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LES SERPENTS DE MER 253 RAEANT PINCE LEON PR RTL ne
Quand on les sort de la mer, ils sont en quelque sorte aveuglés, tant est considérable la contraction de la pupille, ce qui, joint à la difficulté qu'ils éprouvent à soutenir sur le sol leur corps à ventre caréné, les rend alors aussi incertains et maladroits de leurs mouvements qu'ils sont au contraire lestes et agiles pendant la natation.
L'examen des matières contenues dans le tube digestif prouve que Îes jeunes ne mangent que de petits crustacés, tandis que les adultes recherchent les poissons, et Cantor cite, parmi les espèces dont on a ainsi retrouvé les débris, des polynèmes, des sciènes, des muges, puis des bagres et des pimélodes, qui paraissent être leur nourriture favorite, quoique ces dernières espèces occupent de préférence les eaux profondes.
Leur ennemi le plus acharné est l'aigle pêcheur.
Les mues de ces espèces maritimes sont fréquentes, mais généralement l'épiderme se
Fig. 138, — Pélamis bicolor.
Serpent de mer authentique, mais de taille très ordinaire.
déchire. Ainsi que les espèces maritimes, elles sont recherchées par des êtres vivants qui se fixent sur elles ; mais, tandis que les serpents ordinaires fournissent à l’alimentalion des acariens qui s’eltachent à leurs téguments, les serpents de mer ne subissent aucune attaque semblable et servent uniquement de support aux animaux errants, à la manière de tout corps solide, flottant au milieu des eaux. Tels sont les anatifes entre autres, que Cantor a fait figurer et dont il a trouvé de nombreux individus sur un même serpent. L’adhérence n’allant pas au delà de l’épiderme, la chute de celte enveloppe débarrasse les serpents.
Les serpents de mer vivent et chassent à la surface de la mer ; ils ne s’enfoncent profondément que lorsque le temps est orageux. Pour pouvoir voir à diflérentes profondeurs, leur pupille est très contractile : en plein jour, elle se ferme de manière à se transformer en un simple point: sous l’eau, la pup Ile se dilate de manière à laisser pénétrer le plus possible de rayons. umineux affaiblis.
Réunis en troupe, la tête hors de l’eau, ils fendent l’eau avec une grande rapidité. Viennent-ils à rencontrer un banc de polypiers, ils s'y enroulent par la queue pour se reposer un instant. Quand la mer est calme, ils restent immobiles et se laissent bercer par les flots : un navire, passant à côté d'eux, les laisse souvent même indifférents. Cer-
taines espèces sont cependant timides et se laissent couler à pic quand elles aperçoivent un objet insolite sur la mer. Les petits naissent tout vivants et non dans des œufs.
Les pêcheurs malais et océaniens ramènent souvent des serpents de mer dans leurs filets, mais ils en ont grand’peur et se hâtent de les tuer. C’est qu’en effet leur morsure est des plus dangereuses. Ainsi, en 1837, un homme de l'équipage du vaisseau de guerre Algérine fut mordu à l'index de la main droite, si peu qu’il ne s’en occupa pas, et continua à vaquer à ses affaires. Mais au bout d’une demiheure, il fut pris de vomissements et de sueurs froides, tandis que les pupilles se dilataient et que le pouls devenait intermittent. Un peu plus tard, la partie mordue enfla considérablement et le visage prit une couleur grisätre. Finalement la respiration devint anxieuse et la mort survint quatre heures après la morsure. De même, en 1869, un capitaine de navire mourut soixante et onze heures après une piqüre faite à la jambe.
Cantor a rassemblé, sur l’action du venin des serpents de mer et surtout de l'hydrophide, de nombreuses observations que Duméril et Bibron résument de la façon suivante :
Un hydrophide long de 4 pieds 2 pouces, mesure anglaise, pique un oiseau, qui tombe immédiatement et fait d’inutiles efforts pour se relever. Au bout de quatre minutes, il survient de légers spasmes de tout le corps. Les yeux sont fermés, la pupille est immobile et dilatée. Il s'écoule de la bouche une salive abondante et huit minutes après l'introduction du venin dans les tissus, l'animal expire au milieu de violentes convulsions.
Un autre oiseau, également piqué à la cuisse et par le même animal, immédiatement après, expire au milieu de semblables symptômes en moins de dix minutes. Par unc dissection faite une demi-heure après la mort, on trouve, chez les deux oiseaux, un léger épanchement sanguin dans le lieu de la blessure et un peu de lÿmphe sanguinolente sous la peau; mais rien d'autre ne peut être constaté. Un oiseau blessé dans les mêmes points que les précédents et par un hydrophide d’espèce différente, long de 2 pieds 3 pouces, éprouve de violentes convulsions et meurt en sept minutes.
Cantor ne s’est pas borné à ces essais ; il a soumis aux effets du venin des reptiles et des poissons. Voici les détails principaux de ces expérimentations. Un hydrophide schisteux, de 2 pieds 7 pouces, blesse à la lèvre une tortue trionix du Gange. Cinq minutes après, elle commence à frotter avec une de ses pattes le point où la dent a pénétré et continue ainsi pendant quelques instants ; mais au bout de seize minutes, les membres sont paralysés et immobiles et les yeux restent fermés. En écartant les paupières, on voit la pupille immobile et dilatée. IL s'écoule vingt-cinq minutes seulement jusqu’à l'instant de la mort de cet animal. A part les petits changements survenus dans les parties blessées, on ne trouve rien d’anormal. Il en est de même pour une seconde tortue mordue par un autre serpent de la même espèce et la mort arrive en quarantesix minutes.
Une couleuvre caténulaire, longue de 3 pieds et demi environ, est blessée à la région inférieure, un peu au-devant du cœur, par un hydrophide strié, de même taille et dont les crochets restent implantés dans les tissus pendant trentes secondes environ. Trois minutes se sont à peine écoulées, que la couleuvre commence à ressentir les effets du poison, car elle se roule tantôt d’un côté et tantôt de l’autre; puis bientôt la parlie postérieure du tronc et la queue sont frappés de paralysie. Au bout de seize minutes, le serpent ouvre convulsivement la bouche et les mâchoires restent écartées ; enfin l'animal succombe en une demi-heure.
Un poisson d’assez grande taille, le tétraodon, est piqué à la lèvre par un hydrophide long de 4 pieds. La victime, rendue à la liberté dans une cuve pleine d’eau de mer, y nage avec rapidité et comme à l'ordinaire sur le dos, l'abdomen étant distendu ; mais, au bout de trois minutes, malgré les efforts de l'animal, cette distension cesse, et puis à la suite de quelques mouvements violents de queue, il meurt, dix minutes s'étant écoulées depuis le moment de la blessure.
Quoique de taille assez faible, les serpents de mer authentiques sont, on le voit, encore plus à redouter que le grrrand serpent de mer de la légende.