarquer sa présence. L’œil le plus perçant ne saurait le distinguer. Au réveil, la paille s’agite, les antennes frémissent, la bête s'éloigne rapidement avec ses pattes en aiguilles à tricoter. Si c’est une femelle chargée d'œufs, le spectacle est fort intéressant, car l'animal se hisse en se déhanchant d’une façon véritablement burlesque, craignant probablement de perdre l’équilibre malgré la grande surface d'appui que lui four-
Fig. ie Danois nissent ses pattes écartées. Le dia-
Un morceau de bambou qui marche! pheromera denticra habite le Texas méridional ; la longueur de son corps dépasse souvent quinze centimètres. Il est moins fluet que le précédent, mais aussi curieux à étudier au point de vue qui
nous occupe.
D’autres espèces, plus bizarres, plus caractéristiques si possible, vivent sous des cieux plus brülants. Leur corps est d’une extrème ténuité, renflé seulement aux attaches des membres. Au Mexique, c’est le phanocles (fig. 104) qui mesure près de trente centimètres de longueur ! Que dire de la femelle, complètement dépourvue d'ailes, du spectre à pattes épineuses, le phibalosoma acanthopus (fig. 105), qui
réside à Java, ou de la femelle, également aptère, de la bactérie auriculée, phibalosoma phyllocephalura, qui vit dans les solitudes de l’intérieur du Brésil ? Elles comptent toutes deux une quarantaine de centimètres de long sur trois ou quatre millimètres de large ! |
Ce sont là de véritables bâtons, ou plutôt de grèles fétus marchant, minces branches, sèches et cassantes, perdues au milieu des végétaux qu'elles imitent aussi bien dans leur forme que dans leur coloration ! La phibalosoma phyllocephalura porte à la tête une paire d’appendices fort remarquables qui s’étalent ‘comme des oreilles de chauve-souris, et son dos est muni, juste entre les deux paires de pattes postérieures, d'un aiguillon puissant dirigé vers le haut. Ces longues bêtes sont d’une extrême indolence, malgré les ressemblances protectrices qu’elles offrent à un si haut degré ; leur timidité est très grande. La nuit seulement elles osent brouter les feuilles des taillis et des buissons qui les cachent à tous les yeux. Le jour, elles restent plongées dans un profond sommeil, gardant une immobilité parfaite ; le vent sud les agite, mais sans les réveiller.
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Toutes les formes de phasmides que nous avons mentionnées jusqu'ici ressemblent à de simples baguettes plus ou moins nues et régulières ; il y en a d’autres qui offrent sur le corps des / expansions foliacées d’un effet vérita- Hi Rob Phi Alo-ome, blement étonnant. On croirait voir tantôt Un spectre fantastique comme on s'imagine qu'il en un rameau portant ses feuilles — c’est existe dans les grottes des fées et des enchanteurs. le cas des céroys du Nicaragua { fig. 106), — tantôt un fragment de tige avec des taches de lichens entremêlées d’épines — c’est celui des hétéroptéryx recueillis et étudiés par Wallace à Bornéo.
Les papillons de nuit vivent pendant le jour accrochés aux écorces des arbres. On sait que la teinte des ailes étalées de ces insectes est toujours de couleur brune, comme celle des écorces et que, de plus, elles présentent comme elles des marbrures plus ou moins nettes.
Signalons aussi un poisson d'aspect très étrange, le phylloptéryx chevalier, dont
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le corps verdâtre, à l'apparence décharnée et pourvu de nombreuses banderoles irrégulières, se confond absolument avec les algues connues sous le nom de fucus au milieu desquelles il vit (Voir page 143, fig. 83). Les exemples analogues abondent: citons encore le gastropaca quercifolia, qui ressemble à des feuilles mortes ; les papillons appelés lichénés, qui ressemblent aux lichens sur lesquels ils vivent posés ; les cryptorynchus du Brésil, qui figurent les bourgeons des plantes sur lesquelles on les trouve ; les chlamys, que l’on prendrait pour des graines, etc.
Une autre série de faits relatifs au mimétisme nous est fournie par des êtres inoffensifs ayant l'aspect d’un autre être dangereux. Ce sont là les exemples les plus frappants du mimétisme, car les êtres qui se miment ainsi sont d’une organisation très différente de ceux dont ils prennent le masque. De plus, ce n’est pas là seulement une ressemblance fortuite comme on pourrait en trouver entre des êtres pris en des points différents du globe, car les espèces dont il s’agit ici habitent les mêmes régions et souvent partagent la même vie. Il y a en outre ce fait général que l’espèce-copie est toujours moins abondante que l'espèce dangereuse. IL est de toute évidence que les êtres inoffensifs bénéficient de la crainte ou de la répulsion qu’inspirent dans le même lieu les
Fig. 106. — Céroys du Nicaragua.
Ne croirait-on pas une branche d'arbre
couverte de lichens”? espèces qu'ils imitent.
Dans l’Amérique du Nord existe un magnifique papillon de jour du groupe des héliconides : c’est l’ithonia ilerdina ( fig. 107). Ces papillons ont de grandes ailes décorées de brillantes couleurs ; mais ils exhalent une odeur repoussante provenant d’une liqueur fétide qui suinte de leur corps. Par suite, le goût de leur chair doit être très désagréable ; et les oiseaux connaissent sans doute cette particularité, car ils ne s’attaquent jamais à eux : on chercherait vainement dans les forêts des débris de ces papilions. Dans les mêmes forêts existent aussi d’autres papillons appartenant à un groupe très différent, celui des leptalidés (Leptalis theonæ) (fig. 108). Les premiers possèdent trois paires de pattes, tandis que les seconds n’en ont que deux paires bien développées; mais, malgré cette différence anatomique et quelques autres assez peu importantes, leur apparence extérieure est tellement semblable qu’elle a. trompé au début des naturalistes cependant très exercés, tels que Wallace et Bates, qui confondirent pendant quelque temps les espèces des deux groupes. Or, les leptalidés n’exhalent aucune odeur répugnante et, à cause de leurs couleurs bril-
lantes, deviendraient bientôt la proie des oiseaux. Grâce à leur ressemblance si remarquable avec les héliconides, ils sont dédaignés par les oiseaux, qui ne peuvent établir la distinction.
D'autres fois, c'est l’un des sexes seulement qui est mimé : ainsi le diadema misippus femelle est fétide comme le danaïs chrysippus ;: le mâle ne l’est nullement. Et l’on voit que c’est précisément le sexe le plus utile à la consérvation de l'espèce qui est pourvu de protection : le mâle, une fois son rôle rempli, peut mourir: la femelle doit au contraire subsister pour laisser mürir les œufs et effectuer la ponte.
Un autre insecte orthoptère de nos pays, le condiglodera, est inoffensif, mais s’est travesti en un insecte coléoptère très carnassier, dont il partage l'habitat dans les terrains sablonneux bien exposés au soleil.
Fig. 107. — Ithonia, Fig. 108. — Leplalis.
Ces deux papillons se ressemblent beaucoup, mais il y a entre eux autant de différence qu'entre l'oronge, mets délicieux, et la fausse-oronge, poison violent.
-Dans nos régions on rencontre aussi un grand nombre de papillons, en particulier du genre sésie, qui ressemblent d’une manière étonnante à des abeilles ou à des guépes : ce n’est pas sans une certaine appréhension qu’un naturaliste même expérimenté les saisit avec les doigts.
De même les mouches du genre éristale, abondantes en été sur les fleurs pourraient être confondues avec des abeilles et bénéficient sans aucun doute de la terreur que celles-ci inspirent à leurs ennemis grâce à l’aiguillon dangereux dont elles sont pourvues.
Un cas plus extraordinaire de mimétisme défensif par terrification est celui des papillons brésiliens du genre caligo. Dans leur position normale de repos, la tête en bas, ces animaux ressemblent à s’y méprendre à une tête de chouette vigilante, les yeux grands ouverts ; le mimétisme est si extraordinaire que les taches ocellées des ailes reproduisent non seulement l'œil de la chouette, mais encore la tache lumineuse qui se produit normalement sur la cornée. Nul doute que cette apparence terrifiante écarte de l'inoffensif papillon endormi les petits oiseaux carnivores qui, sans cette protection, en feraient infailliblement leur proie. (Le Dantec.)
Le cas de mimétisme le plus remarquable par son utilité est peut-être celui des mouches du genre volucelle (fig. 109), qui paraissent tellement identiques aux bourdons, au milieu desquels elles vivent, que ceux-ci les prennent pour des
insectes de la même espèce et se laissent duper par eux. Les volucelles, en effet, sous le couvert de leur déguisement, pénètrent dans les nids des bourdons sans être reconnues et déposent leurs œufs au milieu des provisions que les bourdons accumulent pour leur progéniture. Un peu plus tard, les larves des mouches sortent. et profitent de cette nourriture, aux dépens des jeunes larves de bourdons, qui en sont les légitimes propriétaires.
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Fig. 109. — Bourdons (A) et Volucelles (B).
Comme quoi il est souvent difficile de distinguer les honnêtes gens des voleurs,
Dans l'Amérique méridionale, beaucoup de serpents inoffensifs copient fidèiement d’autres serpents, les élaps, par exemple, qui sont extrêmement dangereux. D’après M. Ph. François, dans les récifs de corail des Nouvelles-Hébrides on trüuve un poisson du groupe des murénides qui cohabite avec un élaps dans” 2ux et lui
ressemble étonnamment, *
Le savant Bates raconte qu’au Brésil une grande chenille lui causa une certaine frayeur par suite de son apparente conformité avec la tête d’un serpent venimeux. On peut dans nos régions faire des observations analogues. C’est le cas notamment d’une chenille (fig. r10), le chœrocampa elpenor ; elle possède de chaque côté du premier et du deuxième segment abdominal de larges taches semblables à des yeux qui n’attirent pas l’attention quand l’insecte est au repos. Mais que la chenille vienne à être effrayée, immédiatement la tête rentre dans le corps, en même temps que les taches en question donnent à la partie antérieure l’aspect d’une tête de serpent. La simulation est si bien faite qu’on retire vivement la main quand on veut la saisir. Les animaux en sont aussi effrayés.
Poulton raconte qu’il offrit une chenille de cette espèce à un iézard vert bien
té?
Fig. 110. — La chenille du chœrocampa,
Pour effrayer les lézards qui veulent la dévorer, elle se donne des airs de serpent en colère. Et ça réussit!
développé. Le lézard ne savait trop s’il devait attaquer la chenille, qui avait pris
une attitude agressive. IL s’avança bravement ; mais, effrayé tout à coup, il revint en arrière. Ce manège se renouvela plusieurs fois ; néanmoins, à chaque tentative, il approchait un peu plus de la chenille. Encouragé par l’immobilité de celle-ci, le lézard porta une dent timide dans ce qui paraissait être la tête de la chenille.
Épouvanté de son audace, il recula vivement ; mais voyant que l’insecte ne répondait pas à ses attaques, il s'avança avec résolution et risqua un coup de dent plus énergique. Après quelques morsures données avec les mêmes précautions, le pusillanime lézard s’aperçut enfin qu'il n'avait rien à craindre et se mit à dévorer la chenille.
La chenille du dicranura vinula offre un phénomène analogue. Ef-
frayée, elle gonfle sa tête, et deux taches noires qu’elle porte lui donnent un aspect terrifiant,