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point se gêner. On ne peut même passer entre les nids sans écraser des œufs. Ceux qui nichent sur les arbres déposent leurs œufs à nu entre les inégalités de l'écorce, ou à la bifurcation d’une branche. La plupart pondent à terre trois œufs, quelquesuns quatre, d’autres deux; ceux qui nichent n’en pondent généralement qu'un seul.
Le mâle et la femelle couvent alternativement ; mais, en général, pendant les chaudes heures de la journée, ils laissent les œufs exposés aux rayons du soleil. Les jeunes éclosent après une incubation de deux à trois semaines. Ils ont en naissant un duvet bigarré. D'ordinaire, ils quittent leur nid dès le premier jour de leur existence et courent sur le rivage avec plus d’agilité presque que leurs parents. Ceux-ci veillent sur eux et les nourrissent. Leur croissance est rapide ; mais il n’ont toute leur taille que lorsqu'ils peuvent parfaitement voler. C'est alors qu'ils quittent le lieu de leur naissance et qu'ils errent de côté et d'autre, en société de leurs parents.
Les jeunes hirondelles de mer ont pour ennemis tous les
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carnassiers qui peuvent arriver jusqu’à
leurs nids, les corbeaux et les grandes espèces de mouettes.
Fig. 196. — La sterne, Les rapaces de haut
Oiseau bien fait pour fendre l'espace avec son bec pointu, son port élancé, vol capturent aussiles sa queue rappelant les plumes des flèches.
adultes ; les stercoraires les tourmentent de mille façons pour les forcer à régurgiter leur proie.
L'homme aussi est l'ennemi des hirondelles de mer, dont il aime à se procurer les œufs délicats. À part cela, on chasse peu ces oiseaux, car on ne peut utiliser ni leur chair, ni leurs plumes, et ils ne supportent pas la captivité.
Les hirondelles de mer forment en réalité deux genres distincts : les sternes (Jig. 196) et les guifettes. Celles-ci se distinguent des premières en ce que leur bec est court, mince, un peu recourbé; leurs ailes sont plus longues et leur queue peu fourchue. La palmure des pieds est si peu développée que les doigts semblent seulement frangés. Cas assez rare dans le règne animal, le dessous du corps esi presque toujours plus foncé que le dessus. Les sternes nichent sur les plages et les guifettes dans les roseaux des marais.
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Les oiseaux marins n’ont pas seulement à lutter contre les éléments déchaînés et contre la pénurie de la nourriture. Ils sont encore poursuivis par les oiseaux de proie ordinaires, qui s'attaquent à eux comme aux autres animaux, et détroussés par quelques-uns de leurs congénères, auxquels on a donné le nom de stercoraires ou labbes (fig. 197). Les mœurs de ceux-ci sont vraiment curieuses.
Ces grands oiseaux ont la poitrine forte, le cou court, la tête petite; leur bec est recouvert à la base d’une sorte de cire analogue à celle des oiseaux de proie et se termine par un crochet qui semble surajouté. La mandibule inférieure est plus ou moins anguleuse. Les rectrices médianes de la queue dépassent notablement les autres plumes, ce qui donne à cette partie de l'oiseau l’apparence d’un bec de lance.
Leurs yeux brillants au regard fin et
Fig. 197. — Le stercoraire. railleur ressemblent à
Un véritable bandit qui détrousse honteusement les autres oiseaux de : CR LES dépouille du fruit de leur pêche. ceux des oiseaux de proie.
On les voit poursuivre constamment les goélands, les mouettes, les hirondelles de mer, comme s’ils voulaient les dévorer. Mais point. Si on les suit avec une lorgnette, on les voit harceler sans cesse ces malheureux oiseaux jusqu’à ce que ceux-ci laissent tomber dans la mer une masse blanchâtre, verdâtre, sur laquelle ils se précipitent et qu'ils engloutissent en un clin d'œil. Les premiers témoins de ce fait s’imaginèrent que cette masse n’était autre que les déjections des oiseaux de mer et en conclurent que les stercoraires avaient un singulier mode d'alimentation, d'où ils tirent leur nom. Mais, en réalité, les choses ne se passent pas ainsi. La masse rejetée n’est autre qu’un poisson fraîchement englouti par l'oiseau et que le stercoraire le force à rejeter: pour cela, il le harcèle sans trève ni repos et lui frappe même violemment sur la tête jusqu'à ce qu’il lui ait abandonné son butin. Si l'oiseau résiste, il l'étrangle et le déchire en morceaux. Sa voracité est extrême : non seulement il chasse comme je viens de le dire, mais encore il pêche — bien que rarement — pour son propre compte et va sur la plage cueillir tout ce que le flot y laisse de comestible. Il pille aussi hardiment les nids des oiseaux qui couvent et engloutit les œufs aussi bien que les jeunes. « Un cri d’effroi général, dit Naumann, sort de mille gosiers aussitôt que cet audacieux voleur s'approche du domaine des couveurs ; cependant, malgré ces démonstrations, il n’y a pas un
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seul individu qui se hasarde à s'opposer sérieusement à ses projets pervers. Il s'empare du premier jeune qui s’offre à lui et s'éloigne, pendant que la malheureuse mère crie inutilement et le suit au vol un instant. Dès qu'il n’est plus poursuivi, il descend sur l’eau, tue sa capture, l’avale, puis se dirige vers ses petits, à qui il la donne après l'avoir régurgitée. »
Après avoir bien diné, les stercoraires se retirent dans un endroit tranquille pour y digérer tout à l'aise. Mais bientôt, ils s’élancent dans l'air pour recommencer leur existence de bandits. Leur vol ne diffère pas seulement de celui des mouettes, mais encore, à certains égards, de celui des oiseaux de la même famille. Naumann : dit avec raison que la manière de voler du stercoraire parasite est une des plus admirables et des plus variées du monde des oiseaux. Tantôt il vole assez longtemps, comme un faucon, tantôt avec de lents mouvements d’ailes il plane sur de vastes étendues ; aussi, en le voyant de loin, on peut facilement le prendre pour un milan. Soudain, il tressaille et bat des ailes avec une singulière vivacité, descend en décrivant une courbe, se relève de nouveau, décrit une ligne sinueuse qui se compose de grandes et de petites courbes, fond avec une rapidité furieuse, remonte de nouveau lentement, paraît un moment comme fatigué et immobile, puis un instant après « semble possédé du mauvais esprit», se tourne et se meut, se démène et voltige, se livre en un mot aux mouvements les plus variés. Son cri ressemble à celui du paon; on l’exprime à peu près par: man ; il est sonore et retentissant ; à l’époque des amours il prend des intonations singulières, que l’on pourrait presque comparer à un chant, car, quoiqu'ilne se compose que de l’unique syllabe je, je, c’est une série de notes différentes. Les mœurs de cet oiseau sont, sous bien des rapports, absolument semblables à celles d’une espèce voisine, le labbe cataracte.
Relativement à sa taille, le stercoraire parasite est tout aussi hardi, importun, courageux et jaloux, avide et pillard que ce dernier. Il ne semble en différer qu’en ce qu’il est sociable vis-à-vis des autres individus de son espèce, quoiqu'il ne le soit que dans une certaine mesure. En dehors de l’époque de la pariade, on le voit souvent en petites bandes, tandis que pendant la période dont nous parlons, contrairement à ce qu'on observe chez ses congénères, chaque couple habite un domaine spécial, Il est tout aussi redouté des petits oiseaux de mer que le labbe cataracte l’est des grands ; il arrive cependant que l’on voit des pluviers, des bécasseaux, des huîtriers ou des pétrels nicher avec lui, en bonne entente, sur la même partie de mer. « Aux Lofoden, j'ai pu observer, dit Brehm, des stercoraires parasites tous les jours, pendant des semaines entières, et j’ai remarqué qu’au fort de l'été, ils sont tout aussi diligents pendant la nuit que pendant le jour. Souvent je les ai vus se livrer à la chasse des insectes pendant des heures entières, et cependant je n’ai trouvé que des petits poissons dans l'estomac de ceux que j'ai tués. Je ne les ai jamais vus piller les nids ; toutefois, ils poursuivaient constamment les thalassidromes tempêtes et les forçaient à abandonner le butin qu'ils venaient de faire. Ils persécutent les sternes et les lummes encore plus que les mouettes. »
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« Au milieu de maï, on voit apparaître le stercoraire parasite sur la terre ferme, pour y couver. Comme emplacement pour son nid, il choisit de préférence les marais situés un peu bas. En Laponie, d'après mes observations, il évite les hauteurs fréquentées par des oiseaux de toutes sortes et se montre tout aussi rarement sur les sommets des montagnes que recherchent pour se reproduire des espèces très voisines. On peut compter, sur un de ces grands marais, de cinquante à cent couples, mais chaque couple a un domaine spécial et délimité, qu’il défend contre ses voisins. Le nid se trouve sur une petite élévation des marais ; il consiste en une simple cavité, bien polie. Les œufs, qu'on trouve rarement avant la mi-juillet, rappellent de loin ceux de certains scolopacidés; ils sont très granuleux, peu brillants, marqués, surun fond olivätre foncé ou vert brunâtre, de petites taches ou de points d’un gris sombre et olivâtre ou brun foncé tirant sur le rouge, ainsi que d’anneaux et de traits. Le mâle et la femelle couvent à tour de rôle, et témoignent une grande sollicitude ; quand quelqu'un s'approche du nid, ils s’avancent à la rencontre de cet importun, l'entourent, se lançent à terre, cherchent à attirer son attention sur eux, donnent une représentation de leur habitude à voler, sautillant et voltigeant avec des sifflements bizarres, puis s'envolent quand on les approche et recommencent ce jeu ; en un mot, ils font tout leur possible pour éloigner l'ennemi de la nichée. Ils ne sont pas aussi intrépides que les grandes espèces de la famille ; je n’ai, du moins, jamais remarqué que l’un des couples que j'observäis se soit montré plus courageux que les oiseaux de tempêtes, si grande que soit l’analogie avec eux. » (Brehm.)
Le thalassidrome des tempêtes (fig. 198) est de tous les oiseaux de mer celui qui préfère aux temps calmes le moment où les éléments sont déchainés. Ce qu’il lui faut, c'est l'ouragan : une tempête le met en joie et on le voit alors voler comme un petit fou à la surface des vagues et les traverser. Une lame arrive qui le submerge; on le croit mort; il reparaît un peu plus loin, plus vif que jamais, retrempé par le bain qui lui a fouetté le sang. Ce singulier oiseau suit littéralement les tempêtes, et son arrivée, qui présage toujours celle d’un ouragan, est très redoutée des pêcheurs. A le voir au repos, cependant, on ne le croirait pas amoureux d'une vie agitée. Pas plus gros qu'une hirondelle, il a la tête et le dessus du corps d’un brun noir, la queue blanche à la base, noire à l'extrémité, ne dépassant pas les ailes. Le bec est noir et crochu et les pattes, de moyenne hauteur, sont largement palmées.
Les thalassidromes sont aussi actifs le jour que la nuit. Ordinairement, ils vivent en bandes dans la haute mer; mais, après un long ouragan, ils se rapprochent des côtes, sans doute pour se reposer. Il leur arrive alors souvent de pénétrer dans l'intérieur des terres. C’est ainsi qu’il y a trois ou quatre ans, on a pu en voir, même à Paris. Ils volent à la manière des hirondelles, suivant toutes les sinuosités des vagues. Ils sont tout à fait inoffensifs et se nourrissent de petits crustacés et de poissons flottant à la surface de la mer. On ne leur fait pas la chasse, car leur