CHAPITRE XXV
Les chevaliers du moyen âge.
Au Musée de l’armée, on peut voir une belle collection d’armures, comme en portaient les guerriers d'autrefois, mais qui ne lardèrent pas à disparaître quand les armes à feu commencèrent à se perfectionner. Ces carapaces nous font sourire aujourd’hui, car on devait être fort mal à l’aise à leur intérieur ; elles sont intéressantes néanmoins en ce qu'elles nous montrent, perfectionné par l'industrie humaine, un moyen de défense qui existe à l’état naturel chez certains animaux. Chez les crustacés, en effet, tout le corps est entouré d’une armure très solide, calcaire, qui ne laisse de libre que les articulations pour permettre les mouvements des paltes et autres appendices. Leur carapace est inextensible et, quand les animaux grandissent, ils doivent s’en débarrasser, ils muent. On les voit, à ce moment là, se cacher dans les endroits obscurs pour éviter autant que posible la
dent de leurs ennemis; la carapace se fend en divers endroits et les bêtes en sortent,
comme nous-mêmes de nos vêtements. La peau qui est au-dessous est fort molle, mais ne tarde pas à durcir et à former une nouvelle armure protectrice.
Nous allons passer en revue les crustacés les plus intéressants, en commençant par les espèces marines.
La langouste commune /Palinurus locusta) a une carapace épineuse, hérissée de :
poils courts et raides. Sa couleur est brun verdâtre, mais devient rouge par la cuisson. La tête est garnie de deux yeux et de deux longues antennes aussi grandes que le corps et couvertes de poils. IL n'y a pas de grosses pinces comme chez le homard. Ê
Les langoustes sont très voraces ; elles se nourrissent de poissons, de mollusques, de vers, d'étoiles de mer, etc. Elles se promènent dans les rochers à une certaine profondeur et ne nagent que rarement. Elles aiment beaucoup à grimper. La langouste femelle, en septembre et novembre, pond près de deux cent mille œufs, qui viennent s'attacher aux pattes de la queue.
D’après les renseignements que donne H. dela Blachère, la durée de l’incubation est de six mois. Non seulement la langouste femelle sème ses embryons en redressant et étendant sa queue lorsque le moment est venu, mais M. Coste a vu une langouste contribuer directement à cette espèce d’échenillage. Elle promenait sur les grappes d'œufs, arrivés à terme, les articles bifides et dentelés de sa dernière paire de pattes ambulatoires, et se servait de ces espèces de peignes pour détacher les œufs. À peine nés, les jeunes s’éloignent en toute hâte pour gagner la haute mer.
RS es
POP TU NOR Put DOC ME
ils ct SN EC de, ALES
——__————pmc
Les formes primitives de ces êtres diffèrent tellement des formes adultes qu'il serait difficile, à l’éclosion des phyllosomes (comme on appelle ces larves), de les reporter à l'espèce dont ils proviennent. Ces embryons ont le corps aplati comme une feuille, membraneux et transparent, divisé en deux parties, dont l’antérieure, ovale et beaucoup plus grande que la seconde, forme la tête; la seconde, plissée en réseau, porte les pieds et se termine en arrière par un abdomen court et grêle. Les yeux, gros, sont portés par un long pédoncule. Les pieds sont longs et minces. Ils nagent pendant quatre jours, après quoi ils se transforment en petites langoustes.
On ne peut pas songer à cultiver des langoustes dans des viviers, parce que les larves s’en vont en pleine mer. La langouste se trouve abondamment dans la Méditerranée, on la prend sur les côtes occidentales et méridionales de la France. On la capture au piège, au moyen de paniers circulaires en csier, construits sur le principe des nasses et amorcés avec des viandes de boucherie. On assure que les langoustes mangées au moment où elles ont l'abdomen garni d'œufs peuvent causer des malaises, mais la chose n’est pas certaine.
Toujours est-il qu'il ne faut manger la langouste que très fraiche, car sa chair s’altère très rapidement.
Le homard /Homarus vulgaris) n’est pas, comme beaucoup de personnes se l'imaginent, le mâle de la langouste. C’est une espèce et même un genre parfaitement distinct. Il y a des homards mâles et des homards femelles. Le homard est reconnaissable à sa carapace unie, d’un brun verdâtre ou bleuâtre (devenant rouge à la cuisson), et à ses deux énormes pinces, dont l’une est beaucoup plus volumineuse que l’autre. Les antennes ne sont pas aussi longues que chez les langoustes. On rencontre les homards depuis les côtes de Norvège jusque dans la Méditerranée. Ils sont très abondants dans les eaux norvégiennes et anglaises.
Ils vivent constamment immergés sur les bancs et les terrasses qui s'étendent le long du continent, surtout dans les fonds pierreux recouverts d'algues. L'hiver, ils se tiennent dans les profondeurs, mais en été ils se rapprochent des côtes. Ils sont très batailleurs et se livrent entre eux des combats terribles. La femelle pond plus de douze mille œufs qu’elle porte, pendant six mois, attachés à son abdomen. Les petits, une fois éclos, s’en vont nager en pleine mer où la plupart deviennent la proie de nombreux ennemis qui les guettent. Au bout du trentième ou du quarantième jour, ils changent de peau, perdent leurs organes natatoires et tombent au fond de l’eau, où, dès lors, ils deviennent marcheurs.
On eapture les homards comme les langoustes, à l’aide de paniers en osier, appelés « casiers ». On en récolte environ deux millions par an sur les côtes de France. Ce sont les côtes de la Bretagne et des îles de l'Atlantique qui en donnent le plus. Comme la récolte varie énormément d’un jour à l’autre, on met les homards capturés dans de vastes viviers, d’où on ne les retire qu'au fur et à mesure des besoins; les jeunes aussi y grossissent. IL y a sur nos côtes d'immenses viviers à
COUPIN, — ANIM. EXCENTR. - 17
homards, notamment à Roscoff, à Concarneau, aux îles Glénans, etc. On n’y met pas seulement les homards français, mais aussi des homards et des langoustes de Norvège et d'Espagne.
Près de Southampton, il y a un réservoir pouvant contenir cinquante mille de ces crustacés. Ces homarderies sont établies de manière que l’eau de mer y circule constamment. Si l’on n'y prenait garde, ces crustacés aux instincts batailleurs auraient vite fait de se manger ou de se blesser les uns les autres. Mais on a soin d'introduire une petite cheville à la base de la partie mobile de chaque pince. Celleci, dès lors, ne peut plus s'ouvrir et le homard se trouve dépourvu de son principal organe d'attaque.
En Amérique il y a une quantité considérable de homards : c’est avec eux que l'on fait, principalement à Terre-Neuve, ces conserves de homards à bon marché et d'ailleurs d’un goût agréable.
La crevette grise ou crangon est extrêmement commune sur les côtes de l'Océan et de la Manche. C’est le premier animal peut-être que rencontrent les baigneurs. La pêche à la crevette est le complément nécessaire des bains de mer. En promenarit un filet emmanché ou truble dans la mer et les flaques d’eau, à marée basse, on en récolte presque toujours. Leur corps est presque transparent et couleur vert d’eau très clair. En avant, ils ne possèdent pas la sorte de scie (le rostre) aiguë et dentelée de la crevette rose ; il y a à sa place une série de lames aplaties. Les crangons cuits sont un mets excellent, supérieur, à mon avis, à celui que donnent les crevettes roses; ils gardent leur couleur blanche, mais deviennent opaques.
La crevette rose ou bouquet se reconnaît tout de suite au rostre que porte la tête, à son corps comprimé latéralement et à ses antennes très longues. Elle est transparente et blanchâtre durant sa vie, la cuisson la fait devenir rose. C’est un animal des plus élégants quand il nage. Si à ce moment, on l’excite, il donne de forts coups de queue et recule brusquement en arrière en formant des zig-zags. Les crevettes roses recherchent plutôt les endroits obscurs ; on les rencontre notamment dans ces prairies marines constituées par des zostères. C’est là qu’on les pêche en abondance avec de grandes trubles, mais il faut une certaine force, parce que ces grands filets sont difficiles à pousser dans les herbes. Elles se déplacent d’ailleurs fréquemment et tel banc qui est riche un jour devient pauvre le lendemain. Elles mangent tout ce qu’elles rencontrent : on peut très bicn les élever en aquarium en les nourrissant avec des morceaux de gruyère; rien n’est plus amusant que de les voir se disputer ceux qu'on leur jette et que l’on voit bientôt par transparence dans lcur estomac. Comme la crevette grise, le bouquet porte ses œufs sous sa queue.
* Nous avons décrit les singulières mœurs des pagures dans notre ouvrage Les
CS EN OPA < 1 s - Ley |
Arts el Métiers chez les Animaux (au chapitre : Les Paresseux) ; nous y renvoyons le lecteur.
Tout à côté des pagures, il faut citer le birgus qui habite l'Asie. Ce roi des crabes, comme l’appellent les naturels des Philippines, possède en avant un rostre saillant, et en arrière un abdomen symétrique, recouvert d'une carapace. C’est un animal à respiration aquatique, mais il possède dans sa chambre branchiale des replis nombreux qui conservent de l'humidité et qui permettent à l'animal d'aller se promener longtemps sur la terre sans avoir à craindre l’asphyxie. 11 grimpe sur les cocotiers et en dévore les jeunes fruits et les tendres bourgeons. Ses pinces sont très fortes : Rumphius raconte qu’un birgus s'étant un jour logé dans un buisson, saisit avec
L ni ED
Fig. 139. — Balanes.
Fixées pendant toute leur vie à un rocher, leur existence est bien monotone, mais elles ont soin de se placer au bord de la mer : le flux et le reflux viennent régulièrement les distraire.
ses pinces les oreilles d’une chèvre qui passait et la souleva de terre. II y a peut-être un peu d’exagération dans ce récit. Les naturels du pays et les cochons sont, paraitil, très friands du birgus, qui devient, par suite, de plus en plus rare.
Tous les baigneurs ont remarqué sur la plage de petits animaux qui sautent comme des puces et que leurs mœurs a fait appeler puces de mer ou poux de sable {(Talitrus saltator). Ces crustacés vivent sur le sable ou dans le sable et suivent la mer descéndante ou montante. Sous les paquets de goémons elles abondent, et quand on en soulève un, on voit fuir les puces de mer de toute part. Ces crustacés mangent tous les animaux morts qui viennent s’échouer sur la plage: en un rien de temps ils dépècent par exemple le cadavre d'un petit oiseau et laissent le squelette mieux préparé que par le meilleur taxidermiste : ce sont les nettoyeurs de la plage. Les petits restent surleur mère pendant très longtemps. Les talitres ne sont pas comestibles. I1 y a à leur Propos un fait intéressant à signaler. Il arrive en effet quelquefois qu’on rencontre un talitre au corps phosphorescent. Si l’on examine ses tissus au microscope, on ne tarde pas à voir que la lumière est due, non au crustacé, mais à un microbe qui pullule dans ses tissus. On peut prendre quelques-uns de ces
2" ae LU PT Atout
microbes et les inoculer à d’autres crustacés ; ceux-ci, lorsque ces organismes se son beaucoup multipliés, se mettent à briller.
Citons encore parmi les espèces marines, les pénées, aux appendices démesurément longs ; les alphées, qui produisent un certain son en fermant les pinces ; les mysis transparentes, etc.
Fig. 14o. -— Analifes.
Bien qu'incapables de se déplacer par elles-mêmes, elles ont trouvé moyen de mener une vie errante : pour cela, elles se fixent, dès leur tendre jeunesse, aux corps flottants.
Certains de ces animaux ne semblent pas du tout, au premier abord, appartenir au groupe des crustacés; c’est le cas des balances et des anatifes. |
Les balanes sont extrêmement communes sur les coquillages, les galets et les rochers, qu’elles recouvrent presque entièrement. Ce sont de petits cônes ( fig. 139) dont la partie supérieure est ouverte. Demandez aux baigneurs ce que sont ces organismes, ils vous répondront invariablement que ce sont de petites huîtres. Cette idée ne repose sur rien; les balanes n’ont aucun rapport avec les huitres. Contrairement à leur aspect, ce sont des crustacés. A l’intérieur du cône calcaire, il y a deux plaques verticales et entre les deux un animal bizarre, garni de longues pattes recourbées sur elles-mêmes. Les balanes sont à scc à marée basse. À marée haute, elles se réveillent et on voit les animaux faire saillie de leur maison, pour y rentrer de suile après, puis en sorlir de nouveau, ctc., comme un diable qui enlre-
NE él 6 D nt ee PR dé tr lé, &°7 NES Re OS Dé MR a à vd Ps 2 non HAN A dr Lt À Nc ni | , É K ri ) Fi : Es r
ra
rait et sortirait successivement de sa boîte. Les balanes ne sont d'aucune utilité; elles ne servent qu'à écorcher les pieds des baigneurs…
Sur les épaves rejetées sur la plage, on rencontre parfois de longs tubes blanchâtres, mous (longueur : 10 à 20°", largeur: 1°*), terminés par une coquille formée de plusieurs pièces. Ce sont des anatifes (/ig. 140). L'animal qui est logé dans la coquille n’est pas un mollusque, mais un crustacé; il est d’ailleurs presque identique, à la taillé près, à celui qui habite dans les balanes. Tous deux d’ailleurs appartiennent au groupe des crustacés cyrrhipèdes,.
Disons maintenant quelques mots des crustacés d’eau douce.
Dans la plus humble des mares, on peut en observer quelques-uns intéressants, quoique, pour la plupart, de petite taille.
Le cloporte d’eau ressemble beaucoup à ces petits animaux à nombreuses pattes que l’on trouve fréquemment sous les pierres ou dans les caves et que l’on appelle des cloportes, avec ces différences que le corps est plus aplati et que les pattes sont plus longues. Sa taille atteint de 1° à 1°°,5, rarement plus ; il ne nage généralement pas, mais court avec une assez grande rapidité sur les herbes aquatiques ou sur la vase du fond; il reste constamment sous l’eau. Son corps est grisâtre avec quelques
taches blanches irrégulières.
Un autre crustacé, encore plus commun que le précédent, est la crevette des ruisseaux, dite aussi crevelte puce. On le rencontre dans les ruisseaux plus profonds, surtout dans ceux qui renferment des plantes en décomposition, des feuilles mortes par exemple ; il n'aime pas cependant les eaux stagnantes ; il préfère un léger courant. La crevette des ruisseaux, qui atteint 1 à 2°, se distingue tout de suite par son corps aplati latéralement comme celui des crevettes, et en partie recourbé sur lui-même du côté de la face ventrale. La tête porte deux paires d’antennes. Les derniers anneaux dans la région abdominale sont pourvus d’appendices nombreux et assez petits, que l'animal agite constamment avec une rapidité remarquable. C’est au moyen de ces mouvements qu'il peut nager dans l’eau avec une vitesse assez grande. Les mâles sont plus gros que les femelles. On peut observer chez ce crustacé un cas d'amour maternel et d’instinct filial bien curieux : les œufs que pond la femelle sont repris par elle etmis avec soin dans une poche ventrale formée par les pattes médianes ; quand les petits éclosent, ils restent d’äbord dans cette poche ; un peu plus tard, pris du saint amour de la liberté, ils quittent ce qu'on pourrait appeler le giron de leur mère, pour aller se promener dans les environs; mais à la moindre alerte, ils viennent se réfugier dans la poche incubatrice où la mère les protège contre leurs ennemis.
L'apus cancriforme est un joli crustacé. Il est généralement rare; mais parfois,
surtout lorsqu'il y a eu des inondations, on le voit pulluler en très grande quantité.
Cet animal offre un certain intérêt historique. Les anciens naturalistes croyaient que les animaux provenaient de la transformation des corps bruts, autrement dit qu'ils naissaient spontanément : c’élait la doctrine des générations spontanées. L'un de leurs arguments était celui-ci : les apus disparaissent pendant trois, quatre, cinq années et même plus, puis tout d’un coup on les voit pulluler en grand nombre dans les mares. Ces apus, disaient-ils, n’ont pas pu provenir d’apus précédents, puisqu'il n’y en avait pas; donc ils ne pouvaient qu’avoir pris naissance spontanément au sein de l'onde. L'argument semblait péremptoire. Les études récentes ont montré qu'il n'avait aucune valeur. Voici en effet ce qui se passe: lorsqu'une mare se dessèche, les apus pondent des œufs entourés d’une coque très solide qu'ils déposent dans la vase. Si le marais se dessèche complètement, les œufs d’apus, protégés qu'ils sont par leur coquille, restent ainsi pendant de longues années sans se transformer ni périr. Mais vienne un jour une inondation qui remplira de nouveau la mare abandonnée, les œufs se retrouveront dans leur milieu naturel, écloront et donneront des apus ; ceux-ci ne sont pas nés spontanément, ils proviennent d’apus préexistants. |
L'eau contient d’autres crustacés, la plupart très petits. Parmi eux, il convient de citer les daphnies, petits animaux arrondis, aplatis latéralement et enfermés dans une vaste carapace qui ne laisse sortir que les antennes et les pattes antérieures. Les œufs s’accumulent dans la région dorsale de la carapace qui joue ainsi le rôle d’une cavité incubatrice. Citons aussi les cypris, dont la vaste carapace est articulée sur le dos et forme deux petites valves qui se rabattent l'une sur l’autre de façon à cacher complètement l’animal si quelque danger le menace, ainsi que nous le verrons dans le chapitre relatifaux «roulottiers ». Citons enfin les cyclopes, que l’on reconnaît au premier coup d'œil dans un bocal à cause de leur couleur blanche el de leur natation saccadée. Leur front est garni d’un œil unique ; c’est de là que vient leur nom de cyclopes, qui rappelle les hommes de la légénde. La femelle porte latéralement et en arrière deux longs sacs blancs ou bruns contenant des œufs,
Nous avons: gardé pour la fin l'étude des géants des crustacés d’eau douce, les écrevisses.
Les écrevisses vivent dans les rivières fraîches, où l’eau est souvent renouvelée et dont le fond rocailleux leur offre de nombreux abris. Il paraît qu’elles sont plus abohdantes dans les rivières orientées est-ouest que dans celles dirigées nord-sud, qui leur procurent moins d'ombre. Pendant le jour en effet l'écrevisse craint la chaleur du soleil et demeure au repos sous les pierres ou dans le creux des rives. Ce n’est guère qu’à la tombée de la nuit qu’elle sort de son refuge et se met en chasse.
En hiver, les écrevisses tombent dans un état de torpeur et hiverrent dans les crevasses naturelles du ruisseau ou dans celles qu’elles se sont creusées elles-mêmes. Les galeries qu’elles percent dans le sol mou et tourbeux atteignent souvent de très grandes dimensions. On a remarqué que les orifices des terriers étaient situés d'au-
msi in TE) et #
ESA IETUAR NU
tant plus profondément que les rivières étaient plus sujettes à geler. Tant que le froid n’est pas vif, les crustacés restent à l'entrée de la galerie, dont ils oblitèrent l'orifice avec leurs grosses pinces, ne laissant flotter dans l’eau que leurs antennes, grâce auxquelles ils peuvent se rendre compte des matières alimentaires mortes ou vivantes passant à leur portée et les saisir alors avec les pinces. On assure même qu'ils ne se font pas faute non plus de capturer par la patte les rats d’eau qui viennent à passer et qu’ils les maintiennent submergés jusqu’à ce que morts’ensuive.
Leur nourriture est très variée : très voraces, les écrevisses dévorent en somme tout ce qui est à leur portée. Les mollusques, les têtards, les débris de viandes, les choux, les carottes, tout leur est bon. On les a accusées d’avoir une affection immodérée pour la viande faisandée, mais il paraît qu’il r’en est rien. Si on leur donne deux morceaux de viande, l’un pourri, l’autre, frais, elles se jettent d’abord sur ce dernier. Les mâles ont malheureusement la fâcheuse habitude de dévorer parfois leurs femelles, ce qui est une singulière perversion de l'instinct et cause un grave obstacle à l’élevage artificiel. Le fait a été maintes fois constaté de visu: le mâle saisit sa victime par la têle, déchire sa carapace et continue par le dos en faisant sauter la carapace jusqu’à la queue. L'expérience suivante, faite en 1892 en Allemagne, montre bien l'importance de cette « écrevissophagie ». Dans un étang alimenté d’eau de source et sans trace d’issues, on introduisit 165 mâles et 165 femelles. On les nourrit abondamment avec des poissons. Ceci se passait en septembre. En mars de l’année suivante, on dessécha l'étang et on n'y trouva plus que 52 femelles. Les 165 mâles en avaient dévoré 113 en six mois!
La respiration a lieu au moyen de branchies situées de chaque côté du corps, sous la carapace, juste à l'endroit de l'insertion des pattes.
Nous ne parlerons pas de l’organisation interne, ce qui nous entraînerait trop loin; nous nous contenterons de signaler la présence dans l'estomac, en été, de deux masses calcaires, autrefois employées en médecine, que tout le monde connaît sous le nom d’'yeux d'écrevisses. Ce sont des réserves de calcaire qui servent à l'animal lorsqu'il mue, c’est-à-dire lorsqu'il change de carapace. À ce moment les « yeux » tombent dans l'estomac, sont broyés, dissous, et leur substance passe dans le sang pour, de là, être sécrétée au dehors par la peau.
Ce phénomène de la mue est fort curieux. L'animal se débarrasse entièrement de sa carapace comme une personne retire ses vêtements au moment de se coucher.
Pendant que la nouvelle carapace se forme, les écrevisses sont molles et, dépourvues de moyens de défense, deviennent très timides. Elles se cachent alors dans les anfractuosités les plus étroites du fond de la rivière.
Les écrevisses muent au moins huit fois la première année, cinq fois la seconde, deux fois la troisième, puis une fois par an jusqu’à la mort.
La ponte a lieu au commencement de l’hiver. La femelle se couche sur le dos et replie son abdomen (ce qu’on appelle communément la queue) de manière à constituer une sorte de cavité incubatrice. Les 200 œufs sont, dès leur sortie, fixés par une matière agglutinante aux pattes de l'abdomen. L'incubation dure à peu près tout l'hiver. Au printemps, les jeunes sortent de l'œuf et se cramponnent aux pattes
264 LES CHEVALIERS DU MOYEN AGE ne
nalatoires de leur mère (fig. 141). Leur aspect général diffère peu de celui de leur mère, sauf que la carapace est très bombée. Un peu plus tard, ils quittent de temps à autre le giron maternel, mais reviennent s’y blottir à la moindre trace de danger.
À la fin de la première année, l'écrevisse a près de 5,5 de longueur. À deux ans, elle a 7°%,5, à trois ans 9°°,5, à quatre ans 12 centimètres, à cinq ans 13°",5. Elle croît ensuite lentement de manière à atteindre au plus 19 à 20 centimètres. À partir de cinq ans, les écrevisses sont aptes à la reproduction, mais elles peuvent vivre, croit-on, jusqu'à quinze ou vingt ans.
En Europe, on trouve quatre espèces principales d'écrevisses : l’écrevisse à pieds rouges ; l’écrevisse à pieds blancs ; l’écrevisse des torrents et l'écrevisse à pieds grêles. Les deux premières habitent presque toute l'Europe ; on les rencontre notamment en France. La troisième espèce habite surtout les régions montagneuses et les plateaux de l'Europe centrale. Enfin l’écrevisse à pieds grèles est celle dont la répartition géographique est la plus étendue.
En Europe, les écrevisses sont en butte à une multitude d’ennemis, notamment de petites sangsues, qui Fig. 141. — Jeunes écrevisses attachées à l'une des S’attachent à la’ face inférieure de
pattes de leur mère, . l’abdomen et aux branchies, de petits
FH re nr : ee Poe mollusques, qui se fixent aux bouts
mieux possible. 5 .
des pattes, de champignons, qui enva-
hissent tout le corps, et enfin de vers parasites, qui farcissent parfois les muscles des
écrevisses. Suivant les lieux et les époques, c’est tel ou tel parasite qui se développe.
Il n’y a donc pas, comme on le dit trop souvent, une maladie, mais des maladies de
l’écrevisse. Dans ces derniers temps on a publié une multitude de recherches sur ces
dernières, mais, je dois dire, à la courte honte des zoologistes, que leur. seul résultat
a été d'embrouiller la question d’une manière inextricable. La maladie due au ver
distome paraît cependant être la plus fréquente et la plus mortelle : c’est elle qui a
décimé les écrevisses en Alsace en r878 et en France, ainsi qu'en Allemagne, en 1681.
La pêche aux écrevisses est très facile. Le plus souvent on se borne à pénétrer, les pieds nus, dans les ruisseaux et à retourner les pierres qui brisent le courant ou à plonger les bras dans les anfractuosités de la rive. Le difficile est de ne pas se
laisser pincer. On peut encore disposer dans le courant des fagots très branchus ‘où les écrevisses viennent chercher un refuge. En retirant brusq 1ement les fagots on
ab
> nt te er Sald 10
M'A A AE SUCRE JURA CS 0x En NW ATEN PRO
fait une ample récolte, surtout quand on est habile. Mais le mode de chasse le plus répandu et le plus pratique repose sur l'emploi des balances. Ce sont des filets en forme de troncs de cônes renversés et maintenus par des cercles de fil de fer galvanisé. Le cercle supérieur est réuni, par trois cordelettes, à une baguette placée sur la rive. Au fond de la balance on fixe une grenouille éventrée, des intestins de lapin, du foie ou de grosses moules de rivière. La balance, placée de manière à affleurer le fond, près des berges non éclairées, est relevée de quart d'heure en quart d'heure. On enlève en même temps les écrevisses, qui, dans l'espoir d’un bon déjeuner, avaient pénétré dans les filets. On voit qu'une seule personne peut surveiller en mème temps un grand nombre de balances et anéantir rapidement toute la population d’une rivière.
C'est là à n'en pas douter qu'il faut rechercher les causes de la dépopulation des rivières européennes en écrevisses. Les diverses maladies y sont bien pour quelque chose, mais c'est là un facteur presque négligeable à côté de la destruction à laquelle se livrent les approvisionneurs de nos restaurants.
Il faut bien remarquer en effet que, pour qu'une écrevisse soit apte à reproduire, et en même temps ait une valeur marchande, il lui faut au moins cinq ans. Si l'on veut qu'une rivière contienne toujours à peu près le même nombre d'habitants, il ne faut par an en détruire qu’un cinquième. Or, les pêcheurs d'écrevisses en font disparaître un bien plus grand nombre.
On a de tout temps aimé les écrevisses, mais autrefois, la consommation était beaucoup moins élevée que de nos jours. On les dégustait pour ainsi dire sur place, ou tout au moins à une petite distance de l’endroit où on les pêchait. L'écrevisse est une viclime des chemins de fer. Dès que ces puissants agents de transports eurent fait leur apparition, des cargaisons entières furent dirigées sur Paris et les grandes villes, où elles trouvèrent un débouché très lucratif. Il en résulta que la consommation s’accrut dans des proportions considérables.
Les prix des premières écrevisses apportées à Paris étaient très peu élevés. Ils augmentèrent rapidement à mesure que les approvisionnements devenaient plus difficiles. Ils redescendirent quand on commença à en importer d'Allemagne, puis de Russie. Les plus hauts prix sont atteints en février, c’est-à-dire au moment des grands diners; ils arrivent parfois à 100 francs le cent. Les plus bas prix sont atteints en août ; ils descendent alors à 15, 10 ou 8 francs le cent (en gros).
Aujourd'hui la récolte des écrevisses françaises est absolument nulle. Nous sommes obligés de nous adresser depuis de longues années à l'Allemagne et à l'Autriche. Elles-mêmes se sont dépeuplées et s'adressent à la Russie. Mais, dans ce pays encore, elles commencent à décroître et ne tarderont pas à disparaître. En Russie, qui est, jusqu’à nouvel ordre, notre grand approvisionneur des divers marchés ou autres, les gens du peuple ont pour la plupart un préjugé contre les écrevisses, qu'ils ne consomment guère. Aussi leur bon marché y est-il excessif; ainsi, à Volsk (gouvernement de Saratov), on en a une centaine pour 7 copccks, soit 21 centimes. À Saint-Pétersbourg cependant on commence à déguster avec plaisir les écrevisses, qui y valent de 9 à 2r centimes pièce; mais la capitale, Saint-
Pétersbourg, ne reçoit guère d’écrevisses que des localités les plus voisines : de Finlande et des gouvernements de Pskov et de Novgorod. Les écrevisses des autres localités sont dirigées sur les autres pays et, parfois, employées à faire des conserves. L'expérience a été surtout tentée par M. Lavroff, à Volsk, où elle a pleinement réussi.
A l'heure actuelle, dit le Journal de pêche, de Saint-Pétersbourg, à qui nous empruntons ces détails, la fabrique de M. Lavroff est impuissante à satisfaire aux demandes, qui, par leur nombre et leur importance, suffiraient à alimenter une dizaine au moins d'établissements similaires. Le seul obstacle à leur création est l'ignorance des procédés de préparation, car chaque industriel garde son secret, si simple d’ailleurs que soit la chose én elle-même. En outre, la fabrication en question a été décrite plus d’une fois dans les livres spéciaux, absolument ignorés malheureusement des industriels russes.
Le même journal donne les conseils qui suivent pour faire lesdites conserves. Les queues d’écrevisses fraîches sont dépouillées de leur enveloppe écailleuse, que l’on ouvre de deux côtés à l’aide de ciseaux ; la queue ainsi dégagée, on retire l'intestin postérieur. Les queues sont ensuite rangées dans des boîtes de fer-blanc par couches séparées entre elles par un lit de sel fin blanc. Une fois remplies, les boîtes sont fermées aussitôt et bouchées soigneusement par une soudure, après quoi on les plonge dans des chaudières d’eau bouillante pendant 10 à 20 minutes. Quelquefois, avant de les boucher, on saupoudre les conserves d’un peu d’antiseptine (préparation à l'acide borique) vendue dans tous les dépôts de produits pharmaceutiques. Cette dernière précaution est même superflue si la boîte de fer-blanc a été bien soudée et bouillie, c’est-à-dire chauffée à 80 degrés, température à laquelle les microorganismes de la décomposition animale sont détruits. Dans ces conditions, sans accès de l’air atmosphérique; les conserves ne peuvent pas se gâter.
Les écrevisses russes que l’on envoie en France viennert pour la plupart par navire au moins jusqu’en Allemagne, où elles font escale. C’est ainsi que, dernièrement, le vapeur Karl von Linen a amené de Bjoerneliorg, en Finlande, jusqu'en Allemagne, 400 ooo écrevisses vivantes. Celles-ci, les gourmets l’affirment, sont d’un goût beaucoup moins fin que les écrevisses françaises ; cela n'a rien d'étonnant, vu la longueur du trajet, pendant lequel elles s’autodigèrent en partie. Peut-être à cet égard ferions-nous bien d’imiter ce que l’on fait à Rome pour produire des écrevisses iout à fait succulentes. L'Éleveur nous apprend en effet qu’on y installe des façons de rayons superposés sur lesquels on dispose des milliers de petits pots en terre communiquant entre eux par un conduit où circule incessamment de Peau fraîche. Dans chaque pot, une seule écrevisse: à deux, elles se battraient, au détriment de leur engraissement. On les parque en mai, et, chaque jour, on les nourrit avec du pain et du maïs. À ce régime, elles engraissent très vite, et acquièrent une saveur excellente.
Quels remèdes opposer à la dépopulation croissante et bientôt complète des écrevisses en Europe ? Évidemment, il n’y en a que deux. Ou repeupler les cours d'eau ou faire de l’élevage artificiel. La première méthode est certainement la meilleure,
PRO) VEN ET NS PCR Le
puisqu'on peut amener des écrevisses vivantes de Russie et même de contrées plus éloignées. Mais elle ne donnera de bons résultats que si elle est protégée par une loi très dure sur le braconnage, qui, malheureusement, est fort difficile à enrayer. Il faudrait interdire la pêche pendant au moins cinq ou six ans.
Quant à l'élevage artificiel, en principe il ne soulève pas de grandes difficultés, et presque tous ceux qui l'ont tenté ont réussi. On élève les écrevisses dans de petits étangs artificiels ou dans des cuves en bois dont le fond est garni de rocailles et, point le plus important, où l’eau est très fréquemment renouvelée. On les nourrit avec des débris de viande de boucherie. Malheureusement la croissance des écrevisses est, avons-nous dit, fort lente. Il faut donc attendre longtemps avant de pouvoir tirer parti du capital engagé, sans compter les frais parfois très grands qu’entraînent le renouvellement de l’eau et la nourriture. De plus, la fécondité des écrevisses est relativement médiocre, et enfin ces crustacés, ainsi que nous le disions plus haut, se dévorent très souvent entre eux. Tous ces inconvénients, joints aux maladies dont nous avons parlé, font que l'élevage artificiel est assez aléatoire et force à vendre les - produits à un prix très élevé. Cet élevage ne peut donner de résultats pratiques que s’il est utilisé pour la production de petites écrevisses. On n’a guère de cette façon qu’à nourrir les parents. Quand les petits ont atteint une année, on les jette dans les ruisseaux naturels, qu’ils repeuplent lentement mais sûrement. Il y a lieu de s’étonner que le gouvernement n’ait pas encore créé de ces stations d’ « écrevissiculture », si l’on peut s’exprimer ainsi.
Avant de terminer ce chapitre, il faut remarquer que bon nombre d'animaux se protègent contre leurs ennemis, de la même façon que les crustacés, en durcissant leur peau ou en la recouvrant d'organes durs. La chitine des insectes, les écailles des poissons, la carapace des tortues (bêtes auxquelles nous consacrons un chapitre spécial), le tégument épais des étoiles de mer, la forteresse hérissée d’épines ou d'énormes piquants (cidaris par exemple) où sont enfermés les oursins, les plaques cornées de divers reptiles, remplissent le même office.
Il n’est pas jusqu'aux mammifères où l’on ne puisse trouver une armure. L'exemple le plus connu nous est fourni par le tatou ordinaire, qui porte sur le dos plusieurs rangées de plaques très dures et mobiles les unes sur les autres. Effrayé, le tatou s’enroule — pas entièrement — sur lui-même et, de la sorte, se trouve entouré d’une véritable citadelle, C’est là, d’ailleurs, son seul moyen de défense, car il est inoffensif et se contente de manger des fourmis, des termites et des plantes.
Non moins curieux est ce tatou auquel les naturalistes ont donné le nom d’apar mataco (fig. 142). Pour des amateurs de calembours, on peut vraiment dire que c'est un animal « à part ». Il a été observé par d’Azara.
Il n’est pas facile, dit-il, d'étendre son corps, comme je l’ai fait par rapport aux autres tatous, pour prendre ses dimensions. Celles que j'ai à rapporter ont été mesurées sur
‘ l'animal mort et contracté de manière que le bord des bandes mobiles se touchaient entre elles et touchaient celles des boucliers de l’épaule et de la croupe. Depuis la pointe
oo
du museau jusqu'à celle de la queue, mesurant avec un fil sur le haut du dos, il a 46 centimétres. La queue a 7 centimètres. Elle n’est pas ronde ou conique comme dans les tatous, si ce n’est à sa pointe; car, à sa räcine, elle est plate, et ses croûtes de dessus ne sont pas comme dans les autres tatous, mais en gros grains très saillants. La tête a 8 centimètres de longueur, et 3 centimètres un tiers dans sa plus grande largeur. Le bouclier du front est plus fort que dans les tatous ordinaires, et composé de pièces äpres et confuses. Les oreilles, quoique de 2 centimètres et demi, ne parviennent point à égaler la bordure supérieure du casque du front qui est plane, et un couronnement surmonte sensiblement la tête, non seulement en dessus, mais encore sur les côtés, jusqu'à l'oreille. Le bouclier de l'épaule a 6 centimètres et demi dans la partie la plus haute et forme de chaque côté une pointe remarquable, avec laquelle il couvre, non
Fig. 142. — Apar mataco.
Le mammifère le mieux barricadé. En un clin d'œil il se transforme en un fromage de Hollande, avec lequel on pourrait jouer aux boules.
seulement l’œil, mais encore 2 centimètres et demi de la tête. IL y a trois bandes mobiles, larges de 18 millimètres sur le dos ; mais elles se rétrécissent sensiblement vers les flancs. Le bouclier de la croupe occupe 16 centimètres dans le haut, et le peu qu'il laisse à la queue n'est pas parabolique comme dans les autres, mais composé de trois lignes droites, l’intérieure perpendiculaire à l’épine du dos, et les deux autres parallèles à cette épine. Les pièces qui composent les boucliers et les bandes sont irrégulières, rudes et faites chacune d’une multitude de pièces irrégulières elles-mêmes et semblables à des fragments de pierres. La couleur de tout l’animal est un plombé obscur, et si lustré qu’il parait avoir été bruni. La peau est blanchâtre dans les intervalles des bandes ; celle des parties inférieures est noirätre, et à peine voit-on quelques rudiments d'écailles avec quelques poils; mais ils abondent et sont très longs dans les faces extérieures des quatre jambes, et au point où s'unissent les trois bandes mobiles. C'est là qu’on voit les muscles qui contractent les boucliers pour former la boule.
Beaucoup de personnes appellent le mataco bobila parce que c’est l’unique tatou qui, lorsqu'il craint, ou lorsqu'on veut le prendre, cache sa tête, sa queue et ses quatre
pieds, formant de tout son corps une boule, que l’on fait rouler par amusement, et qui }
ne se rouvre qu'avec beaucoup de force. On me fit présent de l’un de ces tatous, qui
était si malade qu’il mourut le lendemain. Le peu que je pus observer se réduit à ceci: il était toujours dans une posture qui le rendait presque sphérique ; il marchait avec beaucoup de lenteur, sans étendre le corps, sans séparer presque ses pieds de derrière de ceux de devant, sans que de ces derniers autre chose touchàt le sol que la pointe des deux plus grands ongles, qu'il posait verticalement, et il portait sa queue presque à toucher la terre. Je crois que ce tatou ne creuse point de trous, parce qu'ayant les quatre pieds visiblement plus faibles que tous les autres tatous et les ongles peu propres à fouiller, il doit vivre dans les champs, et s’il entre dans des terriers il faut qu'ils aient été creusés par d’autres.
Un autre tatou, le chlamydophore, recouvert sur le dos de nombreuses bandes solides et jouant les unes sur les autres, creuse au contraire dans le sol de vastes
galeries, et, pénétrant par dessous, vient dévaliser les termitières et les fourmilières des environs.
Fig. 145. — Pangolin.
Couvert d'écailles cornées, il est dédaigné des carnassiers, qui auraient trop de mal à le dépecer.
Les tatous ordinaires, les matacos, les chlamydophores sont des édentés. Dans le même groupe — fertile en animaux étranges, — on rencontre aussi le pangolin (fig. 143), dont le corps, aussi bien que les pattes et la queue, est recouvert de larges écailles imbriquées les unes sur les autres à la manière des tuiles d’un toit et rappelant les feuilles d’un capitule d’artichaut.
Son museau, dit Desmarchais, renferme une langue très longue, visqueuse, qu'il enfonce dans les fourmilières ou place sur le chemin des fourmis. Celles-ci accourent, attirées par l'odeur, et y demeurent attachées. Lorsque sa langue en est couverte, l'animal la retire brusquement. Il n’est pas méchant, n’attaque personne, ne demande qu'à vivre, et vit heureux et content là où il trouve des fourmis. Le léopard le poursuit sans cesse ; il l’a bien vite atteint, car sa course n’est pas rapide. Cependant, il échappe presque toujours ; il n'a pas d'armes pour lutter contre son terrible adversaire ; mais il se roule en boule, ramène sa queue sous le ventre, et hérisse toutes les pointes de ses écailles. Le carnassier le tourne et le retourne de tous côtés, se blesse aux écailles, et finit par quitter la partie. En s’enroulant, les pangolins ne prennent pas, comme le hérisson, une figure globuleuse et uniforme; leur corps en se contractant se met en peloton, mais leur grosse queue reste apparente et forme une espèce de cercle. Cette partie extérieure par laquelle on croirait que l’animal peut être saisi, se défend d’elle-même, car elle est mieux armée encore que le reste. Les nègres tuent ce pangolin à coups de bâton, le dépouillent, vendent sa peau aux blancs, et mangent sa chair. Celle-ci, blanche et tendre, est un mets délicat et excellent, paraïit-il.