TOME TRS
Ne quittons pas l'Australie, sans signaler les timbres fiscaux servant comme timbres-poste, de la Tasmanie (1883), et représentant un ornithorhynque, qui est bien le mammifère le plus singulier que l’on puisse imaginer. Il ressemble, par l'allure générale de son corps à une taupe, par sa queue au castor, par son bec au canard, par son organisation intérieure à un reptile ou mieux à un oiseau. Enfin, quoique mammifère, il pond des œufs. C'est un animal paradoxal dans toute la force du terme. IL vit au bord des rivières et se creuse des trous dans la berge. Grâce à ses pattes largement palmées, la natation lui est très facile. L'ornithorhynque, si intéressant à tous les points de vue, est malheureusement en voie d'extinction.
L'ornithorhynque est simplement curieux. Les lamas (/ig. 181), qui sont représentés sur plusieurs timbres du Pérou, sont au contraire très utiles et méritent bien l'honneur qu'on leur à fait. Ces deux ruminants étaient en effet déjà utilisés comme bêtes de somme avant la découverte de l'Amérique. Actuellement, ils rendent aux Péruviens d'innombrables services. Très sobres, très courageux, très forts et très adroits, ils peuvent porter des charges
pesantes dans les endroits les plus
dangereux : ils sont surtout très utiles Fig: 189. — Tigre du Congo.
pour transporter des barres d'argent, métal commun dans le pays comme on sait.
Le Guatémala renferme une faune très riche et très intéressante, dont il a choisi un des plus beaux représentants, le quetzal (Pharomacrus resplendens) (fig. 182) pour le faire figurer sur ses timbres depuis 1879. Voici, d’après M. A. Granger, quelques renseignements sur le quetzal, peu connu en Europe.
Cet oiseau appartient à la famille.des trogonidés et a été désigné successivement sous le nom de pharomacre moncino, calure paradis, trogon resplendissant.
Le mäle possède une livrée dont l'éclat a été comparé à celui du plumage du paon : sa tête et sa gorge ont une teinte d’un bronze doré, tandis qu’un vert doré très brillant couvre le cou, la poitrine, le dos, le manteau, les couvertures alaires et caudales. Mais cette splendide livrée est encorere haussée par la nature du plumage, qui est velouté, et par les barbes décomposées qui en forment la bordure. Les grandes couvertures de la queue mesurent environ 0",85 ; les deux plumes du milieu sont allongées en larges filets frangés sur les bords ; le ventre et les couvertures inférieures sont colorés d’un rouge carmin vif. Les plumes soyeuses qui recouvrent la tête lui donnent l'apparence d’un cimier touffu. Si la beauté de cet oiseau le fait rechercher des ornithologistes, ses dépouilles ne sont pas moins estimées comme parure.
Le quetzal habite les montagnes boisées du Guatémala ; on le trouve également ‘au Mexique ; mais sa capture est difficile, car il vit cantonné dans les régions très élevées et souvent inaccessibles.
On doit à Salvin et à Delattre d'intéressants détails sur les mœurs de ce magnifique oiseau :
Le quetzal, dit Salvin, vit à une attitude moyenne de 2.000 mètres. Dans cette zone, on le rencontre dans toutes les forêts d'arbres élevés, IL se tient de préférence sur les branches du deuxième tiers de l’arbre et il demeure dans une immobilité presque complète : c’est tout au plus s’il tourne lentement la tête d’un côté à l’autre, s’il relève et abaisse doucement et alternativement sa longue queue. Mais a-t-il aperçu un fruit mûr, il s'envole, demeure quelque temps comme suspendu en l'air à côté du fruit, cueille une baie et revient à sa première place. Il exécute ce mouvement avec une grâce indiscutable. Souvent j'ai entendu des personnes s'écrier avec extase à la vue de colibris empaillés ; « Quel superbe spectacle doivent offrir ces petits oiseaux quand ils volent ! » C’est là une erreur : à vingt mètres on ne distingue plus les couleurs des colibris. Il en est autrement du quetzal ; sa beauté reste la même, quelle que soit sa position. Aucun oiseau du Nouveau-Monde ne légale ; aucun de l'Ancien ne le surpasse. Telles furent mes impressions lorsque j'en vis un pour la première fois.
On croit généralement que le nid du quetzal a deux ouvertures, ce qui permet 8 I
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Oie (Chine). Poisson (Chine), Faisan (Japon). Bergeronnette (Japon). Fig. 190. — Timbres d'Extrême-Orient.
à l'oiseau d'entrer et de sortir sans endommager les longues plumes de sa queue. Les indigènes, qui lui font une chasse continuelle, ont trouvé un procédé aussi simple que barbare pour se procurer ses dépouilles : ils montent avec précaution sur l'arbre où repose le nid et, lorsque le mâle couve, ils arrachent brusquement les longues plumes qui font saillie à l'extérieur du nid et que le malheureux quetzal abandonne en s’envolant.
La réputation du quetzal est antérieure à la conquête du Nouveau-Monde; les
Indiens recherchaient déjà ses dépouilles qu'ils envoyaient en tribut à Montézuma. Les Espagnols, au moment de la conquête, furent également frappés de sa beauté et lui donnèrent le nom de pitoreal (oiseau royal).
En 1894,onaémis pour Bornéo un certain nombre detypes detimbres(/fig. 183), dont trois nous intéressent. L'un représente une tête de cerf, l’autre un paon, figuré d’une manière plutôt allégorique, et le troisième un crocodile ouvrant la gueule d’un air menaçant et s’apprètant à entrer dans une rivière. Les crocodiles sont la terreur des habitants ; peut-être est-ce en vue d’apaiser leur férocité qu'on les a reproduits sur des timbres ?
Tout récemment, les timbres zoologiques de Bornéo se sont enrichis de deux jolis sujets, un ours (fig. 184) et un singe (Jig. 185) tous deux à l'air délibéré.
En 1894, l'État Indépendant du Congo émettait une série de très jolis timbres, parmi lesquels celui d’un centime ( fig. 186) montrant un éléphant dans la brousse et, dans le lointain — un peu trop loin même — un nègre qui s'apprête à Le transperser d’une lance. Le malheureux animal est évidemment en fureur car on le voit relever la trompe d’un air menaçant.
Au Congo, on fait tous les ans une vaste hécatombe d’éléphants, dont l’ivoire a un grand prix. Notre ami Bourdarie voudrait avec raison que cette chasse exagérée soit réglementée et surtout que l’on domestiquât les éléphants d'Afrique comme on l'a fait pour ceux d'Asie, où ils rendent de si grands services. Les éléphants sont en effet des animaux très intelligents el relativement doux, quand on ne les brutalise pas ; dressés, ils obéissent au commandement et, avec leur trompe, soulèvent de lourds fardeaux. Les services qu'ils pourraient rendre en Afrique sont
| » inestimables et nous souhaitons à OrASSA x ! à ù Pourdarie tout le succès qu'il mé- Fig. 197. — Dromadaires. Fig. 192. — Girafe. rite pour la vigoureuse campagne (Timbres de Nyassa.) qu'il mène en faveur de leur domestication.
On voit encore des éléphants sur divers timbres asiatiques où la variété blanche est, on le sait, adorée à l'instar d’un dieu et dont les types ordinaires servent de bêtes
de somme. *
Dans les îles Tonga, les timbres «naturalistes » paraissent être en faveur, puisque dans la seule année 1897, on n’en a pas émis moins de quatre représentant un
perroquet (fig. 187), des fruits, un arbre et des coraux (fig. 187). #
Dans divers États asiatiques, on a adopté comme vignette de timbres un tigre sortant de la jungle (fig. 188) ou une tête de tigre — à l'air un peu trop débonnaire. On sait la terreur qu'inspirent les tigres dans ces régions et les ravages qu'ils causent aussi bien parmi les animaux domestiques que parmi les populations. C’est par centaines que, tous les ans, on compte les individus disparus dans leur estomac. On voit que les timbres célèbrent aussi bien la gloire des animaux nuisibles que celle des animaux utiles. Il y a aussi un superbe tigre sur un timbre récent du Congo (fig. 189).
Sur les timbres d'Extrème-Orient (fig. 190), les Chinois et les Japonais, avec leur talent bien spécial, ont figuré plusieurs bêtes intéressantes dont M. Maury a fait connaître l’origine dans sa revue : « Le Collectionneur de Timbres-poste ». L'oie et le
poisson (carpe ou autre cypris, on ne sait), y figurent comme emblème de ménagers. On y trouve aussi un oiseau ressemblant assez mal à un faisan, (emblème de l'élégance native), des chauves-souris, qui symbolisent les « cinq bonheurs », la grue (emblème de longue vie) et la bergeronnette, qui, dans une légende japonaise, joue le même rôle que le serpent du paradis terrestre.
Signalons encore les dromadaires (fig. 191) et les chameaux, qui ornent les timbres de Nyassa, d'Obock,
de Djibouti, animaux que l'on s'étonne de ne pas voir figurer plus souvent, les lions du Paraguay (des majestés qui en valent bien d'autres).les nestors(#q.193) nésipre ans Es perroquets de la Nouvelle-
Fig. 193. — Timbres de la Nouvelle-Zélande. Zélande, les huias ( fig. 193), oiseaux sacrés du même pays, remarquables en ce que le mâle et la femelle différent beaucoup l’un de l’autre par la forme du bec, et toujours dans la Nouvelle-Zélande, l'aptéryx (fig. 193), cet oiseau si curieux, représentant des animaux aujourd'hui disparus, et lui-même d’ailleurs en voie de disparition rapide, remarquable par l'absence d'ailes, par des pattes épaisses, des plumes presque semblables à des poils
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et un long bec.
Signalons enfin trois très jolies vignettes figurant l'une un hippopotame (fig. 194) (timbres de la République de Libéria), l'autre une tête de bison (Uruguay), le dernier uné girafe (fig. 192) (Nyassa). Le premier est très
curieux par ses formes mas-
sives.
Sur des timbres récents des Etats-Unis, on voit figurer un
indien chassant un bison (/ig.
Fig. 194. — Hippopotame 3 5 Or F Fig. 195. — Chasse au bison (Timbre de la Républi- 193), animal qui était autrefois (Timbre des États-Unis).
que de Libéria), £ à MERE très abondant, maïs qui n’existe
presque plus guère aujourd'hui qu'à l’état de souvenir : c’est un animal victime de la conquête de l'Amérique.
IL est intéressant à ce propos de remarquer que beaucoup de timbres représentent précisément la plupart des animaux en voie d'extinction : castor, cygne, paon, phoque, kanguroo, ornithorhynque, etc.
Remarquons aussi qu'au cours de cette étude, nous avons rencontré un certain nombre de mammifères, quelques oiseaux, un reptile, dèux poissons, et, à part les coraux de Tonga, pas du tout d'animaux inférieurs, cependant si intéressants à tous les points de vue. Il ÿ en aura certainement davantage quand les dessinateurs seront plus ferrés en zoologie.
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