‹ Les animaux excentriquesChapitre 70 sur 102 · RE · texte numérisé non relu

RE

Fig. 162. — Divers opercules de gastéropodes. Ce sont, on le voit, des portes élégamment sculptées. Utile dulci. 1. Trochus. — 2. Littorina. — 3. Nerita. — 4, Torinia, — 5. Xenophora. — 6. Turbinella. — 7. Séptaria.

la porte destinée à la fermer. On sait que ces animaux rampent sur le ventre par l'intermédiaire d'une lame musculaire, le pied, qui se prolonge un peu en arrière de la bête par une sorte de queue. C’est à la face dorsale de celle-ci que l’on remarque une lame généralement arrondie, l’opercule, dont on ne comprend pas bien le rôle quand l’animal rampe. Mais vient-on à effrayer la bête, on la voit se contracter, se replier de mille façons et pénétrer dans la coquille de telle sorte que l'opercule vienne s'appliquer exactement à l’orifice de cette dernière. Grâce à cette disposition ingénieuse, l'animal est enfermé dans une cavité absolument close. L'opercule (Jig. 162) est souvent une lame cornée comme la substance de l’ongle, quelquefois une épaisse rondelle calcaire, semblable à un bouton plat, parfois il présente différents dessins fort élégants, ou même des sculptures, par exemple une élégante tourelle, pagode en miniature. Ce qui prouve, en passant, que la coquetierie ne perd jamais ses droits.

Il serait fastidieux d’insister sur les multiples formes des coquilles turbinées : une visite à un musée ou chez un simple marchand de « curiosités », aux bains de mer, en apprendra plus qu’une longue description. Contentons-nous de remarquer que

298 LES ROULOTTIERS

les spires de ces coquilles tournent généralement de gauche à droite: elles sont dextres; les coquilles senestres — tournant de droite à gauche — sont l’exception.

PRE Les coquilles à deux valves des mollusques acéphales peuvent aussi être considérées comme des maisons où ils s’enferment quand il leur plaît de demeurer chez eux. Si certains — comme les huîtres — sont fixés et ne rentrent pas absolument dans ce chapitre, il en est un certain nombre d’autres qui sont libres; les animaux emportent alors leur coquille avec eux. C’est le cas notamment des grandes coquilles Saint-Jacques, bien ES — — — — — —— = — : connues de tous les

gourmets : l'animal se

= déplace assez vite à

reculons dans l’eau en ouvrant et en fermant brusquement les deux

Ve "1 valves CesbPle cas | AT SN = aussi de la lime, qui, ‘e-— NC DA as Le | AE -

ss PANNE ;; 0 DT À — < par les mouvements

ESS PS ENS ND AM Le ; ;

Pa dar * EN rapides de celles-ci,

VS Dre Fe vole véritablement RE FRMEr EN ee — — /

= + TE FRS er dans l’eau comme le

EE — fait un papillon dans

Fig. 163. — Cypris. l’air ; des coques et

Un crustacé qui a voulu faire son petit mollusque en transformant sa cara- des vénus qui gTice pace en une véritable petite coquille à deux valves. 4 :

à leur pied musculeux, se déplacent dans la vase avec autant de facilité que les vers : des moules, qui arrivent à se déplacer très lentement en cassant les fils cornés qui les attachent à un support et en en sécrétant de nouveaux, lesquels vont s’insérer un peu plus loin. Ces maisons à deux portes leur sont très utiles pour s’isoler du monde extérieur, et faire la nique à leurs ennemis.

Il est curieux de constater que, dans un groupe tout différent des mollusques, les crustacés, on peut rencontrer une formation analogue à une coquille bivalve. Les cypris (fig. 163), par exemple, ont une vaste carapace qui les enveloppe de toute part. Articulée tout le long du dos, elle est ainsi divisée en deux valves. Quand l'animal est effrayé il rentre ses pattes le long de son ventreet rabat ses deux valves l’une sur l’autre. Il est, de la sorte, enfermé entièrement dans sa maison. Maison de verre d’ailleurs, car, à travers la carapace transparente, on aperçoit les yeux et les appendices locomoteurs.

LES ROULOTTIERS 299 OR LS EE mm

Toutes les productions étudiées dans ce chapitre étaient des productions naturelles, dans lesquelles l'intelligence des animaux n'était pour rien. Ceux qui, au même point de vue, ont été disgraciés par la nature, ont tourné la difficulté, du moins quelques-uns. Ils ont fait appel aux objets extérieurs, s’en sont fabriqué des tuyaux, des sortes de vêtements, qui les cachent plus ou moins dans leurs pérégrinations et dans lesquels ils rentrent pour se soustraire à la dent de leurs ennemis. J'ai longuement étudié ces formations ingénieuses dans Les Arts et Métiers chez les 1nimauæ. Je n'insisterai donc pas ici sur ce point et je me contenterai de rappeler pour mémoire : les psychés, chenilles qui se font une habitation mobile avec des brins de paille; les teignes, qui font trop souvent appel à nos vêtements et les phryganes, qui fabriquent de véritables forteresses avec des graviers, des coquilles et toutes sortes de détritus aquatiques,

Page 1