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gonal, etc. Il y en a qui n’ont que quelques centimètres de long, d’autres atteignent un mètre. La peau est molle chez les uns, coriace chez les autres ; quelquefois transparente, d’autres fois opaque ; plus ou moins lisse et dans certaines espèces très raboteuse. Le tube digestif s'étend d’une extrémité à l’autre du corps ; à un bout est la bouche, placée au fond d’une espèce d’entonnoir et entourée d’un certain nombre d’appendices. Si on l'irrite, l'holothurie vomit tous ses viscères, et ces viscères se reproduisent. Dans une région plus ou moins étendue du corps, elle fait sortir un certain nombre de suçoirs rétractiles qui sont ses pieds ;.elle s’en sert pour s'attacher aux rochers et pour changer de place, bien qu’elle puisse également se mouvoir, à la manière des serpents, par une sorte de reptation.
On en trouve dans presque toutes les mers, souvent à de grandes profondeurs, quel-
qu'elles viennent d’elles-mêmes, et on va les chercher. L’holothurie passe en effet pour un mets délicieux ; les Napolitains en font grand cas, mais c’est surtout en Chine qu'on l'estime. Le fameux trépang est une holothurie; il est dans le Céleste-Embpire l’objet d’une grande pêche et d’un grand commerce, et l’on dit que bien longtemps avant que les Européens connussent la Nouvelle-Hollande, les Malais se ren-
Fig. 166 — Le psolus. | daient sur les côtes de ce con- Ilne va pas vite vite, mais, comme la tortue de la fable, sait tinent pour y pêcher les holoarriver à point.... d'autant mieux qu'il n’a pas de but bien È = déterminé. thuries, qui y abondent.
Dumont d’Urville a été témoin de cette pêche. L’Astrolabe et la Zélée, commandées par cet illustre explorateur, étaient mouillées dans la baie de Rafles. Sur un îlot, les savants officiers de l’expédition avaient établi leur observatoire.
« Souvent dans mes courses j'avais remarqué sur plusieurs points, raconte Dumont d'Urville, de petits murs construits en pierres sèches et affectant la forme de plusieurs demi-cercles accolés les uns aux autres. Vainement j'avais cherché à me rendre compte de l’usage auquel étaient destinées ces constructions, lorsque les pêcheurs malais arrivérent.
Quatre praos portant les couleurs de la Hollande étaient entrés dans la baie et avaient laissé tomber leurs ancres à une encäblure de l'observatoire. A peine les bateaux étaientils ancrés que les Malais descendirent dans l'ile plusieurs grandes chaudières en fonte affectant la forme d’une demi-sphère, dont le diamètre atteignait souvent la longueur d’un mètre ; ils les placèrent sur les petits murs en pierre dont j'ai parlé et qui leur servent de foyers. Près de ces fourneaux improvisés, ils élevèrent ensuite des hangars en bambous, composés de quatre forts piquets fichés en terre, supportant une toiture qui recouvrait des claies destinées probablement à faire sécher le poisson lorsque le temps est à l'orage. » à
Les patrons s'étaient empressés de venir saluer les marins français. « Ils m’apprennent que partis de Macassar vers la fin d’octobre, lorsque la mousson d’ouest commence, ils vont pêcher les holothuries (le trépang) le long de la côte de la Nouvelle-Hollande, depuis l'ile Melville jusqu’au golfe de Carpentarie, d’où les vents d’est les ramènent; en opérant leur retour ils visitent de nouveau tous les points de la côte, mouillant dans les
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baies où ils espèrent pouvoir pêcher avec succès et compléter leur chargement. Nous sommes aux premiers jours d'avril, la mousson d'est est définitivement établie, les pêcheurs malais retournent dans leurs foyers, et en Passant, ils viennent exercer leur industrie dans la baie de Rafles. »
Cette foule d'hommes travaillant avec activité à établir leur laboratoire avait donné à cette partie de la baie un aspect inaccoutumé qui ne pouvait manquer d'attirer vers ce point les sauvages habitants de la Grande-Terre. « Bientôt, en effet, ils accoururent de tous côtés; presque tous atteignirent la petite île, soit à la nage, soit en traversant à gué la nappe d’eau peu profonde qui la sépare de la Grande-Terre. Je n’aperçus qu’une seule pirogue en écorce d’arbre, mal assemblée, et qui avait donné passage à trois de ces visiteurs. Lorsque la nuit arriva, les Malais avaient terminé tous leurs apprêts ; quelques-uns d’entre eux seulement restèrent à la garde des objets déposés à terre, tous les autres regagnèrent leur bateau. »
Dumont d'Urville visita un de ces praos :
La carène nous parut solidement établie, les formes mêmes ne manquaient pas d’élégance ; mais le plus grand désordre semblait régner dans l'arrimage ; au-dessus d’une espèce de pont formé par des bambous et des claies en jonc, on voyait au milieu des cabines ressemblant à des cages à poules, une infinité de paquets, des sacs de riz, des coffres, etc.
En dessous se trouvait la cale à eau, la soute du trépang et le logement des matelots.
Chacun de ces bateaux est muni de deux gouvernails (un de chaque côté) qui se soulèvent à volonté lorsque le bateau touche le fond. Ces navires vont ordinairement à la voile ; ils sont munis de deux mâts sans haubans qui peuvent à volonté se rabattre sur le pont au moyen d’une charnière. Leurs ancres sont toutes en bois, car le fer n’entre que bien rarement dans les constructions malaises. Leurs câbles sont en rotin ou en gomoton. L’équipage se compose de trente-sept hommes environ. Le nombre des embarcations est de six pour chaque bateau.
Le lendemain, ces embarcations se dispersèrent dans la baie, et la pêche commença. Le premier mérite du bon pêcheur est de savoir parfaitement plonger ; il doit aussi avoir l'œil assez exercé pour distinguer aisément l’holothurie sur le fond de l’eau ; il la prend à la main. Tous les hommes plongeaient, sauf les patrons de chaque embarcation qui se tenaient debout dans leurs barques. Il était midi ; c’est le moment le plus favorable pour la pêche; plus le soleil est élevé sur l'horizon, et mieux les plongeurs peuvent apercevoir leur proie et la saisir, L’astre ardent versait ses rayons sur leurs têtes sans les incommoder. Nos marins pouvaient les voir sous l’eau. Chaque homme en remontant à la surface tenait une ou deux holothuries de chaque main, les jetait dans les canots et disparaissait aussitôt. Quand les embarcations furent suffisamment chargées, d’autres les remplacèrent et les premiers regagnèrent l’ilot.
Aussitôt débarqué, le trépang encore vivant est jeté dans une chaudière d’eau de mer bouillante, et on le remue constamment au moyen d’une longue perche de bois appuyée sur une fourche fichée en terre afin de faire levier.
L’animal rend en abondance l’eau qu'il contient ; au bout de deux minutes environ, on le retire de la chaudière, Un homme armé d’un large couteau ouvre le trépang pour en extraire les intestins, puis il le rejette dans une seconde chaudière, où on ie chauffe, de nouveau, avec une très petite quantité d’eau et de l'écorce de mimosa. Il se forme dans la deuxième chaudière une fumée abondante produite par l'écorce qui se consume. Le but de cette dernière opération semble devoir être de fumer l'animal afin d'assurer sa conservation. Enfin, en sortant de là, le trépang est placé sur des claies et exposé au soleil afin de le sécher. Il ne reste plus ensuite qu’à l’'embarquer.
Il était deux heures de l'après-midi quand les plongeurs cessèrent de pêcher et vinrent à terre. Bientôt ils entourèrent la tente du navigateur français. Le com mandant du prao qu'il avait visité la veille lui offrit du trépang. Dumont d’Urville lui trouva un goût ana-