CHAPITRE XXX
Les oiseaux qui mangent les serpents.
Le serpentaire (fig. 171), oiseau africain, a une alimentation peu ordinaire: il suffit d’ailleurs de le voir pour deviner que son existence est exempte de banalité. C’est en somme un rapace, haut sur pattes et fait, non pour voler, mais pour rester sur le sol. Il a la démarche fière et avance par saccades; on le prendrait presque pour un échassier si ses pattes garnies de griffes puissantes et son bec crochu ne lui
assignaient sa place à côté des aigles et des vautours.
On j'appelle aussi « sagittaire » ou ( secrétaire », cette dernière allusion relative
sans doute aux plumes de sa huppe, que l’on
a comparées aux plu- Fig. 171. — Le serpentaire.
Une lutte qui paraît inégale, les serpents ne passant pas, et à juste raison, mes QUE les scribes
pour se laisser tuer facilement : c'est cependant le plus faible, l'oiseau > : qui est le vainqueur. * ont l'habitude de por
ter derrière l'oreille.
Les Arabes l’appellent « cheval du diable » et « oiseau du sort »; souvent ils le
mêlent à diverses histoires légendaires : son aspect étrange les a toujours frappés.
Le serpentaire vit surtout dans les plaines, où il court avec une grande rapidité,
le corps penché en avant, à la manière des outardes. Après avoir parcouru des lieues,
il se décide à s'envoler, ce qu’il ne parvient pas à faire sans peine, mais une fois
enlevé, il vole très haut et plane la plupart du temps, en étendant les pattes en arrière et le cou en avant, comme la cigogne.
li se nourrit surtout de serpents et autres reptiles, sans négliger, d’ailleurs, quel-
ques petits mammifères ou oiseaux. Jamais rassasié, il est d’une voracité extrême.
Le. de
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Au moment où on met le feu aux herbes dessséchées des steppes, il chasse sur tout le bord de l'incendie où sont venus se réfugier maints animaux, qu'il gobe en un clin d'œil.
L'un des mangeurs de serpents que j'ai tués, dit Le Vaillant, et qui était un mâle, avait dans son jabot vingt et une petites tortues entières, dont plusieurs avaient près de deux pouces de diamètre ; onze lézards de sept à huit pouces de longueur, et trois serpenis de la longueur du bras et d’un pouce d'épaisseur. Outre ces animaux, j'y trouvai encore une multitude de sauterelles et d’autres insectes dont plusieurs étaient intacts. Les serpents, les lézards et les tortues avaient chacun un trou dans la tête. Je trouvai aussi dans l'estomac très ample de cet oiseau une pelote grosse comme un œuf d’oie ; elle n'était composée que de vertèbres de serpents et de lézards, d’écailles de tortues, d’ailes et de pattes de sauterelles et enfin d’élytres de plusieurs scarabées. Cet oiseau rejette par le bec toutes les dépouilles, ainsi que le font plusieurs autres oiseaux de proie.
Il ose attaquer un ennemi aussi redoutable que le serpent; fuit-il, l'oiseau le poursuit, on dirait qu’il vole en rasant la terre; ilne développe cependant point ses ailes pour s’aider dans sa course, comme on l’a dit de l’autruche ; il les réserve pour le combat, et elles deviennent alors ses armes offensives et défensives. Le reptile surpris, s’il est loin de son trou, s'arrête, se redresse et cherche à intimider l'oiseau, par le gonflement extraordinaire de sa tête et par son sifflement aigu. C’est dans cet instant que l'oiseau de proie, développant l’une de ses ailes, la ramène devant lui et en couvre, comme d’une égide, ses jambes, ainsi que la partie inférieure de son corps. Le serpent attaqué s’élance ; l'oiseau bondit, frappe, recule, se jette en arrière, saute en tous sens, d’une manière vraiment comique pour le spectateur, et revient au combat en présentant toujours à la dent venimeuse de son adversaire le bout de son aile défensive ; et pendant que celui-ci épuise, sans succés, son venin à mordre ses pennes insensibles, il lui détache avec l’autre aile de vigoureux coups dont l'énergie est puissamment augmentée par les proéminences et les duretés dont elle est pourvue.
Enfin, le reptile, étourdi d’un coup d'’aile, chancelle, roule dans la poussière, où l'oiseau le saisit avec adresse, et le lance en l'air à plusieurs reprises, jusqu’au moment où, le voyant épuisé et sans force, il lui brise le crâne à coups de bec et l’avale tout entier, à moins qu'il ne soit trop gros ; dans ce cas, il le dépèce en l’assujettissant sous ses doigts.
Le serpentaire chasse surtout sur terre. Mais il lui arrive aussi de le faire en
volant, comme la plupart des oiseaux de la même famille. Quand il aperçoit une belle proie il cesse de voler et se laisse tomber sur elle.
Un autre rapace, l’hélotarse à queue courte (fig. 172), se nourrit aussi de reptiles ; comme le serpentaire, c’est un animal cocasse. Dans l’air, il décrit les cabrioles les plus extravagantes. Posé, il reste immobile, les ailes gonflées et avec un air qui quoique sérieux est des plus drôles. Dans l'Afrique, on l'appelle «oiseau médecin» dans la persuasion où l’on est qu’il va chercher au loin des herbes médicinales douces de vertus merveilleuses. Cette fable vient sans doute de ce qu’on le voit souvent voler avec quelque chose de long et cylindrique dans sa bouche. Ce quelque chose n’est pas une racine médicinale, mais un reptile, serpent ou lézard. Il mange toutes sortes de serpents, aussi bien les venimeux que les inoffensifs. Quand un incendie dévore l'herbe des steppes, il va au milieu de la fumée chasser les reptiles qui fuient
éperdus. | :
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Le circaëte jean-le-blanc chasse également les reptiles, ou du moins ceux-ci con: stituent le fond de ses repas, qu’il agrémente avec des grenouilles, des rats, de petits oiseaux, elc. « Mon jeune circaëte, raconte Mechlenburg, fond comme la foudre sur les serpents, quelque gros et méchants qu’ils soient ; d’une de ses serres, il les prend derrière la tète ; de l’autre il les saisit au vol ; dans ces occasions, il pousse de grands cris et bat des ailes ; de son bec, il coupe les tendons et les ligaments qui s’attachent à la tête, et le serpent se trouve sans défense. Quelques instants après, il se met à le manger ; il dévore d’abord la tête, et à chaque bouchée, il donne un coup de bec dans la colonne vertébrale du reptile. En une matinée, il mangea trois gros serpents dont l’un avait près de 1”,30 de long. Jamais il ne dépèce un serpent pour l’avaler morceau par morceau. Plus tard il régurgite les écailles. Les serpents TE ES HER ENT, ME — sont les proies qu'il préfère Te sn] pie Ne Re ST) à toute autre. Je lui ai donné
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à la fois des serpents, des
Fig. 1792. — L'hélotarse. rats, des oiseaux, des gre-
Comme si de rien n'était, il saisit un serpent èt l'engloutit avant : : . 2 que le reptile ait cu le temps de s’en apercevoir. nouilles, toujours il a sauté
d’abord sur les serpents. »
Le jean-le-blanc n’est pas réfractaire aux morsures des serpents ; l’un d’eux que l'on fit piquer par une vipère, mourut trois jours après. Mais ses plumes constituent une épaisse cuirasse que les reptiles ne percent que difficilement.
La buse vulgaire capture les reptiles quand elle n’a pas de rongeurs à se mettre dans le bec. On lira à ce propos avec intérêt les observations suivantes de Lenz :
… Le 26 juin, dit-il, les buses que j'avais prises toutes jeunes et élevées avaient atteint environ les deux tiers de leur grandeur ; on ne leur avait donné jusqu'alors que de la viande, des souris, des grenouilles, de petits oiseaux, mais aucun serpent. Ce jour-là, sans faire attention à elles, je lâchai dans la chambre où je les tenais une grande couleuvre, d'environ quatre pieds de long, couleuvre que je voulais montrer à des visiteurs. Derrière nous, se trouvaient les buses. À peine eurent-elles aperçu le serpent, qu’elles s’élancèrent sur lui, malgré notre présence. La couleuvre se roula en cercle, poussa des sifflements menaçants, tournant sa gueule ouverte et prête à mordre, contre ses deux ennemies. Je mis aussitôt le pied entre les combattants et enlevai la couleuvre, que je voulais conserver à cause de sa taille.
J'en apportai une autre d'environ deux pieds et demi de long. Sans hésiter, l’une des
buses lui sauta dessus. Le serpent sifflait de désespoir, ouvrait la gueule, serrait les pattes de l'oiseau, au point de le faire trébucher et de le forcer à s'appuyer sur sa queue et sur ses ailes. Sans s'arrêter à ces mouvements, la buse ne cessait de lui mordre le milieu du dos ; elle mit douze minutes environ à déchirer la peau ; mais, cela fait, elle commença à manger, et finit par couper le serpent en morceaux et par l’avaler. Un des morceaux avait plus d’un pied de long.
L'autre buse avait jusqu'ici regardé le repas d’un œil chagrin et jaloux, car je l'avais empêchée d’y prendre part. Je lui donnai à son tour une couleuvre. Elle s’en rendit maitresse plus rapidement que ne l’avait fait la première, la divisa par le milieu, et se mit à avaler les deux tronçons qui continuaient à s’agiter convulsivement. La tête, formant l'extrémité du premier morceau, cherchait sans cesse à ramper et à s'échapper hors du bec. L'oiseau avait bien du mal à la déglutir ; il n’y arriva qu’en pressant le second morceau et en l’avalant par-dessus le premier; il lui faisait jouer à peu près le rôle d’un bouchon. Les buses regardèrent alors de tous côtés, demandant une nouvelle proie, que je ne leur donnai pas, car il était tard. A la fin, elles se rendirent à leur lieu de repos. Le lendemain, l’une avait digéré le reptile ; l’autre l'avait vomi ; mais quand elle se réveilla, elle l’avala de nouveau, ce qui prouve combien la buse aime cette proie. A partir de ce jour, mes buses menèrent une vie heureuse; presque chaque jour, elles recevaient des orvets et des couleuvres qu’elles saisissaient et dévoraient aussitôt. Elles avalaient en entier et vivants les individus de petite taille. Quant aux grands, elles les dépeçaient avant de les engloutir dans leur œsophage.
Le 20 juillet fut le jour fixé pour leur premier combat avec la vipère. Un grand nombre de spectateurs arrivèrent, ce qui effraya un peu les buses. Je les séparai ; l’une était derrière les spectateurs, l’autre sur un établi de menuisier. Je mis alors sur le sol une vipère, m’attendant à voir la buse, affamée comme elle l'était, se précipiter dessus. Je m'étais trompé ; elle reconnut immédiatement le danger, elle resta immobile, l’œil attaché sur son ennemie. De son côté, le reptile, dès qu'il l’aperçut, ne parut plus s'inquiéter de ma présence, se roula en cercle et ne bougea plus. Je le pris avec une pince par la queue, je le levai en l’air et le mis sur l’établi. Habituée à manger dans ma main, la buse approcha; la vipère se roula en cercle, siffla et lui lança un coup de dent, sans l’atteindre. La buse poussa un cri d’effroi, hérissa son plumage et fit un saut en arrière. Elle resta ainsi, l’œil fixé sur le reptile. Pour attirer la buse, je jetai de petits morceaux de viande sur la vipère, la buse s’avança, mais un nouveau coup de dent lancé dans l'air la fit reculer de nouveau. Je poussai la vipère vers elle ; pas à pas, les ailes relevées, les plumes hérissées, elle recula jusqu’au bout de l’établi, qu’elle finit par quitter.
Je remis la vipère à terre. Un morceau de viande jeté auprès attira la seconde buse, mais au moment où elle allait le prendre, la vipère s’élança sur elle. La buse se retira en poussant un grand cri, les ailes relevées. Cependant elle revint à la charge, et une nouvelle morsure du serpent la fit reculer une seconde fois. La vipère se retira dans un coin de la chambre, laissant la buse ramasser la viande, puis se blottit, levant une tête menaçante. Je jetai de la viande sur elle, l'oiseau s’approcha, mais sans oser l’attaquer ; chaque fois qu’il avançait, un coup de dent et un sifflement venaient l’arrêter. J’essayai plusieurs fois encore, mais toujours en vain, d'engager le combat, et je finis par enlever la vipère. Des orvets, que je donnai alors aux buses, furent dévorés immédiatement ; il en fut de même d’une grande couleuvre.
L’issue de cette expérience n'avait pas répondu à mon attente. Il était fort singulier de voir un oiseau, qui avait attaqué déjà des serpents et des rats, reconnaître ainsi instinctivement un serpent venimeux et refuser le combat. Cependant mes buses n'étaient pas encore complèternent adultes ; la nombreuse assistance pouvait les avoir effrayées ; je les avais vues, de plus, manger avec avidité des morceaux de vipère; l’odeur de ce serpent ne pouvait les avoir retenues, cer la buse se guide par la vue et non par l’odorat. C’est du premier coup d'œil qu'elies ayaient reconnu leur ennemi mortel. Aussi ne désespé-
rai-je pas et recommençai-je deux jours après une nouvelle tentative, mais devant quelques personnes seulement. è | Je jetai d’abord à la buse un orvet, qu’elle prit et avala tout vivant. Je mis alors ! devant elle une petite vipère brune. Aussitôt elle hérissa son plumage, leva les ailes, , poussa un cri perçant, puis, sûre cette fois de sa supériorité, fondit sur son ennemie, la \ prit entre ses serres par le milieu du corps, et battit vigoureusement des ailes en criant. Elle se comporta d’une manière toute différente de ce qu’elle avait fait à l'égard des serpents non venimeux. Consciente du danger, elle tenait la tête relevée. La vipère s’enroulait autour de ses pattes, sifflait, donnait des coups de dent de tous côtés, mais qui se {perdaient sur les plumes hérissées ou sur les ailes. D’un coup de bec prompt et vigoureux, la buse lui fracassa alors le crâne. La vipère eut encore quelques convulsions, et lorsqu’elle fut morte, l'oiseau l’avala la tête la première. Elle regarda fièrement de tous côtés, demandant à livrer un nouveau combat. Je mis à peu de distance d’élle une jeune vipère, d'environ 13 pouces de long. Celle-ci eut le temps de s’enrouler; ses sifflements, sa gueule largement ouverte, ses yeux flamboyants fixés sur la buse, indiquaient bien évidemment qu’elle avait reconnu une ennemie. Prudemment, les ailes relevées, la buse s’avança; c'était un spectacle attachant que je n’osais pas troubler immédiatement. Je finis cependant par jeter une grenouille sur la vipère. Aussitôt la buse s’élança et prit entre ses serres la grenouille et le reptile. Celui-ci se retourna, siffla, mordit tout autour de lui. La buse agitait continuellement ses ailes ; relevait la tête; puis elle porta subitement un vigoureux coup de bec à la tête de la vipère. Celle-ci se dégagea et chercha encore à mordre. Un nouveau coup sur la tête l’étourdit, mais elle revint à elle et essaya encore une fois ses dents. À ce moment la buse ; lui fracassa complètement la tête et attendit que ses forces fussent entièrement épuisées pour l’avaler.
Ce jour et le lendemain, je ne lui donnai aucun aliment couvert de noils ou de plumes, dans lesquels les dents à venin auraient pu s’envelopper. Le soir du second jour, la bête n’avait rien régurgité. Je lui jetai alors un bec-croisé qu’elle avala avec la tête et les plumes. Le lendemain, elle régurgita une balle de la grosseur d’un œuf de poule, mais je n’y trouvai que les plumes, le bec et les plus gros os du bec-croisé et quelques écailles de la vipère ; les dents à venin n’y étaient pas. Le nombre des écailles aurait été plus considérable si la vipère avait été plus âgée; car lorsque la buse a mangé de grands serpents, elle régurgite des balles assez volumineuses, composées d’écailles et très rarement de quelques os ; elle digère donc les os et les dents des serpents. Le 2 août, mes buses avaient à peu près atteint l’âge adulte. La plus petite était sur l’établi, la plus grande à terre. Je mis devant celle-ci une grande vipère, qui siffla et chercha à mordre. La buse restait tranquille, les plumes hérissées, attendant le moment favorable pour attaquer. Ayant jeté une grenouille derrière la vipère, la buse prit aussitôt son élan, saisit le reptile par le milieu du corps, et se disposait à l'emporter dans un coin, lorsque la seconde buse vint prendre le reptile par la queue. Les deux oiseaux se disputèrent cette proie, chacun la tenant avec une patte et de l’autre frappant son com- 1} pagnon. Je me hâtai de les séparer, et laissai la vipère à celui qui l’avait saisie le premier, Il la tenait entre ses serres, criant et battant des ailes ; la vipère sifflait, donnait des coups de dent, tantôt dans l’air, tantôt sur les plumes ou sur la cuirasse écailleuse des pattes, la tête étant en dehors de ses atteintes. La buse làcha le reptile, mais pour le ressaisir aussitôt plus au milieu du corps, et d’un coup de bec lui broya la tête. Elle attendit que ses mouvements eussent complètement cessé; puis elle mangea la tête, le cou et enfin le reste du corps. Ce lui fut un bon morceau, car la vipère avait plus de deux pieds de long et renfermait plusieurs œufs. Non seulement la buse ne laissa rien, mais elle avala encore une grenouille immédiatement après.
Pendant ce temps, je mis une nouvelle vipère en présence de la seconde buse, qui, sans hésiter, fondit sur elle, la saisit en criant, en battant des ailes, et attendit un mo-
ment favorable pour lui broyer la tête. La vipère se dégagea ; mais la buse la prit de nouveau par la queue. La vipère s'étant redressée aurait pu facilement mordre son ennemie, si elle n'avait pas été trop maladroite. La buse la lâcha, mais pour lui prendre la tête avec une de ses serres. Au moment où le reptile faisait effort pour la dégager, un vigoureux coup de bec la lui broya. L'oiseau fit ensuite son repas, en commençant, comme toujours, par avaler la tête.
Cependant la première buse n'avait pas remporté une victoire sans péril. Pendant qu'elle était en train de manger, j'avais déjà remarqué que sa patte gauche se paralysait, et elle ne tarda pas à enfler à la naissance des doigts. A cet endroit, la patte n’est protégée que par de petites écailles et la dent venimeuse du serpent avait pu l’entamer. Les dents du rat, quelque tranchantes qu’elles soient, sont impuissantes à couper les écailles résistantes de la patte de la buse; mais les dents des serpents, qui ressemblent à autant de fines aiguilles, peuvent les traverser. Sans donner de signe de douleur, la buse se contenta de relever le membre malade, et digéra son repas tout tranquillement. La patte saine saignait aussi : une écaille en avait été arrachée, non par une morsure de la vipère, mais plutôt, à ce que je crois, par un coup donné par la seconde buse. A la tombée de la nuit, le ronflement avait déjà diminué; le lendemain, il était à peine marqué et l'oiseau commençait à se tenir sur sa patte; le troisième jour il était complètement remis.
On voit que l'homme n'est pas seul à avoir des difficultés pour gagner le pain quotidien.