‹ Les animaux excentriquesChapitre 86 sur 102 · OISEAUX DE TEMPÊTES 319 SRE GARE RE EEE SR ER · texte numérisé non relu

OISEAUX DE TEMPÊTES 319 SRE GARE RE EEE SR ER

On sait qu’en Chine on emploie les cormorans pour la pêche : ils capturent Fe poissons avec leur bec, mais un anneau qui entoure leur cou ne leur permet pas ae les manger, ce dont profite le propriétaire de Foiseau pour s’en emparer.

En France, plusieurs amateurs s'occupent de ce sport très intéressant.

Par les gros temps, les cormorans s'approchent quelquefois du bord de & plage, et paraissent mème affectionner les endroits où les lames déferlent avec le plus de violence. J'ai passé de longs moments, par les temps de grand vent, à observer des cormorans se jouer dans les vagues. Secouant leur torpeur habituelle, ils paraissent attendre les fortes lames pour se précipiter le cou en avant dans leur

Fig. 199. — Le guillemot, Dodelinant de ci de là, ne se faisant pas de bile, le guillemot va son petit bonhomme de chemin,

volute et reparaître sur leur crête, portant haut la tête, la tournant dans toutes les directions, comme s'ils étaient fiers ‘de leur audace. Dans ces conditions, ils entrecoupent leurs immersions de vols fort courts et se replongent ensuite dans l’écume. Les autres plongeurs, au contraire, craignent le grand vent et s’éloignent des côtes quand le temps est mauvais. Cette différence doit provenir de ce que les cormorans peuvent se mouvoir à terre avec plus de facilité que les autres oiseaux dont les: pattes sont situées très à l'arrière du corps et qui craignent d'être jetés sur la rive. Les cormorans se tiennent dans une position moins verticale que les autres plongeurs et ils marchent, lourdement il est vrai, mais d’une facon soutenue. En bateau, il est diflicile de les atteindre. Les cormorans se cantonnent pendant quelque

350 OISEAUX DE TEMPÈÊTES

D — ue ne mn

temps dans certaines contrées, surtout à l'embouchure des fleuves. Ils vont et viennent alors pendant toute la durée de la haute mer et font de longues traites au vol, qu'ils ont rasant quoique très soutenu. À marée basse, ils se posent en bancs où ils ressemblent de loin à de grands corbeaux, n’interrompant leur immobilité que pour lustrer leurs plumes ou étendre leurs ailes. Les pêcheurs prennent quelquefois des cormorans dans les filets qu’ils déposent pour le poisson. (L. Ternier.)

Ils nichent dans les excavations de roches ou dans les forêts voisines de la mer et s'emparent alors souvent des nids de corneilles ou de hérons en en chassant leurs légitimes propriétaires.

Les guillemots (fig. 199) se rencontrent assez souvent dans le nord et l’ouest de la France, mais ils sont beaucoup plus abondants dans les hautes régions septentrionales. Comme l’a si bien décrit Guy de Maupassant dans un charmant conte, La roche aux guillemots, ces oiseaux constituent un grand attrait pour les chasseurs, non pas que leur chair soit savoureuse, mais parce que les péripéties de leur chasse sur les îles sont pleines d'intérêt. Ils habitent normalement les régions glacées, où on les rencontre alors en bandes innombrables ; mais lorsque le froid devient par trop vif, ils recherchent des localités plus méridionales. C’est alors qu'on les voit apparaître sur nos côtes, mais en petites bandes, par couples ou même isolément,

Bien que conformé comme les oïseaux les plus ordinaires, le guillemot donne l'impression d'un acheminement vers ces oiseaux fantastiques que l’on appelle des manchots. Au repos, en effet, il est vertical, appuyé sur sa queue, complétant le trépied ; en même temps il agite la tête et le cou d’une manière très gracieuse.

« IL est très habile à la nage, et bien qu’il n’enfonce pas profondément le corps, il semble plus léger sur l’eau que tous ses congénères. En ramant, il sort fréquemment de l’eau ses jolis pieds rouges. Quand il veut plonger, il donne un vigoureux coup des deux pieds, et fait la culbute sans aucun bruit, puis il étend aussitôt les ailes et s’en sert pour ramer ainsi que des pieds ; toutefois, il ne reste pas sous l’eau plus de deux minutes. Sur une mer tranquille, on peut le suivre de l’œil bien loin ; souvent on est trompé par la transparence de l’eau lorsqu'on apprécie la profondeur à laquelle il descend. Son vol est relativement léger, bien que ses ailes soient mues par des coups rapides et en apparence pénibles. II lui faut un court élan pour sortir de l’eau, mais, quand il atteint une certaine hauteur, il vole beaucoup plus vite qu’on ne l'aurait supposé. Il atteint en volant une grande hauteur, et s’élance jusque du haut des rochers. En descendant sur l’eau, il étend les ailes, sans précisément les mouvoir. Sa voix diffère de celle de tous les oiseaux du même genre, car ce n’est pas un bruit de crécerelle comme la leur, mais bien plutôt un sifflement qui peut se traduire à peu près par jip. » (Brehm.)

Au moral, les guiilemots sont des oiseaux stupides. Ils nichent dans les crevasses des rochers.

Les Norvégiens leur enlèvent leurs œufs pour les manger.

OISEAUX DE TEMPÈTES 391

Signalons encore les pétrels et les puffins, qui ressemblent un peu aux goélands, mais s'en distinguent par leur bec surmonté de petits tuyaux qui forment leurs narines. Comme les thalassidromes, ils ont l'habitude de voler très près de l’eau en y laissant pendre leurs pattes, ce qui a fait croire pendant longtemps qu'ils avaient la faculté — comme saint Pierre — de marcher sur les flots.

Signalons enfin les macareux (fig. 200), êtres grotesques au bec énorme rappelant un peu celui des perroquets ; le tournepierre, commun dans les endroits couverts de galets ; l'huïtrier, qui se nourrit de vers et de coquillages ; le courlis à bec recourbé, dont le nom rappelle exactement le cri que tout le monde a entendu au bord de la mer et, pour terminer, les manchots, si curieux par leur

attitude verticale et leurs ailes à demi atrophiées, remplacées par des nageoires.

: Fig. 200.— Le macareux, Notre ami, M. Émile C. Raco- Un bec comme on n’en voit pas souvent, et peu enviable Ê : r À d'ailleurs pour l'air niais qu'il donne. vitza, qui est allé au Pôle sud, a

admirablement décrit les mœurs de ces animaux singuliers. Nous allons reproduire ce qu'il en a dit dans une conférence — pleine d'esprit — faite à la Sorbonne.

Rien n’étonne plus que la rencontre avec cet être bizarre et comique qui s'appelle manchot (Voir l’aquarelle à la page de titre). Figurez-vous un petit bonhomme droit sur ses pieds, pourvu de deux larges battoirs à la place de bras, d'une tête petite par rapport au corps dodu et replet ; figurez-vous cet être couvert sur le dos d’un habit sombre à taches bleues, s’effilant par derrière en queue pointue trainant à terre, et orné sur le devant d’un frais plastron blanc et lustré. Mettez cet être en marche sur ses deux pattes et donnez-lui en même temps un petit dandinement cocasse et un constant mouvement de la tête ; vous aurez devant les yeux quelque chose d’irrésistiblement attrayant et comique.

Ces oiseaux ne peuvent plus voler, car leurs plumes sont très réduites sur les

‘ailes et transformées en sortes d’écailles; mais par contre quels merveilleux

nageurs | À grands coups d'ailes, ils fendent les flots ou bien ils sautent au-dessus de l’eau par bonds successifs, comme des marsouins. A terre ils sont plus gauches ; cela ne les empêche pas cependant de grimper dans les falaises, à des hauteurs étonnantes. Ils sautent de roche en roche ou bien ils font des rétablissements sur leurs ailes, en s’aidant des pattes et du bec.

Deux espèces de manchots peuplent le détroit de Gerlache, Ils y ont fondé des cités populeuses et animées, mais dépourvues de toute institution d'hygiène sociale. On pratique dans ces villes et villages le système de l’épandage sur place, et de loin le vent nous apportait, sur la Belgica, les effets odorants de cette hygiène rudimen-

352 OISEAUX DE TEMPÈTES

taire. Avec ces odeurs nous arrivaient aussi, pour certaines de ces cités, les échos d’un bruit épouvantable. C’étaient des « kaah-kaah » féroces, suivis du chœur furibond d'une foule en délire. Nous nous demandions étonnés si nous n'étions pas tombés en pleine période électorale, et je fus débarqué pour faire une enquête à ce sujet.

Les citoyens de ces villes bruyantes étaient les manchots antarctiques (Pygoscelis antarctica), espèce de 0",60 de hauteur, qui se distingue de toutes les autres par une mince ligne noire qui se recourbe sur sa joue blanche comme la moustache en croc d’un mousqueiaire. Cela donne au manchot antarctique un air provoquant et querelleur, air qui répond fort bien à son caractère,

Je fus accueilli en débarquant par une tempête de cris, d’apostrophes véhémentes et d’exclamations indignées, qui ne me laissaient aucun doute sur l'opinion défavorable que ces oiseaux avaient de ma personne. Je pensai qu'avec le temps je finirais par me faire agréer et je m'assis sur une roche à quelque distance. Mais mon amabilité et ma patience furent dépensées en pure perte. Tous les manchots tournés vers moi, dressés sur leurs ergots, les plumes hérissées sur la tête et le bec grand ouvert, me lançaient à jets continus des paroles que je jugeai, d’après leur ton, gravement injurieuses et que bien heureusement — étant donné ma timidité naturelle — je ne comprenais pas du tout, les philologues n’ayant pas encore établi le dictionnaire manchot. De guerre lasse, je fis un grand détour et je revins vers la cité en me dissimulant derrière les roches. J'ai pu ainsi observer ces animaux sans que leur vie normale fût troublée par la présence d’un intrus.

La surface du sol de la cité était assez inégale; elle était établie sur une plage inclinée, parsemée de rocs tombés du haut de la falaise, et Ie sol était divisé en lots sur chacun desquels était installée une famille composée du père, de la mère et de deux petits. Le nid rond était une simple aire, ayant comme fond le sol même, limitée par un mur très bas, formé de petits cailloux mêlés de quelques os d’ancèêtres manchots que l'esprit peu respectueux mais pratique de ces oiseaux avait su utiliser au mieux de leurs intérêts. Il est manifeste que ce mur était simplement destiné à empêcher les œufs de rouler sur le terrain en pente de la cité. Les jeunes étaient encore recouverts de duvet gris; ils avaient un gros ventre bourré de nourriture qui trainait presque à terre. Avec leur petite tête, leurs petits bras et leurs petites pattes cachées sous l'énorme bedaine, ils paraissaient de grosses pelotes de laine grise, roulant çà et là dans l’intérieur du nid. Les parents étaient à côté du nid veillant avec sollicitude sur leur progéniture, empêchant les jeunes de quitter la maison paternelle et allant à tour de rôle leur chercher la nourriture.

Autour de chaque nid était une zone, constituant la propriété de chaque famille, séparée de la zone voisine par des limites virtuelles. C’est ce système qui créait des procès continuels dans la cité; dès qu’un manchot posait la patte sur la propriété de son voisin, le propriétaire protestait avec violence et la dispute dégénérait tout de suite en querelle aiguë. Les deux citoyens, auxquels se mêlaient souvent un troisième et un quatrième, se plaçaient l’un en face de l’autre se regardant dans le blanc des yeux, et le corps penché en avant, les bras ramenés en arrière, le bec grand ouvert et les plumes hérissées sur la tête, ils se criaient l’un à l’autre les plus dures vérités. Ils ressemblaient de loin à deux marchandes de poisson, se reprochant réciproquement la fraicheur de leur marchandise. Ce sont ces querelles, constantes entre les habitants de la cité, qui produisaient ce vacarme que nous entendions de la Belgica, querelles qui, par conséquent, n'étaient pas dues aux démêlés électoraux, mais aux contestations judiciaires entre propriétaires fon- CIers.

Mais d’autres cités populeuses et animées sont aussi installées dans ces parages;

PT à PS DE VS PEER ENT ET

OISEAUX DE TEMPÈTES 353

seulement elles ne sont pas bruyantes comme les premières et les habitants se montrent dignes et calmes. Il s’agit d’une seconde espèce de manchots, le papou (Pygoscelis papua), un peu plus grand que le manchot antarctique et plus somptueusement vêtu. Le dos est encore couvert d’un manteau à taches bleues. Sur la poitrine et le ventre brille toujours l’immaculé plastron blanc à reflets soyeux, mais la tête noire est ornée d’un diadème blanc, et le bec et les pattes sont rouge écarlate. C’est au douzième débarquement surtout que les cités de ces manchots étaient nombreuses et peuplées ; j'évalue à une dizaine de mille le nombre des citoyens qui les composaient.

Dès le moment où je mis pied à terre chez eux, je vis qu’il y avait une considérable différence de caractère entre les deux espèces de manchots. Je me glissai en effet sur la plateforme rocheuse où était établie une grande ville de papous, et je constatai avec satisfaction que ma personne leur parut, sinon sympathique, du moins indifférente. Naturellement tous se tournèrent vers moi, me considérèrent attentivement; quelques citoyens mème plus susceptibles poussèrent quelques cris de protestation ou d'inquiétude, mais voyant que je m'’asseyais tranquillement au milieu d'eux sans les incommoder, ils ne firent bientôt plus attention à moi et ils s’occupèrent de leurs affaires. Je pus donc les observer commodément, les photographier même, et je n'ai pas à me repentir des longues heures que je pus leur‘consacrer, Car ce que je vis était un spectacle réellement remarquable.

Les nids de ces manchots sont exactement semblables à ceux du manchot antarctique, mais au moment où je devins citoyen honoraire de la cité papoue, ces nids n'étaient plus occupés. Tous les jeunes, déjà de grande taille, vêtus d’une ample houppelande de duvet et ayant sur la poitrine une bavette blanche, étaient rassemblés au milieu de la cité, formant des groupes pittoresques et amusants. Comme leurs congénères antarctiques, ils avaient vastes bedaines trainant à terre, petits bras et dandinante démarche ; mais au lieu d’être répartis entre les nids paternels, ils étaient tous réunis au milieu de la cité. L'observation me démontra que cette disposition était parfaitement voulue et qu’une organisation sociale particulière avait été établie au mieux des intérêts de la cité. Pour bien s’en rendre compte, il est nécessaire de donner quelques détails sur la topographie des lieux.

La ville papoue était établie sur une plateforme, adossée à une haute falaise, à trente mètres environ au-dessus du niveau de la mer. Cette plateforme avait un contour vaguement quadrilatéral, un des côtés était appuyé à la falaise, deux côtés donnaient directement sur la mer et formaient la crête d’une paroi verticale ; le quatrième côté donnait sur une pente très raide qui aboutissait à une petite plage caillouteuse. Les jeunes, au nombre d’une soixantaine, étaient rassemblés au milieu de la cité, et seulement huit adultes se trouvaient à ce moment avec eux. Ces derniers étaient postés de distance en distance près des bords de la plateforme, mais seulement sur les trois côtés qui donnaient sur la mer; il n’y en avait aucun du côté de la falaise. J'avais sous les yeux un véritable établissement d'éducation, car les huit adultes étaient des surveillants, des pions chargés d'empêcher les jeunes de tomber du haut de la plateforme. Ils étaient campés droit sur leurs pattes, graves et immobiles, et tout pénétrés de l'importance de leur mission. Dès qu’un jeune s’approchait trop près du bord de la plateforme, le pion le plus rapproché ouvrait un bec énorme et lui lançait d’une voix sévère une admonestation bien sentie. Si cela ne suffisait pas, un coup de bec bien appliqué rappelait le récalcitrant au sentiment du devoir. Poussant des cris aigus, roulant sa bedaine rondelette et agitant ses petits moignons de bras, le jeune élève regagnait ses compagnons, et le pion reprenait sa position après avoir déposé gravement à côté de lui la touffe de duvet qui souvent lui restait dans le bec.

COUPIN, — ANIM. EXCENTR. 23

354 OISEAUX DE TEMPÈÊTES

Ces adultes chargés de la surveillance des petits se relayaient de temps en temps. L'une des sentinelles fatiguée levait la tête en l’air, ouvrait le bec et poussait un cri ressemblant beaucoup à celui de l’âne; à ce cri répondait un autre cri qui partait de la petite plage se trouvant au pied de la falaise. IL y avait, en effet, à cet endroit, quelques adultes qui attendaient leur tour de faction en se lissant les plumes, ou bien étendus paresseusement sur le sable. Les cris de la sentinelle en faction se répétaient plusieurs fois, et chaque cri était suivi d’une réponse venant du corps de garde et poussée par le même individu. Les cris de celui d’en haut devenaient de plus en plus pressants, ceux de celui d’en bas de plus en plus ennuyés. A la fin, l'individu du corps de garde se décidait; péniblement il grimpait le long d’un sentier caillouteux jusqu'à la plateforme, allait prendre la place de celui qui l'avait appelé, et se mettait en faction avec la même conscience etla même gravité. La sentinelle relevée de faction se hâtait vers la petite plage avec une visible satisfaction, et s’élançait joyeusement dans la mer en faisant jaillir l'eau de tous côtés.

Les sentinelles ne s'occupent pas de la nourriture des jeunes, leur rôle est simplement éducateur et moral. Elles enseignent à coups de becs, à l’enfance inexpérimentée, la prudence et l'expérience de la vie; mais la nourriture est apportée aux

deux enfants de chaque famille par le mâle et la femelle qui leur ont donné nais-

sancs. En effet, à tour de rôle, arrivaient des adultes, le jabot rempli de petits crustacés pélagiaues qui servent de nourriture à tous les manchots, et de loin les enfants, qui les reconnaissaient, arrivaient à leur rencontre; le jeune s’accroupissait par terre, ouvrait le bec tout grand, tandis que le parent, courbant le col et croisant son bec avec celui du petit, dégorgeait la succulente pâtée que contenait son vaste jabot.

Dans d’autres cités placées au niveau de la mer, les jeunes étaient aussi groupés, mais la surveillance n’était plus aussi stricte, n'étant plus nécessaire: cela démontre que l'intelligence de ces animaux sait adapter les lois sociales aux circonstances topographiques et qu’ils ne sont pas poussés seulement par l'instinct mécanique.

La différence de caractère des deux manchots provient donc d’une différente organisation sociale. L’antarctique, bruyant et mauvais coucheur, est un strict individualiste, constamment en procès et querelles pour défendre sa propriété; le brave et honnête papou est un communiste avisé n’ayant rien à défendre contre ses concitoyens, ayant mis le sol en commun et ayant simplifié la besogne de l'élevage par l'installation d’un pensionnat communal. Cela lui a donné la sagesse du philosophe et le calme du sage, et de nombreux loisirs que procure toujours une organisation sociale bien comprise.

Il me reste à vous parler d’une espèce de manchots qui est la plus imposante comme taille et la plus magnifique comme couleurs. L'empereur des manchots (Aptenodytes Forsteri) mérite en effet ce nom flatteur; sa taille atteint 1,10 et son poids 4o kilos. Sa tête noire à reflets verdâtres est relativement petite; elleest munie d’un bec allongé noir, avec une bande bleue et une autre écarlate. Le dos se drape dans l’habituel manteau des manchots à fond de coule‘1r sombre avec des taches bleues, et sur sa vaste poitrine comme sur son ventre formidable s'étale le blanc plastron aux reflets dorés. Il porte fièrement de chaque côté de la tête une décoration orange, et sur ses épaules sont attachées deux étroites épaulettes noires.

Solidement installé sur le trépied formé par ses larges pattes palmées et sa queue aux plumes solides et flexibles, il laisse négligemment tomber le long de son corps dodu ses ailes transformées en larges rames. Le cou légèrement infléchi, le bec tout droit, les yeux mi-clos, tel apparaît l’empereur des manchots dans la majesté de sa graisse et de sa quiétude. De longues heures durant, sur les berges des chenaux d’eau libre, abrité par une colline de glace, gravement il digère les innombrables schizo-

Page 1