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OISEAUX DE TEMPÊTES

chair est trop huileuse pour être comestible. Ils sont même si gras qu’on s’en sert parfois en guise de lampe : à cet effet, on leur passe simplement une mèche à travers le corps et on l’allume.

Quant à la ponte, elle n’a guère été étudiée que par Graba, dont nous allons citer les observations:

Comme j'avais manifesté à notre hôte, John Dalsgaard, raconte-t-il, le désir de me procurer un thalassidrome par tous les moyens possibles, il demanda à ses gens s'ils connaissaient un nid. Un jeune garçon qui en avait découvert un, nous conduisit à un grand mur de pierre d’une écurie qui se trouvait à une certaine

rig. 198.— Le thalassidrome.

La lutte est son plaisir ; la tempête est sa vie. Mais quelle existence, où il faut toujours batailler entre les éléments et enlever son pain à la pointe de son bec!

distance de la maison ; c’est là que devaient se trouver les thalassidromes tempêtes, au milieu des pierres. Cependant, le garçon ne savait pas au juste quelle place ils occupaient. Mais au bout de peu de temps, il les découvrit, et par un moyen singulier ; il mit sa bouche dans plusieurs fissures de la muraille et cria : klürr, à quoi répondit aussitôt un petit: kekeriki, qui se répéta à chaque klürr que poussa l’enfant. Alors on travailla une demi-heure avec des büches et des leviers à retirer les pierres. Enfin nous aperçûmes un nid construit de brins d'herbe ; mais le thalassidrome avait disparu, il s'était caché un peu plus haut, au milieu des pierres déplacées ; cependant nous finimes par le découvrir et on l’amena hors de sa cachette. Aussitôt qu’on l’eut retiré, il lança à trois reprises, par des mouvements latéraux de tête et de cou, un jet de liquide jaunâtre. Le premier jet fut le plus fort, les autres furent plus clairs. Il fit encore plusieurs tentatives, mais inutilement, et cependant il expulsa toujours une petite quantité de liquide huileux de son gosier.

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Beaucoup d'habitants des Fär-OEer ne connaissaient le thalassidrome que de nom (Dumquiti), et en fait de détails sur son compte, ils savaient seulement qu'on l'entendait crier sous la terre et qu’en dehors des pontes, il ne s’arrêtait jamais sur la terre ferme. Tant que je fus aux Fär-OEer, je n’ai jamais rencontré cet oiseau sur les côtes, tandis qu’il est très commun en pleine mer et particulièrement dans les environs des îles du Nord.

Plusieurs semaines avant que les thalassidromes commencent à couver, ils se retirent dans les grottes et dans les crevasses, tout près de la mer. Ils y creusent dans la terre un trou, qui a quelquefois un pied ou deux de profondeur; ils en garnissent lefond de quelques brins d’herbe et y pondent, à la fin de juin, un seul œuf rond et blanc. Quelque temps avant de pondre son œuf, l'oiseau s’arrache quelques plumes de la poitrine et du ventre pour en garnir son nid. Je trouvai de ces nids huit jours déjà avant l'époque de la ponte. Mes propres observations ne me permettent pas de rien affirmer sur l’incubation et sur les germes ; néanmoins, je suppose que les parents se remplacent pour couver, car on ne voit jamais plus d'un vieil oiseau sur le nid ; d’un autre côté, j'ai rencontré à toutes les heures de la journée des mâles et des femelles.

Graba ajoute que cet oiseau est le plus inoffensif que l’on puisse rencontrer et que jamais il n’a essayé de se défendre contre ses agresseurs ou de les mordre, une fois qu’il a lancé son jet huileux. Il s’apprivoise si bien que Graba pouvait prendre à la main un individu qu'il possédait, le porter avec lui, le caresser et l’éloigner à volonté. Sa tenue témoignait du plus grand abattement. Il restait immobile sur la plante des pieds, sans que les plumes du ventre touchassent la terre; il laissait pendre la tête et retombait toujours dans la même position sitôt qu’on le laissait tranquille. Il n’essaya jamais de se servir de ses ailes dans la chambre, et ne faisait que lourdement quelques pas en avant ; sitôt qu'on le chassait, ses talons se pliaient. Quand cet oiseau se tenait debout, ce qui paraissait lui être pénible, le corps était horizontal, les jambes juste dans le milieu du corps, le cou droit, ce qui donnait une grande convexité à la poitrine. Il n’essaya nullement de manger; comme la plupart des oiseaux pélagiens, il se sentit perdu aussitôt qu’on l’eut privé de la vue de la mer ; on le porta par les champs, sur la main, lui laissant toute liberté, il n’en usa pas, il s’accroupit même quand on fut au bord de la mer; mais, aussitôt qu'on l'eut lancé dans les airs, il partit comme le vent avec une rapidité extraordinaire, et chercha, à l’aide du vent, à regagner la pleine mer.

Au large, on rencontre assez fréquemment un grand oiseau blanc de la taille d'une oïie sauvage, le fou de Bassan, ainsi nommé parce qu’il semble inconscient de la présence de l'homme sur les navires: non seulement il les suit de très près, mais encore il vient se poser sur les vergues ou le pont. Il se laisse prendre avec d'autant plus de facilité qu’une fois posé, il a du mal à s’enlever. Il faut aussi avouer que sa physionomie n’a rien de spirituel, ce qui, joint à ses mœurs, explique le nom de booby — de nigaud — que lui donnent les matelots anglais. Le corps du fou de Bassan est plus allongé que celui de l’oie et ses ailes ont une envergure con-

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sidérable. Le bec est très fort. Il niche dans les anfractuosités des roches, où il construit un nid avec du varech, du gazon ou de la mousse. Il se rapproche des côtes au moment de la couvaison, quand les ouragans sont violents. Sa chair est musquée et peu comestible.

Le cormoran, comme le précédent, est un piètre gibier, sa chair dégageant une odeur désagréable et ayant un goût détestable, d’où le vieux dicton : « Qui voudrait régaler le diable lui faudrait bièvre ou cormoran. » Mais cela n’empèche pas l'oiseau d’être intéressant pour le naturaliste. Il mesure de quatre-vingis centimètres à un mètre de longueur. Le dessus de la tête, du cou, de la poitrine, le ventre et la partie inférieure du dos sont d’un beau vert noirâtre, à reflets métalliques. Sur le haut du dos et le dessus des aïles, le plumage paraît écaillé, à cause des plumes qui portent une bordure plus foncée. Au moment de la reproduction, il lui pousse sur la tête des petites plumes blanches très délicates et très étroites, formant une huppe qui ne tarde pas à tomber.

Les cormorans sont très sociables ; ce n’est qu'exceptionneilement qu'on en rencontre d’isolés. Ils se réunissent parfois en grand nombre sur des îles désertes ou des côtes sauvages. À terre, ils sont très maladroits, marchent er se balançant et si mal qu’on a prétendu qu'ils ne pouvaient marcher qu'en s'appuyant sur leur queue. Quand on approche de l'endroit où ils sont perchés, on les voit allonger le cou, piétiner sur place et enfin partir tous ensemble, les uns s’élevant dans les airs pour planer, les autres tournoyant à des hauteurs plus considérables, d’autres enfin, sautant dans la mer tout à fait à la manière des grenouiites.

Les cormorans sont des nageurs émérites aussi bien à la surface de l’eau que dans les profondeurs. Quand on les poursuit, ils plongent et nagent sous l’eau avec une telle rapidité que la meilleure barque, conduite par les meilleurs rameurs, peut à peine les atteindre. Ils peuvent aussi nager la tête et le cou seuls hors de l'eau. Quand ils poursuivent une proie, ils donnent de larges coups de rames et filent comme une flèche. Ils mangent un très grand nombre de poissons, qu'ils chassent surtout le matin et qu'ils digèrent l'après-midi. Ils ne peuvent tenir très Jlongtemps la mer ; après leurs immersions, toujours assez courtes, ils ont besoin d'aller sur un banc ou sur une roche pour se secouer, car leurs plumes, contrairement à celles des autres oiseaux plongeurs, se mouillent, et ont, par suite, besoin d'être séchées. Ce sont des oiseaux prudents, rusés et méfiants.

Ils se montrent toujours agressifs et méchants envers les autres oiseaux qu'ils rencontrent, surtout quand la jalousie et la voracité sont en jeu ; en même temps ils les obligent à travailler pour eux. Ainsi nous avons remarqué que des cormorans captifs employaient des pélicans à leur casser une mince couche de glice qui les empèchait de nager et de plonger dans leur pièce d’eau. Ils avaient vu que les pélicans enfonçaient la glace qu'ils ne pouvaient pas briser, ils s'empressèrent d'utiliser ce renseignement : ils se mirent à nager derrière leurs forts compagnons de captivité, les pincèrent et les persécutèrent jusqu'à ce que ceux-ci leur eussent frayé une route en nageant devant eux. (Brehm.)

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