CHAPITRE XXI
Les bêtes gélatineuses.
Je me souviendrai toujours de la mine ahurie d’un jeune étudiant qui était venu travailler au laboratoire maritime de Saint-Vaast-la-Hougue, si admirablement dirigé par M. Edmond Perrier, mon Maitre si bienveillant, et qui m’exprima le désir d'étudier des méduses. Je l’envoyai en récolter lui-même dans le port où l’on remise les embarcations et dont l’eau, lui dis-je, en était remplie. Une demi-heure après, je le vis revenir, l’air furieux, me disant que je m'étais « payé sa tête», car il n’avait pas aperçu la moindre méduse. Pour toute réponse, je pris un filet fin et l’allai plonger dans l’eau du port. Après en avoir inspecté la surface, j'en ramenai une admirable petite méduse. Nouveau coup de filet, nouvelle méduse. Encore un coup de filet : c'était une chatoyante béroë. Encore un autre : c'était un cydipe. Le jeune étudiant n’en revenait pas ; il avait beau écarquiller les yeux, il ne voyait rien.
C’est qu’en effet les animaux que je viens de citer sont transparents comme du cristal et leur corps gélatineux se confond tellement avec l’eau, qu'il est presque impossible de les en distinguer. Je dis presque, parce qu'avec un peu d'habitude on finit par les apercevoir, surtout à cause de leurs mouvements de natation et aussi de certains chatoiements de leur surface.
Les méduses vivent toujours à la surface de la mer; on peut les observer souvent sur le littoral, où bon nombre s’échouent à marée basse.
Le rhizostome de Cuvier est une des méduses les plus communes de nos côtes. On la rencontre surtout dans l’océan Atlantique et la Manche. Elle nage presque à fleur d’eau, maïs il lui arrive réquemment d’être rejetée sur la plage, où, par son aspect gélatineux, elle excite généralement le dégoût des baïgneurs. Surmontez un peu ce sentiment, et plongez la dite méduse soit dans un seau d’eau, soit dans un aquarium, vous serez alors frappé de l'élégance de son corps. Sa constitution est très simple; c’est, en somme, une cloche munie de son battant. La cloche, qu’on appelle aussi, avec juste raison, « l’ombrelle », est transparente comme du cristal et, n’était une légère teinte bleue opalescente, elle serait invisible au milieu de l’eau de mer, elle a au maximum 5o centimètres de diamètre. Le battant de la cloche se résout, à sa partie inférieure, en un grand nombre de lames ondulées, framboisées ; c'est tout à fait à l'extrémité de ces digitations que se trouvent les bouches de l'animal. Dans la mythologie, la divinité Méduse avait une tête horrible dont les cheveux étaient remplacés par des serpents sifflants. Une pareille tête, on le comprend, terrifiait ceux qui la regardaient,
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Le mot méduse a été attribué aux animaux que nous étudions parce que l’'ombrelle (avec un peu de bonne volonté) ressemble un peu à une tête et que les filaments du battant, de même que ceux qui ornent souvent le bord de l’ombrelle, res semblent vaguement à des serpents. Voilà la réponse à cette phrase de Michelet : « Pourquoi ce terrible nom pour un être si charmant ? » En temps ordinaire, les rhizostomes se laissent aller au gré de l’eau, dont l'agitation les maintient à la surface. De temps à autre, elles se mettent à nager. Pour ce faire, elles dilatent leur corps qui se remplit d’eau, puis elles se contractent brusquement : c'est le mouvement de recul ainsi produit (comme dans le tourniquet hydraulique) qui fait progresser l’animal.
Ces mouvements successifs de dilatation et de contraction avaient déjà été remarqués des anciens, qui donnaient aux méduses le nom de « poumons de mer ». Les méduses nagent un
peu sur le côté, l’ombrelle en avant, le battant en arrière.
Grâéé à ce mouvement, elles peuvent progresser beaucoup
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reste =»
plus vile qu'on le croirait au premier abord. Les rhizostomes peuvent même être considérés comme des migrateurs; cela explique pourquoi, à certaines époques de l’année, très varia-
Fig. 125. — Pélagie noctiluque. bles, ils peuvent être abondants
Une gracieuse méduse qui la nuit brille d'un feu mystérieux x aux reflets opalins, ce qui la fait ressembler à une étoile ou manquer complètement en
MO Neue un même point. Je suis resté ‘ deux mois sur une plage de la Manche sans en voir un seul, alors que, l’année précédente, il y en avait eu en si grande abondance qu'ils gènaient les baigneurs se livrant au plaisir de la natation.
Tout le corps des rhizostomes est revêtu d’une multitude de petites capsules microscopiques qui, excitées, projettent au dehors un petit filament et sécrètent en même temps une goutte de liquide irritant : ces « capsules urticantes », comme on les appelle, foudroient littéralement les petits animaux dont les rhizostomes font leur nourriture. Elles peuvent aussi produire des démangeaisons désagréables sur la peau des personnes, surtout-des dames et des enfants, qui viennent à les toucher, et même provoquer un peu de fièvre; aussi recommande-t-on toujours aux bai-
on
gneurs de toucher le moins possible aux méduses, Cela est un peu exagéré en ce qui concerne les rhizostomes, mais, néanmoins, le conseil est bon à suivre pour certaines autres méduses; il en est, en effet, dont les piqüres font presque autant de mal que celles des orties et produisent une rougeur que l’on prendrait pour un eczéma.
Une des plus redoutables sous ce rapport est la méduse chevelue /Cyanea capil-
Fig, 126. — La naissance des méduses.
D'abo:d un verre à boire, puis une pile d'assiettes, puis une fleur des eaux, qui s'en va au loin doucement enlrainée par le flot. Que de mystères au sein de l'Océan !
lata;. Le pendant de sa cloche forme une véritable chevelure flottante et diaphane qui vient se coller aux bras et aux jambes des baigneurs, auxquels elle reste
. adhérente quand l'animal se sauve.
Une autre méduse également commune est l’aurelia aurita, dont le corps est blanc rosé et laiteux. La cyanea capillata, remarquable par sa couleur jaune et ses dessins bruns et pourprés, n’est pas, non plus, très rare.
De nombreuses espèces sont phosphorescentes pendant la nuit (fig. 125); elles
paraissent devoir cette propriété à divers petits organismes qui habitent leur corps.
La conservation des méduses en collection est pour ainsi dire presque impossible : l'alcool lui-même les dessèche, les blanchit, les racornit et finalement ne laisse qu'une masse informe. Quand on les laisse se décomposer sur la plage, elles dispa-
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raissent très vite et fondent en quelque sorte; elles ne renferment à leur intérieur aucun corps solide qui puisse subsister. Certaines espèces pesant 5 à 6 kilogrammes, ne pèsent plus, desséchées, que 10 à 12 grammes : tout le reste est de l’eau. Les méduses sont toutes marines; mises dans l’eau douce, elles y meurent rapidement. Filles se nourrissent de tous les animaux qui flottent dans la mer : crustacés, r scans, mollusques, vers, etc. Elles avalent leurs proies sans les manger et, qua celles-ci sont volumineuses, il n’est pas rare de voir la partie ingérée presque digé&e; alors que la partie qui est au dehors vit encore : tous ces faits seraient bien intéressants à observer dans un aquarium; malheureusement les méduses y meurent très rapidement, quelque soin que l’on mette à renouveler l’eau et à les nourrir.
Les méduses sont fort curieuses au moment de la reproduction. On voit apparaître sur leur corps des taches brillamment colorées qui ne sont autres que des amas d'œufs. De chaque œuf naît une larve vermiforme qui, après avoir nagé quelque temps, se fixe, grandit, et se transforme en une sorte de verre à boire dont le bord se garnit de tentacules ( fig. 126). Le verre s’allonge toujours et, bientôt, on voit apparaître à la surface des sortes de pincements qui s’accentuent rapidement. Les étranglements continuant, le verre se trouve divisé en une série de disques empilés les uns sur les autres, comme des assiettes placées les unes sur les autres. Le tout se désarticule, chaque disque s’isole et flotte dans la mer, en se transformant progressivement en une méduse.
Ce que je viens de dire ne s'applique qu'aux grandes méduses. Les petites naissent sur des polypiers.
Les polypes hydraires sont de taille généralement faible ; on les trouve fixés aux algues et aux rochers. Ils forment des colonies de polypes quelquefois tous semblables, mais plus souvent encore profondément différents les uns des autres : certains polypes se consacrent à la nutrition de la colonie; les autres jouent le rôle de défenseurs ; d’autres, enfin, servent exclusivement à la reproduction : nous en avons vu un bel exemple dans le chapitre 1, à propos des hydractinies.
Parfois l'on observe chez eux un phénomène fort curieux ; les polypes reproducteurs se détachent de la colonie et vont nager dans la mer, sous la forme de petites méduses transparentes comme du cristal et rappelant jusqu’à un certain point les grandes méduses que nous venons d'étudier. Ces petites méduses affectent la forme d’une cloche, pourvue sur ses bords d’yeux colorés et de longs tentacules des plus fragiles et des plus élégants ; rien n’est joli comme de voir ces petites méduses nager par des contractions générales qui leur donnent une progression saccadée. Les œufs qu’elles portent tombent au fond de l’eau et redonnent des polypiers : c’est le phénomène des générations alternantes.
En même temps que les méduses, on voit fréquemment flotter dans la mer d’autres animaux gélatineux transparents comme du cristal ; l’un de ceux que l’on
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rencontre le plus souvent est une sorte de boudin ou plutôt de cornichon, si transparent qu’on a de la peine à le voir nager au sein de l’eau. Le béroë, comme on l'appelle, est garni de palettes, disposées en rangées longitudinales et constamment en mouvement ; c'est grâce à ces palettes aux reflets irisés que l'animal nage.
Un autre animal analogue est le cydipe qui ne diffère guère du béroë qu’en ce que son corps est une boule de la grosseur d’une noix au lieu d’être, cylindre.
Fig. 127. — Ceste de vénus. Une ceinture mobile qui s'enroule d'elle-même. Ferait la fortune d’un industriel qui saurait l'imiter.
Il a comme lui des palettes natatoires, mais en outre il possède deux longs filaments plumeux grâce auxquels il peut capturer les petits animaux dont il fait sa nourriture.
Mais un des plus curieux de ces animaux gélatineux est le ceste de vénus ( fig. 127), qui semble une longue ceinture de cristal et que l’on croirait de verre s’il n’avait la faculté de se ployer de mille façons. Sa surface est irisée et brille de mille couleurs quand le soleil vient la frapper. I1 nage lentement et semble indifférent au monde extérieur. Mais ce calme n’est que trompeur ; vient-on, en effet, à le troubler brusquement, il s’enroule sur lui-même en spirale, en commençant par une de ses extrémités, — tout comme un « calicot » roule une ceinture pour permettre à un client de l'emporter facilement.
Les siphonophores comptent, à juste titre, parmi les animaux les plus élégants de la mer. Pour comprendre leur constitution, il faut imaginer qu’une méduse plus
ou moins déformée vienne à bourgeonner un grand nombre d'individus secon-
daires, individus à fonctions diverses, les uns reproducteurs, les autres nourriciers, les autres défenseurs, etc. On obtient ainsi une colonie transparente, à individus multiples et variés.
Bien peu d'animaux, dit M. Ed. Perrier, excitent l’étonnement au même degré que
les siphonophores ; bien peu offrent des formes aussi capricieuses, aussi variées , aussi inattendues. Qu’on imagine de véritables lustres vivants, laissant flotter
- Fig. 128. — La physalie ou galère.
Bête gélatineuse qui ne parait nullement äangereuse, mais qui brûle comme l'ortie quand on la touche. Les animaux qui ont le malheur de vouloir s'approcher d'elle sont instantanément paralysés. Mais aussi qu’allaient-ils taire dans cette « galère»? :
nonchalamment leurs mille pendeloques au gré des molles ondulations de la mer tranquille, repliant sur eux-mêmes leurs trésors de pur cristal, de rubis, de saphirs, d’émeraudes, ou les égrenant de toute part comme s'ils laissaient tomber de leur sein une pluie de pierres précieuses, chatoyant des innombrables reflets de l’arc-en-ciel, montrant en un instant à l’œil ébloui les aspects les plus divers, tels sont ces êtres merveilleux, bijoux animés que l’on croirait fraichement sortis de l’écrin de quelque reine de l'Océan. L'esprit ne saurait rien rêver de plus riche, et c’est précisément pourquoi la froide analyse des naturalistes est demeurée longtemps confondue en présence d’organismes qui ne semblaient relever que de la fantaisie d’un divin joaillier. Les siphonophores sont bien connus des navigateurs, qui désignent l’un d’entre eux, la physalie, sous le nom de galère. C’estsurtout dans les mers chaudes et tempérées qu’ils abondent. Par les temps calmes, ils viennent à la surface et se laissent aller à la dérive, emportés par les courants, mais ils savent aussi très bien se soustraire à la poursuite de leurs ennemis. Après avoir suivi plus ou moins longtemps ia même route, on les voit tout à coup changer d’allure. L’extrême
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complexité de leur corps, fait pour flotter et non pour nager, n’est pas un embarras pour eux, toutes ses parties se mettent admirablement au service de la volonté directrice, leurs mouvements se coordonnent de la façon la plus précise.
Les siphonophores sont tellement délicats que la plupart, dans l’eau de mer où ils flottent, passent inaperçus. Il n’y a guère que la galère comme espèce « familière » aux marins.
Parmi les êtres marins qui flottent au gré des forces brutales de la mer, dit le prince de Monaco, il en est un, du groupe des cœlentérés, muni de certains caractères intéressants pour quiconque ne passe pas avec indifférence devant l'infinie variété des formes lancées par la nature dans la lutte pour l'existence : je veux parler de la physalie, plus connue sous les noms familiers de « galère » ou de « frégate portugaise », et que l’on trouve dans les eaux chaudes, notamment vers les latitudes açoréennes. Cet animal ( fig. 128), de consistance gélatineuse, comme les méduses, présente une couronne très fournie de filaments extensibles qui se partagent les rôles dans l’existence de l’organisme, et suspendue à un flotteur gonflé de gaz, rappelant, par sa forme, un chapeau de général, sans être plus gros que les deux poings. Les filaments, d’un beau bleu marine, peuvent s’allonger de trois ou quatre mètres ; ils portent de nombreuses vésicules presque invisibles, qui renferment chacune un petit dard fixé au bout d’un fil roulé sur lui-même, prêt à se détendre sur une proie, et mouillé d’une certaine liqueur très caustique. La physalie s’oriente-t-elle volontairement ou inconsciemment ? Le fait est qu’elle offre toujours son flotteur au vent sous un angle favorable pour la navigation. Elle possède les plus chatoyantes couleurs du vieux verre de Venise; c’est une merveille à contempler dans un vaste récipient d’eau où ses filaments s’allongent et se rétractent indépendamment les uns des autres, mais sans interruption. Quelque petit poisson rêveur laisse-t-il passer sur lui le doucereux ballon, touche-t-il à peine un des fils caressants ? aussitôt les vésicules stimulées lancent leur dard baigné de poison, et la victime, instantanément paralysée, n’oppose aucune résistance au sort qui l’attend. Car déjà une autre couronne de filaments plus courts, chargés de la digestion, commence son œuvre ; et le poisson, naguère frétillant sous le reflet de ses écailles argentées, se couvre d’une bave corrosive qui met à nu ses chairs mortes. Les derniers jours qui précédèrent notre arrivée aux Açores furent occupés à recueillir les physalies près desquelles nous passions, pour étudier les gaz qu'elles mettent dans leur flotteur et la façon dont elles les extraient du sein de la mer. Il y avait mérite à cela, car, en dépit de sa méfiance, l'opérateur ne pouvait éviter complètement les flèches urticantes, qui lui causaient chaque fois pendant plusieurs heures une vive souffrance. On n’échappe guère à ce désagrément si l’on manipule beaucoup de physalies, dont la substance très fragile s’émiette un peu sur tous les objets qui les touchent sans que, durant plusieurs jours, la virulence de leur venin s’amoindrisse.
Les récits relatifs aux dangers qu’il y a de toucher aux galères abondent d’ail-
leurs dans les relations des voyageurs.
Un jour, dit Leblond, dans son Voyage aux Antilles, je me baignais avec quelques amis dans une grande anse, devant mon habitation. Pendant qu’on péchait de la sardine pour le déjeuner, je m’amusai à plonger, à la manière des Caraïbes, dans la lame près de se ployer.. Cette prouesse faillit me coûter la vie. Une galère (il y en avait plusieurs échouées sur le sable) se fixa sur mon épaule gauche, au moment où la mer me rapportait à terre ; je la détachai promptement, mais plusieurs de ses filaments restèrent collés à ma peau, jusqu’au bras. Bientôt, je sentis à l’aisselle une douleur si vive, que, près de m’évanouir, je saisis un flacon d’huile qui était là, et j’en avalai la moitié pendant qu’on me frottait avec l’autre; mais la douleur s'étendant au cœur, j'eus un éva-
nouissement. Revenu à moi, je me re assez bien pour retourner à la maison, où deux heures de repos me rétablirent, à la cuisson près, qui se dissipa dans la nuit.
Méduses, béroës, cydipes, siphonophores, tout cela est cousin-cousine et il n’est pas extraordinaire que tous aient comme caractère commun d’être gélatineux et transparents. Mais ce qui est digne d'attention, c’est que l’on peut rencontrer des animaux analogues dans d’autres groupes où la chose est loin d’être la règle.
Fig. 129. — La firole.
Qui reconnaitrait dans cette bête cristalline et délicate un petit cousin de maître celimaçon et de sa commère la limace?
Aïnsi, dans les mollusques, ces animaux en général lourdauds qui, affublés d’une coquille pesante, se contentent de ramper ou de se fixer sur un rocher, qui se serait douté que l’on püt rencontrer des espèces pouvant faire concurrence aux méduses par la vie errante et la transparence? C’est cependant ce qui a lieu. Ainsi les firoles (Jig. 129) sont des sortes de longues lanières sans forme bien précise, transparentes et gélatineuses, qui, malgré leur aspect fantasque, doivent, sans nul doute, être considérées comme des mollusques. En avant on remarque une sorte de trompe très mobile, au moyen de laquelle l'animal mange sans cesse. Au milieu du corps, on remarque une palette servant à la natation : c’est le pied. Enfin, en arrière, sur le dos, s’épanouit une branchie en forme de panache.
Mais le plus curieux des mollusques transparents est le phyllirrhoë (fig. 130), qui, en outre, est lumineux.
Les phyllirrhoës, gastéropodes appartenant à l’ordre des opistobranches, sont des mollusques sans coquille, pisciformes,. à corps allongé, comprimé latéralement. Ils sont munis antérieurement de deux longs tentacules, et leur extrémité postérieure est tronquée. Leur corps, d’une transparence vitrée parfaite, peut aisément échapper aux regards,
mais cette transparence permet d'étudier avec beaucoup de facilité leur organisation dans ses plus intimes détails. Ce sont des animaux pélagiques. Ils ont des mœurs crépuscu-
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laires et nocturnes, et une progression lente. Ces mollusques habitent le Pacifique, l'Atlantique, la Méditerranée et possèdent à un haut degré la faculté de produire de la lumière.
En agitant l’eau dans laquelle se trouve un phyllirrhoë bucéphale, ou en le touchant, on voit une luminosité jaillir de son corps et, en le stimulant avec une goutte d’ammoniaque, la surface de son corps et ses longs tentacules luisent d’une lumière vive et azurée.
Toutefois, c’est aux bords supérieur et inférieur du corps que la lumière est le
. plus intense, de telle sorte Fig. 130. — Le phyllirhoë,. que cette brillante illumi-
Son existence est calme : grâce à sa transparence, il le àla vuede hation délimite parfaiteses ennemis. Si, d'ailleurs, ceux-ci s'avisent de le toucher, il leur fait voir « trente-six chandelles ». ment le contour du mol-
lusque. Il est important d'ajouter que cette luminosité ne se communique pas aux liquides et aux solides en contact avec le phyllirhoë, contrairement à ce qui a lieu chez quantité d'animaux photogènes. (H. Gadeau de Kerville.)
Des espèces transparentes peuvent encore s’observer chez les tuniciers, animaux à organisation encore plus élevée que celle des mollusques. C’est dans ce groupe en effet que se place un être bien bizarre, le doliolum, que l’on ne saurait mieux comparer, par sa forme renflée au milieu, qu'à une barrique dont les cercles seraient repré- LT sentés par des muscles = Tr em circulaires (jig. 131).
L'animal lui-même Fig. 131, — Le doliolum,
É est en quelque sorte Une barrique transparente : Un tonneau sans fonds ! Le voilà bien le tonneau 1064
des Danaïdes ! Avouez qu'il y a vraiment, de par le monde, des animaux enfermé dans l’épaisextraordinaires !
seur même du tonneau. Le milieu du tonneau est creux ; il est parcouru constamment par un courant d’eau qui sert à la respiration : c’est un véritable tonneau des Danaïdes.
Le même doliolum est encore singulier quant à sa reproduction. En un point de son corps, On remarque une sorte de corne qui, bien qu’un peu volumineuse, rappelle le robinet des barriques. Au moment de la reproduction, cette corne s’allonge, se transforme er un long stolon, et sur celui-ci naissent de petites tumeurs. Ces
à Toi 1! » 7 LP » 2 CCE DER OR ME A Ant À ce | NE y ét 29