‹ Les animaux excentriquesChapitre 98 sur 102 · CHAPITRE XXXVIF · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVIF

Les monstres disparus.

La vie immense ouvrait ses informes rameaux.

Victor Huco.

La Terre n’a pas toujours été ce qu’elle est aujourd’hui. Comme tout ce qui existe de par le monde, elle a, depuis sa formation, subi des modifications incessantes qui, bien que parfois très lentes, n’en ont pas moins bouleversé sa constitution, au moins à la surface. Ces transformations, si sensibles déjà dans la constitution des roches, sont encore plus nettes dans la nature des êtres vivants qui ont peuplé les mers et les continents aux diverses époques géologiques. En étudiant les terrains qui se sont succédés en un même lieu, on y rencontre une multitude de faunes, très différentes les unes des autres, qui y ont vécu successivement, et dont la reconstitution offre un puissant intérêt. Les animaux qui ont vécu jadis sont, en effet, pour la plupart très différents de ceux qui vivent aujourd’hui, et si un magicien pouvait d’un coup de baguette les faire revivre autour de nous, nous pourrions nous croire transportés dans un monde chimérique ou sur une autre planète.

Nous n’avons pas l’intention, dans ce chapitre, de décrire tous ces animaux, ce qui reviendrait à faire un ‘traité de paléontologie. Laissant de côté les animaux d'organisation inférieure, tels que les trilobites, les brachiopodes, les ammonites, les bélemnites, les oursins, etc., nous ne nous occuperons que des « grosses bêtes », c'est-à-dire des vertébrés, en ne citant que les plus remarquables au point de vue pittoresque.

Bien que nos gravures représentent les animaux entiers, comme s'ils vivaient, il est à peine besoin de faire remarquer que ce n’est pas ainsi qu’on les retrouve dans le sol. Les seuls vestiges que les géologues arrivent à retirer des terrains sont des ossements plus ou moins incomplets, parfois, bien rarement, des squelettes entiers. Mais les paléontologistes sont gens de ressource : il leur suffit d’un simple morceau d’os pour reconstituer — à peu près, bien entendu — la charpente entière. Une fois le squelette connu, il est assez facile, par l'examen de la surface des os auxquels ils s’inséraient, de supputer l'épaisseur des muscles qui formaient la chair de l’animal. Recouvrez le tout d’une peau plus ou moins écailleuse, plus ou moins

poilue, et vous aurez un animal reconstitué, restauré, comme l’on dit, ‘en partie par l'imagination, en partie par suile de déductions scientifiques.

Dans les terrains que nous ont laissés les périodes silurienne et dévonienne, au cours desquelles les terres étaient en majeure partie submergées, on ne rencontre

Fig. 217. — Deux stégocéphales qui se demandent peut-être ce qu’ils sont venus faire sur la terre NET P se :

et paraissent déjà atteints d’un spleen intense,

guère que des invertébrés, de rares poissons, mais pas un seul animal terrestre ou amphibie.

À l'époque carbonifère les terres commencent à émerger sensiblement, et ces continents se peuplent d'une abondante végétation — telle peut-être qu'il ne s’en est plus formé depuis — végétation qui a donné naissance à la houille. Dans ces immenses forêts de fougères, d’équisétacées, de lycopodiacées, n'apparaît cependant aucun animal terrestre, sauf d’assez rares insectes qui ne réussissaient pas à en égayer la morne solitude. Néanmoins un lent travail d'évolution s’accomplissait sous les eaux. Des espèces aquatiques, en gagnant la terre ferme, se transfor-

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