CHAPITRE XXIX
Des bêtes qui ont mille bouches.
Les éponges, telles qu’on les observe chez les particuliers, sont des masses plus ou moins sphériques composées d’un tissu creux qui a la propriété de revenir à sa forme primitive après avoir été comprimé, comme s’il était de caoutchouc. Elles peuvent absorber une grande quantité d’eau dans leurs mailles et la laisser écouler à la moindre pression : aucune autre substance ne possède cette propriété à un aussi haut degré et c’est ce qui rend les éponges si précieuses qu’elles sont employées pour ainsi dire dans le monde entier ; elles peuvent être utilisées à deux usages contraires, soit pour dessécher une surface humide, soit pour humecter une surface sèche.
Très légères, elles sont composées d’un tissu corné qui, malgré sa finesse, est d’une souplesse et d’une solidité remarquables. Entre les interstices de cette partie solide serpentent des canaux en quantité innombrable, depuis de très gros où l’on pourrait introduire le doigt, jusqu’à de très fins que l’on ne peut déceler qu’à la loupe. Tous ces canaux communiquent les uns avec les autres et finalement viennent s'ouvrir à la surface de l'éponge par des orifices ordinairement arrondis. Ces orifices sont de deux sortes: les plus volumineux, ceux dont le diamètre atteint celui d'une pièce de 0",50 ou de 1 franc, sont les oscules. Les autres, beaucoup plus petits, sont les pores inhalants. Elles ont donc des milliers de bouches contrairement aux autres animaux, où la règle est de n’en avoir qu’une.
Dans l’état naturel, les éponges se présentent avec le même aspect, mais toutes les mailles de leur tissu sont recouvertes d’une couche gélatineuse qui représente animal lui-même: la partie que l’on utilise n’en est que le squelette. Avant de pouvoir les utiliser, il faut préparer les éponges, c’est-à-dire enlever la partie gélatineuse qui ne tarderait pas à se corrompre et en outre enlèverait au squelette son pouvoir absorbant et sa flexibilité. Nous reviendrons plus loin sur les opérations relatives à cette préparation.
Les éponges vivent dans la mer, à une profondeur plus ou moins grande, toujours fixées à un rocher par une faible partie de leur surface. Entièrement immobiles, elles se contentent d’absorber les matières alimentaires très ténues qui flottent dans l’eau de mer. Cette eau de mer est attirée dans les canaux anfractueux qui parcourent la masse de l'éponge par les cils vibratiles dont ils sont revêtus par places. Ces cils battent toujours dans le même sens et il en résulte un courant qui pénètre par les oscüles pour ressortir par les pores inhalants. Au passage de l’eau,
COUPIN, — ANIM. EXCENTR, 20
les cellules qui bordent les canaux s'emparent des matières alimentaires en même, temps qu’elles respirent en absorbant l'oxygène et en rejetant du gaz carbonique.
Quand elles ont atteint une taille suffisamment grande, les éponges émettent de petits embryons arrondis, couverts de cils vibratiles, qui nagent pendant quelque temps dans la mer, puis vont se fixer pour reproduire une nouvelle éponge.
On sait qu’il y a de nombreuses formes d’éponges, les unes fines, les autres grosses, certaines arrondies, d’autres digitées, etc. Elles correspondent à autant d'espèces distinctes ou parfois à des variétés locales d’une même espèce. Au point de vue commercial, on peut les diviser en trois groupes : les éponges destinées à la toilette, au ménage, à l’industrie.
Les premières, dites de toilette, viennent principalement des côtes de Syrie. Ce «ont les plus belles, les plus fines et aussi les plus coûteuses. Elles comprennent trois variétés : la fine, la Venise et la fine-dure. La qualité fine vaut de 4o à r20f le kg. à Tripoli de Syrie; la Venise, de 25 à 30"; la fine-dure, de 5 à 15%. Les éponges de même qualité recueillies dans l'archipel grec se vendent à la pièce de of",60 à 1f*,10 et celles de la Tripolitaine de 1f°,50 à 2f",50. Partout ailleurs dans la Méditerranée, les éponges sont destinées aux usages domestiques. À Tripoli de Barbarie, les éponges sont vendues à l’ocque (1K8,280) de 25 à 30%; à Sfax, l'écart est plus grand, car les variétés sont plus nombreuses. Sous le nom général de Djerbis, on distingue : la sicilienne (18 à 22f le kg.), la gangava (19 à 19 l’ocque), la gangava italienne (12 à 14% le kg,), la zarzis (15 à 18f le kg.). Enfin, les Antilles fournissent l’éponge commune, le plus souvent employée dans l’industrie. Ses variétés sont nombreuses et s'expliquent d’elles-mêmes. Les principales sont l’éponge dite laine de mouton, velours, tête dure et gazon. Une notable partie de ces éponges est utilisée sur place pour mouiller les feuilles de tabac et pour nettoyer les machines employées dans les sucreries. Le reste est exporté en Europe. (J. Godefroy.)
Les éponges se trouvent surtout dans la Méditerranée. On en pêche principalement sur la côte de Syrie, de Jaffa à Alexandrette, dans l’archipel grec (Cyclades), l'archipel turc (Sporades), la côte de Tripolitaine, du golfe de Bomba à Zarzis, et sur les côtes de Tunisie, du golfe de Gabès au golfe d'Hammamet.
On pèche aussi des éponges dans la mer des Antilles, notamment sur les côtes nord et sud de Cuba, aux îles Bahama et sur les côtes de la Floride.
Voici maintenant, d’après M. J. Godefroy, comment se fait la préparation industrielle de l’éponge :
Au sortir de l’eau, l’éponge se présente sous la forme d’une boule brune percée de trous verticaux et munie d’une membrane qui l'enveloppe presque complètement. Cette membrane ou pellicule est percée en face des trous. Enfin, toutes les cavités de l’éponge sont garnies d’une matière visqueuse et gluante qui s'échappe dès que l’éponge est sortie de l’eau. La membrane de l’éponge noircit et devient rapidement nauséabonde au contact de l’air, aussi convient-il de l’en débarrasser par un lavage spécial sous peine de la voir se corrompre. Ce lavage doit suivre de près la pêche de l’éponge et doit être continué jusqu'à ce que les substances membraneuses soient complètement enlevées. C’est ainsi que procèdent les pêcheurs d’éponges de la Méditerranée, mais ceux des Antilles ne lavent pas l'éponge et s’en remettent à l’ardeur du soleil pour corrompre la membrane et en débarrasser le zoophyte. Lorsque l’éponge est ainsi naturellement nettoyée, ils la jettent dans ce qu'ils appellent un « coral », sorte de petit parc formé de piquets droits rapprochés de 1 à 2 pouces et plantés sur des fonds où il n’y a que 2 ou 3 pieds d’eau. Là, les éponges
restent souvent plusieurs semaines sous la garde des pélicans, perchés, immobiles, sur le sommet des piquets. Puis, quand toutes les particules de l'éponge sont putréfiées et dissoutes par l’eau de mer, les éponges sont de nouveau exposées au soleil pour le séchage définitif. Enfin elles sont emballées dans des sacs et pressées à l’aide d’appareils très puissants qui permettent d’expédier sous un volume relativement restreint de grandes quantités d’éponges. Ces presses ne sont pas employées dans la Méditerranée ; les expéditeurs se contentent de faire pénétrer le plus d’éponges possible dans des sacs de moyenne dimension qui, remplis, pèsent de ro à 20 kg., suivant la provenance et le plus ou moins de sable que contiennent les éponges. Souvent, en effet, dans les endroits où les éponges sont vendues au poids et non à la pièce, les pêcheurs ont soin de remplir le squelette de sable pour augmenter son poids et obtenir un prix plus élevé. C’est là une fraude commune, bien connue des acheteurs, rappelant celle des nègres de la côte d'Afrique, qui mettent des pierres et des morceaux de fer dans les boules de caoutchouc. S'il est facile de couper celles-ci pour déjouer la supercherie, il ne l’est pas moins de plonger l'éponge dans une faible solution d’acide chlorhydrique qui les débarrasse de toutes les substances étrangères adhérentes à son tissu.
Arrivée sur les marchés d'Europe, l'éponge est soumise à une préparation spéciale qui varie suivant les lieux et les usages auxquels elle est destinée.
En Allemagne, les éponges, pour la plupart destinées à l’industrie, sont traitées par une solution aqueuse de brome. Le brome étant peu soluble dans l’eau, il suffit d'ajouter quelques gouttes de brome à un litre d’eau distillée et d’agiter fortement pour obtenir une solution concentrée de brome. Les éponges sont plongées dans cette solution, et après quelques heures, leur coloration brune disparait et est remplacée par une coloration beaucoup plus claire. Si l’on traite les éponges une seconde fois de la même manière, elles acquièrent la coloration voulue.
Pour obtenir un blanchiment parfait, il suffit de les passer alors dans l'acide chlorhydrique dilué, puis de les laver à grande eau. Par le traitement à l’eau de brome, on obtient des résultats aussi beaux qu'avec l'acide sulfureux, tout en gagnant beaucoup de temps et en évitant une manipulation considérable.
Les éponges en usage dans la chirurgie sont traitées de la façon suivante, indiquée par M. H. Rech, pharmacien à Neuilly-sur-Seine :
1° On commence par les dégraisser en les plongeant dans une solution d’ammoniaque à 5 °/, environ, puis on les rince à grande eau ;
2° On les plonge ensuite dans une solution de permanganate de potasse à 2 °/, jusqu’à ce qu’elles soient complètement brunes et on les rince ;
3° On les plonge dans une solution d’hyposulfite de soude à 10 °/, environ mélangé d'acide chlorhydrique ordinaire en quantité suffisante pour rendre l’eau bien laiteuse ;
4° Quand les éponges sont devenues parfaitement blanches, on les rince à grande eat pour bien les débarrasser du soufre qu’elles peuvent retenir et qui les détruirait à la longue en se chargeant en acide sulfurique au contact de l’air humide.
M. Balzer, pharmacien à Blois, est d'avis que ce procédé est imparfait à cause de la grande quantité de soufre provenant de la réaction de l’acide chlorhydrique. Il faut un lavage très prolongé pour débarrasser complètement les éponges de ce soufre qui les pénètre. Ce lavage, qui doit être méthodique, est très ennuyeux et exige une opération consciencieuse.
Pour obvier à cet inconvénient, dit-il, je remplace depuis longtemps l’hyposulfite par le bisulfite de soude qui n'offre pas ce dépôt abondant de soufre, et qui exige un lavage moins long et plus facile, J'ai eu soin d’abord de bien battre mes éponges avec un maillet pour écraser les petits cailloux qu’elles renferment toujours et dont la présence serait souvent funeste pendant les opérations chirurgicales. Pour conserver ces éponges aseptiques, je les plonge dans de l’eau phéniquée très faible, au 1/100 par exemple, car une eau trop fortement phéniquée les fait noircir de même que le bichlorure de mercure.
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Ces précautions et ces procédés de conservation des éponges destinées à la chirurgie seraient superflus pour celles qui sont destinées à la toilette ou aux usages domestiques.
Voici le traitement qu’on fait habituellement subir en France à ces dernières.
Les éponges sont d’abord débarrassées de toutes les matières étrangères qui peuvent adhérer à leur tissu, à l’aide de ciseaux qui sont d'ordinaire de simples forces à moutons. Ce sont des femmes qui se livrent à ce travail préparatoire. Les éponges sont ensuite traitées au permanganate de potasse de 2 à 5 °/, jusqu’à ce qu’elles soient complètement brunes, ensuite à l’hyposulfite de soude, enfin au chlorure de chaux. On peut estimer à 30 °/, la perte au poids de l'éponge après lavage définitif. »
Le commerce des éponges est très important : en France seulement il s'élève à la somme de 15 millions de francs par an, dont ro millions pour l'importation et 5 millions pour l'exportation. Certaines industries en emploient de grandes quantités ; la Compagnie des Omnibus de Paris n’en usait pas moins, il y a quelques années, de 12000 pour le lavage de ses chevaux et de ses voitures. Ab uno disce omnes.
Les trois grands marchés d’éponges sont : Paris, qui s'occupe surtout des éponges ordinaires ; Londres, où l’on va chercher les éponges fines ; et Trieste, où abonde l'éponge commune. En France, elles payent un droit d'entrée de of",35 par kg. pour les éponges brutes et de o!",65 pour les éponges préparées.
Les modes de pêches varient beaucoup suivant les localités ; ils peuvent se ramener à quatre principaux.
Le plus simple est celui des plongeurs.
Ce sont à coup sûr, dit M. Godefroy, les plongeurs les plus audacieux et les plus habiles. Is opèrent surtout sur les côtes de Syrie et voici comment ils s’y prennent. Arrivés sur l'emplacement choisi, ils attachent une corde à un bloc de marbre blanc à base carrée ou rectangulaire, puis ils enroulent autour de leur poignet gauche une autre corde qu’ils attachent à la première un peu au-dessus de la pierre en lui laissant une longueur de quelques mètres. Ils se jettent à l’eau, en tenant dans leurs mains, les bras tendus au-dessus de la tête, le bloc de marbre, et se laissent couler au fond de l’eau. IL n’est pas rare de les voir plonger à des profondeurs de 35 à 4o mètres, et y rester près de deux minutes. Ils rayonnent autour de la pierre dont l’éclat leur sert de point de repère, entassent les éponges dans un filet suspendu au cou et, lorsqu'ils sont à bout de souffle, donnent un coup sec sur la corde et se font rapidement hisser jusqu’à l’embarcation. Les plus habiles, quand la chance les favorise, arrivent à ramasser à chaque plongeon leur douzaine d’éponges. Ils payent quelquefois leur succès d’un léger évanouissement, mais cette pèche au plongeon est moins dangereuse qu’on le croit généralement. Sans doute, elle exige du pêcheur des qualités physiques exceptionnelles, mais la force de résistance s’acquiert vite chez les sujets bien doués, sous le double mobile d’émulation et d’appât du gain. En outre, cette pêche ne se pratique que dans les endroits où les requins sont inconnus, et les plus désagréables rencontres que puisse faire ie pêcheur au fond de l’eau sont celles du chien de mer attiré par l'éclat du marbre blanc. Un mouvement du bras suffit le plus souvent pour l’écarter.
Ce mode de pêche a malheureusement été essayé dans des localités où la présence des requins le rend impossible. C’est ainsi qu’en Floride, un Grec perdit soixante
Re RO A Te RARE
mille francs en essayant de l’introduire. Le gouvernement américain se vit même obligé d'interdire ce procédé, quoique ce Grec n'employät que des plongeurs qu'il avait fait venir du Levant.
La pêche à la « gangava » est la plus barbare de toutes : c’est un chalut que l'on traîne au fond de la mer et dans le filet duquel s‘accumule tout ce qui dépasse le sol sous-marin. Cette gangava dévaste tout sur son passage et recueille aussi bien les petites éponges que les grosses. Or les premières sont inutilisables et auraient pu devenir grandes si on les avait laissées en place. En quelques années, les localités
habitées par les éponges deviennent stériles. Cette pêche se pratique par exemple en Floride.
Key-West est un des principaux ports floridiens où l’on arme pour la pêche des éponges; pêche faite à la drague, par des malelots montés sur de petits schooners d’une construction légère, peints de Loutes les couleurs de l’arc-en-ciel, ayant un mât de misaine court et un beaupré.
Partout on voit de ces navires à l’est et à l’ouest du cap Floride. Les meilleures éponges sont pêchées sur la côte ouest de la Floride, en face de Cedar Keys.
Quoique les schooners des pêcheurs ne soient pas plus gros qu’une chaloupe de grand navire et que des ouragans
Fig. 167. — Crocs pour pêcher les éponges balaient souvent le golfe du Mexique, Re time jamais ils ne s rdent. Quand
Pourquoi des instruments aussi barbares pour des JE ñ K En ; à ie
animaux aussi inoffensifs? schooner revient après une campagne
de trois semaines, durée habituelle des expéditions, on devine de loin l'importance de son chargement à l’odeur plus ou moins forte émise par les éponges. La flottille de Key-West comprend trois cents embarcations. Quelques-unes sont la propriété des marchands d’éponges, mais la majeure partie appartient aux patrons pêcheurs. Les bâtiments les plus grands, pouvant faire pêcher plus de monde, font généralement de meilleures affaires. Un schooner de cinq tonnes ayant comme équipage un patron et quatre matelots peut rapporter deux cents ballots d’éponges d’une campagne de trois semaines, et en 1890, la meilleure année que ces pêcheurs aient jamais eue, chaque schooner ramena pour vingt-cinq mille francs d’éponges en ses onze expéditions. Une fois rentrés au port, les pêcheurs étendent leurs éponges sur le wharf de Key-West et les vendent aux enchères. Tous les patrons s'engagent souvent mutuellement à ne pas vendre au-dessous d’un prix déterminé. Deux cents bons ballots d’éponges valent deux mille francs. Le propriétaire du bâtiment reçoit le tiers du produit de la vente, les deux autres tiers sont pour le patron et l'équipage. Les schooners pêcheurs d’éponges coûtent sept cent cinquante francs environ de réparations par an. Quand le marchand d'éponges est propriétaire du schooner, la solde des pêcheurs est proportionnelle à ce que chacun d’eux a pêché d’éponges. Les pêcheurs d’éponges partent en campagne une fois par mois, excepté pendant le mois d'octobre, mois des ouragans, et ils restent trois semaines en mer; ce qui leur donne après chaque expédition une semaine à passer à terre.
La gangava ne peut s’employer que sur les fonds unis. S'il y a des rochers, elle risque de s’y accrocher et de briser son câble, d’où une perte très importante.
Dans les localités où les éponges ne vivent pas à une grande profondeur, on peut s’en emparer, tout en restant dans la barque, à l’aide d’un trident (Jig. 167) dont les branches se terminent par un pelit harpon. Cet instrument est connu sous les noms de foène, de kamaki, de garabato.
| Ut 1] Le pêcheur harponne avec cet ins-
ten] trument toute éponge qu'il aperçoit.
Son habileté consiste à ne pas déchirer
le tissu du zoophyte et à le détacher
Es du rocher auquel il adhère, comme il Fig. 168. — Lunette pour apercevoir les éponges È 4 : :
A Er le ferait avec la main. La pêche au ka-
maki ne peut se faire que par des fonds
de dix à douze mètres au plus; encore faut-il que l’eau soit transparente et qu'aucune
brise n’en vienne rider la surface. Le vent vient-il à s'élever, le pêcheur ne renonce
Fig. 169. — Pèche des éponges « à la foène ».
C'est une opération très fatigante et peu rémunératrice.
pas pour cela à continuer sa pêche. A l’aide d’un miroir (fig. 168) composé d’un cylindre creux en fer blanc hermétiquement fermé à sa partie inférieure par une vitre transparente (AB), il aperçoit, avec une nettetéextraordinaire, en enfonçant légèrement l'appareil dans l’eau, les moindres détails du fond. Cette pêche à la foène (fig. 169) est pratiquée dans toute la Méditerranée et aux Antilles, avec cette différence pourtant qu'aux Antilles l’appareil n’a que deux crocs. J’ai pu admirer de visu l’habileté extraordinaire des pêcheurs cubains qui, avec cet engin primitif et peu coûteux, arrivaient à retirer de l’eau des éponges qu'ils avaient cueillies avec une remarquable dextérité sans la moindre déchirure. . (Godefroy.)
La difficulté de cette pêche est de bien diriger le harpon : on connaît les effets de la réfraction dans l’eau, ils empèchent de voir la direction du coup; les pêcheurs s’habituent cependant assez vite à vaincre ce phénomène d'optique. Quand la mer est trop agitée, on répand à la surface un peu d’huile qui, en s'étendant, calme les flots et aplanit la surface, permettant ainsi de voir le fond. Les éponges, une fois
détachées, restent fixées au trident ou remontent à la surface.
Mais le mode de pêche de beaucoup préférable qui, sans doute, fera abandonner les autres par la suite, est le scaphandre (fig. 170).
Il y a une vingtaine d’années, dit M. Godefroy, que la maison Denayrouse, de Paris, l’appliqua à la pêche des éponges. La pêche au scaphandre est à coup sür la plus productive et la plus rationnelle. Le pêcheur a le temps de choisir les éponges qu’il veut cueillir, il peut aller là où la gangava ou la foène ne peuvent être utilisées. Mais cette pêche n'a qu'un défaut, c’est d’exiger une mise de fonds relativement considérable. Un scaphandre du modèle courant vaut en effet de dix-huit cents à deux mille cinq cents francs.
Fig. 170. — Pêche des éponges à l’aide du scaphandre. Il nécessite la présence de plu- Très piltoresque, mais plus dangereuse qu'elle n’en a l'air. sieurs hommes aussi bien pour
le fonctionnement de l’appareil à transmission d'air que pour la surveillance du scaphandrier. Enfin, chose singulière, c’est la pêche au scaphandre qui fait le plus de victimes. La cause la plus fréquente des accidents est due au refroidissement qui saisit le pêcheur au sortir de l’appareil. Le vêtement de caoutchouc qui l'enveloppe entièrement à l'exception des mains entretient sur tout son corps une moiteur qui le rend très sensible à la température de l'air extérieur. Dès qu’il revient à l’air Jibre, les plus grandes précautions doivent être prises; beaucoup les négligent et sont victimes de leur imprudence. En 1896, cent vingt pêcheurs d'Egine, Kharki, Symi et Kalymnos sont morts de fluxions de poitrine et une centaine furent atteints de rhumatismes qui les forcèérent d'abandonner leur profession.
IL semble qu’en se vêtissant de laine, les scaphandriers pourraient éviter ces accidents, surtout en ne remontant que lentement pour permettre au corps de se remettre en harmonie avec la pression ambiante,